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L’appel des jésuites

à la prison de la Roquette, le 26 mai 1871

 

 

Dans l’oraison funèbre qu’il prononça le 26 mai 1872, l’abbé Antoine Bayle, qui avait été détenu avec eux, raconte la façon dont les pères Olivaint, Caubert et de Bengy – les trois derniers martyrs jésuites de la Commune – répondirent à l’appel de leur nom, le 26 mai 1871, quelques heures avant leur exécution  [1].

Le Sel de la terre.

 

 

[…]

Vers quatre heures, le redoutable gardien qui avait fait le premier appel, apparait dans le corridor.

« Tous ici », crie-t-il d’un ton sévère, et il nous groupe autour de la croisée devant laquelle est un espace assez vaste pour nous contenir.

C’est alors qu’il déploie la feuille fatale dont la transparence nous laisse voir une liste d’une quinzaine de noms. Rien, mes frères, ne peut dépeindre cette scène effrayante de l’appel des condamnés. Tous les noms qui vont tomber de ces lèvres maudites seront autant d’arrêts de mort.

Le P. Olivaint qui était à mes côtés est appelé le premier, il répond : Présent ; et obéissant au geste du gardien, il va, sans se troubler, se ranger à sa droite pour commencer la série des victimes.

Viennent ensuite à leur tour le vénérable P. Caubert qui rentre à la hâte dans sa cellule pour prendre sans doute le viatique divin qu’il possédait, et enfin le P. de Bengy dont on prononce mal le nom et qu’on force ainsi à se désigner lui-même pour le supplice.

« Qui cherchez-vous ? avait dit Notre-Seigneur à ses bourreaux.

— Jésus de Nazareth.

— C’est moi. »

C’est vous aussi, mon Père, c’est vous qu’on veut, vous étiez digne comme vos frères de verser votre sang après celui du Sauveur et pour sa cause.

Quinze noms sont successivement prononcés et on part.

Que de choses dans ces regards que nous avons échangés et qui étaient pour nous un suprême adieu ! Pauvres Pères, vous partez sans nous !

Des ennemis de notre foi ont osé dire pour amoindrir la gloire des martyrs des premiers siècles qu’ils étaient sous l’impression d’un enthousiasme religieux qui tenait du délire. Pour nous, à qui Dieu a fait la grâce de voir de près des martyrs, nous pouvons affirmer, car nous en sommes témoins, qu’ils ont conservé jusqu’à la dernière heure, une simplicité sublime aussi éloignée de l’enthousiasme que de la faiblesse ; ils n’ont ni poussé un cri de joie, ni proféré une plainte, mais à l’exemple du Sauveur, comme d’innocentes brebis, ils se sont laissé conduire à la mort.

Et quelle mort ! le plus hideux massacre populaire, après toutes les ignominies, les insultes et même les coups d’un long et douloureux Calvaire ; car que de fois dans votre agonie vous avez entendu vociférer autour de vous le Crucifige eum du Calvaire.

A mort ! à mort ! à mort !


[1]    — Abbé Antoine Bayle (1825-1877), Oraison funèbre des pères Olivaint, Ducoudray, Caubert, Clerc, de Bengy, prononcée le 26 mai 1872 (Paris, Téqui, 1894, p. 38-40).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 117

p. 147-148

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