Le ciel de Pontmain souvenir familial sur le 17 janvier 1871
par Geneviève Miard
Geneviève Miard, sœur de notre regretté collaborateur Louis Miard (1938-2001), a bien voulu nous livrer par écrit un souvenir familial sur la soirée du 17 janvier 1871, celle où la sainte Vierge est apparue à quelques enfants du village de Pontmain, pour les encourager à prier :
– Mais priez, mes enfants ! Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher [1].
Outre son intérêt propre, que le lecteur aura plaisir à découvrir, ce témoignage illustre de façon remarquable la longue fiabilité que peut avoir, dans certains cas, la mémoire familiale ou collective.
Ce point sera souligné en annexe.
Le Sel de la terre.
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A DIX KILOMÈTRES du bourg de Pontmain, se trouve un autre bourg nommé La Bazouge-du-Désert. Là vivait une grande tante de ma mère, sœur de son grand-père maternel : Marie, Félicité, Joseph Gascoin, née le 30 juillet 1849 au domaine de La Panisselais. En 1871, elle vivait avec ses parents et une jeune domestique appelée Marie Piron.
Le soir du 17 janvier 1871, alors qu’elle fermait les persiennes de la maison familiale, elle fut surprise par la beauté du ciel, très clair et anormalement tout étoilé. Elle ne put s’empêcher d’appeler sa jeune domestique, âgée de 15 ans, pour lui faire partager son étonnement, lui disant :
– Marie, Marie, viens voir le ciel ! La sainte Vierge apparaîtrait que le ciel ne serait pas plus beau !
Elles restèrent quelque temps à contempler la beauté du ciel, puis la soirée s’acheva par la prière familiale.
Le lendemain matin, avec une vive émotion, Marie Gascoin apprenait qu’au moment même où elle avait contemplé la beauté du ciel, une beauté mariale, la Vierge Marie était réellement dans le ciel, à Pontmain, distant de La Bazouge-du-Désert de seulement quelques kilomètres.
Ma mère a bien connu cette grande tante. Elle a, enfant, séjourné plusieurs fois chez elle. Elle a, maintes fois, entendu sa grande tante lui raconter cette soirée du 17 janvier 1871. C’est toujours avec émotion qu’elle rappelait ces paroles :
La sainte Vierge apparaîtrait que le ciel ne serait pas plus beau !
Marie Gascoin n’avait que vingt-deux ans à cette époque, mais déjà elle était profondément marquée par la piété mariale. Elle était « enfant de Marie » et tertiaire de saint François. Elle avait une grande dévotion en Notre-Dame et était responsable, dans l’église paroissiale, du fleurissement de l’autel de la Vierge. Elle méditait le chapelet tous les jours. J’ai en ma possession son chapelet qu’elle avait destiné, dans ses dernières volontés, à ma mère. Ma mère avait une profonde affection pour sa grande tante et aimait, enfant, passer un peu de temps chez elle.
Marie Gascoin ne s’est pas mariée. Elle est décédée à l’âge de 87 ans, le 20 juin 1936, dans sa maison du bourg de La Bazouge-du-Désert ; elle avait encore à son service Marie Piron, restée célibataire.
Ces souvenirs ont traversé les générations, du moins dans la lignée Gascoin-Miard. Mes neveux et nièces les connaissent et aiment aller à Pontmain où l’on dit que la Vierge Marie est restée dans le ciel.
Mes parents avaient une grande dévotion pour Notre-Dame de Pontmain. Je me souviens qu’enfant, vers 1950, lors d’une mission diocésaine, à Saint-Brieuc, ils avaient, dans leur salon, organisé une veillée de prières en l’honneur de Notre-Dame de Pontmain. Ma mère avait joliment reconstitué une phase des apparitions : la Vierge dans l’ovale et entourée de bougies allumées. Mon père avait lu le récit des apparitions par le curé Guérin. Il y avait de nombreux fidèles et même des religieuses de l’école primaire proche du domicile de mes parents. Nous avions, avec ardeur, chanté le beau cantique « Mère de l’espérance ».
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[Fin du témoignage de Geneviève Miard.]
Annexe : un souvenir vieux de 150 ans ?
Tout le ciel était mobilisé pour la réussite de la soirée de prière du 17 janvier 1871 : ce récit en témoigne. Il montre aussi la délicatesse de la sainte Vierge envers une de ses fidèles, qu’elle a voulu faire profiter, sinon de l’apparition, au moins du décor qui l’entourait.
Mais la publication de ce souvenir montre aussi la très longue fiabilité que peut garder, dans certaines circonstances, la tradition orale.
Plus de cent cinquante ans après les faits, Geneviève Miard, qui les transcrit pour nous, en est encore humainement très proche puisqu’un seul intermédiaire – sa propre mère, Simonne Miard (née Perrin) – la sépare des deux personnages qui les vécurent, Marie Gascoin et Marie Piron, alors que bien des événements récents ne nous sont connus qu’à travers une chaîne de deux, trois, voire quatre intermédiaires.
Un parallèle peut être fait avec nos quatre évangiles.
De même qu’aujourd’hui, 150 ans après les faits, Geneviève Miard ne peut raisonnablement mettre en doute l’authenticité de cette sentence, pieusement recueillie et transmise par sa mère, de même les chrétiens du milieu du 2e siècle, qui attestent de façon unanime que les quatre évangiles sont l’héritage des Apôtres, n’ont pu être trompés sur ce point.
(Voir, dans le présent numéro du Sel de la terre, l’article sur les quatre Évangiles.)
[1] — Sur l’apparition de Pontmain, voir Le Sel de la terre 39, p. 159-178, à compléter avec la note publiée dans le nº 40, p. 253-254 et la recension dans le n° 116, p. 229.

