L’abbé Émile-Victor Bécourt
curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvellemassacré le 27 mai 1871
Émile-Victor Bécourt, né le 21 avril 1814 à Arras et curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Paris, fut massacré le samedi 27 mai 1871, près de la prison de la Roquette, avec deux autres prêtres [1]. On trouva le lendemain dans sa cellule le testament qu’il avait écrit le 25 mai – après avoir appris l’exécution du 24 – puis complété le 26 – en écho au massacre perpétré ce jour-là [2].
Louis Veuillot en disait :
« Ce sont les pulsations de l’agonie d’un juste, doux et aimant, sévère à lui-même, plein de foi, craignant Dieu. Ce Testament soudain, écrit sous le couteau, vaut la plus haute méditation sur la mort, et on ne l’estimera pas moins comme peinture vivante d’une âme chrétienne et sacerdotale. Il a vécu cinquante-sept ans, il a été curé. Voyez ce qu’il a fait, ce qui l’inquiète au dernier moment, de quelle façon il reçoit cette cruelle et injuste mort. Il tombe assassiné comme s’il mourait par accident, et ne songe à ceux qui le précipitent que pour leur pardonner. Vous avez le prêtre. »
Le Sel de la terre.
Testament de l’abbé Bécourt
Prison des condamnés, à la Roquette,
Jeudi, 25 mai, 45e jour de détention, quelques moments avant ma mort.
Je remets mon âme à Dieu.
Je me mets sous la protection de Marie et Joseph.
J’envoie à ma bonne mère mes dernières, respectueuses et affectueuses salutations. Un souvenir à mon cher père, mort en 1840.
Adieu, chère mère, bonne sœur, bon frère. Adieu, Mgr d’Arras.
Que Mgr d’Arras veuille bien les consoler.
J’ai désiré être curé de Paris ; c’est l’occasion de ma mort : c’est un ancien pressentiment et peut-être une punition.
Adieu à Dugny [3], aux pauvres comme aux riches. Croyez tous à mon amour en Notre-Seigneur J ésus-Christ. Adieu ! adieu !
Je demande pardon à Dieu.
Je demande pardon à tous ceux que j’ai offensés et scandalisés.
Je pardonne à tout le monde, sans le moindre mouvement d’animosité.
Au ciel, parents et amis, au ciel !
Pardon, mon Dieu, pardon !
Que ceux qui sont ennemis aujourd’hui demain soient d’accord, et que Paris devienne une ville de frères qui s’aiment en Dieu.
Je me prépare comme si j’allais monter à l’autel.
Que l’on dise bien aux paroissiens et aux enfants que je meurs parce que j’ai voulu rester à mon devoir et sauver les âmes en ne quittant pas Paris.
Dieu me recevra-t-il ?
Au commencement de nos malheurs, au mois de septembre, je m’étais offert en victime pour Paris. Dieu s’en est souvenu.
Que mon sang soit le dernier versé !
Que Dugny, que Puteaux se convertissent !
Je meurs à 57 ans et … jours.
Si j’en avais profité !
Ce vendredi, 26 mai, 6 h. et 1/2 du soir.
Je meurs dans l’amour de mon Dieu, avec soumission à sa volonté sainte.
Nonobstant mes péchés.
Depuis deux jours, je fais mon sacrifice d’heure en heure.
Heureux celui que la foi soutient dans ce terrible moment.
Tout à sa volonté !
Un de mes confrères ayant une sainte Hostie, j’ai reçu la communion en viatique.
[1] — Ce sont Mgr Surat (né en 1804), archidiacre de Notre-Dame de Paris, et le père Houillon (né en 1825), missionnaire en Chine. Voir Le Sel de la terre 116, p. 74-75.
[2] — Ce texte fut publié dans L’Univers du 9 juin 1871.
[3] — L’abbé Bécourt avait été durant huit ans curé de Dugny (en Seine-Saint-Denis). Son corps y fut ramené par son successeur l’abbé Rolland. (NDLR.)

