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Courrier des lecteurs

— I —

Grégoire de Narek était-il schismatique ?

Grégoire de Narek, moine arménien mort en l’an 1003, était-il vraiment schismatique, comme l’indiquait trop rapidement une note parue dans Le Sel de la terre 98 (p. 64) ?

Un de nos lecteurs nous fait aimablement remarquer que « les questions orientales sont souvent complexes » et nous apporte d’utiles précisions.

Le Sel de la terre.

 

 

 […]

Récemment, je suis tombé sur un livre de la collection des « Sources Chrétiennes » consacré au Livre de Prières de Grégoire de Narek. Et j’en ai lu la préface et l’introduction, écrites par deux pères jésuites arméniens de Beyrouth en 1960.

Bien sûr cette collection, excellente pour les textes, est moins sûre quant aux commentaires théologiques. Mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les faits historiques, moins concernés par le libéralisme plus ou moins progressiste de la collection. […]

Il a toujours existé, à côté et au milieu des Arméniens, des Arméniens catholiques, et ce à des niveaux variables : fidèles, moines, prêtres, princes, évêques, catholicos ont été, tour à tour et mêlés les uns aux autres, soit catholiques soit schismatiques.

Or, d’après ces deux auteurs, au 10e siècle (époque qui nous occupe), tout le sud-est de l’Arménie était, par ses évêques, ses princes et ses moines, chalcédonienne, c’est-à-dire catholique et orthodoxe, par influence des Byzantins (alors catholiques).

Tout spécialement le monastère arménien de Narek avait été fondé par des catholiques chalcédoniens et était un centre rayonnant de catholicisme chalcédonien (de règle basilienne).

Et, de même, la famille de celui qui nous occupe, et qui était d’ailleurs liée à ce monastère, était de doctrine catholique chalcédonienne.

D’ailleurs, à cette époque les patriarches et catholicos des Arméniens, qui étaient pour la plupart (mais pas tous) monophysites et anti-chalcédoniens, bataillèrent pour lutter contre l’influence catholique et chalcédonienne dans le sud, et notamment contre Khosrow (le père de Grégoire, mort évêque) et contre Grégoire lui-même.

Le mélange, au sein de la même hiérarchie arménienne, des catholiques et des monophysites, explique que notre auteur ait été honoré ensuite par ses œuvres et par sa sainteté tant par les catholiques que par les monophysites.

Mais il est symptomatique de voir que les Arméniens monophysites modernes essayent de nier l’influence byzantine sur Narek et son moine (c’est-à-dire l’influence catholique qu’ils n’osent pas nommer), et que l’un d’entre eux, en éditant cette œuvre, a cru bon de placer seulement en annexe de son édition la prière 75e « à cause de son contenu », car c’est une profession de foi sous forme poétique qui, incidemment, parle de « coexistence » en Notre-Seigneur de « sa divinité », et de « l’être de notre souffle » (la nature humaine), d’inséparabilité en lui entre la « divinité », et le « corps de même nature que le nôtre » et entre l’« Essence du Créateur » et « le corps matériel » : termes qui supposent ou expriment l’existence en Notre-Seigneur de la nature humaine unie à sa divinité (difficilement acceptables pour les monophysites).

Même si l’âme n’est pas citée (car ce n’est pas un traité théologique, mais une prière poétique), il est toutefois parlé « d’être » et de « nature » : comme ce n’est pas un traité de théologie, cela permet aux schismatiques de l’accepter, mais manifestement les termes employés les gênent.

[lettre signée.]

 

Nous remercions ce vigilant ecclésiastique de cette utile rectification.

— II —

A propos des miracles de saint Vincent Ferrier

Dans Le Sel de la terre 109, un article sur les miracles de saint Vincent Ferrier contredisait, arguments à l’appui, la thèse du linguiste Michel Taillé qui s’était employé à contester le « miracle des langues » dans une étude parue en 1991.

L’article signalait que les conclusions de Michel Taillé avaient été reprises en 2006 dans une thèse de doctorat en « sciences du langage » soutenue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris) par madame Alessandra Pozzo. Il ajoutait que cette thèse risquait désormais de servir de référence aux chercheurs.

Ayant pu consulter le début de cet article sur notre site internet (qui en propose les trois premières pages), madame Pozzo, à qui nous avions proposé d’envoyer ce numéro du Sel de la terre, a répondu par le message électronique suivant, le 16 septembre 2019.

Le Sel de la terre.

 

Monsieur,

Pas besoin de m’envoyer votre texte qui démarre en tirant sur les auteurs qui ont traité sérieusement le sujet du parler en langues chez Vincent Ferrier : je l’ai parcouru avant de vous répondre.

Pour votre information, la thèse de doctorat soutenue en 2006 à l’EHESS, et qui risque, selon votre texte, de devenir un texte de référence, a reçu entre temps le prix Araxie Torossian à l’Académie des Science [sic] Sociales et Politiques et s’est transformé [sic] en livre aux édition [sic] les Belles Lettres.

Ce livre, tout comme celui de Michel Taillé, si vous le désirez, vous pouvez l’acheter, le lire et le relire, cela ne vous fera pas trop de mal, au contraire, la lecture de ces travaux vous aidera à contrer votre péché d’orgueil, qui est très mauvais pour un religieux.

Bien cordialement

Alessandra Pozzo +

 

PS : Pas besoin de me répondre, je vais mettre votre adresse dans les spams, je ne recevrai plus vos messages.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 111

p. 200-202

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