Deux textes de Mgr Vigano
Mgr Carlo Maria Vigano, déjà connu de nos lecteurs [1], a publié récemment deux textes qui méritent attention.
Le premier répond à un prêtre qui l’avait interrogé sur la crise actuelle. Cette lettre a été publiée en italien sur le site de Aldo Maria Valli et traduite par nos soins. Nous en donnons de larges extraits [2]. Ils intéresseront nos lecteurs car l’archevêque aborde la question souvent posée : comment résister aux autorités romaines actuelles, voire les accuser de prévarication, sans pour autant remettre en cause leur légitimité. On verra que la position de Mgr Vigano rappelle celle de Mgr Lefebvre qui a toujours été celle du Sel de la terre.
Le deuxième texte dénonce vigoureusement « l’idolâtrie » de Vatican II. C’est probablement cette vigueur qui gêne ceux qui sont habitués à un style plus « ecclésiastique ». Mais il ne faudrait pas oublier que la polémique est un genre parfaitement légitime même chez les catholiques, qui peuvent se revendiquer des diatribes de Jésus face aux pharisiens et de l’exemple de nombreux saints. Il faut aussi tenir compte de l’énormité du crime commis par ceux qui occupent les chaires de vérité pour répandre le mensonge : cela leur mérite bien une flagellation… verbale.
Le Sel de la terre.
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Lettre publique de Mgr Vigano à un prêtre
Révérend et cher prêtre du Christ,
J'ai reçu votre lettre, dans laquelle vous me soumettez des questions graves sur la crise d’autorité dans l’Église, crise qui s’est intensifiée ces dernières années et en particulier lors de « l’urgence pandémique », à l’occasion de laquelle la gloire de Dieu et le salut des âmes ont été mis de côté au profit d’une prétendue santé du corps. Si j’ai l’intention de rendre publique ma réponse détaillée à votre lettre, c’est parce qu’elle répond aux nombreux fidèles et prêtres qui m’écrivent de partout, m’exposant leurs interrogations et tourments de conscience sur ces mêmes graves questions.
Le problème d’une autorité pervertie
Le problème d’une autorité pervertie – c’est-à-dire qui n’agit pas dans les limites qui sont les siennes ou qui s’est donné de manière autonome une fin opposée à celle qui la légitime – est abordée par les saintes Écritures pour nous rappeler que omnis potestas a Deo (Rm 13, 1) et qui resistit potestati, Dei ordinationi resistit (Rm 13, 2). Et si saint Paul nous dit d’obéir à l’autorité civile, à plus forte raison nous sommes tenus d’obéir à l’autorité ecclésiastique, en raison de la primauté des questions spirituelles sur les questions temporelles.
Vous observez que ce n’est pas à nous de juger l’autorité, car le Fils de l’homme reviendra pour faire justice à la fin des temps. Mais si nous devions attendre le jour du Jugement pour voir les méchants punis, dans quel but la Majesté divine aurait-elle établi une autorité temporelle et spirituelle sur terre ? N’est-ce pas leur travail, en tant que vicaires du Christ Roi et Grand Prêtre, de gouverner leurs sujets sur cette terre, d’administrer la justice et de punir les méchants ? Quel sens auraient les lois s’il n’y avait pas quelqu’un pour les faire respecter, sanctionnant ceux qui les violent ? Si l’arbitraire de ceux qui sont constitués en autorité n’était pas puni par ceux qui ont autorité sur eux, comment les sujets – civils et ecclésiastiques – pourraient-ils espérer obtenir justice sur terre ?
Je crains que votre objection, selon laquelle les ecclésiastiques qui détiennent un pouvoir dérivant de l’autorité de la charge exercée ne puissent être jugés qu’à la fin des temps, conduise d’une part au fatalisme et à la résignation des sujets, et d’autre part constitue une sorte d’incitation à abuser de leur pouvoir chez les supérieurs.
L’obéissance à une autorité pervertie ne peut pas être considérée comme un devoir, ni moralement bonne, simplement parce qu’à son retour le Fils de l’homme reviendra pour faire justice à la fin des temps. L’Écriture nous exhorte certainement à être obéissants, en réglant notre obéissance par la patience et l’esprit de pénitence, mais elle ne nous exhorte absolument pas à obéir à des ordres intrinsèquement mauvais pour la seule raison que ceux qui nous les imposent sont constitués en autorité. Cette autorité, en effet, précisément au moment où elle s’exerce contre la fin pour laquelle elle existe, se prive de la légitimité qui la justifie et, bien qu’elle ne s’éteigne pas de fait, elle exige néanmoins des sujets une adhésion qui doit être passée au crible et jugée au coup par coup.
Le désordre issu de la Révolution
Avec la Révolution, l’ordo christianus, qui reconnaissait l’autorité constituée comme venant de Dieu, fut renversé, pour faire place aux prétendues démocraties au nom de la laïcité de l’État et de sa séparation d’avec l’Église. Avec le concile Vatican II, cette subversion du principe d’autorité s’est glissée dans la Hiérarchie elle-même, entraînant l’effacement de cet ordre voulu par Dieu non seulement dans la société civile, mais aussi dans l’Église. De toute évidence, lorsque l’œuvre de Dieu est falsifiée et que son autorité est refusée, le pouvoir est irrémédiablement compromis et les conditions sont créées pour la tyrannie ou l’anarchie. L’Église ne fait pas exception, comme nous pouvons douloureusement le constater : le pouvoir est souvent exercé pour punir les bons et récompenser les méchants ; les sanctions canoniques servent presque toujours à excommunier ceux qui restent fidèles à l’Évangile ; les dicastères et les organes du Saint-Siège soutiennent l’erreur et empêchent la diffusion de la Vérité. Bergoglio lui-même, qui devrait représenter la plus haute autorité du monde, utilise le pouvoir des Clés sacrées pour soutenir l’agenda mondialiste et promouvoir des doctrines hétérodoxes, bien conscient que l’adage Prima Sedes a nemine judicatur lui permet d’agir impunément, sans être dérangé.
Cette situation est évidemment anormale, car dans l’ordre établi par Dieu, l’obéissance est due à celui qui représente l’autorité. Mais dans ce merveilleux cosmos, Satan insinue le chaos, altérant l’élément fragile et pécheur : l’homme. Vous le soulignez bien dans votre lettre, cher prêtre :
Or, la chose la plus diabolique que notre ennemi ait réussi à accomplir, c’est d’utiliser pour faire le mal précisément la personne même qui se présente au monde investie de l’autorité conférée par Jésus-Christ à son Église, et cela : d’une part pour impliquer certains des bons dans le mal, d’autre part pour scandaliser les bons qui s’en rendent compte.
Puis vous replacez cette situation dans le contexte du cas présent :
L’autorité de Jésus a été abusivement utilisée pour justifier et soutenir une terrible opération, qui se présente sous le faux nom de vaccination. […]
Limites à l’autorité des prélats, y compris du pape
Revenons maintenant à l’autorité. Vous écrivez :
C’est pourquoi quiconque se trouve face à des personnes investies de l’autorité de Jésus qui agissent manifestement à l’opposé de son mandat, est en mesure de se demander s’il peut ou non obéir à leur autorité, quand dans des situations terribles comme celle-ci, celui qui exerce l’autorité au nom de Jésus agit clairement contre ses mandats.
La réponse nous vient de la doctrine catholique, qui fixe des limites d’exercice très claires à l’autorité des prélats et à l’autorité suprême du pape. Dans le cas présent, il me paraît évident que le Saint-Siège sort de son rôle en publiant des appréciations qui, par leur mode de présentation et d’analyse et par les omissions manifestes qui les affectent, ne peuvent aucunement entrer dans le cadre déterminé du Magistère. Le problème, à y regarder de plus près, est logique et philosophique, avant même d’être théologique ou moral, car les termes de la quæstio sont incomplets et erronés, et donc la réponse sera erronée et incomplète.
Cela n’enlève rien à la gravité du comportement de la Congrégation de la Foi, mais en même temps c’est précisément en sortant des limites propres à l’autorité ecclésiastique qu’elle confirme le principe général de doctrine et l’infaillibilité que le Seigneur garantit à son vicaire, lorsqu’il entend enseigner une vérité relative à la foi ou à la morale en tant que berger suprême de l’Église. S’il n’y a pas de vérité à enseigner, si cette vérité n’a rien à voir avec la foi et la morale, si celui qui promulgue cet enseignement n’a pas l’intention de le faire avec l’autorité apostolique, si l’intention de transmettre cette doctrine aux fidèles en tant que vérité à garder et à croire n’est pas explicite, l’assistance du Paraclet n’est pas garantie et l’autorité qui la promulgue peut – et dans certains cas doit – être ignorée. Il est donc possible aux fidèles de résister à l’exercice illégitime d’une autorité légitime, à l’exercice d’une autorité illégitime ou à l’exercice illégitime d’une autorité illégitime.
Par conséquent, je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous dites :
Si l’infidélité affecte cette autorité, seul Dieu peut intervenir. Aussi parce que même contre des autorités de niveau inférieur, il devient difficile de faire appel dans l’espoir d’obtenir justice.
Le Seigneur peut intervenir positivement dans le cours des événements, manifester sa volonté d’une manière prodigieuse ou même simplement raccourcir les jours des méchants. Mais l’infidélité de celui qui est constitué en autorité, même s’il ne peut être jugé par ses sujets, n’en est pas moins coupable, elle ne peut prétendre l’obéissance à des ordres illégitimes ou immoraux. En réalité, une chose est l’effet qu’elle a sur les sujets, une autre est le jugement sur sa manière d’agir et une autre encore est la punition qu’elle peut mériter. Ainsi, s’il n’appartient pas aux sujets de mettre à mort le pape pour hérésie (bien que la peine de mort soit considérée par saint Thomas d’Aquin comme la mesure du crime de ceux qui corrompent la foi), on peut néanmoins reconnaître un pape comme hérétique, et à ce titre refuser, au cas par cas, de lui donner l’obéissance à laquelle il aurait autrement droit. Nous ne le jugeons pas, parce que nous n’avons pas le pouvoir de le faire, mais nous le reconnaissons pour ce qu’il est, en attendant que la Providence suscite celui qui pourra se prononcer définitivement et avec autorité.
La résistance au tyran
C’est pourquoi, lorsque vous dites : « Ce ne sont pas les subordonnés de ces méchants qui ont le pouvoir de se rebeller et de les renverser de leur place », il est nécessaire de distinguer d’abord quel type d’autorité est en question, et d’autre part quel ordre est donné et quels dommages cette obéissance éventuelle entraînerait. Saint Thomas considère la résistance au tyran et le régicide comme moralement licites dans certains cas, tout comme il est licite – et c’est même un devoir – de désobéir à l’autorité des prélats qui abusent de leur pouvoir contre le but intrinsèque du pouvoir lui-même.
Dans votre lettre, vous dites reconnaître la marque de l’idéologie communiste dans la rébellion contre l’autorité. Mais la Révolution, dont le communisme est une expression, entend renverser les souverains non en tant qu’ils sont éventuellement corrompus ou tyranniques, mais comme insérés hiérarchiquement dans un ordre essentiellement catholique, et donc antithétique au marxisme.
S’il n’était pas possible de s’opposer à un tyran, les Cristeros, qui se sont rebellés avec les armes contre le dictateur maçonnique du Mexique qui persécutait ses citoyens en abusant de son autorité, auraient péché. Les Vendéens, les Sanfédistes, les Insorgenti [3] auraient péché : victimes d’un pouvoir révolutionnaire, perverti et pervertisseur, devant lequel, en réalité, la rébellion n’est pas seulement licite, mais est aussi un devoir. Même les catholiques qui, au cours de l’histoire, ont dû se rebeller contre leurs prélats, par exemple les fidèles qui en Angleterre ont dû résister à leurs évêques devenus hérétiques avec le schisme anglican, ou ceux en Allemagne qui ont été forcés de refuser l’obéissance aux prélats qui avaient embrassé l’hérésie luthérienne. L’autorité de ces bergers devenus loups était en fait nulle, puisqu’elle était orientée vers la destruction de la foi plutôt que vers sa défense, contre la papauté plutôt qu’en communion avec elle. Et vous ajoutez à juste titre : « Alors les pauvres fidèles, devant leurs pasteurs qui commettent de tels crimes et d’une manière si éhontée, sont stupéfaits. Comment puis-je suivre, au nom de Jésus, quelqu’un qui fait plutôt ce que Jésus ne veut pas ? »
Mais un peu plus loin, je lis ces paroles de vous :
Quiconque nie leur autorité, en réalité nie l’autorité de celui qui les a établis. Et quiconque veut nier l’autorité de celui qui les a établis doit aussi nier leur autorité. En revanche, ceux qui restent soumis à l’autorité des ministres constitués en autorité par Jésus, sans se rendre complice de leurs erreurs, obéissent à l’Autorité de Jésus qui les a établis.
Cette proposition est manifestement erronée, car en liant indissolublement l’autorité première et originelle de Dieu à l’autorité dérivée et vicariante de la personne, elle en déduit une sorte de lien indéfectible, alors qu’au contraire ce lien disparaît précisément au moment où celui qui exerce l’autorité au nom de Dieu la pervertit en fait, bouleverse son dessein en le subvertissant. A l’inverse, je dirais que c’est précisément parce que nous devons tenir l’autorité de Dieu dans le plus grand honneur qu’elle ne peut être bafouée par l’obéissance à ceux qui sont par nature soumis à la même autorité divine. Pour cette raison, saint Pierre nous exhorte à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5, 29) : l’autorité terrestre, qu’elle soit temporelle ou spirituelle, est toujours soumise à l’autorité de Dieu. Il n’est pas possible de penser que – pour une raison qui semble presque dictée par un bureaucrate – le Seigneur ait voulu laisser son Église à la merci des tyrans, comme s’il préférait la légitimité juridique procédurale au but pour lequel il les a placés pour paître son troupeau.
La résistance au pape…
Bien entendu, la solution de la désobéissance semble plus facilement applicable aux prélats qu’au pape, puisque ceux-ci peuvent être jugés et déposés par le pape, alors que ce dernier ne peut être déposé par personne sur terre. Mais s’il est humainement incroyable et douloureux d’avoir à reconnaître qu’un pape peut être mauvais, cela ne nous permet pas de nier l’évidence et ne nous oblige pas à nous abandonner passivement à l’abus du pouvoir qu’il exerce au nom de Dieu, mais contre lui.
Si personne ne voudrait attaquer les palais sacrés pour en chasser l’hôte indigne, on peut exercer des formes légitimes et proportionnées de réelle opposition, y compris la pression pour qu’il démissionne et abandonne ses fonctions. C’est précisément pour défendre la papauté et l’autorité sacrée qu’il reçoit du grand et éternel Prêtre qu’il est nécessaire d’éloigner celui qui l’humilie, la démolit et en abuse. J’ose dire, par souci d’exhaustivité, que même le renoncement arbitraire à l’exercice de l’autorité sacrée par le pontife romain représente un vulnus très sérieux à la papauté, et pour cela nous devons considérer Benoît XVI plus responsable que Bergoglio.
Vous mentionnez ensuite ce que le prélat tyrannique devrait penser de sa propre autorité :
Un ministre de Dieu […] devrait avant tout nier son autorité d’apôtre, ou d’envoyé de Jésus. Il devrait reconnaître qu’il ne veut pas suivre Jésus et s’en aller. De cette façon, le problème serait résolu.
Mais, cher prêtre, vous vous attendez à ce que l’inique agisse comme une personne honnête et craignant Dieu, alors que justement parce qu’il est mauvais, il abusera sans aucune cohérence ni aucun scrupule d’un pouvoir qu’il sait très bien avoir conquis par malice dans le but de le détruire, puisque c’est dans l’essence même de la tyrannie, en tant que perversion d’une autorité juste et bonne, non seulement d’exercer de manière perverse, mais aussi de discréditer et rendre odieuse cette même autorité dont elle est la grotesque contrefaçon.
Les horreurs commises par Bergoglio ces dernières années représentent non seulement un abus indigne de l’autorité papale, mais ont pour conséquence immédiate le scandale des bons à son encontre, parce qu’elle rend antipathique et odieuse, en même temps que la parodie de papauté, la papauté elle-même, compromettant irrémédiablement l’image et le prestige dont jouissait jusqu’à présent l’Église, bien que déjà affligée par des décennies d’idéologie moderniste.
… conduit-elle à nier son autorité ?
Vous écrivez :
Par conséquent, il n’est licite à personne d’obéir à des ordres injustes ou mauvais, illégitimes, ou de faire le mal sous prétexte d’obéissance. Mais à personne non plus il n’est permis de nier l’autorité du pape parce qu’il l’exerce d’une manière perverse, en sortant de l’Église établie par Jésus sur le rocher de l’apôtre Pierre.
Ici, l’expression « nier l’autorité » doit être distinguée entre :
• nier que Bergoglio a une autorité en tant que pape ;
• ou, au contraire, nier que Bergoglio, dans tel ordre spécifique qu’il donne aux fidèles, a le droit d’être obéi alors que l’ordre est en conflit avec l’autorité du pape.
Personne n’obéirait à Bergoglio s ’il parlait à titre personnel ou était un employé du cadastre, mais le fait qu’en tant que pape il enseigne des doctrines hétérodoxes ou scandalise les simples par des déclarations provocantes, rend sa faute extrêmement grave, car celui qui l’écoute pense qu’il écoute la voix du Bon Pasteur. La responsabilité morale de qui commande est incommensurablement plus grande que celle du sujet qui doit décider s’il lui obéit ou non. Le Seigneur demandera un compte rigoureux de cela, à cause des conséquences que le bien ou le mal fait par le supérieur entraîne sur les subordonnés, même quant au bon ou mauvais exemple.
À y regarder de plus près, c’est précisément pour défendre la communion hiérarchique avec le pontife romain qu’il faut lui désobéir, dénoncer ses erreurs et lui demander de démissionner. Et prier Dieu qu’il l’appelle à Lui le plus tôt possible, s’il pouvait en résulter un bien pour l’Église.
La tromperie colossale
La tromperie, la tromperie colossale sur laquelle j’ai écrit à plusieurs reprises, consiste à forcer les bons – appelons-les ainsi par souci de brièveté – à rester emprisonnés dans des normes et des lois que les méchants utilisent justement in fraudem legis. C’est comme s’ils avaient compris notre point faible : à savoir que, malgré tous nos défauts, nous sommes religieusement et socialement orient és vers le respect de la loi, l’obéissance à l’autorité, le respect de la parole donnée, l’action avec honneur et loyauté. Avec ce vertueux point faible qui est le nôtre, ils se garantissent, de notre part, obéissance, soumission et, au maximum, résistance respectueuse et désobéissance prudente. Ils savent que nous – pauvres imbéciles, pensent-ils – voyons l’autorité du Christ en eux et essayons d’y obéir même si nous savons que telle action, fût-elle moralement insignifiante, va dans une direction très spécifique… C’est ainsi qu’ils nous ont imposé la messe réformée, ainsi qu’ils nous ont habitués à entendre les sourates du Coran chantées depuis l’ambon de nos cathédrales, et à voir celles-ci transformées en restaurants ou en dortoirs ; c’est ainsi qu’ils veulent nous présenter comme normale l’admission des femmes au service de l’autel... Chaque démarche de l’autorité, à partir du Concile, a été possible précisément parce que nous avons obéi aux pasteurs sacrés, et même si certaines de leurs décisions semblaient être déviantes, nous ne pouvions pas croire qu’ils nous trompaient ; et peut-être eux-mêmes, de leur côté, n’ont-ils pas compris que les ordres donnés avaient un but injuste. Aujourd’hui, en suivant le fil rouge qui unit l’abolition des Ordres mineurs à l’invention des acolytesses et des diaconesses, on comprend que ceux qui ont réformé la Semaine Sainte sous Pie XII avaient déjà sous les yeux le Novus Ordo et ses atroces déclinaisons. L’étreinte de Paul VI avec le patriarche Athénagoras a suscité en nous l’espoir d’un véritable œcuménisme, car nous n’avons pas compris – comme pourtant l’avaient dénoncé certains – que ce geste devait préparer le panthéon d’Assise, l’idole obscène de la pachamama et, peu après, le sabbat d’Astana [4].
Comment briser la tromperie
Aucun de nous ne veut comprendre que cette impasse peut être supprimée simplement en ne s’y engageant pas : il faut refuser de se confronter en duel avec un adversaire qui dicte des règles auxquelles nous seuls devrions nous plier, gardant pour lui-même la liberté de les briser. Ignorez-le. Notre obéissance n’a rien à voir ni avec la servilité passive ni avec l’insubordination ; au contraire, elle nous permet de suspendre tout jugement sur qui est ou n’est pas pape, continuant à nous comporter en bons catholiques même si le pape se moque de nous, nous méprise ou nous excommunie. Car le paradoxe ne réside pas dans la désobéissance des bons à l’autorité du pape, mais dans l’absurdité de devoir désobéir à une personne qui est à la fois pape et hérésiarque, Athanase et Arius, lumière de jure et ténèbres de facto.
Le paradoxe est que pour rester en communion avec le Siège Apostolique, nous devons nous séparer de celui qui devrait le représenter et nous voir bureaucratiquement excommuniés par celui qui est dans un état objectif de schisme avec lui-même. Le précepte évangélique de ne pas juger doit être compris non dans le sens de s’abstenir de la formulation d’un jugement moral, mais d’une condamnation de la personne, sinon nous serions incapables de faire des actes moraux. Bien sûr, ce n’est pas à l’individu de séparer le blé de l’ivraie, mais personne ne devrait appeler le blé ivraie, ni l’ivraie blé. Et quiconque a reçu l’ordination sacrée a non seulement le droit, mais le devoir de dénoncer les semeurs d’ivraie, les loups voraces et les faux prophètes, et d’autant plus s’il est dans la plénitude du sacerdoce, car dans ce cas, avec la participation au sacerdoce du Christ, il y a aussi la participation à son autorité royale.
Le droit à faire le mal conduit à l’intolérance envers le bien
Ce que nous ne réalisons pas, tant dans la sphère politique et sociale que dans la sphère ecclésiastique, c’est que notre acceptation initiale d’un prétendu droit de notre adversaire à faire le mal, basée sur une conception erronée de la liberté (morale, doctrinale, religieuse), se transforme maintenant en une tolérance de plus en plus difficile du bien, alors que le péché et le vice sont devenus la norme. Ce qui a été admis hier par un geste d’indulgence de notre part, revendique aujourd’hui une pleine légitimité et nous confine en marge de la société en tant que minorité en voie d’extinction. Bientôt, conformément à l’idéologie anti-Christ qui préside à cet inexorable changement de valeurs et de principes, la vertu sera interdite et ceux qui la pratiquent seront condamnés, au nom de l’intolérance envers le Bien, qualifié de diviseur, intégriste, fanatique. Notre tolérance envers celui qui, aujourd’hui, promeut les exigences du Nouvel Ordre Mondial et son assimilation dans le corps ecclésial, mènera infailliblement à l’établissement du royaume de l’Antéchrist, dans lequel les fidèles catholiques seront persécutés comme ennemis publics, exactement comme aux époques chrétiennes les hérétiques étaient considérés comme ennemis publics. En bref, l’ennemi a copié, renversé et perverti le système de protection de la société mis en œuvre par l’Église dans les nations catholiques.
Je crois, cher révérend, que vos observations sur la crise de l’autorité seront bientôt à compléter, du moins si on en juge par la rapidité avec laquelle Bergoglio et sa cour portent leurs coups à l’Église. Pour ma part, je prie pour que le Seigneur mette en lumière la vérité jusque-là cachée, nous permettant de reconnaître le Vicaire du Christ sur terre non pas tant par la robe qu’il porte, mais par les paroles qui sortent de sa bouche et par l’exemple de ses œuvres.
Je vous donne ma bénédiction et me confie à votre prière.
+ Carlo Maria, archevêque
31 janvier 2021
Dominica in Septuagesima
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Quicumque vult salvus esse ou de l’idolâtrie de Vatican II
Le 30 janvier 2021, le souverain pontife a reçu en audience le « bureau catéchétique » de la Conférence épiscopale italienne » et prononcé une allocution improvisée (a braccio) que Mgr Viganò commente vigoureusement ci-dessous [5]. Notons que le pape François a mentionné, dans ce discours, un « groupe d’évêques qui, après Vatican I, sont partis ». En réalité, aucun évêque catholique n’a quitté l’Église après Vatican I. Tous se sont soumis. Les seuls réfractaires furent des laïcs et des prêtres qui, pour avoir des évêques, durent recourir aux évêques jansénistes qui étaient déjà hors de l’Église, excommuniés et à moitié protestants [6].
Le Sel de la terre.
Alors que les nations anciennement catholiques introduisent dans leurs lois l’avortement et l’euthanasie, la théorie gender et les mariages sodomites ; alors qu’aux États-Unis un président légitimement élu se voit usurpé la Maison Blanche par un « président » corrompu, dépravé et avorteur, nommé par une gigantesque fraude, sous les applaudissements courtisans de Bergoglio et des évêques progressistes ; alors que la population mondiale est l’otage de conjurés et de conspirateurs qui font de l’argent sur la psycho-pandémie et l’imposition de pseudo-vaccins inefficaces et dangereux, la sollicitude de François se concentre sur la catéchèse, dans un monologue mis en scène le 30 janvier pour le public sélectionné du Bureau national de la catéchèse de la Conférence épiscopale italienne. Le spectacle a été offert à l’occasion du soixantième anniversaire de la fondation du Bureau Catéchétique, « un instrument indispensable pour le renouveau catéchétique après le concile Vatican II ».
Dans ce monologue, vraisemblablement rédigé par quelque obscur fonctionnaire de la Conférence épiscopale italienne sous forme de brouillon et ensuite développé a braccio grâce à l’improvisation dans laquelle excelle l’auguste orateur, tous les mots chers aux adeptes de l’église conciliaire reviennent ponctuellement, en premier lieu ce kerygma que tout bon moderniste ne peut jamais omettre dans ses homélies, bien qu’il ignore presque toujours le sens du terme grec, qu’il ne sait vraisemblablement même pas décliner sans trébucher sur les accents et les terminaisons. A l’évidence, l’ignorance de ceux qui répètent le refrain de Vatican II est instrumentum regni depuis que le clergé a été contraint de mettre de côté la doctrine catholique pour privilégier l’approche créative du nouveau cours. Bien sûr, utiliser le mot « annonce » au lieu de kerygma banaliserait les discours des initiés, tout en révélant l’intolérance méprisante de la caste envers la masse, obstinément accrochée au notionisme post-tridentin désormais interdit.
Ce n’est pas un hasard si les novateurs détestent de toutes leurs forces le Catéchisme de Saint Pie X qui, par la brièveté et la clarté des questions et des réponses, ne laisse aucune place à l’inventivité du catéchiste. Le catéchiste doit être – et il ne l’est plus depuis soixante ans – celui qui transmet ce qu’il a reçu, et non un fantomatique passeur de mémoire de l’histoire du salut, qui choisit à tour de rôle les vérités à transmettre et celles à laisser de côté pour ne pas contrarier ses interlocuteurs.
Dans la miséricordieuse église bergoglienne, héritière de l’église post-conciliaire (toutes deux déclinaisons d’un esprit qui n’a plus rien de catholique), il est licite de discuter, de contester, de rejeter chaque dogme, chaque vérité de la foi, chaque document magistériel et chaque déclaration papale antérieurs à 1958. Car, selon les mots de François, on peut être « frères et sœurs de tous, indépendamment de la foi ». Tout croyant comprend bien les implications très graves du pseudo-magistère actuel, qui contredit sans vergogne l’enseignement constant de l’Écriture sainte, de la Tradition divine et du Magistère apostolique. Cependant, la victime naïve de ces décennies de reprogrammation conciliaire des catholiques pourrait s’imaginer que, dans cette Babel composite d’hérétiques, de protestataires et de pervers, il reste au moins une place aussi pour les orthodoxes, les sujets pieux du pontife romain et les vertueux.
Fratelli tutti, indépendamment de la foi ? Ce principe d’accueil tolérant et indistinct ne connaît pas de limites, si ce n’est celle d’être catholique. Nous lisons en effet, dans le monologue de Bergoglio donné dans la salle clémentine le 30 janvier :
C’est le magistère : le Concile est le magistère de l’Église. Soit vous êtes avec l’Église et donc vous suivez le Concile, et si vous ne suivez pas le Concile ou si vous l’interprétez à votre manière, comme vous le souhaitez, vous n’êtes pas avec l’Église. Nous devons être exigeants et stricts sur ce point. Le Concile ne doit pas être négocié, pour en avoir plus… Non, le Concile est comme ça. Et ce problème que nous connaissons, de sélectivité à l’égard du Concile s’est répété tout au long de l’histoire avec d’autres Conciles.
Que le lecteur ait la bonté de ne pas s’attarder sur la prose incertaine de notre homme, qui dans son style improvisé « a braccio » joint le marasme doctrinal au massacre de la syntaxe. Le message du discours aux catéchistes précipite dans la contradiction les paroles miséricordieuses de Fratelli tutti, obligeant à une modification nécessaire du titre de la lettre encyclique en Fratelli tutti, a eccezione dei cattolici [Tous frères à l’exception des catholiques]. Et s’il est tout à fait vrai et acceptable que les conciles de l’Église catholique font partie du Magistère, il n’en va pas de même pour le seul « Concile » de la nouvelle Église, qui – comme je l’ai affirmé à plusieurs reprises – représente la plus colossale tromperie qui ait été commise par les pasteurs envers le troupeau du Seigneur ; une tromperie – repetita juvant – qui a été accomplie lorsqu’une poignée de conjurés experts a décidé d’utiliser les instruments du gouvernement ecclésiastique – autorité, actes magistériels, discours papaux, documents des congrégations, textes de la liturgie – dans un but opposé à celui que le divin Fondateur a établi lorsqu’il a institué la sainte Église. Ce faisant, les sujets ont été contraints d’adhérer à une nouvelle religion, de plus en plus ouvertement anti-catholique et finalement anti-christique, usurpant l’autorité sacrée de l’ancienne religion préconciliaire, méprisée et dépréciée.
Nous nous trouvons donc dans la situation grotesque d’entendre nier la sainte Trinité, la divinité de Jésus-Christ, la doctrine des suffrages pour les défunts, les buts du saint sacrifice, la transsubstantiation et la virginité perpétuelle de la bienheureuse Vierge Marie sans encourir aucune sanction canonique (s’il n’en était pas ainsi, presque tous les consultants de Vatican II et de l’actuelle Curie romaine auraient déjà été excommuniés) ; mais « si vous ne suivez pas le Concile ou si vous l’interprétez à votre manière, comme vous le souhaitez, vous n’êtes pas avec l’Église ».
Le commentaire de Bergoglio à cette condamnation convaincue de toute critique du Concile laisse vraiment incrédule :
Pour moi, cela me fait beaucoup penser à un groupe d’évêques qui, après Vatican I, sont partis, un groupe de laïcs, des groupes, pour continuer la « vraie doctrine » qui n’était pas celle de Vatican I : « Nous sommes les vrais catholiques ». Aujourd’hui, ils ordonnent des femmes.
Il convient de noter que « les groupes […] » qui refusèrent d’adhérer à la doctrine infailliblement définie par le premier concile œcuménique du Vatican ont été immédiatement condamnés et excommuniés, alors qu’aujourd’hui ils seraient accueillis à bras ouverts « indépendamment de la foi » ; et que les papes qui condamnèrent alors les « vieux catholiques », condamneraient aujourd’hui Vatican II, et seraient accusés par Bergoglio de « ne pas être avec l’Église ». D’autre part, les femmes lectrices et acolytes récemment inventées ne sont un prélude à rien d’autre qu’à cet « aujourd’hui ils ordonnent des femmes » auquel arrivent invariablement ceux qui abandonnent l’enseignement du Christ.
Curieusement, l’ouverture œcuménique, la voie synodale et la pachamama n’empêchent pas de se montrer intolérants envers les catholiques dont la seule faute est de ne pas vouloir apostasier la foi. Et pourtant, lorsque Bergoglio refuse « toute concession à ceux qui cherchent à présenter une catéchèse qui n’est pas en accord avec le Magistère de l’Église », il se désavoue lui-même et il désavoue la présumée primauté de la pastorale sur la doctrine, théorisée dans Amoris lætitia comme l’œuvre de ceux qui construisent des ponts et non des murs, pour reprendre une expression chère aux courtisans de Santa Marta.
Nous pourrions donc désormais actualiser l’incipit du symbole athanasien [7] : Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est, ut teneat Modernistarum hæresim [quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir l’hérésie moderniste].
+ Carlo Maria Viganò, archevêque
3 février 2021
Sancti Blasii, Episcopi et Martyris
[1] — Voir l’éditorial du Sel de la terre 114.
[2] — Le texte complet a été publié par MPI, le 15 février 2021 : https://www.medias-presse.info/reponse-de-mgr-vigano-a-un-superieur-de-communaute-au-sujet-de-la-crise-dautorite-dans-leglise/139988/
[3] — Les sanfédistes comme les Insorgenti sont des insurgés contre-révolutionnaires italiens entre 1796 et 1814. (NDLR.)
[4] — Mgr Vigano fait allusion à une réunion œcuménique qui doit se tenir en juin prochain dans une pyramide géante à Astana, capitale du Kazakhstan, réunion à laquelle le pape est invité. — Il faut malheureusement, noter que Mgr Schneider – évêque auxiliaire d’Astana mais aussi secrétaire de la conférence épiscopale kazakhe –, qui écrit parfois de bonnes choses, a signé un document, conjointement avec les autres évêques kazakhes, dans lequel il déclarait : « Les évêques et les ordinaires du Kazakhstan saluent la création du Conseil des confessions chrétiennes traditionnelles du Kazakhstan, qui s’est tenu le 13 mai 2019 dans la salle synodale du centre spirituel, culturel et administratif du district métropolitain du Kazakhstan de l’Église orthodoxe russe de la ville de Nur-Sultan. » Le 13 janvier 2020, il a participé à la première réunion officielle du Conseil. Le site officiel de l’Église catholique du Kazakhstan a publié une déclaration dans laquelle on lit que ce Conseil, « en collaboration avec les autres religions traditionnelles du monde, dans le cadre du Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles, créé par le Premier Président Nursultan Nazarbayev, entend promouvoir la fraternité, le dialogue et la solidarité entre les religions et les cultures comme contribution concrète et efficace pour soutenir la création d’une famille universelle fondée sur des valeurs humaines, morales, spirituelles , ainsi que sur des principes fondamentaux et inviolables ». Difficile de faire plus œcuménique au sens maçonnique de ce mot. Voir https://www.radiospada.org/2021/01/in-kazakistan-abbiamo-un-grosso-problema-e-qualche-serena-domanda-a-mons-schneider-va-fatta/
[5] — L’original a été publié le 4 février 2021 sur le blog d’Aldo Maria Valli : https://www.aldomariavalli.it/2021/02/04/carlo-maria-vigano-bergoglio-sul-vaticano-ii-fratelli-tutti-a-eccezione-dei-cattolici/. Nous reproduisons, un peu modifiée, la traduction du site « Benoît et moi » : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2021/02/05/mgr-vigano-fratelli-tutti-sauf-les-catholiques/
[6] — Voir Le Sel de la terre 112-113, sur le concile Vatican I.
[7] — « Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem (quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique) » Symbole de saint Athanase. (Note du traducteur.)

