Angelus et communion spirituelle
par le père Matéo
Le grand apôtre du Sacré Cœur, le père Matéo Crawley-Boevey (1875-1969) publia en 1950 des Méditations sur le Rosaire dont nous extrayons ces quelques pages sur l’Annonciation [1].
Le Sel de la terre.
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— I. —Angelus Domini nuntiavit Mariæ, Et concepit de Spiritu Sancto
Celui qui, étant la splendeur du Père, était adoré par les anges dans les hauteurs du ciel, fut aussi adoré, depuis ce 25 mars, après le Fiat de Marie, dans le sein de la Nazaréenne divine, vierge et mère.
Voilà pourquoi, ô Marie, avec toutes les générations chrétiennes, nous vous proclamons bienheureuse : Dieu seul est plus grand, plus saint que vous.
Oui, la Maternité divine de Marie est bien le centre et le foyer de tous ses insignes et nombreux privilèges.
La fête classique par excellence de Marie est donc celle de sa divine maternité. Mater Dei, Mater Christi. Tous ses titres découlent de celui-là.
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Marie, nous vous louons et admirons immaculée, conçue sans la tache originelle, parce que vous êtes mère de Celui qui est la sainteté infinie.
Et depuis l’Annonciation, nous vous acclamons reine du ciel et de la terre parce que Celui qui est le roi des rois siégea dans votre cœur, son premier trône ici-bas.
Voilà pourquoi aussi, près du médiateur Jésus, vous êtes la médiatrice universelle de toutes les grâces, car vous êtes la mère de celui qui est la grâce et la vie.
Vous êtes, Marie, la mère miséricordieuse des hommes parce que vous êtes la mère du Fils de l’homme, du Sauveur qui nous donna à vous et qui vous confia à notre tendresse en mourant sur la croix.
Dieu seul est plus saint, plus grand et plus beau que vous, parce que vous êtes et fûtes la plus humble des créatures. A cause de cela, vous êtes la seule vraiment grande.
— II. —Ecce ancilla Domini, Fiat mihi secundum verbum tuum
Voix de Marie :
Vous dites vrai, le Seigneur a fait en moi de grandes choses, et la plus grande fut celle de me choisir pour sa mère.
Approchez, mes enfants, car je désire tant partager cette immense grâce avec vous… mais à condition que vous me l’arrachiez par une coopération très généreuse.
Rappelez-vous à cet effet ce que mon Jésus réplique avec véhémence à cette femme enthousiaste qui lui crie : Bienheureux le sein qui vous a porté ! – Bienheureux plutôt, dit Jésus, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui en vivent !… Ceux-là sont ma mère et mes frères !
Voulez-vous donc, mes enfants, que Jésus s’incarne spirituellement en vous, et qu’ainsi il devienne vie de votre vie ?
J’attends de vous un grand oui : dites-moi que vous voulez d’un grand vouloir partager spirituellement le privilège de ma maternité ! Quelle gloire cela serait pour mon Fils adorable et aussi pour moi sa mère et votre mère !
Mon Fiat fit à Nazareth ce grand miracle... Mon Fiat et votre abandon total à la volonté divine fera le second.
— III. —Et Verbum caro factum est, Et habitavit in nobis
Cette sorte d’incarnation spirituelle de Jésus en nous se consommera ensuite, d’une manière aussi profonde que vécue, par la communion au Corps et au Sang de Jésus-Hostie.
L’Homme-Dieu habita et habite encore parmi nous par la présence réelle au Saint-Sacrement de l’autel... Son âme s’y unit à notre âme, son Cœur à notre cœur, son Sang à notre sang par la sainte communion quand Jésus se livre à nous en nourriture céleste. Il vient alors pour nous assimiler, dans la mesure où notre fidélité le lui permet, car ces miracles se font toujours à deux… Et malgré la distance infinie qui sépare toujours, le Créateur de sa créature, il n’y a pas ici-bas d’union qui ressemble davantage à celle de l’incarnation que celle produite par la sainte communion. Et elle est aussi un beau reflet et un gage assuré de celle que l’éternité de gloire réserve aux élus.
*
Tout ceci, ô Marie, nous parle éloquemment de votre sublime sainteté. Mais aussi de la sainteté à laquelle prêtres, âmes religieuses et fidèles nous sommes tous appelés par notre baptême.
Reine des saints, Marie, faites de nous des saints !
Faites que nous vivions en plein la grâce merveilleuse de notre adoption divine et celle de notre assimilation au Christ par la sainte eucharistie.
Reine des saints, dissipez le préjugé si courant et si malfaisant qui fait craindre comme une prétention fantaisiste l’ambition de tendre à la sainteté... Obtenez-nous la conviction dans la vérité que, chrétiens, nous sommes tous appelés non pas à faire des miracles, ni à jouir de charismes, cela n’est pas la sainteté, mais à la perfection, comme notre Père céleste est parfait.
Obtenez-nous la lumière pour saisir que le miracle obligatoire, que le charisme suprême, est seul l’amour jusqu’à la sainteté : la sainteté qui est la perfection de l’amour. Voilà l’appel de notre baptême !
Et puisque nous sommes hésitants parce que lâches, jetez, ô Reine bien-aimée, dans le plateau de la balance votre Cœur maternel ; obtenez-nous la ferme résolution de nous sanctifier avec la grâce de notre état.
Oui, faites que nous vivions, bien avant d’entrer au ciel, cette belle parole de l’Apôtre : Ma vie, c’est Jésus-Christ.
*
La grâce vraiment extraordinaire qu’est la sainte messe, méditée, passionnément aimée et donc, vécue, réalisera ce beau mystère en nous. L’intimité divine débute par une confiance sans bornes et se consomme par un abandon total au Père par les mains de Jésus.
Or, la sainte messe est précisément cet abandon de Jésus à son Père. Et par Lui, en Lui, nous devons nous livrer nous aussi sans réserve au Père. Et cela, surtout à l’heure de l’oblation douloureuse, dans la croix. Notre vie deviendra aussi une messe : elle sera belle, féconde et glorieuse.
[1] — P. Matéo Crawley-Boevey, de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpus), Méditations sur le Rosaire, Paris, 1950, p. 16-18. Sous-titres de notre rédaction. — Sur le père Matéo, voir la notice publiée dans Le Sel de la terre 52 (p. 142), ainsi que sa Retraite avec le Sacré-Cœur, publiée dans les numéros 52 à 70 du Sel de la terre, puis aux éditions du Sel.
Informations
L'auteur
En juin 1907, reçu en audience privée par saint Pie X, le père Mateo Crawley-Boevey (1875-1969), lui demande la permission de conquérir le monde au Sacré-Cœur par la consécration des familles.
Après l’avoir écouté, le saint Pape répond : « Non, mon fils. Je ne vous le permets pas, je vous en donne l'ordre : vous consacrerez votre vie à cette œuvre de salut».
Le numéro

p. 108-110
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