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L’étendard de la grande espérance

Sermon pour la fête de l’immaculée conception

par Rosarius

Pour conserver à cette homélie son caractère propre, le style parlé a été conservé.

Le Sel de la terre.

 






Devant la beauté, la splendeur, la pureté rayonnante de la Vierge immaculée, on se sent tout petit, tout gauche, tout sale, et l’on ne sait par où commencer pour louer une si grande Reine. Mais les circonstances s’imposent à nous. Et les circonstances vous les connaissez bien, mes frères : nous sommes dans un monde qui s’écroule !

De tous côtés, dans la société, dans notre pauvre France et jusque dans la sainte Église, ce ne sont que ruines, désolation, menaces de guerre et de mort. Et en nous-mêmes, dans nos propres vies et dans nos familles, quelle fragilité – et quelles difficultés pour bâtir du solide ! Je ne veux pas m’étendre, parce que vous savez tout ça mieux que moi et que je ne veux pas ternir la joie d’une si belle fête ; je veux au contraire montrer comment dès l’origine et pendant tous les âges de l’humanité, l’Immaculée Conception a été l’étendard de la grande espérance.

Qu’est-ce qu’un étendard, sinon le drapeau qui, flottant à la tête de l’armée, rassemble les troupes avant le combat et les mène à la victoire ?

Or à trois reprises, et de trois façons différentes durant les trois grands âges de l’humanité, l’immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie a été cet étendard.

• Elle l’a été avant la venue du Sauveur.

• Elle l’a été pendant la vie de notre Sauveur, Jésus-Christ.

• Et elle l’est encore maintenant, en cette époque où Jésus-Christ se communique et se répand par son Église.

Ouvrons la sainte Écriture.

Ouvrons précisément le premier livre de la Bible : le livre de la Genèse.

Pas besoin d’aller très loin. Là, dès les toutes premières pages, au troisième chapitre, lorsque les ténèbres de la mort descendent sur l’humanité après le péché de nos premiers parents, immédiatement une lueur d’espérance commence à poindre : une femme, avec son fils, qui, ensemble, écraseront la tête du serpent.

Vous connaissez la scène. Le serpent, c’est-à-dire le démon, a convaincu Adam et Ève de se révolter contre Dieu :

Vous ne mourrez pas ! Au contraire, vous deviendrez comme des dieux.

Bêtement, le premier homme et la première femme ont écouté ces sornettes. Et Adam, chef de l’humanité, a entraîné tous les hommes dans sa chute. C’est ce qu’on appelle le péché originel.

Or à ce moment, à ce moment précis, Dieu annonce au démon qu’il y aura une revanche. Oui, il a réussi, dans une première manche, à vaincre l’humanité, et la précipiter dans le péché et dans la mort. Mais ce n’est pas définitif. Et Dieu annonce au serpent :

Je mettrai une inimité – c’est-à-dire une guerre, un combat – entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance ; tu voudras la mordre au talon, et elle t’écrasera la tête.

Cette première prophétie est encore très vague. Vous n’y trouvez ni le nom de Jésus, ni celui de Marie. Vous n’y trouvez pas le mot « conception », ni l’adjectif « immaculée ».

C’est ce qui permet aujourd’hui à certains protestants de protester contre l’immaculée conception de la bienheureuse Vierge, en disant qu’elle n’est pas affirmée dans la Bible.

Pourtant, que voyons-nous ? Qu’entendons-nous ?

Dieu annonce au serpent que sa victoire n’est que provisoire. Et pour décrire la revanche, il évoque d’abord une femme :

Je mettrai une inimitié entre toi – Serpent – et la femme.

La femme ne sera pas seule. C’est sa descendance, son fils, qui vaincra définitivement le serpent. Mais la revanche commence avec elle. C’est elle que la prophétie met d’abord en avant. C’est donc elle, d’abord, qui sera l’ennemie du démon. Or l’annonce en est faite au moment même où Dieu rend sa sentence à propos du premier péché. Qu’est-ce que cela signifie, sinon que cette femme, ennemie du serpent avant même de donner naissance au Sauveur, échappera à la contagion de ce premier péché ?

Dès l’aurore de l’humanité, juste après la chute originelle, c’est bien l’Immaculée qui est donnée comme signe d’espérance. Elle est présentée comme la grande ennemie du Démon : celle qui n’en a jamais été complice, pas même un instant.

Plus tard, les prophètes détailleront ses autres titres de gloire. Isaïe proclamera qu’elle doit être à la fois mère et vierge. Il ira jusqu’à préciser qu’elle doit enfanter l’Emmanuel – c’est-à-dire Dieu avec nous. Et vous me direz peut-être que c’est plus important : le premier titre de Marie, le plus fondamental, c’est d’être mère de Dieu. C’est vrai : en soi, c’est le plus important. Mais pour nous autres, pauvres humains, tombés dans le péché et prisonniers du péché de génération en génération, Marie apparaît d’abord comme la grande ennemie du serpent, celle qui ne lui a jamais été soumise en rien, celle, en un mot, qui est l’Immaculée.

Dès la sortie du paradis terrestre, c’est vraiment la bannière de l’Immaculée qui est ainsi dressée pour entraîner vers le Sauveur ce long pèlerinage humain qui, de premier au second Adam, durera plusieurs millénaires.

Il faut aller plus loin. Non seulement le mystère de l’Immaculée a été le premier révélé aux hommes, mais c’est vraiment, de fait, la plus belle victoire de notre Sauveur.

Pourquoi donc est-il venu, sinon pour libérer les hommes du péché en leur communiquant cette vie divine qu’on appelle la grâce ?

Tirer les hommes de la boue où il se sont enlisés, les laver et les embellir, c’est son rôle essentiel. Mais comme dit le proverbe, il vaut mieux prévenir que guérir. Pour que notre Sauveur se montre un médecin parfaitement complet, il fallait certes qu’il soigne avec art toutes les sortes de maladies morales qui peuvent affecter l’humanité, mais il convenait aussi que, dans un cas au moins, il réalise cette guérison préventive qu’on appelle immaculée conception.

C’est le chef-d’œuvre de la grâce, le chef-d’œuvre de la Rédemption, et Notre-Seigneur l’a réalisé avant même son incarnation, dans l’âme de sa très sainte Mère, comme s’il voulait l’avoir toujours devant les yeux durant sa vie et ne marcher qu’à la suite de ce glorieux étendard qui proclamait partout sa victoire avant même qu’il n’arrivât.

Étendard de l’espérance dès la chute de nos premiers parents, étendard de la victoire sous les yeux mêmes de notre Sauveur, l’Immaculée conception a aussi été choisie comme l’étendard de la lutte contre les erreurs modernes, par le glorieux pape Pie IX.

C’était en 1854. Pie IX était effrayé, déjà, par la montée de l’impiété que l’on nomme communément moderne, alors qu’elle provient toujours de l’antique adversaire.

Grisé par les progrès scientifiques, mais drogué, surtout, par la propagande maçonnique, l’homme retombait dans sa vieille illusion : devenir dieu par ses propres forces !

C’est plus actuel que jamais, mes frères, c’est maintenant, au XXIe siècle, le rêve des grands gourous de l’informatique : fabriquer un homme tout puissant et immortel, maître absolu de la nature et de la matière. Et plus ce rêve se répand, plus l’homme est, dans la réalité, abîmé, détraqué, déprimé, détruit. Plus l’homme se prend pour Dieu, plus il s’animalise. Et, surtout, plus il se soumet au pouvoir du Serpent qui l’entraîne en enfer.

Car vous avez reconnu, le vieux slogan du serpent : Vous ne mourrez pas du tout ! Vous serez comme des dieux, grâce à l’arbre de la science. Il y a des gens pour dire, mes frères, que les récits de la Bible et de la Genèse ne sont que des légendes. Mais ce sont les mêmes qui rejouent sous nos yeux exactement les scènes, qui y sont décrites ! Ils voudraient nous en prouver la véracité, qu’ils ne pourraient pas mieux faire.

Car non seulement le péché d’Adam est un fait historique, mais il est une réalité profondément inscrite dans le cœur des hommes. S’ils ne sont pas guéris par la grâce de notre sauveur Jésus-Christ, les hommes s’adorent eux-mêmes, comme Adam ; ils se prennent pour des dieux, maîtres du bien et du mal – avant de découvrir, trop tard, qu’ils ont été joués par le Serpent et menés vers la mort éternelle.

C’est ce que Pie IX voulait dénoncer, dès 1854. Avec des cardinaux, des théologiens il commença à préparer un document sur les erreurs modernes. La préparation prit plus de dix ans. Mais le pape se rendait bien compte qu’il ne suffisait pas de dénoncer.

Ce n’est plus seulement le serpent qu’il fallait combattre, mais le Dragon décrit par saint Jean dans l’Apocalypse.

Car de même qu’il y a, dans le premier livre de la Bible, le combat de la femme et du serpent, il y a dans le dernier, au chapitre douzième de l’Apocalypse, un grand combat dans le ciel, entre un serpent monstrueux – un dragon – et une femme couronnée d’étoiles.

La Bête tient toujours le discours du serpent : Vous serez comme des dieux. Mais elle s’est développée de façon démesurée comme une gigantesque organisation mondiale, étendant ses réseaux sur toute la terre, bénéficiant de puissants haut-parleurs et dotée d’une puissance de tromperie véritablement prodigieuse.

Face à cette Bête, Pie IX comprit que sa parole de pape ne serait pas suffisante. Il fallait l’aide de la grande ennemie du Serpent, la Femme, l’Immaculée.

Et c’est ainsi qu’en 1854, l’étendard de l’Immaculée fut brandi pour la troisième fois à la face du monde.

Cet étendard,

• Dieu l’avait dressé comme un signe d’espérance devant nos premiers parents ;

• notre sauveur Jésus-Christ l’avait ensuite planté en terre, avant même de s’incarner, comme le signe anticipé de sa victoire ;

• maintenant, c’est le chef de l’Église qui s’en empare et le brandit comme un défi face aux vieilles erreurs du monde moderne en définissant solennellement le dogme de l’Immaculés conception, le 8 décembre 1854.

Le successeur de Pierre fait ainsi d’une pierre trois coups :

  i. — Il appelle au secours la grande ennemie du Serpent, forte comme une armée rangée en bataille.

 ii. — Il rappelle à l’homme moderne, si orgueilleux, l’existence du péché originel.

Non, homme, tu n’es pas Dieu ! Non, homme, tu ne pourras jamais te diviniser toi-même ! Tu ne pourras jamais échapper à la loi naturelle que Dieu t’a définitivement fixée.

Il est vrai que tu sens, au fond de toi-même, ce désir d’émancipation, cette volonté d’indépendance, cette sourde rébellion contre toute autorité. Mais c’est justement la conséquence de ce péché originel dont l’Église et la sainte Écriture te révèlent l’existence, et dont tu expérimentes ainsi toi-même les symptômes.

Cet instinct de révolte est profondément ancré dans ta nature, mais il n’est pas vraiment naturel. La preuve, c’est qu’il ne te mène pas à l’ordre, mais au désordre. Si tu t’y abandonnes, il ne contribuera pas à te développer, mais, au contraire, à te détruire.

C’est une blessure. Une blessure très profonde et très ancienne. Tu es né avec. On peut même dire que tu as été conçu avec. Elle était déjà dans la nature qui t’a été transmise par tes ancêtres.

Tes premiers parents se sont laissé mordre par le serpent infernal et ils ont contracté la rage. Ils ont transmis cette rage contre Dieu à tous leurs descendants, et cette maladie héréditaire est naturellement incurable.

Son seul remède est divin : surnaturel. Son seul médecin est notre seul Sauveur : Jésus-Christ. Tu veux chercher ailleurs, monde moderne, tu ne trouveras pas ; malgré toutes tes découvertes scientifiques, tu ne feras que t’enfermer dans la mort.

iii. — Pie IX n’en reste pas là. Il ne se contente pas d’indiquer le Sauveur, c’est le salut qu’il met sous les yeux du monde moderne. Car si Notre-Seigneur Jésus-Christ est le Sauveur, l’Immaculée est, pour ainsi dire, la personnification du salut.

Face au monde moderne, tout enflé de l’orgueil du Serpent, elle est le triomphe de l’humilité.

Ô homme moderne – nous dit le pape – tu refuses de t’humilier, de reconnaître ta misère et ton péché, de reconnaître même ta dépendance – pourtant si évidente. Mais vois, vois jusqu’où est élevée celle qui a su s’humilier devant Dieu. Elle entre dans la famille divine. Elle acquiert même, on peut le dire, une autorité sur Dieu, puisqu’elle est élevée au rang de Mère de Dieu ! Et toi aussi, tu es appelé à entrer dans la famille divine –à un titre moindre, il est vrai, en tant que fils adoptif, mais dans une réelle participation à la vie divine.

Ce désir de t’élever vers Dieu, que le Serpent a exacerbé et révolté en toi, n’est pas vain. Tu peux réellement être divinisé. Mais pas par tes propres forces.

Comme Marie, écrase donc les suggestions orgueilleuses du Serpent. Accepte humblement le plan de Dieu. Tu verras vite qu’il est bien plus beau que tous ceux que tu pouvais concevoir par toi-même. Regarde seulement la gloire que Marie a sur cette terre. N’est-elle pas déjà, dans le monde, la plus populaire de toutes les femmes ? N’a-t-elle pas depuis 2 000 ans été déclarée bienheureuse par toutes les générations ? Et ce n’est encore rien par rapport à la gloire du Ciel !

Regarde l’Immaculée, homme moderne !

Laisse-toi attirer par sa beauté.

Vois combien sa grandeur est proportionnée à son humilité.

Et si cela ne suffit pas, rappelle-toi qu’elle est ta mère. Elle t’ouvre les bras, avec tendresse ; quelle que soit ta misère, elle t’aidera à en sortir. Elle peut et elle veut te libérer de l’esclavage du Serpent. Tourne-toi vers son icône.

Toi aussi, range-toi sous sa bannière.

Ainsi soit-il

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 131

p. 134-140

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