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ÉDITORIAL

 

 

Un nouvel archevêque dans le combat

 

 

DEPUIS QUELQUES MOIS, Mgr Carlo Maria Vigano, né en 1941, ordonné prêtre en 1968 et évêque en 1992 (avec le rang d’archevêque titulaire de Ulpiana), ancien nonce aux États-Unis (2011-2016), publie des articles énergiques contre l’Église conciliaire.

Dans un de ses derniers textes, que nous donnons à la suite de cet éditorial, l’archevêque n’hésite pas à se ranger à l’analyse de Mgr Tissier de Mallerais sur cette Église conciliaire.

Cet engagement tardif dans le combat peut surprendre. Mais les quelques extraits d’articles que nous citerons aident à le comprendre.

Nous voyons dans cette entreprise de Mgr Vigano une intervention de la Providence en faveur de l’Église catholique.

L’article paru dans Le Sel de la terre 85 (été 2013) a été le dernier que Mgr Tissier de Mallerais a publié dans notre revue. Depuis lors, à part quelques brèves interventions [1], nous n’avons plus eu, de la part des évêques de la Fraternité Saint-Pie X, de ces déclarations vigoureuses auxquelles Mgr Lefebvre nous avait habitués.

Mgr Vigano espère que de nombreux pasteurs « jusqu’ici intimidés et silencieux, comprennent […] la tromperie dont ils ont été l’objet et sortent enfin de leur torpeur ».

Nous associant à son souhait, nous l’encouragerons de nos prières et par tous les moyens à notre disposition.

 

 

 


Mgr Vigano et l’Église conciliaire

 

 

 

« Chers amis de Duc in altum, je propose cette contribution que Mgr Carlo Maria Vigano m’a envoyée. C’est une réponse au journaliste Stephen Kokx et je n’hésite pas à la définir comme déterminante, décisive. »

C’est par ces paroles que le journaliste Aldo Maria Valli introduisait, sur son blog « Duc in altum » le 2 septembre 2020, un texte de Mgr Carlo Maria Vigano intitulé : « Ne cédons pas à la tentation d’abandonner l’Église parce qu’elle est envahie par les hérétiques et les fornicateurs: ce sont eux qu’il faut chasser [2] ! ».

Cette contribution au débat sur Vatican II est en effet très importante. L’archevêque y montre son adhésion au combat mené par Mgr Lefebvre, y compris les consécrations épiscopales de 1988.

Il montre aussi son accord avec Mgr Tissier de Mallerais sur son analyse de l’Église conciliaire, faisant très apparemment allusion à l’article paru dans Le Sel de la terre nº 85 (été 2013), p. 1-16 [3].

Voici le texte de Mgr Vigano, traduit par nos soins. Les sous-titres et les mots entre crochets sont de la rédaction.

Le Sel de la terre.

Cher Dr Kokx, j’ai lu avec un vif intérêt un de vos articles intitulé « Questions pour Mgr Vigano : son Excellence a raison à propos de Vatican II, mais que pense-t-elle que les catholiques devraient faire maintenant ? », paru dans Catholic Family News le 22 août dernier.

Comme il s’agit de questions très importantes pour les fidèles, j’y réponds volontiers.

Ce ne sont pas les catholiques, mais les conciliairesqui se séparent de l’Église

Vous me demandez : « Que signifie “se séparer” de l’église conciliaire pour Mgr Vigano ? » Je vous réponds à mon tour par une question : « Que signifie se séparer de l’Église catholique pour les partisans du Concile ? » S’il est clair qu’il n’est pas possible de se mêler à ceux qui proposent les doctrines adultérées du programme idéologique conciliaire, il convient de noter que le simple fait d’être baptisé et membre vivant de l’Église du Christ n’implique pas l’adhésion à la structure conciliaire ; tel est, en premier lieu, le cas des simples fidèles et des clercs séculiers et réguliers qui, pour plusieurs raisons, se considèrent sincèrement catholiques et qui reconnaissent la hiérarchie.

Il convient plutôt de clarifier la position de ceux qui, se déclarant catholiques, embrassent les doctrines hétérodoxes qui se sont répandues au cours des dernières décennies, en ayant conscience qu’elles représentent une rupture avec le Magistère précédent. Dans ce cas, il est légitime de s’interroger sur leur appartenance réelle à l’Église catholique, au sein de laquelle, cependant, ils occupent des fonctions officielles qui leur confèrent une autorité. Une autorité exercée illégalement, si son but est d’obliger les fidèles à accepter la révolution imposée depuis le Concile.

Une fois ce point clarifié, il est clair que ce ne sont pas les fidèles traditionalistes – c’est-à-dire les vrais catholiques, selon les mots de saint Pie X [4] – qui doivent abandonner l’Église dans laquelle ils ont pleinement le droit de rester et dont il serait malheureux de se séparer ; mais les modernistes, qui usurpent le nom de catholiques précisément parce que c’est le seul élément bureaucratique qui leur permet de ne pas être considérés au même titre qu’une quelconque secte hérétique. Cette revendication leur sert à éviter de se retrouver parmi les centaines de mouvements hérétiques qui, au cours des siècles, ont cru pouvoir réformer l’Église à leur guise, en faisant passer leur orgueil avant [leur devoir] de garder humblement l’enseignement de Notre-Seigneur. Mais tout comme il est impossible de revendiquer la citoyenneté d’un pays dont la langue, la loi, la foi et la tradition ne sont pas partagées, il est impossible que ceux qui ne partagent pas la foi, la morale, la liturgie et la discipline de l’Église catholique puissent revendiquer le droit de rester en son sein et même de gravir les rangs de la hiérarchie.

Ne cédons donc pas à la tentation d’abandonner – bien qu’avec une indignation justifiée – l’Église catholique, sous prétexte qu’elle est envahie par des hérétiques et des fornicateurs : ce sont eux qui doivent être chassés de l’enceinte sacrée, dans un travail de purification et de pénitence qui doit commencer par chacun de nous.

Que faire pour les laïcs ?

Il est également évident qu’il existe de nombreux cas où les fidèles rencontrent de sérieux problèmes pour fréquenter leur paroisse, tout comme il existe encore peu d’églises dans lesquelles la messe est célébrée selon le rite catholique. Les horreurs qui sévissent depuis des décennies dans nombre de nos paroisses et sanctuaires font qu’il est impossible d’assister à une « eucharistie » sans être troublé et sans mettre sa foi en danger. Tout comme il est très difficile de s’assurer, à soi-même et à ses enfants, une instruction catholique, des sacrements dignement célébrés et un solide accompagnement spirituel. Dans ces cas, les fidèles laïcs ont le droit et le devoir de rechercher des prêtres, des communautés et des instituts qui sont fidèles au Magistère de toujours. Et qu’ils sachent accompagner la louable célébration de la liturgie dans l’ancien rite par une adhésion fidèle à la doctrine et à la morale, sans rien céder sur le front du Concile.

Et pour les clercs ?

La situation est certainement plus complexe pour les clercs, qui dépendent hiérarchiquement de leur évêque ou de leur supérieur religieux, mais qui ont en même temps le droit sacro-saint de rester catholiques et de pouvoir célébrer selon le rite catholique. Si, d’un côté, les laïcs ont plus de liberté de mouvement pour choisir la communauté vers laquelle se tourner pour la messe, les sacrements et l’instruction religieuse, mais moins d’autonomie parce qu’ils doivent de toute façon dépendre d’un prêtre ; de l’autre côté, les clercs ont moins de liberté de mouvement, étant incardinés dans un diocèse ou dans un Ordre et soumis à l’autorité ecclésiastique, mais plus d’autonomie parce qu’ils peuvent légitimement décider de célébrer la messe et d’administrer les sacrements selon le rite tridentin, et de prêcher selon la saine doctrine. Le motu proprio Summorum Pontificum a réaffirmé que les fidèles et les prêtres ont le droit inaliénable – qui ne peut leur être refusé – de se prévaloir de la liturgie qui exprime le plus parfaitement notre foi. Mais ce droit doit être utilisé aujourd’hui non seulement et pas tant pour préserver la forme extraordinaire du rite, mais pour témoigner de l’adhésion à ce depositum fidei [dépôt de la foi] qui ne trouve de correspondance parfaite que dans le rite ancien.

Ne pas fuir le combat, mais témoigner

Je reçois quotidiennement des lettres pleines de tristesse de prêtres et de religieux qui sont marginalisés, transférés ou ostracisés en raison de leur fidélité à l’Église : la tentation de trouver un ubi consistam [un endroit où se tenir] loin de la confusion des innovateurs est forte, mais nous devons prendre exemple sur les persécutions subies par de nombreux saints, parmi lesquels saint Athanase, qui nous offrent un modèle de comportement face à l’hérésie rampante et à la fureur persécutrice. Comme mon vénéré confrère, Mgr Athanase Schneider, l’a rappelé à plusieurs reprises, l’arianisme qui affligeait l’Église à l’époque du saint docteur d’Alexandrie (en Égypte) était si répandu parmi les évêques qu’il faisait presque croire que l’orthodoxie catholique avait complètement disparu. Mais c’est grâce à la fidélité et au témoignage héroïque des quelques évêques qui sont restés fidèles que l’Église a pu se rétablir. Sans ce témoignage, l’arianisme n’aurait pas été vaincu : sans notre témoignage aujourd’hui, le modernisme et l’apostasie mondialiste de ce pontificat ne seront pas vaincus.

Il ne s’agit donc pas de travailler de l’intérieur ou de l’extérieur : les vignerons sont appelés à travailler dans la vigne du Seigneur, et c’est  qu’ils doivent rester même au prix de leur vie ; les bergers sont appelés à paître le troupeau du Seigneur, à éloigner les loups voraces et à chasser les mercenaires qui ne se soucient pas du salut des brebis et des agneaux.

Le travail réalisé par la Fraternité Saint-Pie X

Ce travail souvent silencieux et caché a été réalisé par la Fraternité Saint-Pie X, à qui nous devons reconnaître le mérite de ne pas avoir laissé s’éteindre la flamme de la Tradition, à une époque où la célébration de l’ancienne messe était considérée comme subversive et un motif d’excommunication. Ses prêtres ont été une épine saine au flanc du corps ecclésial, [même s’ils furent] considérés comme un terme de comparaison insupportable pour les fidèles, un reproche constant pour la trahison commise envers le peuple de Dieu, une alternative inadmissible au nouveau cours conciliaire. Et si leur fidélité a rendu inévitable la désobéissance au pape avec les consécrations épiscopales, grâce à elles la Fraternité a pu se protéger de l’attaque furieuse des novateurs ; et elle [la Fraternité] a permis, par son existence même, de rendre possible la libéralisation du rite ancien, jusque-là interdit. Tout comme elle a permis de faire ressortir les contradictions et les erreurs de la secte conciliaire, toujours aguichante vis-à-vis des hérétiques et des idolâtres, mais implacablement rigide et intolérante envers la vérité catholique.

Mgr Lefebvre, confesseur de la foi

Je considère Mgr Lefebvre comme un confesseur de la foi exemplaire et je pense qu’il est maintenant clair à quel point sa dénonciation du Concile et de l’apostasie moderniste est bien fondée et opportune. Il ne faut pas oublier que les persécutions dont Mgr Lefebvre a été victime de la part du Saint-Siège et de l’épiscopat mondial ont surtout servi à intimider les catholiques réfractaires à la révolution conciliaire.

Deux entités à Rome, comme le dit Mgr Tissier de Mallerais

Je suis également d’accord avec ce que Son Excellence Mgr Bernard Tissier de Mallerais a observé à propos de la coexistence de deux entités à Rome : l’Église du Christ est occupée et éclipsée par la structure moderniste conciliaire, qui s’est imposée dans la même hiérarchie et utilise l’autorité de ses ministres pour l’emporter sur l’Épouse du Christ et notre Mère.

L’Église du Christ – qui non seulement subsiste dans l’Église catholique, mais qui est exclusivement l’Église catholique – n’est qu’obscurcie, éclipsée par une étrange et extravagante église installée à Rome, selon la vision de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich. Elle coexiste, comme le blé avec l’ivraie, dans la Curie romaine, dans les diocèses, dans les paroisses. Nous ne pouvons pas juger nos pasteurs pour leurs intentions, ni supposer qu’ils sont tous corrompus dans la foi et la morale ; au contraire, nous pouvons espérer que beaucoup d’entre eux, jusqu’ici intimidés et silencieux, comprendront, avec la propagation de la confusion et de l’apostasie, la tromperie dont ils ont été l’objet et sortiront enfin de leur torpeur. De nombreux laïcs élèvent la voix ; d’autres suivront nécessairement, ainsi que de bons prêtres, certainement présents dans chaque diocèse. Ce réveil de l’Église militante – j’oserais presque parler de résurrection – est nécessaire, urgent et inévitable : aucun fils ne tolère que sa mère soit outragée par ses serviteurs, ni que le père soit tyrannisé par les administrateurs de ses biens. Le Seigneur nous offre, en ces temps douloureux, l’opportunité d’être ses alliés et de mener ce saint combat sous sa bannière : le Roi, vainqueur de l’erreur et de la mort, nous permet de partager l’honneur de la victoire triomphante et la récompense éternelle qui l’accompagne, après avoir enduré et souffert avec lui.

Le combat exige la vertu de force

Mais pour mériter la gloire immortelle du Ciel, nous sommes appelés à redécouvrir – à une époque dépourvue de valeurs telles que l’honneur, la fidélité à la parole donnée, l’héroïsme – un aspect fondamental pour tout baptisé : la vie chrétienne est une milice, et avec le sacrement de confirmation, nous sommes appelés à être des soldats du Christ, sous la bannière duquel nous devons combattre. Certes, dans la plupart des cas, il s’agit d’une bataille essentiellement spirituelle ; mais, au cours de l’histoire, nous avons vu que, bien souvent, face à la violation des droits souverains de Dieu et des libertés de l’Église il a également fallu prendre les armes : la résistance acharnée pour repousser les invasions islamiques à Lépante et dans les environs de Vienne, la persécution des Cristeros au Mexique, la persécution des catholiques en Espagne, et encore aujourd’hui la guerre cruelle contre les chrétiens dans le monde entier nous l’enseignent. Jamais comme aujourd’hui on n’a pu comprendre la haine théologique des ennemis de Dieu, inspirée par Satan : l’attaque contre tout ce qui nous rappelle la Croix du Christ – la vertu, le bien et le beau, la pureté – doit nous inciter à nous lever, dans un élan de fierté, pour revendiquer notre droit non seulement à ne pas être persécutés par des ennemis extérieurs, mais aussi et surtout à avoir des pasteurs forts et courageux, saints et craignant Dieu, qui font exactement ce que leurs prédécesseurs ont fait pendant des siècles : prêcher l’Évangile du Christ, convertir les individus et les nations, étendre le Royaume du Dieu vivant et véritable dans le monde entier.

Nous sommes tous appelés à faire un geste de force – une vertu cardinale oubliée, qui, ce n’est pas par hasard, rappelle en grec la force virile, ἀνδρεία [andreïa] – à savoir résister aux modernistes : une résistance qui s’enracine dans la charité et la vérité, attributs de Dieu.

Comme les prêtres réfractaires

Si vous ne célébrez que la messe tridentine et que vous prêchez la saine doctrine sans mentionner le Concile, que pourront-ils jamais vous faire? Vous chasser de vos églises, peut-être ; et alors quoi ? Personne ne pourra jamais vous empêcher de renouveler le Saint Sacrifice même sur un autel de fortune dans une cave ou dans un grenier, comme les prêtres réfractaires pendant la Révolution française, ou comme cela se passe encore en Chine aujourd’hui. Et s’ils essaient de vous chasser, résistez : le droit canon sert à garantir le gouvernement de l’Église dans la poursuite de ses principaux objectifs, et non à la démolir. Cessons de craindre que la responsabilité du schisme incombe à ceux qui le dénoncent, et non à ceux qui le mettent en œuvre : ceux qui blessent et crucifient le Corps mystique du Christ sont des schismatiques et des hérétiques, et non ceux qui le défendent en dénonçant les bourreaux !

Que le peuple chrétien exige le pain de la foiet non les pierres de la nouvelle église

Les laïcs peuvent exiger de leurs ministres qu’ils se comportent comme tels, préférant ceux qui prouvent qu’ils ne sont pas contaminés par les erreurs présentes. Si une messe devient une occasion de torture pour les fidèles, s’ils sont obligés d’assister à des sacrilèges ou d’endurer des hérésies et des délires indignes de la Maison du Seigneur, il est mille fois préférable d’aller dans une église où le prêtre célèbre dignement le Saint Sacrifice dans le rite que la Tradition nous a donné, et prêche selon la saine doctrine. Lorsque les curés et les évêques se rendront compte que le peuple chrétien exige le pain de la foi et non les pierres ou les scorpions de la nouvelle église, ils mettront de côté leurs craintes et répondront aux demandes légitimes des fidèles ; les autres, véritables mercenaires, se montreront pour ce qu’ils sont et ne pourront rassembler autour d’eux que ceux qui partagent leurs erreurs et leurs perversions. Ils s’éteindront d’eux-mêmes : le Seigneur asséchera le marais et rendra aride la terre sur laquelle poussent les ronces ; il éteindra les vocations dans les séminaires corrompus et dans les couvents rebelles à la Règle.

La tâche sacrée des laïcs

Les fidèles laïcs ont aujourd’hui une tâche sacrée : réconforter les bons prêtres et les bons évêques, en se rassemblant autour d’eux comme les brebis autour de leur berger. Leur offrir l’hospitalité, les aider, les consoler dans leurs tribulations. Créer des communautés dans lesquelles le murmure et la division ne prédominent pas, mais plutôt la charité fraternelle dans le lien de la foi. Et puisque dans l’ordre établi par Dieu – κόσμος – les sujets doivent obéir à l’autorité et ne peuvent lui résister que lorsqu’elle abuse de son pouvoir, aucune faute ne leur sera imputée pour l’infidélité de leurs dirigeants, sur lesquels repose la très grave responsabilité de la manière dont ils exercent le pouvoir vicaire qui leur a été confié. Nous ne devons pas nous rebeller, mais nous opposer ; nous ne devons pas nous réjouir des erreurs de nos pasteurs, mais prier pour eux et les admonester avec respect ; nous ne devons pas remettre en question leur autorité, mais la façon dont ils l’utilisent.

Paroles d’espoir

Je suis certain, d’une certitude qui me vient de la foi, que le Seigneur ne manquera pas de récompenser notre fidélité, après nous avoir punis pour les fautes des hommes d’Église, en nous accordant de saints prêtres, de saints évêques, de saints cardinaux et surtout un saint pape. Mais ces saints naîtront de nos familles, de nos communautés, de nos églises : familles, communautés et églises dans lesquelles la grâce de Dieu doit être cultivée par une prière constante, la fréquentation de la sainte messe et des sacrements, l’offrande de sacrifices et de pénitences que la communion des saints nous permet d’offrir à la majesté divine pour expier nos péchés et ceux de nos frères, même ceux constitués en autorité. Les laïcs ont un rôle fondamental à cet égard : sauvegarder la foi au sein de la famille, afin que les jeunes qui sont éduqués dans l’amour et la crainte de Dieu puissent un jour être des pères et des mères responsables, mais aussi de dignes ministres du Seigneur, ses hérauts dans les ordres religieux masculins et féminins, ses apôtres dans la société civile.

Les remèdes

Le remède contre la rébellion est l’obéissance. Le remède contre l’hérésie est la fidélité à l’enseignement de la Tradition. Le remède au schisme est la dévotion filiale aux pasteurs sacrés. Le remède à l’apostasie est l’amour de Dieu et de sa Très Sainte Mère. Le remède au vice est l’humble pratique de la vertu. Le remède à la corruption des mœurs est de vivre constamment en présence de Dieu, mais l’obéissance ne peut se pervertir en une stupide servilité ; le respect de l’autorité ne peut être perverti en courtisanerie. Et n’oublions pas que s’il est du devoir des laïcs d’obéir à leurs pasteurs, le devoir des pasteurs d’obéir à Dieu, usque ad effusionem sanguinis [jusqu’à l’effusion du sang], est encore plus grave.

 

+ Carlo Maria Vigano, archevêque.

 

 


Extraits de textes de Mgr Vigano

La néo-Église prépare l’Antéchrist

Il semble que l’église postconciliaire, moderniste et maçonnique, aspire elle aussi à transformer, à dépasser l’Église du Christ, en la remplaçant par une « néo-Église », créature déformée et monstrueuse qui ne vient pas de Dieu. 

L’objectif de cette néo-Église n’est pas d’amener le peuple élu à reconnaître le Messie, comme pour la Synagogue ; il n’est pas de convertir et de sauver tous les peuples avant la seconde venue du Christ, comme pour l’Église catholique, mais de se constituer en bras spirituel du Nouvel Ordre Mondial et en défenseur de la Religion Universelle. En ce sens, la révolution conciliaire a dû d’abord démolir l’héritage de l’Église, sa Tradition millénaire, dans laquelle elle a puisé sa propre vitalité et son autorité en tant que Corps Mystique du Christ, pour se débarrasser ensuite des représentants de l’ancienne Hiérarchie, et n’a commencé que récemment à se présenter, sans faux-semblant, telle qu’elle cherche à être. 

 Ce qu’elle présente comme une utopie est, en réalité, une dystopie, car elle représente la concrétisation du projet de la franc-maçonnerie et la préparation de l’avènement de l’Antéchrist.

Je suis également convaincu que la majorité de mes frères, et plus encore la quasi-totalité des prêtres et des fidèles, ne sont pas absolument conscients de ce plan infernal, et que les événements récents ont ouvert les yeux de beaucoup [5].

Sur la tyrannie sanitaire

Nous avons des raisons de croire – sur la base des données officielles relatives à l’incidence de l’épidémie, et sur celle du nombre de décès – qu’il existe des pouvoirs fort intéressés à créer la panique parmi la population dans le seul but d’imposer de façon permanente des formes inacceptables de limitation de la liberté, de contrôle des personnes, de suivi de leurs mouvements. Ces formes de limitations liberticides sont un prélude inquiétant à la création d’un Gouvernement Mondial hors de tout contrôle [6].

 

Si vous pensez que, durant le confinement, tous les traitements pour les malades ont été suspendus, mais que les avortements ont continué à être pratiqués, vous comprenez bien quelles sont les priorités de ceux qui nous gouvernent : la culture de mort ! […]

L’idée que les enfants sont la propriété de l’État répugne à toute personne humaine. Dans l’ordre social chrétien, l’autorité civile exerce son pouvoir pour garantir aux citoyens le bien-être naturel qui est ordonné au bien spirituel. Le bien commun poursuivi par l’État dans les choses temporelles a donc un objet bien défini qui ne peut et ne doit pas être en conflit avec la loi de Dieu, législateur suprême. Chaque fois que l’État doit enfreindre cette loi éternelle et immuable, son autorité disparaît et les citoyens doivent refuser de lui obéir. Cela vaut certainement pour l’odieuse loi sur l’avortement, mais cela doit aussi s’appliquer à d’autres cas, où l’abus d’autorité consiste à imposer des vaccins dont la dangerosité est inconnue ou qui, par leur composition même, devraient entraîner des problèmes éthiques. Je pense, par exemple, aux cas où un vaccin contient du matériel fœtal provenant d’enfants avortés.

Mais il y a aussi d’autres aspects inquiétants, aujourd’hui proposés, qui concernent non seulement les contenus de l’éducation, mais aussi la manière de participer aux leçons : la distanciation sociale, l’utilisation de masques et d’autres formes de prévention présumée de l’infection dans les classes et les environnements scolaires impliquent de graves dommages à l’équilibre psychophysique des enfants et des jeunes, compromettant la capacité d’apprendre, les relations interpersonnelles entre les élèves et les enseignants, et les réduisant à des automates à qui l’on ordonne non seulement quoi penser, mais aussi comment bouger et respirer. Il semble qu’on ait perdu la notion même de bon sens qui devrait encadrer des choix lourds de conséquences dans la vie sociale et qui paraissent être un prélude à un monde inhumain dans lequel les parents se voient retirer leurs enfants lorsqu’ils sont considérés comme positifs pour un virus de grippe, avec des protocoles de traitement sanitaire obligatoires appliqués dans les dictatures les plus féroces [7].

Une parodie maçonnique de l’Église

Avec un regard surnaturel, conforté par l’Écriture Sainte et les différents messages de Notre-Dame, nous pouvons comprendre qu’en ce moment on peut voir plus clairement la dimension réelle du choc épique entre le Bien et le Mal, entre les enfants de la Lumière et les enfants des ténèbres. Ce qui scandalise vraiment, c’est de voir comment les dirigeants de la Hiérarchie se mettent ouvertement au service du prince de ce monde, en reprenant à leur compte les exigences onusiennes de la mondialisation globaliste, de la fraternité maçonnique, de l’écologisme malthusien, de l’immigrationnisme... On prépare une religion mondiale unique, sans dogmes et sans morale, telle que la veut la franc-maçonnerie : il est clair que Bergoglio, et ceux qui sont derrière lui et le soutiennent, aspirent à la présidence de cette parodie infernale de l’Église du Christ [8].

Tout devient plus clair

Il semble que les enfants des ténèbres – que nous pouvons facilement identifier avec l’État profond auquel vous vous opposez sagement et qui mène une guerre acharnée contre vous ces jours-ci – ont décidé de montrer leurs cartes, pour ainsi dire, en révélant maintenant leurs plans. Ils semblent si sûrs d’avoir déjà tout sous contrôle qu’ils ont mis de côté cette circonspection qui, jusqu’à présent, avait au moins partiellement caché leurs véritables intentions. Les enquêtes déjà en cours révéleront la véritable responsabilité de ceux qui ont géré l’urgence du Covid non seulement dans le domaine des soins de santé mais aussi dans la politique, l’économie et les médias [9].

L’herméneutique de la continuité n’est plus tenable

Les tentatives visant à corriger les excès du Concile – en invoquant l’herméneutique de la continuité – ont abouti à une faillite […] Si le simulacre d’une divinité infernale a pu entrer à Saint-Pierre, cela fait partie d’un crescendo que la partition [musicale] avait prévu dès le début. […]

Ce que le monde veut, à l’instigation de la franc-maçonnerie et de ses tentacules infernaux, c’est créer une religion universelle, humanitaire et œcuménique, dans laquelle ce Dieu jaloux que nous adorons est banni. […]

Il est déconcertant que peu de gens soient conscients de cette course vers l’abîme, et que peu de gens soient conscients de la responsabilité des dirigeants de l’Église à soutenir ces idéologies anti-chrétiennes, comme s’ils voulaient se garantir un espace dans le train de la pensée unique. Et il est étonnant que l’on persiste à ne pas vouloir enquêter sur les causes profondes de la crise actuelle, se limitant à déplorer les excès d’aujourd’hui comme s’ils n’étaient pas la conséquence logique et inévitable d’un plan orchestré il y a plusieurs décennies. […]

Je l’avoue avec sérénité et sans polémique : j’ai été l’un de ceux qui, malgré de nombreuses perplexités et craintes qui s’avèrent aujourd’hui tout à fait légitimes, ont placé leur confiance dans l’autorité de la Hiérarchie avec une obéissance inconditionnelle. En réalité, je pense que beaucoup, et moi parmi eux, n’ont pas initialement envisagé la possibilité d’un conflit entre l’obéissance à un ordre de la Hiérarchie et la fidélité à l’Église elle-même. […]

Ce n’est pas un hasard si les partisans de Bergoglio sont les mêmes qui voient dans le Concile le premier événement d’une nouvelle église, avant laquelle il y avait une ancienne religion avec une ancienne liturgie. Ce n’est pas un hasard : ce qu’ils affirment impunément, suscitant le scandale des modérés, c’est ce que les catholiques croient aussi, à savoir que malgré toutes les tentatives d’herméneutique de la continuité misérablement anéanties lors de la première confrontation avec la réalité de la crise actuelle, il est indéniable que depuis Vatican II, une église parallèle s’est formée, superposée et opposée à la véritable Église du Christ. Elle a progressivement occulté l’institution divine fondée par Notre-Seigneur pour la remplacer par une entité fallacieuse, correspondant à la religion universelle en attente, dont la franc-maçonnerie a été le premier théoricien. Des expressions comme nouvel humanisme, fraternité universelle, dignité humaine sont les mots d’ordre d’un humanitarisme philanthropique qui nie le vrai Dieu, d’une solidarité horizontale d’inspiration vague et spiritualiste, et d’un irénisme œcuménique que l’Église condamne sans appel. « Nam et loquela tua manifestum te facit » [car ta façon de parler te trahit, Mt 26, 73) : ce recours très fréquent, presque obsessionnel, au même vocabulaire que l’ennemi, trahit l’adhésion à l’idéologie dont il s’inspire ; inversement, le renoncement systématique au langage clair, sans équivoque et cristallin propre à l’Église, confirme la volonté de se détacher non seulement de la forme catholique, mais aussi de sa substance.

[…] Nous avons été induits en erreur pendant des décennies, en toute bonne foi, par des personnes qui, constituées en autorité, n’ont pas su veiller et garder le troupeau du Christ : certains pour vivre tranquilles, d’autres par excès d’engagements, d’autres par commodité, d’autres enfin par mauvaise foi ou même par malice. Ces derniers, qui ont trahi l’Église, doivent être identifiés, repris, invités à s’amender et, s’ils ne se repentent pas, jetés hors de l’enceinte sacrée.  […]

Tout comme j’ai obéi honnêtement et sereinement à des ordres douteux il y a soixante ans, croyant qu’ils représentaient la voix aimante de l’Église, de même aujourd’hui, avec autant de sérénité et d’honnêteté, je reconnais que je me suis laissé tromper. […]

Nous savons très bien que le but de ces initiatives œcuméniques et interreligieuses n’est pas de convertir au Christ ceux qui sont loin de l’unique Église, mais de tromper et de corrompre ceux qui conservent encore la foi catholique, les amenant à considérer comme souhaitable une grande religion universelle qui rassemblerait « dans une seule maison » les trois grandes religions abrahamiques : c’est le triomphe du plan maçonnique en préparation du règne de l’Antéchrist [10] !

La solution

La solution, à mon avis, réside avant tout dans un acte d’humilité que nous devons tous accomplir, à commencer par la hiérarchie et le pape : reconnaître l’infiltration de l’ennemi au sein de l’Église, l’occupation systématique de postes clés dans la Curie romaine, les séminaires et les universités, la conspiration d’un groupe de rebelles – dont, en première ligne, la déviante Compagnie de Jésus – qui ont réussi à donner un semblant de légitimité et de légalité à un acte subversif et révolutionnaire. Nous devons également reconnaître l’inadéquation de la réaction des bons, la naïveté de beaucoup, la lâcheté des autres, et les intérêts de ceux qui ont tiré du profit de cette conspiration.

Face à la triple négation du Christ dans la cour du grand prêtre, Pierre « flevit amare », pleura amèrement. La tradition nous dit que le Prince des Apôtres avait deux sillons sur les joues, à cause des larmes qu’il a versées pour le reste de ses jours, repenti de sa trahison. Ce sera au tour de l’un de ses successeurs, le Vicaire du Christ, dans la plénitude de son pouvoir apostolique, de reprendre le fil de la Tradition là où il a été coupé. Ce ne sera pas une défaite, mais un acte de vérité, d’humilité et de courage. L’autorité et l’infaillibilité du successeur du Prince des Apôtres en ressortiront intactes et reconfirmées. En effet, elles n’ont pas été délibérément impliquées dans Vatican II, alors qu’elles le seront le jour où un pontife devra corriger les erreurs que ce concile a permises par un jeu équivoque, refusant d’engager officiellement son autorité tout en laissant subrepticement entendre aux fidèles qu’elle l’était [11].


[1]    — Comme le sermon du 1er janvier 2015 publié sur La Porte latine : https://laportelatine.org/documents/histoire/mgr-lefebvre/textes/ma-resolution-et-mes-conseils-sermon-de-mgr-tissier-de-mallerais-donne-a-chicago-le-1er-janvier-2015

[2]    — https://www.aldomariavalli.it/2020/09/02/non-cediamo-alla-tentazione-di-abbandonare-la-chiesa-perche-invasa-da-eretici-e-fornicatori-sono-loro-che-vanno-cacciati/amp/

[3]    — Cet article est aussi disponible sur internet : https://www.dominicainsavrille.fr/leglise-conciliaire-existe-t-elle/

[4]    — « Les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionalistes. » Saint Pie X, Notre charge apostolique (lettre sur le Sillon), 25 août 1910. (NDLR.)

[5]    — Entretien du 21 avril, publié le 22 avril par Jeanne Smits sur son blog.

[6]    — Déclaration du 7 mai 2020, signée par plusieurs cardinaux (Müller, Zen, Pujats) et évêques, publiée par valeursactuelles.com.

[7]    — « Sauvons nos enfants de la dictature sanitaire ! Sauvons l’Italie de la tyrannie mondialiste ! », Lettre aux mères publiée sur le site Benoît et moi, le 19 août 2020.

[8]    — Lettre à une religieuse publiée le 31 mai 2020 sur le blog de Marco Tosatti.

[9]    — 7 juin 2020, lettre ouverte au président Trump.

[10]  — Excursus sur Vatican II publié sur chiesa et postconcilio le 9 juin 2020.

[11]  — « La tâche du prochain pape : reconnaître l’infiltration de l’ennemi dans l’Église », entretien du 21 juin 2020 avec Phil Lawler (texte italien publié sur le blog d’Aldo Maria Valli « Duc in altum » le 27 juin). — La dernière phrase de ce passage peut être rapprochée des explications de l’abbé Alvaro Calderon : les nouveautés conciliaires ont été imposées par un exercice détourné de l’autorité ecclésiastique « qui a utilisé le prestige de son apparence sans la réalité de sa substance » (Le Sel de la terre 72, p. 105).

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 114

p. 1-14

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