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La persécution de l’Antéchrist

décrite dans le psaume 9


par le frère Hugues-Marie O.P.

 

 

 

Hugues de Saint-Cher O.P. (1200-1263) a été le premier cardinal dominicain et aussi le premier écrivain ecclésiastique à réaliser un commentaire de toute la Bible. Ce commentaire est intitulé Postille in Bibliam et a été réalisé de 1232 à 1236.

Le commentaire des Psaumes est la partie la plus travaillée. Elle occupe tout le tome 2 de l’édition (la dernière) en huit tomes réalisée à Venise à partir de 1703 [1].

Selon Hugues de Saint-Cher, le psaume 9 décrit, à partir du verset 20, la persécution de l’Antéchrist. L’étude que nous donnons ici est très largement inspirée de ce commentaire.

L’Antéchrist étant le plus méchant ennemi de l’Église et des âmes, on trouve dans la description de la persécution qu’il déclenchera, d’utiles leçons pour le combat spirituel.

Nous donnons au début le texte complet de ce passage du psaume dans la version de la vulgate et avec une traduction française très littérale qui permet de mieux suivre le commentaire d’Hugues de Saint-Cher. Ce psaume est lu à matines le dimanche matin.

Le Sel de la terre.



L’annonce de la venue de l’Antéchrist effraie le psalmiste


Ps 9, 20. Levez-vous, Seigneur ; que l'homme ne soit pas conforté ; * que les nations soient jugées devant votre face.


Effrayé à la pensée de la venue de l’Antéchrist, le psalmiste demande à Dieu d’exercer son jugement sans tarder.

L’Antéchrist est appelé ici un « homme », pour sa confusion. Homme vient étymologiquement de « humo natus (né de la terre) [1] », dénomination humiliante pour celui qui prétendra être Dieu.

Saint Paul le décrit comme : « l'homme de péché, le fils de la perdition, l'adversaire qui s'élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, se faisant lui-même passer pour Dieu » (2 Th 2, 4). 

Le psalmiste demande que l'homme ne soit pas conforté, c’est-à-dire qu’il ne prévale pas contre l’Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les puissances de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18).

Ou encore que sa force ne se maintienne pas. En effet, il durera peu : « Si ces jours n'avaient été abrégés, nulle chair n'aurait été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés » (Mt 24, 22). Sa puissance ne durera que trois ans et demi selon le prophète Daniel : « Quand sera la fin de ces merveilles ? […] l'homme vêtu de lin qui se tenait sur les eaux du fleuve jura par Celui qui vit éternellement que ce serait dans un temps, deux temps et la moitié d'un temps. »

Que les nations soient jugées : les nations [2], ce sont ceux qui restent à l’état de nature, c’est-à-dire ceux qui auront refusé la lumière de la foi.

Ces nations, en punition de ce péché d’incrédulité, seront jugées d’abord de façon occulte par un jugement de discrétion [3] en étant punies de cécité spirituelle : « Dieu leur enverra une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n'auront pas cru à la vérité, mais qui auront consenti à l'iniquité, soient condamnés » (2 Th 2, 11).

Par ailleurs, avant le jugement de condamnation, aura lieu la terrible persécution de l’Antéchrist que va être décrite dans la suite par le psalmiste.



Pourquoi Dieu permet cette venue de l’Antéchrist


v. 21. Seigneur, faites peser sur eux le joug d’un législateur, * afin que les peuples sachent qu'ils sont hommes.


Le Seigneur permettra la venue de cet Antéchrist en punition des péchés des hommes : « Il fait régner l’homme hypocrite à cause des péchés du peuple » (Jb 34, 30).

Le péché principal des hommes étant de refuser la foi [4], et par suite de refuser de devenir enfants de Dieu, de devenir un « homme nouveau » [5], ils seront assujettis à l’homme de péché, et ils sauront qu’ils sont des hommes, rien que des hommes, en qui demeure le « vieil homme ».

 « Seigneur, faites peser sur eux le joug d’un législateur (Id. 21 ) » ; qui serait, si je ne me trompe, l’Antéchrist, dont l’Apôtre a dit « que l’homme de péché se révélera » (1 Th 2, 3) « afin que les peuples sachent bien qu’ils ne sont que des hommes », et puisqu’ils refusent d’être délivrés par le Fils de Dieu, d’appartenir au Fils de l’homme, d’être enfants des hommes, ou des hommes nouveaux, qu’ils soient assujettis à l’homme, c’est-à-dire au vieil homme du péché, puisqu’ils sont eux-mêmes des hommes [6].

L’Antéchrist sera un législateur car il apportera des lois mauvaises pour pervertir les hommes, et il sera placé sur eux comme une charge.

Dieu le permettra pour qu’ils sachent qu’ils sont hommes, remplis de misère suite au péché originel. L’homme ne connaît pas qu’il est un simple homme quand il est dans la prospérité, mais bien quand il est dans l’adversité. Alexandre disait à ceux qui l’adulaient : « Vous m’appeliez fils de Jupiter et dieu, mais cette blessure que j’ai reçue prouve que je suis un homme. »

Il est aussi à remarquer que la législation issue de 1789, prélude de celle de l’Antéchrist, est basée sur...



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[1]    — Voir le Dictionnaire étymologique de la langue latine. Histoire des mots, par Antoine Meillet & Alfred Ernout, revu par Jacques André (2001), Klincksieck, Paris.

[2]    — Les anciens pensaient que « nationes » venait de « geniti tales » : tels qu’ils sont nés, à l’état de nature.

[3]    — On distingue le jugement de discrétion que Notre-Seigneur exerce dans le secret des cœurs depuis son premier avènement en séparant les fidèles des infidèles (« voici quel est le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » Jn 3, 19), et le jugement de condamnation qu’il exercera à la fin des temps quand il reviendra pour juger les vivants et les morts.

[4]    — « Lorsque le Paraclet viendra, il convaincra le monde au sujet du péché, […] car ils n’ont pas cru en moi » (Jn 14, 8-9).

[5]    — « A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu; à ceux qui croient en son nom » (Jn 1, 12).

[6]    — Saint Augustin, Enarrationes super psalmos, PL 36, 125.


[1]    — On peut trouver le texte de ce commentaire des psaumes sur le site : https://gloss-e.irht.cnrs.fr/index.php

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 125

p. 29-42

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