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« La ligne de Mgr Lefebvre »

 

LA SENTENCE figure en bonne place dans chaque numéro du Sel de la terre depuis sa fondation : la revue se situe dans la ligne du combat pour la Tradition dans l’Église entrepris par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre.

Soulignons que cette ligne se réfère d’abord au combat pour la Tradition. Il ne s’agit pas tant de suivre une personne que la consigne sacrée : garder le dépôt de la foi [1]. Mais, en pratique, Mgr Lefebvre a donné l’exemple décisif. En contestant la Rome conciliaire, il a rappelé que le Magistère est un organe de transmission – tradition – essentiellement défini et finalisé par cette opération. S’il s’en affranchit ouvertement et affiche sa volonté d’adapter la doctrine chrétienne à la mentalité moderne, il perd tout droit d’être suivi [2].

Dans une situation jusqu’ici inouïe – un concile et une série de papes détournant le magistère de sa finalité, et l’utilisant à contre-sens –, Mgr Lefebvre a su actualiser l’avertissement de saint Paul :

 Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! [Ga 1, 8.]

Cette crise gravissime a des explications humaines. Pour défendre la foi, il avait fallu affirmer de plus en plus l’importance du magistère ecclésiastique. Cette insistance a pu faire oublier que ce magistère est lui-même au service d’une Révélation, qui est déjà complète. L’effet d’une définition dogmatique n’est pas d’ajouter une vérité au dépôt de la foi, mais de certifier avec autorité qu’elle y appartient. Mgr Williamson aimait la comparer à la neige, qui rend plus visible un sommet montagneux. Il expliquait :

Ce n’est pas la définition qui fait la vérité. Elle ne fait que notre certitude de la vérité. L’ordre réel est le suivant : 1°) L’objet réel, la réalité. 2°) La vérité de la proposition qui énonce cette réalité. 3°) La définition qui vient renforcer notre connaissance de cette vérité. 4°) La certitude dans l’esprit du catholique pieux dès qu’il sait que telle vérité fait l’objet d’une définition. Je répète : 1°) Objet. 2°) Vérité. 3°) Définition. 4°) Certitude. [Dans Le Sel de la terre 23, p. 21.]

Il développait ainsi sa comparaison :

(1) La montagne fait (2) le sommet, auquel (3) la neige n’ajoute que (4) la visibilité. Qui pensera à dire que c’est la neige qui fait le sommet, ou que c’est le sommet qui fait la montagne ? La Tradition, au moment de la mort du dernier des Apôtres, constituait déjà tout le corps de la doctrine révélée de l’Église ; les définitions de diverses vérités n’ont rien ajouté de plus à ces vérités que leur certitude pour les croyants. Seulement, au fur et à mesure que la charité se refroidit, la ligne de neige au sommet descend. Mais de là à dire que, lorsqu’il n’y a pas de neige, il n’y a pas de montagne, ou bien que, là où il n’y a pas de définition à quatre conditions, il n’y a pas de vérité certaine, c’est perdre tout sens de la montagne, tout sens de la vérité, c’est la maladie du subjectivisme. [Ibid.]

La définition de l’infaillibilité, en 1870, eut, à cet égard, son danger :

L’effet accidentel de la définition de 1870 a été de renverser cet ordre dans l’esprit des catholiques et de mettre la définition avant la vérité, comme si c’était la définition qui faisait la vérité. […] Elle a été bonne per se, parce qu’elle a permis d’ancrer les esprits catholiques […]. Mais dès que la définition fut chose faite, les libéraux ont changé de tactique : « Oui, d’accord, […] il y a un magistère infaillible […] mais en-dessous de ce sommet qui ne voit pas maintenant que rien n’est absolument sûr ? » Et les libéraux de mettre en doute toute vérité au-dessous de ce sommet constitué par le corps de vérités définies infailliblement […]. Les catholiques ont eu beau dire que non, que la définition ne fait pas la vérité, que le sommet ne fait pas la montagne, qu’il y a dans l’enseignement de l’Église tout un tas – une montagne – de vérités certaines en-dessous de celles du sommet. Rien n’y fit. Dans l’esprit des gens, petit à petit ce fut le sommet qui faisait la montagne et non plus la montagne qui faisait le sommet [3].

Cette dévalorisation de la Tradition ouvrait la voie à une notion révolutionnaire du magistère, inaugurée à Vatican II. Mgr Lefebvre sut la démasquer. Dénonçant le coup de maître de Satan, il affirmait la nécessité de démythiser un enseignement conciliaire constamment dans l’équivoque, l’incohérence et la contradiction, qui réclame le respect dû au magistère sans vouloir lui-même satisfaire aux conditions d’un vrai magistère [4]. Face à la Rome conciliaire de Paul VI, l’esprit d’Assise de Jean-Paul II, l’Église synodale de François, la ligne de conduite était fixée. Elle est toujours d’actualité.

Parmi les fils de Mgr Lefebvre, nous honorons, dans ce numéro, Mgr Richard Williamson. A sa personne, nous devons beaucoup. Mais au-delà de sa personnalité – avec ses grandes qualités et ses inévitables défauts – saluons surtout sa fidélité à la ligne doctrinale de Mgr Lefebvre.

Sa parole est demeurée la même, sans atténuation ni compromission, jusqu’à son dernier souffle.

Fidelis inveniatur (1 Co 4, 2) : c’était sa devise épiscopale. 



[1]    — Garde le dépôt ! 1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 14.

[2]    — Voir Mgr Tissier de Mallerais cité et résumé dans Le Sel de la terre 131, p. 47-59.

[3]    — Ibid. — Face à cette erreur, Pie XII rappela dans Humani generis (§ 20) que le chrétien ne peut limiter chichement son adhésion de foi aux seuls dogmes définis de façon infaillible.

[4]    — Voir notamment Mgr Lefebvre, Le Coup de maître de Satan (1974 ; reproduit dans Le Sel de la terre 110, p. 145-148) et J’accuse le concile, 1976.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 132

p. 1-2

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