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La physiologie du serpent Du portrait physique au portrait moral


par Bertran Chaudet

Bertran Chaudet a déjà dénoncé dans Le Sel de la terre les infiltrations du courant New Age dans l’Église catholique [1]. Il part ici de la physiologie du serpent pour en tirer – analogiquement – quelques leçons morales et spirituelles.

Le Sel de la terre.

 

 

Le serpent est le premier animal cité spécifiquement dans la Bible, avant tous les autres animaux. Inspirateur du premier péché et de la chute d’Adam et Ève, cet antique serpent deviendra le dragon de l’apocalypse :

Et je vis descendre du ciel un ange qui tenait dans sa main la clef de l’abîme et une grande chaîne ; il saisit le dragon, l’antique serpent, qui est le diable et Satan, et il l’enchaîna pour mille ans [Ap 20, 12].

Voici quelques éléments de la physiologie du serpent qui peuvent analogiquement permettre de relire le discernement spirituel.


Le plus rusé

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahweh Dieu ait faits [Gn 3, 1].

Rusé se dit aroum en hébreu, que l’on peut traduire aussi par astucieux, intelligent, lucide, éveillé, avisé, mais aussi le plus nu, il y a deux niveaux de traduction possible.

En effet, le serpent a l’intelligence instinctive de la matière, nous le verrons dans les différentes composantes de sa physiologie.

Le serpent est également le plus nu. Il nous fait entrer dans la connaissance de la nudité ; ainsi au verset 7 de ce même troisième chapitre de la Genèse, l’homme et la femme après avoir mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal, ont découvert leur nudité. « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » (Gn 3, 7).

L’homme et la femme après leur transgression, ne voient plus la gloire dont Dieu les avait revêtus ; leur corps, leur chair, est devenu objet de concupiscence. Leur obéissance à la parole du serpent les a détournés de l’obéissance à la Parole de Dieu. Ils se voient alors, avec le regard du serpent, dans une perspective purement utilitaire, matérielle, consumériste.

Patrick Lévy après avoir écrit un livre d’initiation à la Kabbale, approfondit un peu le sujet dans la Ruse de Dieu, comme si Dieu pouvait être rusé et dissimulateur. Lévy inverse l’interprétation traditionnelle de l’Église catholique. C’est une inversion accusatoire ; ainsi, la ruse du serpent devient dans le titre du livre La ruse de Dieu. Une ruse dont le serpent a l’expertise et la maîtrise :

S’il est le plus aroum de tous, c’est un maître. Il est le premier Rabbi. Il est le premier à commenter la Torah.  Ce serpent est le maître de nos maîtres, puisqu’il est le premier à faire ce que nos maîtres ont enseigné à faire, et que nous faisons, depuis des millénaires en interprétant et en commentant la Torah. Et comme Icha [femme], nous y trouvons des fruits précieux pour ouvrir l’intelligence, et rendre sage [2].

Il faut souligner la perfidie de cette interprétation, car elle est lourde de conséquences et imprègne consciemment ou non la pensée contemporaine, en tout cas certainement celle du New Age.

Les yeux du serpent

Les yeux des serpents n’ont pas de paupière. Ils ont juste une écaille transparente qui protège l’œil et se détache au moment de la mue. Le serpent ne cille pas et ne semble jamais dormir. Par conséquent les serpents sont toujours aux aguets ; ils n’ont aucun repos à part dans les périodes d’hibernation ou lorsqu’ils sont repus. Cette vigilance leur permet d’être prêts à agir à chaque instant.

Or c’est précisément ce repos auquel Dieu invite. Dès la genèse, le septième jour Dieu se repose et invite l’homme à se reposer pour le louer :

Et Dieu eut achevé le septième jour son œuvre qu’il avait faite, et il se reposa le septième jour de toute son œuvre qu’il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, parce qu’en ce jour-là il s’était reposé de toute l’œuvre qu’il avait créée en la faisant. [Gn 2, 2-3.]

Oui, auprès de Dieu seul, je connais le repos, mon salut vient de lui. [Ps 62, 2.]

Jésus proposera cette même invitation au repos auprès de son cœur doux et humble :

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug, et recevez mes leçons, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. [Mt 11, 28-30.]

Les yeux en hébreu se disent ayin. Or ayin a deux traductions possibles : les yeux ou la source. En effet, des yeux peuvent couler les larmes, et le regard peut-être à la source du désir ou de la convoitise.

Par ailleurs, c’est le même mot aroun qui dit la nudité du serpent et sa ruse, finalement la perversité de son intelligence.

« Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » (Gn 3, 7). Même mot que pour le serpent, mais au pluriel : aroumim.

Les serpents peuvent orienter leurs yeux indépendamment l’un de l’autre, ce qui les rend capables d’observer une proie d’un œil, tout en montant la garde contre d’éventuels prédateurs de l’autre.

La vie spirituelle à la suite du Christ demande un choix radical, il ne s’agit pas de regarder et de convoiter deux directions différentes comme les yeux du serpent !


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[1]    — Voir en particulier « Le Nouvel Âge a pénétré dans l’Église catholique », Le Sel de la terre 110, p. 60-74 et « D’où vient et où va l’ennéagramme ? » dans Le Sel de la terre 124, p. 91-126. — Bertran Chaudet a été coordinateur national du service pastoral « Nouvelles croyances et dérives sectaires » de l’épiscopat français entre 2006 et 2013. Auteur de l’ouvrage Sophrologie, Repères pour un discernement pratique et spirituel (Salvator, 2013), il a aussi collaboré à l’ouvrage Nouvelles croyances et dérives sectaires (éditions du Jubilé, 2008).

[2]    — Patrick Levy, La ruse de Dieu. Le Kabbaliste et l’arbre de la connaissance, éd du Relié, 2013, p. 294-298.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 129

p. 50-64

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