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Courrier des lecteurs

— I —

 

Sur l’ordre du monde

• D’un ami qui nous avait déjà offert un article apprécié sur l’eau, merveille de la création [1] :

J'avais noté votre article paru dans le Sel n° 103 intitulé « L’ordre suffit-il à prouver Dieu ? » mais, bien que ce soit un sujet qui m’ait toujours préoccupé, je n’avais pas eu le loisir au moment de sa parution, de le lire avec attention. […]

J’ai, maintenant derrière moi, une carrière scientifique et cette question de l’ordre a toujours été, à mes yeux, fondamentale. Elle a jalonné toute mon existence y compris à travers les circonvolutions successives de mes rapports avec la religion et l’existence de Dieu.

Quand la Providence m’a donné l’occasion d’enseigner la physique et la chimie durant cinq ans à l’école Saint-Bernard de Bailly, j’ai d’emblée opté pour ne pas suivre la propagande officielle, mais fournir à mes élèves, de seconde et de troisième, des données vérifiables leur permettant de sentir, d’appréhender tout l’ordre naturel qui règne partout autour de nous.

J’ai bénéficié d’une entière liberté dans la rédaction de mes cours et j’en ai profité autant que faire se pouvait. Dès le départ, j’ai mis mes élèves devant mon choix. Ils ont apprécié cette démarche. Nos relations ont été excellentes parce qu’elles reposaient sur un contrat de franchise. Je m’engageais à n’affirmer que ce qui pouvait se vérifier et si la chose n’était pas certaine, je leur indiquais mes doutes sur les différentes options possibles.

Il se passe rarement une semaine où je ne croise un de mes anciens élèves et bien que j’aie cessé mon activité, ils me remercient encore de leur avoir parlé comme je l’avais choisi. La vérité rend libre, c’est évident.

J’ai rédigé un cours à la main mais aussi quelques exposés sur des thèmes plus précis et limités. Ainsi, j’avais trouvé intéressant de commencer l’année par leur faire une présentation du système solaire et au-delà de la galaxie, à l’aide d’un montage photo des planètes et de leurs satellites.

L’idée centrale était de montrer sur quelques points précis, qu’on pouvait conclure soit à un hasard bienfaisant, soit à la divine Providence. En répétant l’opération cinq fois, cela faisait une accumulation de hasards vraiment très généreux !

Pourquoi insister sur l’existence de Dieu dans une école catholique de tradition ? Tout simplement parce que l’enseignement scientifique officiel est comme dans les autres disciplines le reflet de l’idéologie qui nous dirige (État, sociétés, partis, familles...). Sous couvert de laïcité, les élèves sont plongés quotidiennement dans un flot virulent de propagande matérialiste.

Cette propagande a évolué. Ce n’est plus le matérialisme dialectique de Marx et d’Engels. Parler de la lutte des contradictions, d’unité des contraires ou de négation de la négation relèverait de la magie et ferait plutôt rire aujourd’hui.

La propagande matérialiste a pris la forme plus suave d’un dogme imposé et incontournable sous le vocable neutre de « modèle standard ». Du big bang à l’homme, il décrit une sorte de bande dessinée qui évacue la Création. Actuellement, le stade de l’homme est dépassé ; avec le transhumanisme, il est évident que l’homme, dans son orgueil insolent, entend jouer au créateur qui tente d’aller au-delà de ce qui est, avec les plus funestes conséquences qui ne manqueront pas d’en découler.

En définitive, il est essentiel que des jeunes sachent tirer de la contemplation du monde où ils vivent, l’ordre qui prouve l’existence du Créateur.

— Premier point : la zone tellurique

Notre système est centré autour d’une étoile, le Soleil, qui nous envoie son rayonnement sous forme de chaleur et de lumière. La zone tellurique s’étend jusqu’à 250 millions de km et comprend quatre planètes. Mercure est une petite planète sans atmosphère où règne un écart de 500°C entre les parties ensoleillées et celles qui sont à l’ombre. Le sol de Venus connaît une pression atmosphérique 93 fois plus forte que la nôtre et une température de 480°C. Mars possède une atmosphère très ténue et des températures très basses.

Seule notre planète, la Terre, se situe à l’endroit idéal où il fait assez chaud mais pas trop pour que la vie organique s’y développe.

Mais comment sont les autres zones du système solaire ?

Au-delà de Mars, se trouve un anneau de plus de 400 000 objets célestes ou astéroïdes, qui sont le résidu de la nébuleuse primitive qui a formé notre système solaire. Ces astres sont très petits et sans aucune atmosphère, et composés de blocs de silice inertes.

La zone suivante est celle des géantes gazeuses, qui s’étend jusqu’à 4,5 milliards de kilomètres. Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune sont quatre étoiles naines puisqu’elles ont la même composition chimique que le Soleil, c’est-à-dire un mélange d’hydrogène et d’hélium. Elles sont entourées de dizaines de satellites presque tous dépourvus d’atmosphère à l’exception de Titan qui gravite autour de Saturne et où règne une température au sol de -178°C qui se traduit par une pluie de méthane !

Enfin, au-delà de Neptune, on trouve quelques petites planètes très froides comme Pluton et divers objets célestes encore inconnus qui constituent les anneaux de Kepler et le nuage d’Oort.

En conclusion, sur terre nous sommes dans une situation idoine et celui qui croit l’attribuera à la Providence, quant aux autres ils diront que c’est le hasard, un hasard bienfaisant.

— Second point : l’abondance de l’eau

Il parait difficile de croire que l’eau soit une substance rare dans notre système solaire tant elle est abondante dans le monde terrestre qui nous entoure. Et pourtant, notre situation d’abondance est exceptionnelle. Il n’y a pas d’eau ailleurs que sur Terre, ni sur aucune planète, ni sur la Lune sauf sur un satellite de Jupiter, Europe, et encore plus loin sur Encelade, un petit satellite dont les geysers glacés alimentent les anneaux de Saturne.

Pour expliquer l’origine de l’eau terrestre, la mode actuelle est d’évoquer un bombardement intensif de comètes chargées de glace au début de l’existence de notre planète ; toutefois, on n’a pas réussi à photographier la présence d’eau ni de glace sur aucune des comètes observées à ce jour.

Par ailleurs, le survol de Pluton en 2015 a montré non pas de l’eau mais des sols recouverts d’azote solide à -220° C.

Quant à Mars, on ne compte plus les sondes et les millions de dollars consacrés par la NASA pour y découvrir sinon l’océan caché ou à défaut des traces d’eau qui persistent à échapper à ces recherches.

L’abondance de l’eau sur Terre n’est niée par personne puisque la surface des océans est largement supérieure à celle de tous les continents réunis. Pour ceux qui ne croient pas en Dieu, cette abondance est de nouveau le fruit d’un heureux hasard et pour les autres, l’œuvre du Créateur.

— Troisième point : l’inclinaison de la Terre sur son axe de rotation

Nous savons depuis Ératosthène de Cyrène (276-194 avant J.C.) non seulement que la Terre est ronde mais aussi qu’elle tourne sur elle-même autour d’un axe incliné de 23° environ. Cette valeur est idéale pour créer les différentes saisons avec une alternance de chaleur et de froid ce qui permet de refroidir les zones les plus chaudes par l’évaporation des océans et d’évacuer cette vapeur chaude vers les zones froides pour les réchauffer par la condensation sous forme de pluie ou de neige.

Que serait notre vie si la Terre était immobile face au Soleil comme c’est le cas, pour nous, de la Lune et présentait ainsi toujours la même zone au rayonnement solaire ? Il y aurait une partie éclairée en permanence par le Soleil donc surchauffée, et la nuit glacée sur l’autre face.

Si l’inclinaison était nulle ou plus forte, les conséquences climatiques seraient considérables et de nouveau, on peut attribuer cette situation à un hasard très généreux ou à la Providence divine.

— Quatrième point : le rôle protecteur de la Lune

La Terre est la seule planète de la zone tellurique à disposer d’un satellite qui soit aussi important par sa taille et sa masse. Mars dispose de deux satellites, Phobos et Deimos, qui sont de petits astéroïdes capturés par cette planète.

La Lune a d’abord un rôle de bouclier vis-à-vis des multiples météorites dont les orbites croisent celle de la Terre et qui viennent violemment (plusieurs km/s) percuter sa face cachée. Ce rôle est essentiel pour protéger notre vie quand on observe que cette face est criblée de millions d’impacts de toutes les tailles. La Lune possède aussi un rôle majeur qui n’a été reconnu qu’assez récemment : elle assure par sa proximité et sa masse, une stabilisation de la Terre sur son axe de rotation, sans laquelle nous aurions une évolution aléatoire compte tenu de la grande masse liquide des mers et des océans.

L’eau qui se situe au niveau de l’équateur accomplit par rapport au centre de la Terre une distance de 40 000 km en seulement 24 heures. Elle se déplace donc à près de 1700 km/h soit une fois et demie la vitesse du son ! Sur une période d’un mois, les attractions conjuguées de la Lune et du Soleil sur la masse aquatique terrestre se traduisent par le phénomène des marées qui répartit cette colossale énergie d’une façon très douce.

Comment comprendre ce rôle de notre satellite sinon comme un hasard doublement protecteur ou comme la volonté du Créateur ?

— Cinquième point : le bouclier magnétique

Sur ce point, on pourrait dire que le hasard a encore bien fait les choses ; mais c’est la Providence qui en est certainement la cause.

En 1957, la Russie soviétique avait devancé les USA dans le lancement des premiers satellites artificiels. Le 1er février 1958, les USA parvenaient enfin à mettre en orbite leur premier satellite nommé Explorer 1. Par crainte de l’échec, ils avaient « mis le paquet » et atteint une orbite très élevée pour l’époque soit 1 600 km d’altitude. Ainsi, ce satellite est resté en orbite durant douze ans jusqu’au 1er mars 1970.

Son intérêt majeur est qu’il a permis de découvrir, de façon tout à fait inattendue, des bandes d’intenses radiations autour de la Terre entre 500 et 1 000 km. Ces bandes, appelées plus tard les radiations de van Allen, sont le résultat du champ magnétique terrestre sur les rayonnements très énergétiques du vent solaire. Il s’agit là de la bande interne. Une seconde bande qui s’étend jusqu’à 10 000 km est encore plus intense et sera découverte plus tard. Sans cette action protectrice, les molécules terrestres seraient cassées par les rayons solaires. La vie n’aurait pu se développer. La cause en est le champ magnétique terrestre qui serait la conséquence de la rotation de la graine de fer et de nickel qui se trouve au centre de notre planète.

Cette sphère de 1 216 km de rayon, serait solide et entourée d’une seconde sphère liquide de 2 270 km d’épaisseur. Les scientifiques ne sont pas unanimes à penser que le noyau central tournerait sur lui-même plus vite que le reste de la planète et ainsi engendrerait un effet de dynamo qui serait la source de notre champ magnétique terrestre.

De toute façon, dynamo ou pas, l’action contre les radiations solaires, fortement énergétiques, est bien là et c’est le fruit d’un hasard toujours aussi bénéfique ou la volonté providentielle du Créateur. En définitive, la simple description très sommaire de notre situation terrestre conduit à l’évidence à considérer que nous bénéficions de conditions particulièrement exceptionnelles que nous devons à la bienveillance de la Providence divine ou bien admettre une succession étrange de hasards ou de coïncidences finalement très bien ordonnés. En effet, quelle valeur auraient les quatre premiers points si le cinquième n’était pas accompli ou dit autrement, que serait notre vie si l’un de ces points venait à s’effacer ?

La génétique est une discipline scientifique où l’ordre règne partout. Quoi de plus ordonné que la double hélice de la structure de l’ADN décrite en 1953 par Watson et Crick ? La réplication génétique et le rôle de l’ARN de transfert sont évidemment des domaines très ordonnés. Cette découverte qui récompensa en 1954 Monod, Jacob et Lwoff est le fruit d’une rigueur qui ne laisse aucune place au hasard.

Le cas de Jacques Monod semble déconcertant. Tant qu’il décrit le comment, il est un scientifique exceptionnel mais quand il tente d’expliquer le pourquoi, il est creux, emphatique et d’une platitude désarmante. Quand son livre Le Hasard et la nécessité est paru en 1971 à grand renfort de publicité, j’en ai gardé le souvenir d’un contenu flou. Il faut bien situer cet ouvrage dans son contexte. Déjà auréolé du prix Nobel de Médecine, Monod avait été encensé par les médias qui l’avaient hissé au rang d’oracle ou de conscience. Nous étions alors entre l’adoption de la loi Neuwirth (décembre 1967) et celle de la loi Veil de 1974. Le docteur Pierre Simon, grand maître de la GLDF était à la manœuvre.

Par la suite, j’ai abordé avec mes élèves d’autres sujets avec toujours l’idée qu’au-delà des apparences il y a, de façon sous-jacente mais permanente, un ordre. D’ailleurs j’en suis arrivé à me demander pour quelle raison l’homme cultivé, scientifique ou philosophe, recherche cet ordonnancement et propose des raisons qui vont dans ce sens.

La seule réponse que j’ai trouvée est d’admettre qu’étant des créatures, les hommes ont en eux, qu’ils le veuillent ou non, une trace de divin qui se traduit par ce besoin d’ordonner.

On retrouve ce souci de l’ordre, en fait ce besoin non seulement chez ceux qui croient en la Création, mais tout autant chez les autres. Ils ne veulent pas de Dieu mais en viennent à une divinisation de l’énergie, du hasard ou d’autre chose.

Michel Bouquet.


[1] — Le Sel de la terre 63, p. 29-36. (Voir aussi nº 64, p. 212.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 117

p. 171-177

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