Chaos écologique de l'ex-U.R.S.S.
Nous reproduisons ici un texte paru dans Lectures Françaises 454, février 1995, pp. 54-55.
Le Sel de la terre.
Tous les responsables internationaux sont unanimes : on peut parler du chaos écologique de la Russie. Pendant les 70 ans de dictature marxiste-léniniste qu'a connus ce pays, d'innombrables et gigantesques pollutions ont affecté tout le territoire de l'ex-URSS. Les sols et les mers sont gravement pollués de déchets nucléaires, de métaux lourds ; l'atmosphère est saturée d'azote et de soufre ; le réseau des lacs et des fleuves, pourtant un des plus importants du monde, est un immense cloaque. La Russie est le pays le plus contaminé d'Europe ; la moitié du pays boit une eau dangereuse pour la santé ; la Volga n'évacue que des boues industrielles vers une mer Caspienne très polluée ; la mer d'Aral est en train de disparaître ; le lac Baïkal, la mer Noire, la mer d'Azov sont sinistrés. Les exigences du plan, le laisser-aller général, tout concourait au gâchis. On a appris une nouvelle catastrophe seulement en octobre dernier. Depuis des mois, les oléoducs du grand Nord russe fuyaient. On sait déjà (des centaines d'explosions par an ont révélé la chose) que les gazoducs non entretenus étaient de véritables passoires. Les oléoducs de la toundra sont dans un état peut-être pire. Comme cela concernait des zones presque inhabitées (la République des Komis), le silence officiel put cacher la réalité. On sait déjà que les régions les plus polluées sont : la Iakoutie centrale, la région du fleuve Amour, le bassin houiller du Kouzbass, la zone de Krasnoïarsk, celle de la presqu'île de Kola (métaux lourds et innombrables déchets nucléaires provenant des sous-marins), le sud de la Volga et l'Ouest du pays dans la zone de Tchernobyl. Nous avons signalé que les experts français estiment qu'il y a encore une vingtaine de Tchernobyl possibles dans l'ex-URSS. Du fait de la conception d'efficacité immédiate – et cela jusqu'à y compris Gorby, la coqueluche des mondialistes – les Soviétiques ont échafaudé des plans gigantesques sans se préoccuper des conséquences sur la nature. Ainsi le projet fou de détourner les fleuves déjà mis en œuvre sous Staline, Khrouchtchev et Brejnev. En 1971, par exemple, on procéda à une explosion nucléaire pour relier la Kama et la Petchora. On sait qu'il s'ensuivit une série de cancers de la thyroïde pour les gens de la zone. Mais on ne fit rien de particulier quant à ce problème. Pour revenir à la « marée noire » qui est en train de couvrir des milliers d'hectares en Sibérie, on parle de 300 000 tonnes de pétrole qui se sont répandues dans les cours d'eau. Pour l'instant, l'hiver freine le mouvement, mais tout le monde sait qu'avec le printemps et le dégel de la toundra, les nappes phréatiques et la Petchora, donc la mer de Barentz, vont être gravement polluées. Par les sommes dépensées et les moyens mis en œuvre, les pollutions terrestres ou maritimes (par exemple celles du golfe Persique en janvier 1991, ou du golfe du Mexique en 1979) ont pu être traitées. La pollution du Grand Nord sibérien risque de durer, à moins que les Occidentaux n'acceptent de régler la question eux-mêmes.
[1] — Selon le dessin suivant : .
[2] —Extrait du compte rendu de la réunion, publié dans la Lettre mensuelle du C.I.E.L.T. 61 de janvier 1995.

