Gérard Bedel (1944-2022)
Son érudition faisait forte impression lors des conseils de rédaction du Sel de la terre : Gérard Bedel pouvait y citer avec autant d’aisance saint Augustin ou saint Jean Chrysostome que Ronsard, Corneille, Lacordaire ou le cardinal Pie – sans compter les (très) différents Charles qui ont influencé la France au 20e siècle : Péguy, Maurras, De Gaulle.
• Du premier, il avait acquis le local historique, la Boutique des Cahiers, 8 rue de la Sorbonne, où il tint pendant plusieurs années une librairie universitaire ; il y eut l’occasion d’y lire les Cahiers de la Quinzaine de Péguy, et fit profiter les lecteurs du Sel de la terre de certaines de ses trouvailles [1].
• Du second, il fut résolument disciple : il était le maurassien de notre conseil de rédaction, où il défendait ses vues avec autant d’amabilité que de conviction ; son dernier ouvrage fut consacré à l’Action française [2].
• Du troisième, il eut toujours horreur, pour de très raisonnables motifs dont il fit une synthèse assez remarquée [3].
Ce grand défenseur de l’Église était né dans une famille très peu catholique. Baptisé par convention – et aussi parce que cela pouvait faciliter les choses si, un jour, il envisageait d’épouser une catholique – il n’avait pas été catéchisé. C’est la lecture de Bossuet, au lycée public, qui le décida à se faire instruire de la religion catholique. Il eut la chance de rencontrer, pour cela, l’abbé Jean Bayot, qui lui fit faire sa première communion.
Enseignant par vocation, collaborateur de plusieurs revues catholiques ou royalistes – sous son vrai patronyme ou l’un de ses multiples pseudonymes – il défendait les études classiques [4] et la littérature chrétienne, dont il déplorait la marginalisation progressive dans les manuels scolaires (notamment les fameux Lagarde et Michard). Il envisageait, sur ce sujet, toute une série d’articles qu’il ne put, hélas, mener à bonne fin [5].
Ses obsèques religieuses ont été célébrées le 24 mars en l’église de la Fraternité de la Transfiguration, à Mérigny, dont il était le fidèle paroissien.
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[1] — Son étude sur les martyrs d’Arcueil dans Le Sel de la terre 46, cite un de ces Cahiers.
[2] — Précis d’histoire de l’Action française (éd. des Cimes) : voir Le Sel de la terre 117, p. 192.
[3] — Le Gaullisme, Maladie sénile de la droite (Chiré) : voir Le Sel de la terre 106, p. 201-202.
[4] — Voir « Quelle place pour le latin chrétien dans l’enseignement traditionnel ? » (Le Sel de la terre 25) et « La méthode d’apprentissage du latin par le père Emmanuel » (nº 44).
[5] — Voir tout de même « La poésie chrétienne de Pierre Corneille » (Le Sel de la terre 59) et « Ronsard, poète chrétien » (Le Sel de la terre 115).

