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ÉDITORIAL

Trentième anniversaire

Au moment de boucler ce numéro 120 qui marque les trente ans de notre revue, nous recevons ce message d’un de nos lecteurs :

Je suis très content de pouvoir contribuer à la diffusion du Sel de la terre qui reste indubitablement dans la droite ligne de ses origines. L’idée de proposer un abonnement à prix réduit est excellente, nous avons pu choisir d’en faire profiter des jeunes et une personne d’âge honorable. […] Que son Excellence Monseigneur Lefebvre veille sur vous pour toujours. 

Cette lettre nous invite à nous interroger si Le Sel de la terre est « resté indubitablement dans la droite ligne de ses origines ».

Les consignes de Mgr Lefebvre

Cette ligne nous avait été tracée par Mgr Lefebvre lui-même :

Bien cher Père,

Les textes que vous me communiquez sont tellement instructifs que je vous invite à faire une « revue dominicaine » et à les diffuser. Votre revue aura alors un grand succès. […]

Que de substantielles vérités, dont auraient besoin nos contemporains. Vous feriez disparaître la mauvaise Pensée catholique [1] et vous feriez ce que nous avons souvent souhaité de faire en supplément de Fideliter.

Nos fidèles auraient besoin d’études sérieuses, sur l’erreur du ralliement de Dom Gérard, sur l’erreur du sédévacantisme, sur la légitimité des sacres. […]

[Mgr Marcel Lefebvre, 2 septembre 1990.]

[…] en attendant que vous puissiez réaliser mon vœu : d’une Revue détruisant les erreurs du Concile et de l’Église conciliaire professées de plus en plus ouvertement par le pape et la curie romaine, remettant en lumière la doctrine catholique. Désormais nous avons affaire à des assassins de la foi catholique, sans aucune vergogne ! [Mgr Lefebvre, 7 janvier 1991.]

Ainsi Mgr Lefebvre nous indiquait deux axes :

1° « Détruire les erreurs du Concile et de l’Église conciliaire », en évitant à la fois l’erreur du sédévacantisme et l’erreur du ralliement.

La table des articles de ces trente dernières années montre que nous avons souvent abordé ces trois thèmes : les erreurs du Concile et de l’Église conciliaire, l’erreur du sédévacantisme et celle du ralliement.

Sans doute nous ne sommes pas les seuls à avoir dénoncé ces erreurs, mais il y a peu de revues qui ont dénoncé ces erreurs simultanément.

Notre volonté n’est pas d’abord de dénoncer les erreurs, mais de faire connaître et aimer la vérité catholique. Cependant, comme une lumière ne peut pas éclairer sans chasser les ténèbres qui s’opposent à elle, on ne saurait énoncer intégralement la vérité sans repousser les principales erreurs qui s’opposent à elle dans les esprits. Et, comme le remarque finement saint Thomas, si on doit dire que « l’illumination est première par rapport à la lumière qui éclaire, on doit par contre dire que l’éloignement des ténèbres est premier pour le sujet de ces ténèbres [2] » : ainsi, selon les circonstances et les sujets, il nous faudra tantôt donner d’abord un enseignement positif, et tantôt commencer par combattre les erreurs. Cette tâche, nous entendons la réaliser dans un esprit de charité, sans acrimonie envers les personnes, mais aussi sans faiblesse et sans respect humain [3].

Ce rôle de dénonciation des erreurs est un rôle ingrat, car il nous attire plus d’ennemis que d’amis, mais c’est une tâche indispensable. Avec la grâce de Dieu et la prière de nos lecteurs, nous espérons continuer.

2° « Remettre en lumière la doctrine catholique » et spécialement au moyen de saint Thomas d’Aquin comme Mgr Lefebvre l’indiquait dans une autre lettre :

Il est très important que, dans nos séminaires, nous gardions une ligne sûre et approuvée constamment par l’Église, celle de saint Thomas, qui doit nous donner des principes de pastorale qui donnent aux fidèles la vraie spiritualité, les éloignant du jansénisme et du charismatisme. La morale qui se limite aux commandements est desséchante. La morale de la grâce, des vertus, des dons du Saint-Esprit, qui n’oublie pas les commandements, celle que préconise saint Thomas, est bien plus conforme à l’esprit de Notre-Seigneur, de l’Évangile, bien plus encourageante pour les âmes ferventes.

C’est bien le temps de rendre la foi catholique enthousiasmante, généreuse, missionnaire, comme elle le fut pour les premiers chrétiens.

[Mgr Lefebvre, 20 février 1989.]

Là encore, sans prétendre à l’exclusivité, nous avons essayé de remplir ce rôle jusque dans ce numéro avec l’article sur la question de la Somme théologique « Dieu est-il aimant ? ».

Extraits de l’éditorial du numéro 1 du Sel de la terre

Une revue catholique doctrinale

Le Sel de la terre veut être une revue doctrinale fidèle à la Tradition catholique.

Certes on peut trouver encore aujourd’hui des revues doctrinales s’inspirant plus ou moins de saint Thomas d’Aquin. Mais, parmi celles-ci, il n’y en a pas beaucoup, à première vue, qui soient entièrement fidèles à la Tradition et qui fassent la critique des erreurs du Concile Vatican II.

A l’inverse on trouve de nombreuses publications catholiques qui prennent la défense de la Tradition, souvent avec talent. Pourtant il semble y avoir encore la place pour une revue doctrinale qui s’attache à donner un enseignement plus en profondeur, selon « la méthode, la doctrine et les principes de saint Thomas d’Aquin [4]. »

L’importance, pour ne pas dire l’extrême urgence, de l’étude doctrinale de la Religion ne saurait échapper à celui qui réfléchit quelque peu. Cette nécessité de l’étude peut se résumer grâce à cet adage scolastique : « nihil volitum nisi praecognitum – on ne peut rien vouloir (ni rien aimer) qu’on ne connaisse d’abord ». On ne peut donc pas aimer Dieu , ni la Religion, si on ne les connaît pas. Et on ne peut pas bien les aimer si on ne les connait pas bien. D’où l’utilité de l’étude doctrinale, que l’Église a toujours encouragée pour ceux qui en avaient la possibilité.

Mais on ne saurait étudier si on ne reçoit pas un enseignement. Le Sel de la terre désire vous proposer cet enseignement, quatre fois par an, sous la forme d’articles et d’études dans les domaines suivants :

philosophie spéculative et pratique (y compris la politique),

apologétique,

théologie dogmatique et morale,

spiritualité,

exégèse, droit canon, liturgie et histoire ecclésiastique.

Ces rubriques constituent l’objet premier de la revue, parce qu’elles forment la matière du Magistère de l’Église. C’est ce que l’Église a reçu comme mission de communiquer aux âmes, mais que les âmes ne reçoivent plus, parce que « l’Église conciliaire » ne s’y intéresse pas.

Par ailleurs, comme l’Église ne s’est pas contentée de donner au monde les connaissances nécessaires au salut, mais qu’elle a encore encouragé et favorisé l’essor de la civilisation, nous ajouterons une rubrique de :

culture chrétienne,

ce qu’on pourrait appeler l’objet second de la revue. […]

Enfin nous aurons aussi notre rubrique de

critiques de livres et de revues,

où nous nous attacherons surtout à recenser les livres et les revues doctrinales à la lumière des principes du Docteur Angélique.

Saint Thomas d’Aquin

Le Sel de la terre aura pour premier souci de donner une doctrine sûre, fondée sur les principes vrais et solides de la philosophie et de la théologie. Aussi nous nous tournerons vers saint Thomas d’Aquin que l’Église vénère comme son docteur commun et qu’elle propose comme guide à tous ceux qui veulent faire des études ecclésiastiques.

Il a donné plus de lumière à l’Église que tous les autres docteurs ; dans ses livres un homme apprend plus en un an que pendant toute sa vie dans l’enseignement des autres [5].

Saint Pie X, en citant ces paroles, écrivait :

L’expérience des siècles fait connaître, et il apparaît de plus en plus, combien est vraie l’affirmation de notre prédécesseur Jean XXII [6].

Et le saint pape d’ajouter :

Les points capitaux de la philosophie de saint Thomas ne doivent pas être placés dans le genre des opinions, au sujet desquelles on peut disputer en l’un et en l’autre sens, mais bien être regardés comme les fondements sur lesquels toute la science des choses naturelles et divines se trouve établie [7].

Aujourd’hui où tout s’écroule, il est plus important que jamais de remonter jusqu’aux principes pour retrouver une doctrine solide et adaptée aux difficultés de l’heure.

D’autre part Le Sel de la terre veut pouvoir être utile à tout catholique qui connaît son catéchisme et qui veut approfondir sa foi.

Il ne veut pas être une revue de spécialistes, ni de recherche. Il n’est pas réservé au clergé, ni à ceux qui ont fait des études de théologie. Aussi s’efforcera-t-il de présenter cette doctrine de façon claire, de manière à pouvoir être utile même à ceux qui n’ont pas eu le loisir de beaucoup étudier.

Là encore saint Thomas d’Aquin lui servira de modèle. En effet dès le début de son enseignement il frappa ses contemporains par sa clarté d’exposition.

Sa doctrine lumineuse et claire fit fleurir plusieurs maîtres, religieux et séculiers, grâce à sa manière d’enseigner, brève, ouverte et facile. Sa méthode d’enseignement était si nouvelle qu’on la croit avoir été inspirée du ciel en même temps que sa science [8].

Ce point nous paraît d’une extrême importance, car, si on a eu tort de négliger la doctrine de saint Thomas, on a peut-être fait encore plus de mal en négligeant sa manière d’enseigner. En effet cette clarté d’exposition de saint Thomas permet à de simples fidèles d’avoir accès aux trésors de la doctrine. Il y a peu de temps une mère de famille, à qui son fils avait conseillé la lecture du commentaire de saint Thomas sur la seconde épître aux Corinthiens, écrivait ceci :

Ayant ici du temps et du calme, je me suis plongée dans saint Thomas d’Aquin. Je suis très passionnée, ayant l’impression de comprendre... au moins quelque chose. Quelle clarté et quelle richesse ! Je lis avec papier et crayon. […] Je m’étonne moi-même de lire saint Thomas d’Aquin. Mais finalement, en faisant bien attention je comprends, alors que je pensais ne rien pouvoir lire ou comprendre. C’est fou ce qu’il décortique et trouve de choses importantes dans le moindre mot.

Le titre

Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde, disait Notre-Seigneur à ses premiers disciples lors du sermon sur la montagne. Et il s’adressait alors aux foules, c’est-à-dire à l’ensemble des chrétiens. Chaque chrétien a donc le devoir d’être le sel de la terre et la lumière du monde.

Le sel symbolise la sagesse ; en effet le sel donne du goût aux aliments et les protège de la corruption, de même que la sagesse est un aliment savoureux pour l’esprit et protège l’âme de la corruption du péché. Chaque chrétien a donc le devoir d’étudier la sagesse du Christ et de s’en imprégner pour pouvoir la communiquer aux autres. C’est pour cette raison que le prêtre, au moment du baptême, a déposé du sel sur les lèvres du baptisé.

Notre Seigneur ne dit pas à ses disciples : Ayez la sagesse, mais il dit Vous êtes le sel de la terre. Il préfère employer une comparaison, conforme à sa coutume de parler en parabole, afin de porter à la réflexion tout en se mettant au niveau des gens les plus simples. Ce titre manifestera aussi notre désir de faire réfléchir et de mettre à la portée du plus grand nombre les trésors de notre religion.

Par ailleurs ce titre veut aussi montrer que la science de Dieu et des choses de la religion n’est pas quelque chose de rébarbatif, mais de savoureux et de goûteux, même s’il y a parfois une écorce à ouvrir avec quelque effort avant d’en sentir le goût !

Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? demande Notre-Seigneur. C’est-à-dire : si les chrétiens qui ont reçu les trésors savoureux de la Révélation ne les communiquent plus, c’est en vain qu’on cherchera ailleurs la sagesse salvifique. N’est-ce pas ce que l’on voit aujourd’hui ? La religion devient de plus en plus insipide et les chrétiens, de plus en plus dégoûtés de ces mets fades, ne savent plus de quels côtés se tourner, tandis que le monde s’enfonce toujours davantage dans le vice et l’ignorance de Dieu.

Pourtant nous disposons de véritables mines de sel : ce sont les trésors de la doctrine et de la Tradition catholique. Voilà ce que cette revue voudrait mettre à la portée de tous. Et parce que le sel de Notre Seigneur a aussi la mystérieuse propriété d’être la lumière du monde, nous espérons que Le Sel de la terre aidera ses lecteurs à y voir un peu plus clair.

C’est là une tâche exaltante, mais aussi difficile ; c’est pourquoi nous la recommandons à vos prières. Confions-la tout particulièrement à la très sainte Vierge Marie, l’Etoile de la mer : qu’elle veuille bien se servir de cette revue pour éclairer les âmes et les conduire, à travers tous les dangers de l’heure, au port de la vie éternelle.


[1] — Fondée en 1946 par quatre prêtres issus du Séminaire français de Rome (où fut aussi formé Mgr Lefebvre), la revue La Pensée catholique combattit d’abord le modernisme, notamment sous l’impulsion de l’abbé Victor-Alain Berto (1900-1968). Mais elle accepta ensuite les erreurs conciliaires et s’employa même à justifier la réunion d’Assise (1986). (NDLR.)

[2] — D’après I-II q. 113, a. 8, ad 1.

[3] — Éditorial du numéro 1 du Sel de la terre.

[4] — Code de Droit Canon (1917), c. 1366 §2.

[5] — Paroles du pape Jean XXII au consistoire, en 1318, reproduites par le pape Pie XI qui les a faites siennes dans son encyclique sur saint Thomas Studiorum Ducem du 29 juin 1923.

[6] — Doctoris Angelici, 29 juin 1914, le dernier Motu Proprio du saint pape.

[7]— Doctoris Angelici.

[8] — Vie de saint Thomas par Guillaume de Tocco. Cette phrase a été reproduite dans l’encyclique Studiorum Ducem de Pie XI

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 120

p. 1-6

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