Sermon pour les obsèques de notre ami, Joël Morin (29 septembre 1965 – 16 août 2022)
par le père Innocent-Marie O.P.
AU NOM DU PÈRE, et du Fils, et du Saint Esprit ainsi soit-il.
Chers père et mère de Joël, ses frères, sa sœur, leurs conjoints et toute la famille, mes chers frères en saint Dominique, chers confrères dans le sacerdoce.
Saint Paul écrit aux Corinthiens :
Tout ce qui a été écrit jadis, l’a été pour notre enseignement afin que nous possédions l’espérance par la constance et le réconfort des saintes Écritures.
Dans le Livre des Rois nous lisons les extraits suivants de la complainte de David apprenant la mort du roi Saül et de son fils Jonathan (2 S 1, 25-26). Faisons l’application à notre cher Joël :
Comment sont tombés les héros au milieu du combat ?
Joël, par ta mort, nous sommes navrés, nous sommes dans la détresse à cause de toi, notre frère Joël.
Tu avais pour nous tant d’attrait, ton amitié nous était plus merveilleuse que l’amour d’un époux ou d’une épouse.
Oui, mes amis : notre ami Joël était un ami, quelqu’un que nous aimons et quelqu’un qui nous aime.
Ses amitiés familiales
D’abord, parlons de ses amitiés familiales, empreintes de piété, de respect. Il était fier de sa famille paysanne ; oui, fier de son village de Champigny-sur-Veude. Il y revenait dès qu’il pouvait, par piété, par respect pour ses parents, par amour de sa terre. Il allait régulièrement visiter sa tante à Mûrs-Erigné, il aimait parler de ses deux tantes religieuses et, à l’occasion, de ses ancêtres qui avaient accueilli des prêtres non-jureurs. On disait, dans la famille, que le courage de ces ancêtres avait valu des grâces à la famille.
En novembre dernier, racontant son été, il ajoutait :
De retour en Touraine, fin août, nous avons eu des cousinades du côté de maman, la famille Godet. Retrouvaille de presque toute la famille, oncles et tantes, cousins et cousines. Ce fut une grande joie de nous retrouver après ces deux années.
Il y avait ces réunions familiales avec les vivants, mais ajoutons qu’il n’oubliait jamais les défunts. Que de messes, que de neuvaines de messes n’a-t-il pas fait célébrer pour les défunts de sa famille !
Il était donc né à la campagne. Il avait fait ses premières études à Richelieu, ainsi que son collège, puis il était allé au lycée de Chinon, au « lycée Saint-Joseph », lycée privé sous contrat, décatholicisé. Là, il était avec son ami Yves qu’il connaissait depuis son enfance, et ce fameux monsieur Luc, professeur d’histoire [1].
Ah ! mes amis, un professeur d’histoire qui raconte la véritable histoire. Tous les samedis après-midi, Joël et Yves allaient retrouver ce professeur qui leur parlait de la France catholique et royale, des saints de la Touraine – saint Martin de Tours, spécialement –, de Clovis, de Charlemagne, de sainte Jeanne d’Arc… On était à Chinon. Il faut avoir entendu Joël dans les ruines du château de Chinon : on y voit encore très bien la salle de réception où Charles VII s’était caché au milieu de sa cour pour que sainte Jeanne d’Arc ne le reconnût pas ; et la sainte pucelle n’alla pas au trône, elle alla directement trouver Charles VII.
Sa formation
Après le baccalauréat, grande orientation : il va passer quatre années à Nîmes auprès du Père Raffalli [2] – quatre années fondamentales dans sa formation. Il fait son premier camp d’été, cinquante jours s’il vous plaît, en 1988. Puis il reste dans l’école, il enseigne et il lit. Il lit beaucoup, spécialement les auteurs dits antilibéraux. Il était très fier d’avoir lu là-bas les neuf volumes sur la Révolution de Mgr Gaume [3], et puis, bien sûr, le vademecum, la « Bible » pourrions-nous dire : La conjuration antichrétienne de Mgr Delassus [4].
Bien sûr, comme en toute âme bien née, chrétienne, baptisée, confirmée, se pose à cet âge-là la question de la vocation : Suis-je appelé par Dieu à tout quitter pour me donner à lui ? C’est le secret de son âme.
Mais, par un coup de la Providence dont seul Dieu est capable, Joël quitte Nîmes et le Père Raffalli, et c’est son frère Pascal qui prend sa place. Son frère que nous sommes heureux de saluer aujourd’hui, l’assurant de nos prières pour sa mission de supérieur de cette communauté éducative à Nîmes.
Il va alors à l’Institut-Saint-Pie-X. Lui, le paysan, il monte à la capitale faire des études, des études d’histoire. Et là encore, il va lire – tout Louis Veuillot [5], par exemple, et beaucoup d’autres encore. Il visite les musées et les expositions. Quatre années qu’il couronne par son mémoire de maîtrise.
Et notons tout de suite que ces études supérieures ne lui enflent pas la tête : c’est un paysan ! Il le restera jusqu’au bout.
Il faut payer les études, il faut payer la chambre à Paris, alors il passe ses étés à ramasser des melons. Il fallait l’entendre raconter la dureté de ce travail sous le soleil : ramasser les melons, porter les caisses…
Professeur d’histoire
En 1998, Maître en histoire, il va enseigner à l’école Sainte-Marie [6], près de Saint-Malo. Il est très heureux là-bas, il s’épanouit, il peut donner, rendre tout ce qu’il a déjà reçu. Il manifeste d’emblée cet amour spécial pour les élèves, ce don du professeur.
Il quittera Sainte-Marie à regret – il gardera toujours des liens avec l’école, les professeurs, les prêtres et bien sûr les élèves –, pour venir à Avrillé, en 2005. En particulier, il vient ici parce qu’il est plus près de ses parents, de sa chère Touraine.
Amitiés avec ses collègues
Examinons Joël comme ami, en tant que professeur d’histoire et d’abord envers ses collègues professeurs en différentes matières. Il faut reconnaître qu’il avait un don pour faire le lien entre tous les professeurs ; il avait le souci de leur parler, d’échanger, de recueillir leurs avis, de leur demander des conseils. Et quand les professeurs s’éloignaient, partaient ailleurs, il gardait contact avec eux malgré la distance géographique.
En novembre dernier, il écrivait, pensant à un ancien camarade d’études à Paris, professeur comme lui : « Prions bien aussi pour Joseph en grande souffrance » – lui, Joël, était alors en plein traitement –, « pensons aussi aux autres professeurs : Xavier, Bernard ».
Et quand – c’est ainsi dans nos vies humaines – il y avait des froideurs ou des brisures, des incompréhensions, des prises de distance, il n’oubliait pas, il n’oubliait jamais les amis. Nous pensons à Emmanuel, avec lequel il avait repris contact ; il écrivait en novembre dernier, tout heureux : « Nous avons repris contact après vingt ans de silence, et nous avons eu de bonnes discussions. »
Amitié avec les élèves
Ces amitiés, voyons-les maintenant avec les élèves. Amitié d’une certaine manière, puisque, comme disaient les anciens, l’amitié est normalement entre égaux : soit l’amitié trouve des gens déjà égaux, de plain-pied, et elle est alors facile ; soit elle les met au même niveau, elle les élève.
Et c’était là tout l’art de Joël : élever ses élèves, les porter de bas en haut, de l’ignorance à la connaissance, au goût de la science, à l’amour de la vérité.
Et quel était le principe fondamental qui l’animait au plus intime de son âme ?
En juillet 2020, dans une lettre où il avait raconté les aberrations du confinement dans les écoles et les manipulations des tireurs de ficelle des loges et des arrière-loges, il concluait : « Bref, rien de réjouissant, si ce n’est que l’on s’occupe d’âmes immortelles et que Dieu reste le Maître. »
On s’occupe d’âmes immortelles ! Voilà, mes amis !
Cette vision surnaturelle, sur les âmes immortelles, lui permettait, tout en étant proche des élèves, de les respecter, d’éviter les familiarités dans le langage ou dans les gestes, voire de les corriger si c ’était nécessaire, parce qu’il les aimait : il aimait leur âme immortelle.
Comment s’y prenait-il, en pratique ? D’abord, il commençait toujours par rappeler le sens chrétien de l’histoire : à savoir que tous les siècles passés depuis Adam étaient orientés vers Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu incarné, et que depuis la venue de ce béni Sauveur, tous les siècles devaient vivre de sa grâce en attendant la parousie, son retour glorieux. C’est là toute l’histoire de l’Église militante !
Il était heureux quand des élèves le questionnaient, et il savait susciter leurs questions. Il leur passait des livres ou des articles pour les encourager à réfléchir par eux-mêmes, à s’instruire par la lecture personnelle – et non par l’écran qui ne peut pas former sérieusement l’esprit humain. Il leur parlait même, et c’est très bon, de ses propres lectures, de ses découvertes, pour leur donner le goût d’apprendre. Bien sûr, en faisant ainsi, il savait déborder au-delà du strict programme, parfois beaucoup, mais nous ne lui en tenions pas rigueur parce qu’il avait amorcé le goût de la vérité dans ses élèves.
En classe de seconde, vous vous en souvenez, chers anciens, il vous prêtait, en début d’année, à chacun, un livre pour vous faire connaître et aimer les héros catholiques des guerres de Vendée.
Une originalité dans son enseignement : aller sur le terrain
Il avait une originalité dans son enseignement, et c’est vraiment une spécificité de Joël : conduire les élèves sur le terrain. On voit le paysan qui a les pieds sur terre.
La classe de seconde s’en souvient : les deux jours, chaque année, passés en Vendée. Il aimait, comme il le disait en souriant, ces ventres-à-choux [nom donné aux Vendéens]. Il se sentait en osmose avec eux, en sympathie : ils avaient défendu leur foi.
Et sa chère classe de terminale, qu’il emmenait chaque année à Rome. Ah ! qu’il les aimait ces terminales, pas simplement pendant la semaine de Rome, mais toute l’année. Chaque retour de quinzaine, le lundi, il organisait – comme il disait – le pot de l’amitié et il était là, il animait les conversations. Et notons qu’à chaque fois, il payait de sa personne, de son temps, de sa santé – il fallait préparer tout cela – de son argent. Il a même dit à sa famille, il y a quelque temps, que « sans doute on ne trouverait pas dans son compte en banque de quoi payer ses obsèques ».
Sur le terrain, ce n’était pas simplement le professeur, c’était le chrétien : il priait avec ses élèves, il égrenait le chapelet ; quand il y avait un dimanche, il allait à la messe avec eux.
Sur le terrain, pour sa propre formation
Bien sûr, il va aussi sur le terrain pour sa propre formation : tout seul, ou bien avec un ou quelques amis. Par exemple, en 1996, pour le 15e centenaire du baptême de Clovis, qu’il était content d’être allé à Reims ! la cathédrale, la basilique Saint-Rémi, le musée du Tau [7], et puis cette rencontre qu’il avait tellement désirée avec l’abbé Goy [8] qui avait écrit un livre sur la Sainte Ampoule. Quelle vénération Joël avait pour la Sainte Ampoule, pour la cérémonie du Sacre !
Et puis ses voyages à Prague, en Espagne, avec des amis, et dans le Quercy, que sais-je encore…
En novembre 2021, il raconte qu’après une visite à Lourdes, voir son frère Pascal, retrouver son papa, sa maman, son frère Emmanuel, il est allé à Béziers, il s’est arrêté à Aniane où « j’ai découvert, dit-il, saint Benoit d’Aniane [9], Saint-Guilhem-du-désert, Narbonne, l’Abbaye de la Grâce, l’Abbaye de Fontfroide : quelles richesses dans ce Languedoc ! ». Et comme il allait dans la région de Carpentras pour un mariage, il s’arrête à Crillon-le-Brave et il s’exclame : quel personnage [10] ! Effectivement, c’est le seul français qui était à la bataille de Lépante [11], et quand on sait l’amour que Joël avait pour la bataille de Lépante, on imagine son émotion de découvrir ce village de Crillon-le-Brave.
Le théâtre de fin d’année
La deuxième originalité de Joël avec ses élèves, c’était le théâtre de fin d’année. Il n’avait rien inventé, il avait appris cela du père Raffalli, lui-même héritier des Pères de Timon David [12]. Tous les étés, au camp à Ségus, il y avait une pièce de théâtre, et Joël a renouvelé cela en fin d’année avec ses élèves. Quel dévouement ! d’abord pour chercher la pièce la mieux adaptée, ensuite pour répartir les rôles, prévoir les décors, diriger les répétitions le soir après les cours. Il allait même chercher lui-même les déguisements et les rapportait ensuite. Enfin, le grand jour de la représentation arrivé, il encourageait, il calmait, il réconfortait les acteurs. Et sa grande joie c’était, des mois, des années après, de regarder les pièces sur DVD, avec des élèves, bien sûr. Que de rires, que d’émotions !
Les Journées Jean-Vaquié
Il faudrait aussi parler du don de sa personne dans les Journées Jean-Vaquié [13], en particulier. Pas simplement pour les exposés, mais comment il savait associer les lycéens, les terminales spécialement, dans l’organisation matérielle d’abord – il utilisait leurs bras –, mais aussi pour leur donner le goût de la doctrine, de la vérité. Et le soir, il restait avec eux, pour s’occuper d’eux, attentif à tous les détails.
Amitiés avec ses anciens élèves
Enfin, mentionnons ses amitiés avec ses anciens élèves. C’est ce que nous appellerons sa troisième originalité. Rappelons son grand principe : « On s’occupe d’âmes immortelles », donc impossible de les lâcher, de les abandonner. Qu’à Dieu ne plaise !
En novembre 2021, après la cousinade, il écrit : « Je suis parti dans les Hautes-Alpes à Serre-Ponçon avec Mathurin, Arthur et Augustin, des anciens élèves. Ce fut une semaine magnifique de randonnées et de visites : Notre-Dame du Laus, Notre-Dame de la Salette, le parc naturel du Queyras, Embrun. Là encore que de richesses de toutes sortes ! »
Lui, sans être particulièrement sportif, allait spécialement avec ses anciens élèves de l’école Sainte-Marie, qu’il savait passionnés de sport, à Paris et même à Édimbourg, pour des matchs. C’était l’occasion d’une détente, c’est vrai, mais plus profondément de renouer contact avec eux, de les encourager à demeurer fidèles à la foi catholique et aux mœurs chrétiennes.
Que d’heures n’a-t-il passées au téléphone avec ses anciens élèves ! Et cet ancien élève, marié, père de famille, en difficulté dans son foyer … que de téléphones Joël n’a-t-il pas passés, et même tout un week-end, pour réconforter, panser le cœur brisé, essayer d’arranger les choses !
Sa joie, c’était bien sûr de participer au mariage de ses anciens élèves et de fêter les naissances. Il nous faudrait parler aussi, mais nous ne le ferons pas, de ses liens avec les parents de ses élèves. Il savait bien que les élèves sont les héritiers des parents ; il s’attachait donc à cultiver l’amitié autant qu’il le pouvait avec les parents.
Amitiés religieuses
Terminons ce registre des amitiés avec les amitiés religieuses de Joël, envers les personnes consacrées, les prêtres, les religieux, les religieuses.
Envers les moniales dominicaines d’Avrillé : il aimait converser avec la fondatrice, mère Marie-Emmanuel ; il allait confier des intentions de prières ; il allait même participer à la messe à l’occasion.
Avec les prêtres, en particulier ceux de la Fraternité Saint-Pie X, dont plusieurs étaient ses anciens élèves. Je pense plus particulièrement aux prêtres qu’il a connus à Sainte-Marie, il gardait des contacts, des rapports réguliers.
Quelle émotion n’a-t-il pas eue lorsqu’à une retraite prêchée aux professeurs du Foyer Saint-Thomas-d’Aquin, il a vu arriver un capucin de Morgon, qui avait été son élève à Sainte-Marie. Quel respect, quelle joie, il a manifesté, lui le professeur de ce tout jeune Père. Il écoutait sa prédication, il la buvait, il se laissait guider par le Saint-Esprit parlant par ce capucin.
Ses liens avec les clarisses capucines de Morgon : chaque année il leur offrait un magnifique bouquet de fleurs pour demander leurs prières à sainte Claire afin d’obtenir du beau temps pour la fête de fin d’année. Et il remerciait toujours.
Amitié avec les âmes du purgatoire
Nous sommes ainsi conduits, chers amis, chers fidèles, à évoquer les amitiés de Joël avec ceux qui ont quitté cette terre.
Une chose était frappante, c’était sa passion pour rechercher les tombes d’un certain nombre de défunts, en particulier, des antilibéraux catholiques. Il avait constitué sur eux tout un dossier et il n’était jamais satisfait tant qu’il ne savait pas où telle personne avait été inhumée. C’est ainsi qu’après une retraite de professeurs à Lanorgard, il avait promené ceux-ci dans des cimetières, d’abord sur la tombe de Mgr de Ségur [14], puis dans le village natal du Révérend Père Le Floch [15]. Quelle pitié filiale, tout simplement parce qu’il se reconnaissait leur héritier ! Il n’a jamais prétendu inventer. Il voulait transmettre.
Imitons-le, mes chers amis, en venant souvent prier sur sa tombe, qui sera ici dans le bois, tout à côté.
Amitié avec les saints du ciel
Et puis, autre amitié : avec les saints du Ciel. Quelle dévotion, quelle piété pour eux ! Il croyait en leur intercession. Pour lui, c’était des vivants, de vrais vivants, tout-puissants, qui sont dans le sein de la Bienheureuse Trinité.
Alors, il les invoquait, et il allait même sur leurs pas quand il le pouvait. Sur les pas de sainte Jeanne d’Arc à Chinon et, pas très loin, à la petite chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois : là, il montrait le petit gué par où elle avait dû passer.
Sur les pas du grand saint Martin de Tours, qu’il priait pour devenir lui aussi, à son imitation, un soldat de Jésus-Christ. Que de fois n’a-t-il pas conduit des élèves à Candes-Saint-Martin, là où le grand apôtre a rendu son âme à Dieu.
Et sur les pas de saint Rémi de Reims, et des saints Pierre et Paul à Rome et auprès de tous les tombeaux des saints, dans la capitale de la chrétienté.
Pensons-y tout à l’heure, mes chers fidèles quand nous chanterons les Acclamations carolingiennes et essayons d’entendre la voix de Joël qui s’unira à nous pour supplier ces saints afin qu’il quitte le purgatoire au plus vite.
Il aimait surtout les saints qui ont fait la France chrétienne au Moyen-Age. Il avait écrit sur eux. Lisez et relisez ses deux brochures sur les saints du Moyen-Age de la France. C’est pourquoi, il avait en horreur le protestantisme, qui a toujours poursuivi de sa haine féroce le culte des saints, les reliques des saints, les représentations des saints. Lisez, ce n’est pas long, chers amis, les seize pages de sa petite brochure sur le Protestantisme assassin, le chapitre consacré à l’iconoclasme huguenot. On y sent la piété de Joël : il est révulsé par ces violences, ces insanités, parce qu’il aime ces saints, il les vénère.
Un médiateur discret
Il nous semble que cette piété profonde, cette dévotion confiante de Joël envers les saints du Ciel, comme des médiateurs entre Dieu et nous les hommes sur la terre, a contribué à façonner son âme pour en faire, à sa façon, ici-bas, un médiateur. Quelqu’un avec qui tous prenait plaisir à s’entretenir, à échanger, voire à se confier. Certes, il parlait et parfois beaucoup, mais il savait aussi se taire et écouter.
C’était un antilibéral fervent, implacable sur la doctrine. Il suffit de se souvenir de ses références : Mgr Gaume, Louis Veuillot, Mgr Delassus, etc. Mais il avait l’esprit doux, il n’avait pas l’esprit de chapelle, l’esprit de secte, et quand il sentait un embrigadement, une prise en main excluant tout le monde, il ne faisait pas scandale, il s’esquivait tout simplement, avec délicatesse.
Et c’est vrai qu’il facilitait la confiance et même les confidences, parce qu’il avait une certaine timidité, une sorte de réserve, comme une pudeur. Et spécialement dès que l’assembl ée devenait un peu importante, c’est-à-dire une vingtaine, plus nombreuse qu’une classe, alors il s’esquivait, mais il savait garder pour lui ce qu’on lui confiait. Il le portait dans sa prière, en demandant des messes, en égrenant son chapelet.
Une réelle humilité
A cette discrétion, il joignait une réelle humilité concernant ses activités et ses œuvres. Il y a là, il faut le reconnaître, un mystère chez Joël que peut-être, au fil des années, les uns et les autres parlant, confiant leurs souvenirs, quelqu’un arrivera à débrouiller.
Ainsi, par exemple, un bon camarade, qui connaissait Joël depuis dix ans, avec qui il parlait beaucoup d’histoire, n’a découvert qu’après son décès, que Joël avait écrit une brochure sur un sujet qui lui tenait très à cœur. Jamais il ne lui en avait parlé. Cet homme s’est écrié : « Humble comme ce n’est pas possible, jamais, il ne m’a parlé de ses écrits ! »
Et oui, mes chers amis, quel modèle ! et pourtant, c’est vrai qu’il en avait écrit des brochures et des livres et des articles. Il faut dire qu’il avait l’art de se cacher, de s’effacer sous divers pseudonymes. Mais il nous semble que c’est une marque spécifique de sa personnalité.
Trois leçons
Sur ce chapitre, pour vous, chers anciens élèves de Joël, anciens élèves de Sainte-Marie ou d’Avrillé, trois leçons peuvent se dégager :
— La première, c’est le noble métier de professeur. Ah ! quelle paternité exerce un vrai professeur chrétien ! En quantité d’abord, car beaucoup de jeunes gens lui passent entre les mains ; mais surtout en qualité. Chers père et mère de Joël, soyez fiers de votre fils, il vous a donné beaucoup de fils spirituels, intellectuels.
Rendons hommage aussi à ce Monsieur Luc, professeur à Chinon. Un professeur, dans une petite ville de province, et cela donne un Joël Morin. Et ensuite, vous ses élèves, n’avez-vous pas envie de l’imiter, de transmettre le flambeau ? Réfléchissez, mes chers amis !
– Deuxième leçon, c’est le devoir de lire et le plaisir de lire… Pas d’écrans ! Lire des livres, de vrais livres, qu’on tient en main, qu’on sent, dont on tourne les pages. Que de livres Joël a donnés et distribués !
– Et puis, troisième leçon, cultivez les vraies amitiés, c’est-à-dire les amitiés intellectuelles – dans l’esprit, dans l’âme –, et chrétiennes ; et puis des amitiés concrètes, non pas virtuelles, à travers un écran : vous voir, vous parler, avoir des activités communes, vous soutenir, vous rencontrer, vous donner du temps les uns les autres. Ah ! si vous pouviez tous imiter le cher Joël : il n’avait pas de tablette, il ne caressait pas un écran. Retenez la leçon, chers anciens élèves de Joël.
Le cancer est une bénédiction pour un chrétien
Oui, mes chers amis, la complainte de David est vraiment nôtre :
Joël, par ta mort, nous sommes navrés,
nous sommes dans la détresse à cause de toi, notre frère Joël.
Tu avais pour nous tant d’attrait,
ton amitié nous était plus merveilleuse que l’amour d’un époux ou d’une épouse.
Mes frères, nos prières, nos pénitences, les messes que vous avez demandées pour obtenir la guérison de Joël auraient-elles été vaines ? Certainement pas ! Au contraire, elles ont beaucoup profité à son âme.
Il y a déjà cinq ans, il avait dit devant plusieurs personnes : « Le cancer est une bénédiction pour un chrétien, car il lui permet de se bien préparer à mourir. »
Il a répété cette pensée profonde après Pâques dernière. En janvier 2021, il écrivait : « Je viens de subir quatre chimios lourdes, assez difficiles à vivre, mais c’est très bon pour la sanctification et pour la réparation. Je suis dans les mains de Dieu, comme nous tous et je m’en tiens à sa sainte Volonté ».
En mai 2021, il écrivait encore : « Mes petites souffrances ont été offertes pour le couvent et pour les élèves ».
Joël avait reçu les onctions du baptême, celle de la confirmation et la dernière, l’extrême onction, celle pour les malades proches de la fin.
Croyons mes chers fidèles que Dieu bon, miséricordieux, aime celui qui l’aime et qui s’abandonne à lui ; et parce que Dieu l’aime, il fait profiter ses souffrances à sa purification, à sa sanctification, à son bonheur éternel. Et si nous sommes, aujourd’hui, peut-être excessivement tristes et malheureux, n’est-ce pas parce que nous manquons de foi, parce que le mystère de la croix nous rebute, parce que nous ne souhaitons pas vraiment aller au ciel et que nous cherchons des prétextes pour nous accrocher à cette vallée de larmes ? Et quand Dieu dans sa bonté nous rappelle que nous ne sommes pas faits pour la terre, mais pour le ciel, nous gémissons.
Or ce n’est pas, mes chers amis, le nombre des années passées sur terre qui importe, mais leur plénitude de fidélité à Dieu, à ses commandements, spécialement celui de l’aimer par-dessus tout et d’aimer notre prochain.
Unir notre douleur à celle du Sauveur est une consolation
Alors, mes chers amis, offrons la croix de notre douleur présente pour l’âme de Joël, afin qu’il entre au plus vite au Paradis.
Dieu nous fait en ce jour, la grande grâce de souffrir moralement pour que nous unissions notre douleur à celle du Sauveur Jésus qui va s’offrir sur l’autel de la Messe pour l’âme de Joël.
Dieu lui-même, mes chers amis, s’est servi du témoignage de la Croix pour nous montrer à quel point il nous aimait. Eh bien ! à nous de lui offrir, à ce Dieu d’amour, le témoignage de notre douleur pour lui prouver que nous l’aimons et que nous avons foi en lui.
N’est-ce pas d’ailleurs, ce que le prêtre chantera dans la préface de la messe :
En Jésus-Christ a brillé pour nous l’espérance de la bienheureuse résurrection pour que ceux qui se contristent actuellement par leur condition absolument certaine de mourir, soient consolés par la promesse de l’immortalité future. En effet, Seigneur, pour vos fidèles, la vie n’est pas enlevée, elle est simplement changée, et quand la demeure de cette habitation terrestre est dissoute, on obtient une habitation éternelle dans le ciel.
« Consolentur, qu’ils soient consolés ! »
Et vous avez entendu dans l’Épître de saint Paul aux Thessaloniciens le même mot : « Consolez-vous les uns les autres. » Et encore, ailleurs : « Ne soyez pas contristés. »
Se préparer
Il est évident, mes chers amis, nous terminerons par là, que Joël s’était préparé spécialement depuis deux ans. Mais il faut aussi croire que, comme le dit saint Paul, « Deus vult omnes homines salvos fieri, Dieu veut sauver tous les hommes ». Donc, il fait tout ce qu’il faut. Il est tout puissant, infiniment bon. Alors, il a purifié notre ami Joël dans son corps et plus encore dans son âme. La solitude de la maladie, quelle épreuve mes amis ! L’inquiétude, les angoisses devant la douleur, les hauts et les bas, et l’incertitude quant à l’avenir. Ah ! l’Extrême onction a été efficace, le sacrement de Pénitence qu’il a reçu plusieurs fois : il ne s’est pas révolté, il a même accepté et il s’est offert.
La bienheureuse Vierge
En ce lundi 22 août, fête du Cœur Immaculé de Marie, contemplons la bienheureuse Vierge au pied de la Croix. Certes : Stabat Mater dolorosa, elle est douloureuse, la Mère, debout au pied de la Croix, mais elle offre volontiers et volontairement son Fils à Dieu le Père. Elle se souvient que Jésus a dit : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne », alors l’Immaculée se conforme à son Unique, et elle donne son Unique.
Nous aussi, mes chers amis, demandons à la sainte Vierge Marie, que nos âmes baptisées, confirmées dans le Saint-Esprit, aient la force d’offrir l’âme de Joël par Notre-Seigneur à la Très Sainte Trinité.
Vous savez qu’il devait se rendre à Lourdes à la fin de la semaine. A Lourdes, la Vierge Immaculée a dit à Bernadette : « Je ne promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre ».
Ah ! mes amis, que l’exemple de Joël nous marque profondément, durablement, pour penser au Ciel. Ce jour, commence le trentain de Messes pour l’âme de Joël, unissons-nous y sérieusement tous les jours, c’est la plus grande marque d’amour, d’amitié, de gratitude que nous puissions offrir à Joël, afin que son purgatoire se termine, qu’il puisse contempler Dieu face à face. Il avait dit : « Si je vais au Ciel, je n’oublierai ni le Foyer Saint-Thomas d’Aquin, ni le Sel de la terre » et ajoutons : ni ma famille, ni mes amis.
Alors, si vous voulez bien, mes chers fidèles, pour conclure, en nous rappelant comment sainte Bernadette de Lourdes avait appris de la Sainte Mère de Dieu la façon de faire le signe de la Croix, faisons nous aussi notre signe de la Croix avec des grands sentiments de foi et d’espérance surnaturels : Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.
✵
Témoignages
D’un ancien du Foyer Saint-Thomas
Chère famille de M. Morin,
Chers amis, chers professeurs et anciens élèves du Foyer,
C’est au nom de tous les anciens élèves de M. Morin au Foyer Saint-Thomas d’Aquin, que je dirai ces quelques mots, pour témoigner, s’il est possible de l’exprimer par des mots, de toute la reconnaissance que nous avons pour notre cher professeur d’histoire.
Quels que soient les chemins empruntés par les uns et les autres après leur passage au Foyer, tous peuvent dire combien ils ont été marqués par la personne de M. Morin.
Et d’abord, bien sûr, par ses cours d’histoire passionnés et enthousiastes, dans lesquels reprenaient vie sous nos yeux l’évasion de Marie de Médicis du château de Blois, la charge des cavaliers ailés au siège de Vienne, ou les combats sanglants de Skanderbeg. Mais surtout, comment oublier le cours inaugural de chaque année, sur la théologie de l’histoire ? L’histoire de l’humanité, vue de haut, s’étalait sur le tableau noir – qui ne pouvait contenir l’immensité de Dieu, et qui se couvrait peu à peu de flèches et de signes en tous sens jusqu’à en devenir à peu près illisible… Puits de science historique, M. Morin restait pourtant en toute occasion d’une humilité et d’une discrétion d’autant plus admirables qu’il était plus savant.
M. Morin nous a transmis plus que l’histoire de France : il nous a transmis la seule vision véritable de l’histoire du monde, celle qui observe l’action de la Providence divine au cours des âges pour sauver les hommes. Avons-nous conscience du trésor sans prix que nous a légué notre cher professeur, de toutes les armes qu’il nous a données pour comprendre le monde et la portée véritable des événements ?
Mais je serais ingrat et incomplet si je m’arrêtais aux seuls cours d’histoire. C’est tous les jours et à toutes les occasions que M. Morin nous transmettait son amour de l’histoire, son amour pour la France, son amour de l’Église et de Dieu : lors des sorties du dimanche à la découverte des beaux paysages, villages, églises et bien sûr vignobles de notre région ; lors des nombreux voyages en Vendée militaire où il nous apprenait sur le terrain, les pieds dans les chemins creux, la valeur du sacrifice des Vendéens. En juin dernier encore, malgré sa fatigue, M. Morin avait accepté de m’accompagner avec les élèves de 2nde pour leur conter, comme lui seul savait le faire, les mille et une anecdotes des guerres de Vendée. Il rayonnait de joie de pouvoir encore raconter tout cela aux jeunes.
Lors des voyages à Rome aussi, bien sûr, dans cette Rome qu’il connaissait comme sa poche et où il sentait battre encore le cœur de l’Église. Et je dois dire à titre personnel combien il a su me passionner pour la ville éternelle ! En avril dernier encore, nous étions ensemble à guider les élèves de terminale à Rome, et M. Morin pouvait nous livrer tous ses secrets, du mystère du 3e pilier de saint Jean de Latran aux meilleures glaces de la ville…
Partout M. Morin transmettait ; partout aussi, il éduquait, il élevait les jeunes âmes. M. Morin fut pour nous tous plus qu’un professeur : il fut un éducateur. Il s’occupait des élèves bien au-delà de ses cours, pendant les travaux extérieurs, les matchs de foot, les petits week-end… Il m’a dit plusieurs fois combien l’œuvre qui comptait le plus pour lui, c’était le dévouement à la cause de la jeunesse chrétienne. M. Morin n’a pas eu d’enfants, mais nous autres, ses élèves, nous étions un peu comme ses fils. Si comme élèves, nos relations avec lui étaient celles du disciple au professeur, je crois qu’on peut dire de lui ce qu’un de ses subordonnés disait du maréchal Foch : « il ne faisait pas sentir les distances, à condition qu’on les observât ».
Et il est aussi devenu pour nous – je le dis pour moi, mais je sais que ce fut vrai pour nombre d’entre nous – il est aussi devenu pour nous un ami, un véritable ami. Des tribunes du stade de France aux discussions historiques enflammées, en passant par les Journées Jean-Vaquié, il était de ceux qui se préoccupent du sort des autres avant de pleurer sur le leur, de ceux qui pardonnent tout et qui encouragent toujours. « Il y a des choses plus graves sur terre », répétait-il inlassablement lorsqu’on le plaignait un peu trop. Gustave Thibon disait qu’une amitié véritable est « celle qui repose avant tout sur la communion aux mêmes principes et la poursuite d’un même idéal ». Telle était mon amitié, notre amitié avec M. Morin, une union agréable et joyeuse dans la communion à la vérité.
M. Morin était très attentif aux anciens élèves du Foyer, y compris à ceux qui n’étaient pas partis en très bons termes, ou avec lesquels il avait eu des difficultés. Il les retrouvait avec beaucoup de charité.
La vie de M. Morin peut se résumer à ce mot : transmettre. Lui aussi, il a transmis, et avec quelle ardeur, avec quelle joie, avec quel enthousiasme, ce qu’il avait reçu. N’est-ce pas, au fond, une œuvre bien plus glorieuse que tous les honneurs d’une belle carrière universitaire, à laquelle il aurait pu prétendre par l’étendue de son savoir ?
Ces dernières années, et peut-être plus encore depuis le décès de notre regretté Philippe Girard, M. Morin se détachait visiblement de plus en plus des biens de cette terre ; déjà, avant même sa maladie, il se préparait. Et il se détachait des biens matériels qui pour lui comptaient sans doute le plus : ses livres. Il s’était mis à donner ses livres à ses amis et anciens élèves. Combien sommes-nous à pouvoir témoigner de sa générosité sans bornes ? Je crois qu’une grande partie de ma bibliothèque s’est remplie grâce à lui. « Moi, me disait-il en me mettant pour la énième fois un livre dans les mains, j’ai déjà lu tout ça. Maintenant c’est à vous ! Lisez ! C’est à vous, aux jeunes, de continuer le combat pour la vérité ».
M. Morin nous a transmis bien plus que la vérité, il nous a transmis la flamme et l’envie de la faire connaître, de la transmettre à notre tour. Il a lancé plusieurs d’entre nous dans la rédaction d’articles voire de conférences, et il a suscité plusieurs vocations de professeurs.
A Dieu, cher M. Morin, au nom de tous vos anciens élèves du Foyer, adieu. Voici que vous avez rejoint nos autres professeurs décédés, Jean-Marie Ramé, Thibault de Winter, et Philippe Girard.
Je ne peux vous rendre hommage ici pour tout ce que vous nous avez donné. Dans la douleur qui est la nôtre aujourd’hui, nous ne pouvons mieux faire pour vous remercier que de prier pour que saint Michel, que vous aimiez tant, saint Michel le porte-étendard, vous introduise dans la lumière divine.
D’un parent d’élève
Ces quelques mots en mémoire de Joël n’ont d’autre vocation que d’apporter le témoignage d’un père de famille sur son passage au Foyer Saint-Thomas en tant que professeur d’histoire. Je ne l’ai pas connu assez intimement pour évoquer son passage à l’œuvre de l’Étoile du père Raffalli ou à l’École Sainte-Marie. Il n’est pas nécessaire en revanche de l’avoir connu intimement pour décrire l’impression unanime laissée par Joël aux parents du Foyer.
Professeur passionné par l’Histoire de son pays, soucieux de la faire connaître à ses élèves en la présentant d’une façon authentiquement catholique, Joël a activement participé à la rédaction de la série de livres d’histoire dont les élèves du Foyer ont la chance de bénéficier aujourd’hui.
S’appuyant sur une autorité naturelle, on peut même dire d’une aura auprès des jeunes, gageons qu’il aura su faire passer à la génération future plus que des connaissances, une approche chrétienne de notre histoire, pas seulement celle de la France mais l’histoire de l’Europe comme en témoignent ses nombreux voyages dans les capitales européennes comme Prague et les pèlerinages annuels à Rome à la tête de la classe de Terminale.
Impossible de terminer sans évoquer les articles dans le Sel de la terre ou l’organisation des Journées Jean-Vaquié.
Joël, à vous le défunt, au sens étymologique : celui qui a accompli sa tâche, il est temps de vous dire merci et A DIEU au sens propre. Vous avez décliné avec discrétion notre invitation à ce court pèlerinage à Lourdes que nous nous réjouissions de faire avec vous en petit comité dans quelques jours. Vous avez préféré aller rejoindre seul et par le plus court chemin notre Mère du Ciel. Nos prières vous accompagnent, Joël. Nul doute que vous intercéderez en retour pour vos anciens élèves et pour le Foyer.
Joël Morin dans Le Sel de la terre
Articles et recensions :
• Daubuis (Geoffroy)
– La Nouvelle Droite, ses pompes et ses œuvres (60, 87)
– Quand la Nouvelle Droite réécrit l’histoire (63, 128)
• Defaye (Michel)
– La vocation chrétienne de la France d’après les pontifes romains (17, 54)
– Autour du baptême de Clovis (19, 18)
– Benoît XVI dans les pas de Pie II ? (57, 182)
– 1569 : Jarnac et Moncontour. Victoires et trahison (68, 147)
– La tombe et les reliques retrouvées de l’apôtre saint Paul (70, 10)
– De Henri de Navarre au roi Henri IV :
• (I) De Henri de Navarre, chef du calvinisme, à la « conversion » de Henri IV à Saint-Denis (1569-1593) (72, 140)
• (II) De l’abjuration de Saint-Denis (1593) à la levée de l’excommunication (1595) (76, 100 – voir : 78, 198)
– Le génocide de la Vendée (1793-1794) (74, 160)
– Saint Pierre et saint André (79, 138)
– La mission de Jeanne la Pucelle et les faussaires (83, 12)
– L’esprit de croisade au 17e siècle :
• (I) L’esprit de croisade au temps de Louis XIII (1610-1625) (88, 14)
• (II) L’esprit de croisade au temps de Louis XIV : le temps des combats (1660-1673) (91, 77)
• (III) Le temps des trahisons (1673-1689) (96, 28)
– Les Révolutions en France (1789, 1848, 1871) étudiées par Marx et copiées par Lénine (104, 62)
– Recensions : L’arrivée de la Turquie. Commentaire critique de son histoire. (Pierre Lassieur) (64, 191) — La bataille de la Montagne Blanche (Olivier Chaline) (65, 161) — Aux sources des Missions étrangères : Pierre Lambert de la Motte (Françoise Fauconnet–Buzelin) (65, 169) — Dona Gracia Nasi (Cécile Roth) (67, 156) — Don Juan d’Autriche (Jean-Pierre Bois) (67, 159) — La dernière croisade : Les Français et la guerre de Candie 1669 (Bardakçi et Pugnière) (71, 198) — Le massacre de Katyn, crime et mensonge (V. Zaslavsky) (63, 179) — Le Sacrifice du soir. Vie et mort de Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI (Jean de Viguerie) (76, 185) — Histoire de Skanderbeg, héros de l’Europe chrétienne (Camille Paganel) (78, 184) — La Vie à Paris pendant la Révolution (G. Lenôtre) (78, 181) — Stèles, La grande famine en Chine, 1958-1961 (Yang Jisheng) (86, 183) — Sixte Quint et Henri IV, Introduction du protestantisme en France (Esprit-Adolphe Segrétain) (97, 194 et 99, 204) — Weygand. L’intransigeant (Max Schiavon) (111, 182).
• Feretti (Michel)
– Les victimes françaises du fanatisme huguenot au XVIe siècle (28, 124) (Printemps 1999)
• Laurigan (Michel)
– Vatican II : Du « mythe de la substitution » à la religion noachide (46, 54) (Automne 2003)
– De Nostra ætate à la synagogue de Cologne. Chronologie d’un engrenage (55, 74) (Hiver 2005-2006)
– Mgr Delassus et l’histoire (81, 5)
• Belleau (Thomas)
– L’intransigeance doctrinale et charité pastorale chez saint Pie-X (89, 71)
Ouvrage recensé :
Defaye, Michel – Jean Boucher, théologien de la Ligue parisienne, chantre de la croisade (84, 180) par Louis Dominici
Joël Morin aux « Journées Jean-Vaquié »
• 2004 : Sur la Contre-Église, la gnose, la kabbale…
Table ronde, avec MM. Christian LAGRAVE, Régis SORLIN, Joël MORIN : « Présentation des auteurs gnostiques et anti-gnostiques »
4e conférence de M. Joël MORIN : « La Nouvelle Droite et les revues d’histoire »
• 2005 : Sur la Contre-Église, la gnose, la kabbale...
Table ronde, avec le R.P. PIERRE-MARIE o.p., MM. Arnaud de LASSUS et Joël MORIN : « L'Église et la Synagogue ».
11e conférence de M. Joël MORIN : « La subversion : cas concrets ».
• 2006 : Le combat des deux Cités : bilan du XXe siècle
1ère conférence. M. Joël MORIN : « De la Révolution française à la Grande Guerre »
Table ronde, avec le R.P. PIERRE-MARIE o.p., MM. Arnaud de LASSUS et Joël MORIN : « Vont-ils reconstruire le 3e Temple ? (Aspects théologiques, historiques et politiques) ».
• 2007 : Les ennemis et la manœuvre
Table-ronde : MM. de LASSUS, LAGRAVE, MORIN : « Les catholiques et la Contre-Révolution (R.P. Lantéri, abbé Barruel, R.P. de Clorivière,) ».
• 2008 : La politique chrétienne
6e conférence. M. Joël MORIN : « Jean Boucher, théologien de la politique chrétienne face au protestantisme et au gallicanisme ».
Table ronde : Le Noachisme, une éthique pour une gouvernance mondiale ? Elie Benamozegh et l’unité noachide du genre humain (Joël MORIN) – Aspects politiques du noachisme (Arnaud de LASSUS) – L’éthique du mondialisme sera-t-elle noachique ? (Pascal BERNARDIN)
• 2009 : Genèse et prosopographie de l’antilibéralisme
2e conférence. M. Michel DEFAYE : « L’école antilibérale, écho du Magistère romain face aux erreurs modernes (1850-1960) ».
• 2010 : La subversion de l’Enseignement et de l’Éducation
3e conférence. M. Michel DEFAYE : « L’enseignement subversif des protestants : Des Centuries de Magdebourg (16e) à Ferdinand Buisson (20e) ».
Table Ronde : Clichés officiels de l’enseignement : Les clichés anti-historiques (M. Christian LAGRAVE) – Les changements du cours d’histoire aux Éditions de l’École de 1950 à 1965 (M. Michel DEFAYE) – L’évolutionnisme dans les manuels de SVT en 4e/3e (intervention de l’abbé Christophe BEAUBLAT lue par M. Ehemba).
• 2011 : La subversion anti-chrétienne et ses méthodes à la lumière des œuvres de Mgr Henri Delassus
1ère conférence : M. Michel DEFAYE : « Mgr Henri Delassus, théologien de l’Histoire ».
• 2012 : « Ils L’ont découronné » : la subversion de la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ de sainte Jeanne d’Arc à Vatican II
1ère conférence. M. Michel DEFAYE : « La vraie mission de sainte Jeanne d’Arc et les faussaires : Voltaire, A. France et Michelet, la Nouvelle Droite, le Front national, les mythographes ».
• 2013 : Vatican II : la grande apostasie
12e conférence : M. Michel DEFAYE : « L’apostasie d’Assise et la communauté Sant’ Egidio ».
Total : 9 conférences, 6 tables rondes
Le vieux prédicateur
par « Monsieur Luc »
Méditation provoquée par la mort de mon plus vieil ami.
LA PLUPART des prédicateurs ont abandonné les vieilles idées de la chute et de la complète ruine morale de l’homme. De nos jours, il est rare que les hommes soient avertis clairement qu’ils sont des pécheurs coupables devant un Dieu saint. Les discours de nos ancêtres sont traités en général comme les restes gênants des siècles ténébreux.
Il reste pourtant au moins un prédicateur de l’ancienne école ; il parle aujourd’hui aussi fort et aussi distinctement que jamais. Il n’est pas populaire et cependant le monde entier est sa paroisse ; il voyage par toute la terre et parle toutes les langues. Il visite les pauvres, il passe chez les riches ; on le rencontre aussi bien dans l’asile des indigents que dans les palais les plus distingués. Il prêche à tous ceux qui ont une religion et à ceux qui n’en ont point et quel que soit son texte, la substance de son sermon ne varie pas. Il est éloquent ; souvent il réveille des sentiments qu’aucun autre prédicateur ne pourrait atteindre. Il fait venir les larmes aux yeux de ceux qui n’ont pas l’habitude de pleurer, il s’adresse à l’intelligence, à la conscience et au cœur de son auditoire.
Personne n’a jamais pu réfuter ses arguments ; il n’y a pas une conscience qui n’ait, à un moment donné, tremblé en sa présence, pas un seul cœur qui soit resté tout à fait indifférent devant ses puissants appels. Presque tout le monde le déteste mais il trouve cependant moyen de faire entendre sa voix à tous.
Il n’est ni cultivé ni poli. Souvent même il interrompt les arrangements publics et se présente subitement au milieu des plaisirs de la vie privée. Il est aux aguets près des portes du cinéma et de la boîte de nuit : son ombre tombe quelquefois sur la table de jeu et souvent il se tient dans le voisinage du café ; il fréquente le magasin, le bureau et l’atelier ; il possède un passe-partout de sorte qu’il peut entrer dans la chambre la plus retirée ; il fait son apparition au milieu des hommes politiques et des membres du clergé ; ni la ville ni le palais ne l’arrêtent par leur grandeur ; et il n’y a pas ruelle ni hameau si pauvres et retirés dont il ne s’occupe.
Qui n’a entendu les sermons de ce vieux prédicateur ? Toute pierre tombale lui sert de chaire. Tout morceau de deuil est un souvenir de ses visites. On voit souvent les sujets de ce prédicateur souverain aller au cimetière et en revenir. Oui, souvent il s’est adressé à vous en personne. Le départ subit de ce voisin, les adieux solennels d’un parent cher, la perte de cet ami intime, le vide terrible que votre cœur éprouva quand votre épouse fut enlevée à votre affection, ou que l’enfant que vous aimiez vous a été ôté. Tous ces événements furent des appels puissants et solennels de la part du vieux prédicateur.
Un jour, peut-être sous peu, vous lui fournirez vous-même son texte ; au milieu de votre famille et de vos amis affligés, sur votre tombe, il fera entendre sa voix. Que votre cœur se tourne vers Dieu dès à présent pour le remercier de ce que vous êtes encore sur la terre des vivants et que vous n’êtes pas déjà mort dans vos péchés (Jn 8, 24).
Vous pouvez vous débarrasser de la religion ; vous pouvez essayer d’en réfuter les fondements, à votre pleine satisfaction ; vous pouvez aussi vous moquer ouvertement de ses enseignements et mépriser avec effronterie ses avertissements ; vous pouvez également rejeter avec indifférence, voire avec haine le Sauveur dont elle vous parle.
Le moment peut venir où les vagues croissantes de l’incrédulité inonderont le monde à un tel degré qu’il sera difficile de trouver une trace du Christ autour de nous : cathédrales écroulées, églises et calvaires ruinés, et jusqu’aux crucifix interdits. Car le jour arrivera où l’on traitera comme un criminel quiconque voudra confesser sa foi dans le Christ Sauveur, de bouche ou de plume. Vous pouvez d’ici là éviter tout sermon, ce qui n’est pas difficile tant qu’il reste sur les ondes le seul bla-bla conciliaire. Si on annonce l’Évangile sur votre chemin, vous pouvez vous en détourner. Vous êtes libre de brûler la Bible et tous les missels qui tomberaient dans vos mains, comme je l’ai hélas vu faire.
Mais si vous vous débarrassez aisément de la Parole de Dieu et de celle de ses prêtres, que ferez-vous du vieux prédicateur ? Connaissez-vous le moyen de le mettre en retraite ? Pouvez-vous l’arrêter dans le cours de ses voyages ? Ou bien pensez-vous, comme quelques nigauds, qu’il sera tellement influencé par les progrès de la science qu’il finira par changer tout à fait ses doctrines et sa manière de faire ? Il est vrai que la plupart des prédicateurs d’aujourd’hui sont très subvertis par les doctrines et l’opinion du siècle. Mais lui a continué son chemin depuis la création avec une indifférence profonde aux événements divers et aux opinions variées du monde entier. Tous les historiens sacrés ou profanes rendent le même témoignage à son sujet, de sorte qu’il n’est pas raisonnable de croire qu’il va changer dans sa vieillesse.
Hommes et femmes qui êtes sur le point de mourir, réfléchissez sur l’avenir qui vous attend inéluctablement. Votre course est bientôt terminée. Vos chers plaisirs prendront fin, vous laisserez vos occupations, vos richesses, et vos honneurs n’auront aucune valeur pour vous à l’heure solennelle où votre corps retournera à la poussière. Il faut que vous mouriez et cela ne dépend pas de vous.
N’y a-t-il pas une cause à cela ? Serait-ce le seul effet du hasard qu’un être doué de si grandes capacités finisse d’une manière si triste ? Il n’y a qu’une seule réponse à ces questions et tant que le vieux prédicateur continuera ses voyages il ne cessera de la proclamer : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Rm 5, 12).
Nous sommes tous forcés d’arriver à la conclusion qu’il doit y avoir quelque chose d’anormal. Nous ne pouvons penser aux milliards de fosses creusées sur notre planète, pendant qu’une génération après l’autre descend aux portes de la mort, sans que nous soyons amenés à nous dire que certainement il y a là quelque chose d’anormal.
La chute de l’homme n’est pas un simple dogme théologal, mais une affreuse réalité dont l’histoire du monde et les faits si tristes de notre expérience personnelle rendent un témoignage épouvantable. « Pourquoi nous mettre au cœur ce goût d’éternité, avec la fosse toujours ouverte ?
