Les douze Tribus d’Israël – Histoire des tempéraments
CET OUVRAGE intéressera ceux qui veulent creuser la question des tempéraments. L’auteur est un ancien élève de Polytechnique, devenu ensuite ingénieur de l’armement, puis officier dans l’armée de terre au sein des troupes de montagne ; il a quitté l’armée en 2019 avec le grade de colonel.
Dans ce livre, il se consacre à une enquête auprès d’Hippocrate, de sainte Hildegarde, de Richard de Saint-Victor et des saintes Écritures pour décrire les douze tempéraments.
Comment arriver à douze ? Tout simplement parce que chacun des quatre tempéraments classiques peut s’allier à un deuxième tempérament secondaire. On peut donc être bilieux sanguin, bilieux mélancolique ou bilieux flegmatique.
La partie la plus originale de cet ouvrage est sans doute la description des douze tribus d’Israël. Pierre de Thieulloy attribue à chacun des fils d’Israël un des douze tempéraments, se servant pour y arriver tant de l’étymologie des noms (car l’auteur a étudié l’hébreu pour le besoin de sa cause), que des renseignements donnés par la Bible sur les douze patriarches et l’histoire de leurs tribus. On découvre ainsi que Ruben est un flegmatique sanguin, Levi un bilieux flegmatique, Judas un mélancolique flegmatique et Joseph un sanguin bilieux.
L’auteur a beaucoup lu, on voit qu’il a aussi une bonne expérience personnelle des hommes, qu’il est doué d’un solide bon sens et qu’il a la foi catholique.
L’auteur a aussi étudié l’ennéagramme, dont il montre les dangers et les insuffisances. Il explique notamment que l’ennéagramme, par son classement en neuf types de personnalité ou sensibilités différentes, n’identifie que six tempéraments, tandis qu’il regroupe et mélange les six autres : « Puis il a inventé un diagramme néfaste pour ancrer ses erreurs dans un symbolisme occulte. L’ennéagramme est donc un fossoyeur des tempéraments, il ne décrit que partiellement la réalité, il l’embrouille et la mêle d’erreurs, tandis que sainte Hildegarde en quelques mots donne l’essentiel de ces douze sensibilités créées et voulues par Dieu. »
Les limites de cet ouvrage viennent sans doute du fait que l’auteur est autodidacte et qu’il connaît insuffisamment la philosophie thomiste. On le voit notamment dans ses hésitations lorsqu’il essaie d’analyser l’âme humaine.
Certains de ses jugements peuvent prêter à discussion, comme son attribution du livre de la Sagesse à Salomon, ou paraître excessifs, comme sa critique de la science moderne.
Le rapprochement entre les quatre tempéraments et les quatre vertus cardinales nous paraît discutable. En effet, pour qu’une division soit bonne, il faut qu’elle soit faite selon un même point de vue. Or, la division en quatre vertus cardinales vient de l’existence de quatre puissances de l’âme : les deux puissances spirituelles (raison et volonté) et les deux puissances sensibles (irascible et concupiscible) ; tandis que la division en quatre tempéraments vient des quatre « humeurs » de notre corps, qui affectent aussi notre sensibilité, et donc nos passions.
On peut également discuter le rapprochement qu’il fait entre les tempéraments et les quatre passions principales. Il les nomme d’après saint Jean de la Croix « la joie, l’espérance, la crainte et la douleur ». Il attribue au mélancolique la crainte, au flegmatique l’espérance et au bilieux la douleur (ou tristesse). Il nous semble plus logique d’attribuer au mélancolique la tristesse, au flegmatique la crainte (de l’effort) et au bilieux l’espérance. D’ailleurs on sent l’hésitation de l’auteur, car il lui arrive d’attribuer au bilieux la colère, ce qui est assez logique, mais la colère n’est pas une passion principale [1].
[1] — Voir « Les passions dans la vie morale » dans Le Sel de la terre 126.

