Rome et le Canada au 19e siècle
par Dominique Lambert
Fondée sous l’autorité de la congrégation de la Propagande de la foi, l’Église canadienne resta sous ce régime jusqu’en 1908. Durant la deuxième moitié du 19e siècle, elle n’est plus une Église de mission, mais l’épiscopat canadien se satisfait de ce statut qui assure une administration « à la fois gratuite et plus souple [1] » et aussi plus simple puisque toutes les questions soumises à Rome sont tranchées par cette unique congrégation.
Rome, les Églises locales et le catholicisme libéral
A Rome, l’administration ecclésiastique est encore largement italienne à cette époque, et éprouve des difficultés à appréhender la situation réelle des Églises locales. Le cardinal Manning, primat d’Angleterre, remarque :
Ce dont a besoin le Saint-Siège, c’est un corps d’hommes à Rome qui se soient rendus maîtres non seulement des langues des pays étrangers, mais aussi de l’état actuel de ces pays. Je crains qu’à cet égard, il y ait encore beaucoup à apprendre et à faire [2].
Sur les bords du Saint-Laurent, malgré la conquête britannique de 1763, le Canada-français reste influencé par la France. La querelle qui oppose catholiques libéraux et ultramontains y trouve donc son écho.
• Du côté ultramontain, deux figures ecclésiastiques s’imposent. D’abord, Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal de 1840 à 1876, dont la science et la sainteté sont reconnues même par ses opposants les plus obstinés. Ensuite Mgr Louis-François Laflèche, évêque de Trois-Rivières de 1852 jusqu’à son rappel à Dieu en 1898. Son attachement à Rome est sans limites mais il doit s’opposer à plusieurs reprises aux décisions diplomatiques romaines, ce qui lui coûtera bien des peines, en particulier la division de son diocèse.
• En face, Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, évêque de Québec de 1871 à 1898, défend une ligne de conduite plus conciliante, selon l’esprit de l’école catholique-libérale. Son attitude est plus en phase avec la diplomatie romaine, ce qui lui vaut le chapeau cardinalice en 1886.
Deux querelles majeures marquent la vie religieuse canadienne-française et révèlent les différends qui opposent les deux écoles de pensée :
• la question de l’influence spirituelle indue du clergé
• puis celle des écoles du Manitoba.
Ces dissensions au sein de l’épiscopat poussent Rome à envoyer des délégués apostoliques à trois reprises : Mgr George Conroy en 1877, Dom Henri Smeulders en 1883 et Mgr Raphaël Merry del Val en 1897.
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[1] — Nive Voisine, « Rome et le Canada, la mission de Mgr Conroy », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 33, no 4, mars 1980, p. 499.
[2] — Cité par Roberto Perin, Rome et le Canada, La bureaucratie vaticane et la question nationale 1870-1903, Cap-Saint-Ignace (Québec), Boréal, 1993, p. 54.

