Synode sur l’Amazonie, commentaire de l’Instrumentum laboris
par le Professeur Matteo D’Amico
La préparation du synode sur l’Amazonie a provoqué beaucoup de réactions dans l’Église. Plusieurs cardinaux et évêques conservateurs en ont critiqué le texte de base (Instrumentum laboris) au point d’en demander publiquement la suppression. Le professeur Matteo D’Amico a pris la peine d’analyser méthodiquement ce texte dans le Courrier de Rome [1]. Nous reproduisons ici les principaux passages de son introduction et de sa conclusion.
Le Sel de la terre.
[…]
Le texte Instrumentum Laboris […] est partagé en trois sections : la première partie intitulée « La voix de l’Amazonie », la deuxième partie intitulée « Écologie intégrale : le cri de la terre et des pauvres », et la troisième partie : « Église prophétique en Amazonie : défis et espoirs. »
Avant de commencer une brève analyse du texte, faisons déjà une observation de méthode : on l’aura remarqué, le choix qui a été fait consiste à suivre un schéma partant d’en bas, c’est-à-dire d’arriver au document final en partant de la compilation du questionnaire et d’une série d’innombrables réunions préparatoires. C’est la méthode à laquelle le Pape nous a désormais habitués lors de précédents synodes, comme celui sur la famille et celui sur les jeunes. Nous sommes face à une sorte de démocratie ecclésiastique radicale, avec un continuel appel au peuple et sa sollicitation à compiler des « cahiers de doléances » dans lesquels il doit dire ce qu’il attend de l’Église, et quels changements il en attend. Au fond, c’est la méthode de toute révolution, à partir, justement, de la Révolution française de 1789. C’est une méthode dangereuse et complètement contre nature pour l’Église, et sans précédent dans toute son histoire [2]. L’Église catholique est essentiellement « magistra » : elle possède la vérité dans sa plénitude, elle garde une doctrine immuable et claire qu’elle a le devoir d’enseigner à tous les peuples, elle n’est pas un organisme ni une institution simplement humaine qui doit faire des sondages sur la façon d’adapter un service aux exigences de ses clients. Étant donné le rapport entre Église Enseignante (le Pape et l’épiscopat uni à lui et subordonné à lui) et l’Église enseignée, cela n’a pas de sens d’inverser les termes du rapport et de penser que c’est l’Église enseignée qui devrait apprendre à l’Église enseignante ce qu’il faut faire ou ce qu’il faut enseigner. Nous sommes face à un renversement antéchristique du juste rapport que l’on devrait avoir avec l’Autorité : nous verrons qu’il s’agit là du cœur du document, et en réalité il s’agit du cœur de l’interprétation très personnelle et hétérodoxe que le Pontife donne du rôle et des devoirs de l’Église.
Mais il est utile de se poser une dernière question : 34 millions de personnes vivent en Amazonie, dont plus de 3 millions sont Indios, indiens autochtones (sur un territoire de 7,5 millions de kilomètres carrés). Il s’agit d’un nombre dérisoire d’habitants, équivalent à un peu plus de la moitié des habitants de l’Italie, mais répartis sur un territoire presque 22 fois plus grand que le territoire italien. Alors pourquoi un tel accent mis sur le sort du catholicisme dans cette région si particulière, mais quantitativement insignifiante, en ce qui concerne l’appartenance à l’Église catholique ? N’y a-t-il pas des problèmes plus urgents, comme par exemple la très profonde déchristianisation des États européens catholiques depuis des siècles ? N’existe-t-il pas de gigantesques problèmes dans le domaine bioéthique qui nécessiteraient des synodes extraordinaires, comme les problèmes de l’avortement, de l’euthanasie, des unions homosexuelles ? Par conséquent il ne nous semble pas téméraire de supposer que l’inquiétude pour 3 millions d’Amérindiens répartis dans l’immense forêt amazonienne a une autre origine, et vient de stratégies écologistes mises en avant par des pouvoirs forts dans le monde entier, et dont l’Église doit se faire la porte-parole et la caisse de résonance, étant donné son rôle d’autorité morale certes apprivoisée et contrôlée, mais encore influente sur beaucoup, utile pour donner un vernis de spiritualité à la dictature globale qui est en train de s’instaurer lentement. En somme, le Pape est utilisé comme une Greta de luxe, à l’usage des peuples hébétés qui sont lentement écrasés. […]
Conclusion
Il est peut-être nécessaire, en conclusion, de synthétiser la structure du document que nous avons analysé, en mettant en lumière ses très graves défauts.
En premier lieu, tout le laborieux discours qu’Instrumentum Laboris développe est fait sans jamais clarifier la situation de l’Église en Amazonie : on ne reconstitue pas l’histoire, on n’a pas de données sur la diffusion, ni sur le développement ni sur le nombre de baptêmes et de mariages. Le discours est donc totalement abstrait et, en définitive, peu sérieux. Personne ne comprend, en lisant ce texte, de quoi on est en train de parler et quelle est la situation du catholicisme en Amazonie.
Il n’y a aucune évaluation rigoureuse et sérieuse de la situation morale, du respect du lien conjugal par exemple, de la fréquence des sacrements, etc. La situation pourrait être bonne ou très mauvaise, mais on ne le sait pas.
La confusion est augmentée par le fait qu’il n’est jamais précisé si l’on fait allusion à l’évangélisation d’Amérindiens déjà baptisés et convertis, ou si l’on parle aussi d’évangélisation d’Amérindiens éloignés de l’Évangile, et qui n’ont jamais reçu l’annonce. La culture et les croyances amérindiennes « ancestrales » sont exaltées à un tel point qu’il semble qu’il s’agisse encore de païens.
On exalte de façon ridicule la vision du monde des Indiens d’Amazonie comme une vision de la vie d’une profondeur, d’une beauté, d’une harmonie et d’une délicatesse indépassables : une connaissance même superficielle de ces peuples suffit pour montrer qu’il s’agit d’un monde bien loin d’être idyllique. Tout le texte est traversé et rendu absurde par cette équivoque.
On n’aborde jamais, en aucun point du texte, le sujet du salut des âmes, de la vie éternelle, de l’immortalité de l’âme. Nous sommes face à un christianisme entre le sentimental et l’idéologique, à corriger pour mieux favoriser l’harmonie avec la nature. Le texte présente une foi complètement vidée de son noyau de force eschatologique et sotériologique.
On ne parle jamais de péché et, parallèlement, il n’y a pas la moindre allusion à la croix du Christ et à l’économie du salut fondée sur la croix. Comme le péché est complètement absent, de même est absent, non par hasard, le thème du salut : de quel salut est-il besoin, s’il n’y a pas de péché ? Le nom même de Jésus-Christ n’est cité que très peu de fois, et là non plus ce n’est pas un hasard.
Il manque logiquement toute allusion à la vie de la grâce et à la nécessité de la nourrir par les sacrements et la prière : toute vie de piété est dissoute dans une nébuleuse d’exaltations continuelles de la spiritualité originelle des Indiens d’Amazonie, nouveaux « bons sauvages ».
Il […] n’y a pratiquement aucune référence à la Sainte Vierge. Et ceci est très suspect et soulève beaucoup de doutes sur la foi de ceux qui ont écrit ce document.
Le document présente une idée d’inculturation complètement fausse et déformée, qui finit par demander à l’Église de se convertir à la spiritualité amérindienne.
On vise à altérer le sacerdoce et la liturgie et à dédouaner les femmes ordonnées d’une façon ou d’une autre (même si on n’ose pas encore dire ouvertement dans quel but exactement).
Les références doctrinales et scripturales sont minimes et on se trouve seulement face à un flot de références aux textes de François, dont on utilise sans pudeur le jargon, en répétant comme des perroquets ses expressions typiques (et surtout « Église en sortie »).
Tout le texte est franchement moderniste sous chacun de ses aspects, et surtout dans sa façon de plaider la cause du « mobilisme dogmatique » le plus effréné : où doctrine et morale ne doivent pas être rigides ni oppressives, mais souples et capables de s’adapter à la réalité concrète et aux besoins des Indiens d’Amazonie.
L’Instrumentum Laboris que nous avons commenté n’est pas un texte catholique, mais une pépinière d’hérésies. C’est un texte scandaleux et il est du devoir de tout catholique, mais surtout de tout évêque, de le condamner publiquement et d’exiger qu’il soit retiré, en dénonçant publiquement sa fausseté et ses pièges. Son application et son utilisation pendant le Synode sur l’Amazonie ne peuvent que provoquer la ruine de l’Église en Amazonie tout d’abord, et dans le monde entier quand son application sera élargie.
[1] — Le Courrier de Rome, nº 623 (juillet-août 2019). Les numéros du Courrier de Rome sont accessibles sur le site www.courrierderome.org.
[2] — Il faut ajouter que cette prétendue démocratie est en réalité une manipulation – comme dans tous les régimes maçonniques. Les tireurs de ficelles qui prétendent écouter « le peuple » ont préalablement pris toutes les mesures nécessaires pour entendre exactement ce qu’ils veulent. Augustin Cochin a démonté ces techniques de manipulation dans le déroulement de la Révolution française et le père Calmel a plusieurs fois souligné qu’elles avaient pénétré dans l’Église avec la révolution conciliaire. (NDLR.)

