top of page

Devant les martyrs d’Arcueil

fusillés le 25 mai 1871

 

 

La reconnaissance des corps des martyrs d’Arcueil a déjà été racontée dans Le Sel de la terre  [1], ainsi que les manifestations surnaturelles qui accompagnèrent la mort des Pères Cotrault et Captier  [2].

Parmi les spectateurs directs du drame, la cabaretière De Morize fut tellement impressionnée qu’elle changea immédiatement de conduite [3]. D’autres témoins furent marqués à vie, tels la petite Marthe Brunel (10 ans) et le jeune Paulin Enfert (17 ans), qui décida, en cet instant, de donner sa vie au service des pauvres.

Le Sel de la terre.

Marthe Brunel, témoin de l’agonie du père Bourard

Le père Bourard, atteint sous l’orbite gauche, est tombé près de la rue Vandrezanne, d’abord à genoux, puis s’est affaissé. A peine la fusillade est-elle terminée que des femmes se précipitent sur lui. Il vit encore : d’un soupirail de la cave du 42, où sont réfugiées de dignes personnes, on l’entend dire : « Mon Dieu, pardonnez-leur ! Mon Dieu ! pardonnez-moi ! » On le soulève par les épaules, on le traîne contre un mur où on l’appuie, non pour le soulager, mais pour en faire un objet de risée. On lui tire le scapulaire : « Pourquoi n’es-tu pas habillé comme les autres ? » Certains lui secouent la main : « Alors, mon vieux, comment te portes-tu ? Ça va bien ? » D’autres lui lancent sur la cuisse gauche des coups de baïonnette en tel nombre que les muscles pendent, déchirés et sanglants. Le pauvre martyr murmure, à voix de plus en plus faible : « Ah ! laissez-moi mourir tranquille ! » C’est sa seule plainte, au milieu de tant de souffrances. Un coup de crosse lui brise la mâchoire inférieure ; d’autres lui ont écrasé la face et le crâne. Après une demi-heure de torture, un fédéré lui tire une balle dans la poitrine : « En voilà un qui ne dira plus la messe », s’écrie-t-il, glorieux.

Une fois le Père mort, on le tire par le bras, qui reste démis, jusqu’au milieu du trottoir. Une enfant de dix ans, Marthe Brunel, assiste, bouleversée, à cette horrible boucherie. Elle en gardera une vive impression. […]

[Le lendemain matin, à l’aube], la petite Marthe Brunel, après une nuit pleine de cauchemars – « Je veux voir les Pères, criait-elle, je veux voir les Pères » – est irrésistiblement poussée à descendre dans la rue, et, trompant la surveillance de ses parents, reste un long moment à regarder de près les horribles blessures. Elle se souviendra longtemps de ce spectacle  [4] .

Paulin Enfert (1853-1922) au secours de la misère ouvrière

Au milieu de la foule qui défilait [devant les corps des martyrs], on pouvait voir un jeune homme, abîmé dans ses réflexions. Il s’appelait Paulin Enfert. Il était du quartier, il avait fait ses premières études dans cette école. L’an passé, à dix-sept ans, il s’était engagé dans un bataillon de mobiles. Il rentra à Paris pour voir les dominicains dans le préau qui avait abrité ses jeux de gamin de Paris. Dans les tranchées de la Butte-aux-Cochons, il avait reconnu, parmi les fédérés qu’on y entassait, des gens de ses rues familières, des garçons de son âge. Ce terrible spectacle le faisait réfléchir : il concevait une horreur intense de la guerre civile, une immense commisération pour les malheureux égarés par les mauvais bergers de l’agitation sociale. Sa résolution était prise : il se consacrerait tout entier à leur secours. Simple employé d’assurances, il créa des œuvres magnifiques dans ce XIIIe qu’il avait adopté, un beau patronage, et l’Œuvre de la Mie de Pain, que connaissent bien tous les clochards et tous les miséreux de la capitale. Sur l’emplacement de ce coin de fortifications où il réunissait les gamins, avant même de posséder la roulotte qui fut son premier local, la Ville de Paris donna son nom à une des nouvelles rues. Il fallait noter que cette originale vocation, il la prit aux pieds des martyrs dominicains  [5].


[1]    — J. d’Arsac, « La reconnaissance des corps » dans Le Sel de la terre 116, p. 147-148.

[2]    — « Les manifestations du Ciel » dans Le Sel de la terre 116, p. 198-199.

[3]    — Le Sel de la terre 116, p. 204

[4]    — J. A. Girard, Le R.P. Captier et les martyrs d’Arcueil, Paris, Spes, 1954, p. 211 et 227.

[5]    — J. A. Girard, ibid., Paris, p. 232-233. — Voir aussi : Bernard Timbal Duclaux de Martin, Paulin Enfert, le jongleur de Dieu, Paris, Cerf, 2013

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 117

p. 145-146

Les thèmes
trouver des articles connexes

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

Vies de Saints : Modèles de Sainteté Traditionnelle

La Révolution : Analyse Théologique et Combat Contre-Révolutionnaire

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page