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Le rosaire des prêtres

 

par Marie de Fiesole

 

 

Marie de Fiesole est le pseudonyme de Mlle Geneviève de Sainte-Preuve (1898-1986), sœur Agnès de la Trinité t.o.p. On trouvera une recension de sa notice biographique dans ce numéro du Sel de la terre.

Ce texte a été publié en annexe d’une notice de présentation de Pontchardon réalisée par M. Xavier Gondouin [1].

Nous possédons aussi la photocopie d’un manuscrit de la main de Mlle de Sainte-Preuve daté de février 1943. C’est sur ce manuscrit que nous nous basons [2]. Nous avons respecté la typographie du manuscrit pour les mises en italiques ou en petites capitales, pour les renvois à la ligne et pour les points de suspension ; pour le reste, nous conservons les règles typographiques de la revue, notamment pour l’emploi des majuscules.

Le Sel de la terre.

 


Mystères joyeux


I. L’Annonciation


Le fiat de Marie fait entrer en elle le Verbe de Dieu, ce Verbe qui vient prendre dans son sein l’humanité que la divinité assumera afin que l’union des deux natures l’oigne prêtre dès sa conception.

Combien Marie est mêlée à la constitution du sacerdoce nouveau ! Elle devient par son consentement le temple et l’autel du Prêtre éternel.

De plus, elle lui fournit la matière de son sacrifice, son corps.

Son immaculée conception ne lui a été donnée que pour la blancheur de l’hostie qu’elle livre au Père avant de la livrer au monde. Certes, Marie a été immaculée à cause de sa maternité divine, en fonction de cette maternité, mais aussi dans la perspective immédiate du sacerdoce royal.

C’est dans le fiat qui la rend féconde d’un Dieu, que son immaculée conception et le sacerdoce de Jésus se rejoignent et se fondent.

Marie a donc présidé à l’ordination du Verbe. Elle a été mêlée intrinsèquement aux grâces de l’union hypostatique.

Son fiat a été comme la condition de cette ordination.

Et Jésus a voulu que, dès le premier instant de son oblation, Marie communiât à son acte sacerdotal.

Quelle intimité et quelle unité entre le Prêtre éternel et celle qui est l’ouvrière de son incarnation, lui fournissant sa propre substance pour former son corps, l’hostie du Calvaire et celle de toutes les messes ! Un vrai prêtre ne peut pas plus se passer de Marie pour assurer la fécondité de son sacerdoce que Jésus n’a voulu se passer de sa mère pour devenir prêtre et hostie.

Si la très sainte Vierge n’ajoute rien au sacerdoce du Christ, elle lui apporte néanmoins les éléments qui serviront à la constitution du sacerdoce nouveau.

De même, Marie est nécessaire au sacerdoce de tous les prêtres, non pas d’une manière essentielle (il ne s’agit plus d’incarnation) mais à titre de mère de tous les oints en son Fils Jésus. Son rôle maternel doit s’exercer sur eux d’une manière beaucoup plus active que sur ses autres enfants parce qu’elle est mère des vivants, et d’abord mère de celui qui est la Vie.

Or, qui dit prêtre, dit paternité et fécondité spirituelle… Tout sacerdoce qui ne plongerait pas ses racines en Marie risquerait de ne pas s'épanouir totalement parce qu'il serait privé de la toute puissante médiation de celle qui veut canaliser d'abord la grâce par ses prêtres…


II. La Visitation


Marie est mère d’un prêtre, et elle ne l’oublie pas. Elle est au service de son sacerdoce, elle est servante du Prêtre éternel. Et voici que Jésus la pousse à aller vers Élisabeth pour sanctifier le petit enfant que celle-ci porte en elle, miraculeusement aussi… Le premier don de Jésus à l’humanité, don caché, est celui de sa miséricorde en faveur du fils de Zacharie, prêtre lui aussi et de la race de Lévi… Sans doute, Jean ne sera pas appelé le grand-prêtre comme son père [3], mais le prophète, celui qui prépare les voies au Prêtre par excellence, à l’unique Prêtre.

Cette toute première miséricorde qui remet à Jean le péché est donc une miséricorde sacerdotale allant se pencher sur l’ancien sacerdoce pour faire le pont entre la loi ancienne et la loi nouvelle.

Jean sera le précurseur du Prêtre éternel… A ce titre, il a besoin qu’il lui soit fait miséricorde et qu’il soit sanctifié avant que de naître, pré… sanctifié.

Marie a prêté ses pas, a tout prêté d’elle-même au Prêtre caché en elle pour lui permettre d’exercer sa miséricorde, et celle-ci s’est répandue sur l’autre petit « enclos » afin d’authentiquer sa mission de prophète et de baptiste…

Comme la très sainte Vierge est docile aux motions du trésor qu’elle porte pour se hâter ainsi vers la famille sacerdotale de Zacharie !

Quelle joie pour elle de penser que c’est en faveur de ces âmes bénies que s’échappe d’elle la vertu sanctificatrice du prêtre caché dans son tabernacle.

Marie est ici servante en perfection : elle s’efface pour laisser transparaître la miséricorde incarnée. Mais elle continue à être la servante du sacerdoce de tous les oints de son Fils. Et il faut que ceux-ci ne craignent pas de se servir d’elle pour accomplir leurs incessantes visitations.

Souvent, leurs visitations seraient tellement plus efficaces si les prêtres de Jésus se cachaient en elle pour aller vers les âmes accomplir leur œuvre de miséricorde !.. Car il y a des degrés de transparence qu’elle seule sait doser et, pour que certaines âmes reçoivent toute la lumière du Christ, il faut que les prêtres sachent disparaître en « celle » dont le rôle est de les identifier à Jésus…


III. La Nativité


Dans ce mystère de la Nativité, Marie se révèle ostensiblement la servante du sacerdoce éternel.

Elle donne son Fils au monde en le livrant elle-même à l’adoration des petits, c’est-à-dire à ces humbles bergers qui n’ont pas de peine à croire, parce qu’ils sont petits, puis aux mages qui ont cru d’avance à la fidélité de l’étoile !

Marie est comme l’ostensoir vivant de Jésus : il a besoin d’elle pour être montré et peut-être aussi pour bénir en une première bénédiction du Saint-Sacrement anticipé… La très sainte Vierge, dès le premier instant, comprend que son trésor n’est pas fait pour elle seule, mais qu’il appartient aux hommes.

Aussi, avec quelle joie elle le présente à ceux qui ont hâte de s’approcher de celui qui est leur salut.

Le prêtre, lui aussi, préside chaque matin à une naissance, à une nouvelle incarnation mystérieuse, qui s’opère sous les paroles de sa consécration. On peut dire qu’il est comme la mère de cette hostie qui est transsubstantiée au corps et au sang du Christ.

Et cette hostie qui devient Jésus sous la force de ses paroles, c’est le même Christ-prêtre qui continue à se livrer en pâture aux hommes et dont le sacrifice se continue par le sacerdoce de ses oints.…

Quel rôle maternel le prêtre joue ici auprès de Jésus d’une part, auprès des âmes d’autre part !.. Comme il faut qu’il apprenne de Marie à être pur, à être doux, à être dévoué, pour servir comme elle le sacerdoce et l’unique prêtre ! Comme il faut qu’il apprenne d’elle à être oublieux de lui-même pour être sans cesse à la disposition de tous et de chacun. Seule, la mère sait s’oublier à ce point !

O Marie, donnez à vos prêtres votre cœur de mère pour aimer leur hostie, l’hostie de leur messe comme vous avez aimé le corps adorable de votre Tout Petit Enfant ! Et donnez-leur aussi pour les âmes qui leur sont confiées un cœur de mère imprégné de votre tendresse pour faire de ces âmes les hosties vivantes de leur sacerdoce ou plutôt de l’unique sacerdoce de votre Fils Jésus, perpétué par leur sacerdoce dans le temps.


IV. La Présentation


Dans ce mystère de la Présentation, Marie est plus que jamais servante du sacerdoce de Jésus…

Elle présente au Temple son premier-né pour qu’il soit offert en prémices à Dieu, et Dieu, qui agrée son sacrifice, permet que des paroles incisives viennent déchirer son cœur si tendre pour que, déjà, sa compassion à elle et la passion de Jésus soient confondues dans un unique sacrifice.

Dès ce mystère, Marie apparaît sur le plan de la rédemption.

Son offrande ressemble à un offertoire qui durera trente-trois ans… A partir de cette heure, la très sainte Vierge est déjà clouée à la croix avec lui, et Dieu, qui connaît sa générosité, lui aura demandé trente ans d’avance de consentir à ce que la chair de sa chair devienne la rançon des péchés du monde ! Il l’insère toute vivante dans le drame mystérieux qu’elle pressent afin qu’elle soit consacrée, dès cette heure, Rédemptrice avec le Rédempteur.

Combien émouvant est le silence de Marie lorsqu’elle reçoit l’annonce de son martyre ! Pour garder sa force, elle s’enfonce dans un silence qui est à la fois un abîme d’amour et de douleur !

Désormais, Marie comprend qu’elle ne pourra livrer au monde la joie substantielle qu’est son Fils Jésus qu’en consentant à ce qu’il soit la proie de la souffrance et de la mort.

Ainsi, souvent, le prêtre aura à livrer Jésus aux âmes par d’incessantes immolations. Il lui faudra être crucifié dans son cœur, dans son âme, dans son activité apostolique elle-même. C’est alors qu’il aura besoin de se souvenir de l’héroïsme de Marie dans ce mystère de sa compassion et de son silence virginal et… sacerdotal.

L’exercice du ministère réclame du prêtre un tel silence crucifiant qu’il a besoin souvent du cœur de la très sainte Vierge pour y réfugier sa solitude.

Marie, dans ce mystère, est bien celle qui donne la Vie et qui, en même temps, disparaît dans l’offrande du Prêtre éternel pour en devenir comme la première hostie immaculée.


V. Le Recouvrement de Jésus au Temple


Jésus, dans ce mystère, se donne déjà en nourriture (aux docteurs). Il est le Verbe qui révèle le Père, et sa parole est substantielle. C’est donc un aspect de sa vie sacerdotale qu’il dévoile… Il ne prévient pas sa mère de ses desseins pour lui donner l’occasion de fortifier sa foi et pour mettre en relief à nos yeux que Marie vit sous le régime de la foi pure… Une grande leçon se dégage de cette scène tout à fait mystérieuse et quelque peu déconcertante pour celui qui ne va pas au fond des choses.

D’une part, la Vierge Marie obéit à une injonction du Saint-Esprit en cherchant son Enfant et elle est dans son devoir d’état maternel. D’autre part, elle reçoit le reproche de son Fils qui lui demande pourquoi ses parents le recherchent comme si cette recherche était contraire à la volonté de Dieu [4].

Ceci montre bien qu’il y a parfois dans la vie des volontés contradictoires de Dieu s’exprimant au même instant pour donner à l’âme l’occasion d’exercer sa foi.

Marie ressortira de cette épreuve avec une foi plus vive ; mais dans ce mystère aussi, elle aura été endeuillée, déchirée, et là encore, elle aura été servante du sacerdoce de son Fils.

Elle aura, de ce fait, pâti dans son cœur maternel pour continuer l’œuvre de sa co-rédemption commencée…

Dans une vie sacerdotale où les épreuves déconcertantes sont parfois si nombreuses, quel réconfort de se reporter à la souffrance muette [5] de Marie et de prendre en elle l’exemple de la soumission, de l’adhésion amoureuse aux volontés déconcertantes de l’amour.

Ce mystère de recouvrement nous montre Marie passant soudain sous l’autorité divine de son Fils. Elle l’avait quitté son petit enfant et voici qu’elle le retrouve son Maître [6].

Désormais, bien que continuant à lui commander sans doute « puisqu’il lui était soumis », elle sera attentive à lui obéir dans le fond de son cœur et c’est ainsi qu’elle servira effectivement son sacerdoce [7].


Mystères douloureux


I. Agonie de Jésus



Combien est mystérieuse l’agonie de Jésus !

Nous devinons le « saint » aux prises avec le péché et se faisant péché pour attirer sur l’humanité pécheresse l’infinie miséricorde… Nous savons que Jésus y sue du sang pour bien marquer à quel point son agonie intérieure fut cruelle et rendit son corps lui-même participant de son martyre.

Et puis, Jésus est seul. Sa détresse est si grande qu’il se sent comme abandonné du Père. Quant à Marie, elle est absente à Gethsémani. Le réconfort de sa seule ombre eût été de trop en cette nuit désolée. Elle est pourtant le refuge des pécheurs et la mère de miséricorde. Pourquoi donc sa silencieuse présence n’est-elle pas tolérée auprès de celui qui, en elle, n’eût trouvé que pureté pour opposer un rempart à la marée nauséabonde de nos iniquités ?

Le parfum de l’Immaculée Conception eût été sans doute un air de Ciel pour Jésus et lui ne pouvait respirer qu’un air d’enfer, en expiation du péché multiforme.

L’agonie de Notre-Seigneur ne peut être peuplée que de tentations et il faut que le démon y soit présent pour la rendre pleine d’amertume, si pleine que le calice n’en saurait contenir une goutte de plus.

Calice que son Père ne jugera pas opportun de lui enlever mais qu’il lui donnera la force de boire jusqu’à la lie…

Dans ce mystère, l’Évangile nous signale l’abandon des Apôtres et leur sommeil. Ils ont laissé leur maître se débattre tout seul avec le péché… Jésus souffre de cet abandon de ses meilleurs amis, mais ne souffre-t-il pas davantage de celui des prêtres qui, dans l’avenir, répéteront la scène, sachant pourtant à quel point son cœur en avait été affligé… Oui, combien de trahisons, de défections, d’ingratitudes parmi les oints de Jésus, parmi ses consacrés, en un mot, parmi ses préférés.

Tout cela, il le voit, il le sent, il le subit d’avance et cette vision de tant de crimes atteignant sa personne et son Église le jette dans une mortelle tristesse…

O tristesse du divin martyr, comme elle se répercute profondément dans l’âme de Marie et comme celle-ci s’ouvre toute grande à une agonie que son Fils ne lui dévoilera pas mais qu’elle soupçonne avec ses antennes de mère du Saint et des pécheurs tout ensemble.

Avec cela, elle tient les deux bouts du fil et peut se laisser glisser dans le gouffre de la souffrance indicible qui est celle de Jésus. Elle le rejoint dans sa solitude du Mont des Oliviers par la solitude de son cœur immaculé : Vas insigne devotionis, vase insigne de dévouement…

O Marie, mère du prêtre éternel et mère de tous les prêtres, apprenez à vos petits enfants prêtres de quelle manière ils peuvent consoler Jésus dans ce mystère où c’est son Cœur sacerdotal qui agonise. Obtenez-leur de ne point redouter la solitude de leur sacerdoce en vivant d’une intimité plus grande avec le seul solitaire.

Et puis, si vous leur faites la grâce de communier si peu que ce soit au mystère de Gethsémani, soyez avec eux pour leur donner la force d’y demeurer et de consoler Jésus en lui devenant de conscientes « humanités de surcroît » pour réduire le péché de ses plus aimés…


II. La Flagellation


Ce mystère est encore un mystère tout sacerdotal et tout eucharistique car, cette chair divine que des fouets impitoyables lacèrent et font voler en lambeaux, c’est le corps du Christ. C’est donc l’hostie de chacune des messes où elle est consacrée…

Marie a souffert dans sa propre chair le tourment de la flagellation. Mais ce supplice, si long qu’il lui ait paru devait connaître une fin. Tandis que les profanations eucharistiques qui se trouvent faites dans la suite des siècles par les âmes sacerdotales et par celles qui mangent indignement le corps du Christ constituent pour elle la répétition incessante de la flagellation… Quelle souffrance pour le cœur si tendre de Marie !

Dans ce mystère, Marie demande à ses vrais prêtres de panser le corps endolori de son doux Fils avec des mains maternelles, infiniment pures, délicates et prévenantes comme les siennes. Elle veut prêter à chaque prêtre qui consacre les sentiments de son propre amour, lequel leur inspirerait d’exquises délicatesses en même temps que d’héroïques dévouements…

Elle veut aussi que les prêtres apprennent aux âmes à bien communier, non par pour elles seules, mais pour le Corps Mystique tout entier, réparant ainsi par leur amour généreux les profanations eucharistiques qui continuent de se produire et faisant entrer dans leur contact avec la Vie, l’Église catholique afin qu’elle soit vivifiée [8] et sanctifiée par chacune de ces communions.


III. Le Couronnement d’épines


Mystère d’humiliation par excellence que ce couronnement d’épines du chef adorable de notre Sauveur… Un Dieu consentant à se laisser ainsi bafouer, mépriser, humilier, quelle leçon d’abaissement pour tous mais surtout pour des âmes sacerdotales qui doivent essayer de ressembler de si près à leur divin exemplaire ! Le Verbe de Dieu, la diction du Père se tait sous l’avalanche des humiliations…

Le Verbe de Dieu, l’Intelligence incréée, acceptant d’être traité de fou pour expier les péchés d’orgueil qui sont ceux de l’esprit et dont la souillure est plus défigurante que celle des péchés du monde ou de la foule, c’est-à-dire celle des péchés de la chair ! Péché des hérétiques et des schismatiques, des rebelles et des désobéissants [9], péché contre le Saint-Esprit… irrémissible !

Faut-il que ces fautes soient offensantes pour celui dont la transcendance ne peut supporter aucune atteinte, pour qu’il soit réclamé à Notre-Seigneur une telle expiation de notre orgueil [10] ?

La lutte d’esprit à Esprit est celle qui a dressé les anges contre Dieu et l’on connaît la profondeur de leur chute !… Mais, est-il possible que des hommes se soient permis de frustrer Dieu dans ce qu’il a d’intangible ?

Folie d’orgueil qui réclame une folie d’abjection…

La très sainte Vierge offre à son Fils la compassion de son humilité et de son incomparable toute petitesse d’immaculée pour le consoler de cette souffrance inexprimable.

Cette toute petitesse qui part de son néant et qui s’accroît à toute minute, par la fidélité de sa prodigieuse charité, apporte à Jésus une capacité abyssale dans laquelle s’engouffre sa souffrance. Oh ! que l’humilité de la Mère de Dieu, immaculée, a donc été une pure consolation à Notre-Seigneur tandis que nos péchés entraient leurs épines acérées dans sa tête bénie et en faisait ruisseler du sang !

Marie, dans ce mystère, apprend à ses petits enfants prêtres que seule la toute petitesse participée de la sienne peut servir d’antidote à la folie de notre orgueil. Elle leur apprend aussi que rien ne peut tant soulager Jésus dans son couronnement d’épines que cette humilité qui fait abdiquer tous les amours propres pour mettre l’âme à nu devant celui qui est, car celui qui est veut que nous prenions conscience que nous ne sommes pas… et que nous mettions notre joie à n’être rien pour qu’il soit.


IV. Le Portement de croix


Le mystère du portement de croix nous montre la très sainte Vierge plus silencieuse et plus effacée que jamais dans sa compassion. Sa passivité y atteint un paroxysme qui mesure l’étendue de sa souffrance compatissante. Car ce n’est pas de sa propre souffrance qu’elle souffre mais uniquement de celle de Jésus, souffrance qui devient si intense en elle qu’elle éclipse, en effet, sa propre souffrance [11], telle serait la lumière du soleil éclipsant celle de la lune…

Or, pour aider son Fils à porter ce poids, elle entre dans la passivité la plus absolue qui soit, laissant Véronique accomplir auprès de l’Homme des douleurs un geste qui semblait pourtant réservé à sa maternité [12]. Seule, aussi, sa prière détermine sans doute Simon de Cyrène à porter le bois de la croix qu’on lui impose mais qui deviendra pour lui un doux fardeau.

Comme l’attitude de la très sainte Vierge est riche d’enseignement pour nous ! Au lieu de chercher à se mettre en avant, elle s’efface de plus en plus [13] et s’enfonce dans un silence qui est le dernier refuge de son amour de compassion.

Elle sait trop, à cette heure ultime, que ce ne sont plus ses gestes de mère qui aideront Jésus à souffrir mais son attitude intérieure qu’il voit et dans laquelle il trouve une correspondance adéquate à ses propres sentiments orientés vers la gloire du Père.

Cela veut-il dire qu’il nous sera toujours demandé dans l’exercice de la compassion vis-à-vis des âmes, de n’avoir aucune parole de réconfort pour elles, ni aucun geste de bonté [14] ? Non pas… Mais, lorsque nous ne pouvons plus rien [15] pour ces pauvres âmes, c’est alors qu’il faut se réfugier dans la passivité de Marie pour apprendre d’elle la manière de les soulager.

Car certaines âmes plus crucifiées que d’autres et dont l’état confine davantage à celui de Jésus dans sa passion sont vouées à une solitude dans laquelle seule notre prière silencieuse peut les rejoindre [16] et les aider…

C’est là un mystère qui nous échappe et qui rend ces âmes plus participantes du drame du Calvaire. C’est alors qu’elles ont droit, ces âmes christifiées, à la prière sacerdotale de ceux qui près d’elles ont à leur devenir « Marie » pour qu’elles puissent se laisser transformer à fond dans le divin Crucifié achevant généreusement ce qui manque à sa passion pour son corps qui est l’Église.


V. Le Crucifiement


Si Marie a pu s’effacer merveilleusement pendant toute la durée de la montée au Calvaire, il lui est demandé de prendre sa vraie place au pied de la croix * pour y être identifiée comme mère de la douce victime qui agonise, pour partager les dernières souffrances de sa rédemption, pour y recevoir la dernière recommandation de son Fils… Autrement dit pour que, dans son âme distendue par une douleur qui l’a dépassée de plus de quarante coudées, elle puisse accueillir toute l’humanité pécheresse dont Jésus la rendait mère [17]. Quelle extraordinaire fécondité achetée [18] par la mort – et quelle mort – de son premier-né, par la mort de celui qui est la Vie et dont elle a dû assister à la victoire sur la mort.

Devenir ainsi la mère de tous les pécheurs, alors qu’elle avait été d’abord la mère du Saint, quel contraste ! Et pourtant, c’est en acceptant cette maternité universelle qu’elle pouvait le mieux « achever en elle [19] ce qui manque à la passion de son Fils » parce que c’est dans l’âme maternelle de la très sainte Vierge que nous sommes progressivement assimilés au Christ afin que surgisse peu à peu le Christ total.

Marie a donc donné là toute la mesure de son amour pour Dieu, en même temps que toute la mesure de son amour pour les hommes [20], c’est-à-dire pour un prochain qui lui devenait comme les membres vivants de son Fils dans la gestation du Corps Mystique aboutissant au Christ total…

Marie, dans ce mystère, nous apparaît comme la Vierge-prêtre par excellence. Elle ne sert plus seulement le sacerdoce de l’unique Prêtre, mais encore celui de tous les « oints de Jésus » [21].

Enfin, elle-même devient l’hostie-mère en laquelle toutes les petites hosties de ses enfants seront offertes et qui a produit l’unique hostie capable d’être agréée du Père…

Combien la très sainte Vierge nous apparaît sacerdotale en même temps que maternelle au pied de la croix.

Mais puisqu’elle a occupé cette place au Calvaire et que la messe est le mémorial de la croix, comment ne pas conclure qu’elle occupe invisiblement mais très réellement une place de tout premier plan dans chacune des messes qui se célèbrent [22]. Et combien il lui est consolant d’y être appelée et sollicitée par le désir et l’amour de chacun de ses petits enfants prêtres.

Oui, c’est bien elle qui a la mission de leur apprendre à bien consacrer, à bien célébrer, et pour cela, elle leur offre chaque matin son cœur transpercé afin que, dans ce sanctuaire inviolé, elle leur communique les propres sentiments de Jésus s’offrant une fois pour toutes au Père avec chacun de ses alter ego.


Mystères glorieux


I. La Résurrection de Notre-Seigneur


Ce mystère est la récompense de la foi de la très sainte Vierge. Sans doute, plus que quiconque, elle croyait à la résurrection parce que, plus qu’une autre, elle avait été éprouvée et fortifiée dans sa foi.

Mais, l’Évangile, qui ne dit pas un mot de trop lorsqu’il s’agit de Marie pour mieux cacher l’intimité du Fils et de la mère, l’Évangile passe sous silence l’apparition que le Christ a dû faire très certainement à sa mère en lui donnant la priorité sur les autres. Sans doute, Marie a-t-elle gardé pour elle seule la visite merveilleuse du matin de Pâques puisque saint Jean lui-même n’y fait aucune allusion. Ce silence qu’elle a gardé et qu’elle a obtenu dans les récits évangéliques témoigne de l’unité indicible qui a relié Jésus à Marie.

La joie de la très sainte Vierge au matin de Pâques ? Mais elle a été dans la proportion même de sa douleur… Car Marie s’est offerte à la joie de Jésus avec la même capacité vide qu’à la passion – celle de son Immaculée Conception – et elle l’a accueillie dans son cœur distendu par l’infinie charité… Cette joie divine a été un abîme d’allégresse, un torrent de béatitude.

Et pourtant, il y a quelques heures encore, elle était submergée par le déluge de ses larmes.

Comment peut-on, sans mourir, passer soudainement d’une atroce souffrance à une joie plénière ? Certainement pas sans la force du Saint-Esprit…

Marie, ayant une sensibilité parfaitement gouvernée par sa maîtrise d’elle-même, a su triompher d’une émotivité qui, dans un être humain en parfait équilibre, détermine néanmoins un choc réel qui pourrait engendrer la mort.

Ce contact du Christ avec sa bien-aimée a dû être quelque chose d’ineffablement unifiant et consommatif pour elle. Car Marie, de plus en plus spiritualisée, s’est trouvée adaptée d’emblée au divin ressuscité qui voulait la faire communier à longs traits à sa gloire. Elle n’a pas eu, comme les Apôtres, l’effroi qui les glaçait en face d’un Jésus qui leur échappait par la vertu même des corps glorifiés.

Non, Marie a été tout de suite adaptée à cette modalité encore inconnue de son expérience mais qui cadrait avec ses aspirations de mère du vainqueur de la mort… Décidément, à quelque étape de la vie de Notre-Seigneur que nous puissions la considérer, on peut dire qu’ils sont faits l’un pour l’autre, dans une harmonie qui se parfait sans cesse.

Maintenant que le Prêtre et l’Hostie [23] est là, devant elle, avec les glorieuses cicatrices de ses stigmates, Marie continue à se faire tout enseignable pour servir de plus en plus le sacerdoce de son Fils en ceux qui restent ici-bas pour le continuer. Quarante jours de cette intimité avec lui en apprendront davantage à la Vierge que ses trente-trois années sur la terre car, à cette heure, Marie est plus réceptive que jamais, et Jésus n’a qu’un désir : lui prodiguer toutes les grâces qui feront d’elle la mère des saints…

Ce mystère est celui où il nous faut demander humblement à la très sainte Vierge de fortifier et d’intensifier la foi de ses enfants prêtres.

Ceux-ci croient si faiblement en leur puissance sacerdotale participée de celle de Jésus. Parfois même, ils sont sceptiques devant cette puissance ! Et c’est ainsi qu’ils déroutent les âmes en brisant leurs élans, alors que ce sont eux qui devraient être des animateurs de foi et que leurs paroles devraient sans cesse rappeler aux fidèles que si nous avions seulement la foi grosse comme un grain de sénevé, nous déplacerions des montagnes.

« Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l’accordera. »


II. L’Ascension de Notre-Seigneur


Ce mystère est celui qui récompense l’espérance de Marie. Pour elle, quelle plus grande joie que de savoir son Fils introduit dans la gloire avec son humanité sainte et d’être reconnu Roi du ciel et de la terre, après avoir été bafoué comme Roi des juifs ?

De plus en plus, adaptée à la modalité de la résurrection, elle jouit intensément de l’ascension de son premier-né, lequel ne sera jamais si près d’elle que lorsqu’elle ne le verra plus.

Et puis, pour la consoler, Jésus ne lui a-t-il pas laissé sa présence physique elle-même dans la sainte eucharistie ?

La charité de la très sainte Vierge accrue par une seule communion suffit à expliquer à elle seule la folie que Notre-Seigneur a faite en inventant l’eucharistie. En somme, Jésus ne s’est fait cet humble morceau de pain que pour nourrir celle qui l’avait tout d’abord nourri et dont la faim d’amour réclamait qu’il se donne à elle tant qu’elle séjournerait sur la terre.

Marie ainsi transformée en son Fils par la manducation de l’hostie devenait pour les prêtres un pain sacerdotal, susceptible de les nourrir à leur tour. Car Jésus, en acceptant d’être nourri physiquement par la substance immaculée de sa mère, puis par son lait virginal, n’a pas voulu que ce fût pour lui seul qu’il reçoive cette nourriture.

Sans doute, le privilège d’avoir sustenté le corps du Fils de Dieu est un privilège réservé à la très sainte Vierge et qui ne vise que sa personne adorable. Mais il y a là un symbole et un sens caché qu’il faut bien découvrir avec un infini respect pour en comprendre [saisir [24]] toute la portée.

Marie est bien en effet la nourricière choisie par l’Esprit-Saint pour donner aux prêtres la Vérité qui rassasie leur faim, cette Vérité qui est Jésus et aussi cette Vie qui est son Fils toujours. Une mère ne donne pas seulement la vie [25] mais elle entretient la vie, elle la développe et lui fait atteindre son plein rendement. C’est en ce sens que Marie est mère, donc nourricière de ses petits enfants !

Pourquoi donc le Verbe de Dieu, qui n’a pas eu honte [26] de recevoir sa vie et sa nourriture de Marie ne voudrait-il pas que ses prêtres reçoivent de l’unique mère la subsistance dont ils ont besoin pour vivre en surabondance leur vie sacerdotale, c’est-à-dire leur vie d’identification au Christ en Marie ?

O Mère de Jésus, prêtre et hostie, donnez aux âmes de vos petits enfants prêtres le goût d’être nourries par vous, afin que vous leur communiquiez votre faim et votre soif de l’adorable eucharistie qui est le pain réservé à vos plus petits enfants.


III. La Pentecôte


Ce mystère est celui qui met en relief la charité de Marie… Puisque l’abîme appelle l’abîme, c’est parce que déjà la charité de la très sainte Vierge est une plénitude par l’envahissement total du Saint-Esprit dans son âme immaculée, que sa présence maternelle au Cénacle attirera le divin Paraclet sur les Apôtres et les disciples.

Combien est suggestive cette assistance et cette protection de Marie sur le noyau embryonnaire de l’Église !

Jusqu’ici, elle demeurait cachée aux yeux de tous ; là, au contraire, on signale sa présence pour bien marquer le rôle de tout premier plan – encore qu’il demeure toujours discret et silencieux – qu’elle a à exercer sur l’Église naissante !

Il semble que pour descendre sur ces hommes et en faire des « saints », le Saint-Esprit veuille que ce soit à la prière de Marie qu’on doive sa descente sur eux en langue de feu.

« Un grand vent se produisit… » image de cette irruption violente de la grâce venant renverser leur conception humaine pour les remplir de la force qui fait les martyrs et de la sagesse qui rend semblable aux vieillards. Quel retournement dans ces esprits lents à croire qui vont soudain être immergés par les charismes du Saint-Esprit en recevant le don septiforme… Marie assiste à cette invasion et à cette possession du Paraclet et nul ne doute que son cœur n’en ressente une brûlante allégresse. En eux, elle voit la longue suite des apôtres et des confesseurs, des docteurs et des martyrs surgir de cette Pentecôte, et comme enfantés par la fidélité de ceux qui viennent d’être confirmés.

Pour elle-même, elle se sent consacrée mère du Corps Mystique et mère de la jeune Église… Les progrès de celle-ci seront sa sollicitude incessante en même temps que sa pure joie.

Marie et l’Église sont bien fondues dans cette Pentecôte de feu ! La Vierge sera désormais comme l’âme de la jeune Église, l’âme virginale et immaculée pour la rendre pleinement Épouse du Christ en elle et par elle.

Et l’Église revêtira Marie pour continuer à la cacher dans le mystère d’un silence que plus rien ne trahira désormais. Combien éblouissante apparaît la mission de la très sainte Vierge dans ce troisième mystère ! Elle est officiellement vouée à la sanctification du sacerdoce. Ne sont-ce pas les prêtres qui doivent continuer ici-bas la mission propre à Jésus ?

Les prêtres ont donc toujours besoin de Marie s’ils veulent devenir par elle les temples du Saint-Esprit, ses instruments, ses chargés d’affaire [27]. Le divin Esprit, Époux de la très sainte Vierge, veut toujours [28] que ce soit encore à la prière de son Épouse privilégiée qu’on doive sa supervenue dans les âmes des consacrés, oints de l’onction éternelle… Marie n’attend que l’humble désir de ses enfants prêtres, c’est-à-dire leur prière filiale pour faire en eux comme une nouvelle incarnation, qui, sous la vertu de l’Esprit-Saint, les rende d’autres Jésus, de vrais Christs de la terre.


IV. L’Assomption


De même que Jésus est remonté au ciel avec sa sainte humanité, on comprend qu’il ait voulu que sa mère, elle aussi, y remonte avec ce corps virginal qui avait formé le sien et dont la présence devait apporter une telle allégresse à l’Église triomphante. Et puis, pour que la béatitude de Marie fut complète, il fallait que son corps lui-même participât à sa gloire. Sans quoi, il lui eût manqué quelque chose et Jésus n’aurait pu tolérer que sa plénitude de béatitude ne soit pas consommée.

Quelle joie pour le Roi de gloire de présenter sa mère et de l’introniser reine du Ciel ! On pense à l’éblouissement des patriarches et des prophètes, des parents de la très sainte Vierge, Joachim et Anne [29], et de saint Joseph lui-même en découvrant dans toute sa beauté l’âme de l’Immaculée Conception dont le rejaillissement irradiait son corps virginal !

Que cette assomption de Marie a dû être l’objet d’une fête unique pour tout le paradis, y compris pour les anges dont elle n’est pas mère mais reine…

Mais tout cela serait peu de chose si la très sainte Vierge, du fait de sa mutation dans la félicité, n’y entrait pour l’exercice immédiat de sa maternité de grâce. Car, Marie remontant au Ciel avec ses facultés humaines glorifiées y enrichit sa connaissance maternelle. Ses enfants ne sont plus pour elle un Christ total indivisible mais des membres distincts les uns des autres, qu’elle connaît chacun par son nom et dont elle sait chacun des besoins. Autrement dit, elle peut désormais identifier chacun de ses petits enfants et leur devenir mère dans toute l’acceptation du terme, une mère occupée des besoins de chacun comme si ce chacun était seul au monde et comme s’il était l’unique de son cœur.

Quelle étonnante connaissance, prodigieuse vraiment, et qui la rend mère en plénitude et en perfection. C’est pour cela que ce mystère investit Marie de sa maternité incomparable en lui donnant d’entrer dans l’exercice actif de sa maternité sur le Corps Mystique tout entier.

Comme [30] cela nous invite à lui devenir de tout petits enfants et à réaliser avec elle un commerce filial de tendresse qui l’oblige à nous être toujours plus mère… Car, ce sont les enfants qui font que la mère leur est plus ou moins mère (ceci, nous le constatons dans les familles de la terre) et c’est l’attitude plus ou moins filiale des petits qui détermine la mère à leur prodiguer plus ou moins de sollicitude maternelle.

Les prêtres savent mieux que quiconque à quel point ils ont besoin de Marie pour être de vrais prêtres et pour rayonner Jésus sur les âmes qui leur sont confiées. Ils savent qu’ils ont besoin d’elle pour être pères et pour que leur paternité ne portera tous ses fruits que s’ils donnent aux âmes une vraie mère en Marie [31]. Autrement dit, ce sont eux qui peuvent accroître et intensifier son action maternelle sur l’Église, car le prêtre est l’intermédiaire choisi par lequel normalement tout remonte de la terre au ciel [32].

Quelle responsabilité pour eux et comme ils détiennent les trésors du cœur de la mère, qui sont au fond ceux du Fils.

Oui, chaque prêtre peut le dire : « Il dépend de moi de donner à Marie la joie d’être mère et d’exercer plus librement sur les âmes son incomparable maternité. »


V. Le Couronnement de la très sainte Vierge


Marie n’est remontée au Ciel avec son corps immaculé que pour y être couronnée par la Trinité Sainte. Sa couronne, au fond, qu’elle est-elle ? C’est Jésus, le fruit béni de ses entrailles. Le Père, en se penchant sur Marie, a dit son Verbe attendant que sa parole à elle se rencontrant avec la sienne fasse… Jésus, fils du Père et de Marie.

Le Père couronne donc la Vierge mère de celui qui est sa similitude parfaite et dont les trésors deviennent ceux de Marie. Jésus, lui, brille sur toute la personne de sa mère : c’est lui qui est sa lumière et sa gloire. Encore une fois, il n’est pas d’autre couronne pour Marie. Quant au Saint-Esprit, sa couronne, celle qu’il donne à Marie, c’est cette opération qu’il a faite pour qu’elle devienne féconde d’un Dieu.

Et voilà comment la Trinité, à cette heure, remercie la très sainte Vierge d’avoir obéi à ses désirs – en toute petite servante – pour que le grand œuvre de l’incarnation et de la rédemption – donc du sacerdoce – puisse s’accomplir.

Mais, Jésus n’est pas seul puisqu’il est la tête du Corps Mystique. Il ne peut être pour sa mère son vrai Fils, un vrai Christ, que s’il est soudé à tous ses frères pour devenir le Christ total… Il y a donc une couronne qui manque à Marie puisque la plupart de ses enfants, n’étant pas encore arrivés au terme de leur voyage, manquent à son amour maternel… Pourrait-on [33] dire alors que la gloire essentielle de Marie resplendit sur toute sa personne par la lumière qui est son Fils, mais que sa gloire accidentelle dépend de chacun d’entre nous, et du degré de charité qui sera le nôtre ? En somme, notre sainteté plus ou moins grande contribue à faire plus ou moins resplendir l’auréole de la mère de tous les saints.

Quelle responsabilité laissée à notre générosité, cette grâce pour nous et cette gloire pour Marie que nous avons la liberté d’augmenter ou de ternir ! Mais, cette responsabilité regarde surtout les prêtres, ainsi que le mentionnait le précédent mystère, car la sanctification des âmes est le but de leur vie sacerdotale. Et le prêtre se rend compte que sans l’intervention de la très sainte Vierge la sanctification des âmes est non seulement laborieuse mais quasi impossible.

Il a donc à révéler Marie aux fidèles qui font partie de son troupeau, comme mère de la vie, comme mère des vivants, et il faut qu’il leur rende accessible le « mystère » de Marie en leur faisant faire l’acte de foi à ce mystère. Et pour cela d’abord, il faut qu’il le fasse lui-même. Ainsi resplendira la couronne extérieure de la très sainte Vierge au fur et à mesure que le Christ s’agrège des âmes pour qu’il devienne total [34].

 


[1]    — Non datée. Sur la page de couverture il y a un dessin au fusain de Pontchardon daté de 1999.

[2]    — Nous indiquons en notes les principales différences avec le texte dactylographié.

[3]    — L’auteur fait ici une confusion, car Zacharie n’était pas grand-prêtre.

[4]    — Il y a dans le manuscrit un point d’interrogation à la fin de cette phrase, qui nous semble une erreur typographique.

[5]    — Mot absent du texte dactylographié.

[6]    — Le texte dactylographié ajoute : « intérieur ».

[7]    — Texte dactylographié : « Désormais, bien que continuant à lui commander extérieurement puisque l’Évangile signale “qu’il lui était soumis”, elle sera attentive plus que jamais à lui obéir dans le fond de son cœur ».

[8]    — Mot absent dans le texte dactylographié.

[9]    — Ces trois derniers mots sont absents du texte dactylographié.

[10]  — Texte dactylographié : « pour que Jésus subisse une telle expiation de notre orgueil ».

[11]  — Texte dactylographié : « la sienne ».

[12]  — Texte dactylographié : « sa maternelle sollicitude ».

[13]  — Quatre mots absents du texte dactylographié.

[14]  — Texte dactylographié : « Cela veut-il dire que dans l’exercice de notre compassion vis-à-vis des âmes, il nous sera toujours demandé de n’avoir aucune parole de réconfort à leur dire, ni aucun geste de bonté à leur témoigner ».

[15]  — Texte dactylographié : « rien faire ».

[16]  — Texte dactylographié : « notre prière, seule, prière silencieuse, pourra les rejoindre ».

[17]  — Dans le texte dactylographié, à partir de * jusqu’à cet appel de note on lit : « afin d’y remplir son rôle de co-rédemptrice, c’est-à-dire de “nouvelle Ève du nouvel Adam”. Dans son âme distendue par l’excès d’une souffrance plus grande que la mer, elle a reçu l’humanité pécheresse dans sa maternité de grâce, achetée au prix de sa douloureuse compassion ».

[18]  — Texte dactylographié : « obtenue ».

[19]  — Deux mots absents du texte dactylographié.

[20]  — On lit « âmes » dans le texte dactylographié.

[21]  — Texte dactylographié : « Vierge sacerdotale par excellence de l’unique prêtre, préposée au service de son sacerdoce et aussi à celui de tous les “oints de Jésus”. ».

[22]  — On lit dans le texte dactylographié : « Mais parce qu’elle a occupé cette place au Calvaire et que la messe est le mémorial de la croix, elle ne peut oublier qu’elle occupe invisiblement mais très réellement une place de tout premier plan dans chacune des messes qui se célèbrent ».

[23]  — Le texte dactylographié ajoute : « – Jésus – ».

[24]  — On lit « saisir » sous la ligne dans le manuscrit.

[25]  — « La vie » absent du texte dactylographié.

[26]  — On lit dans le texte dactylographié : « horreur » (cf. Te Deum).

[27]  — Texte dactylographié : « Les prêtres ont donc toujours besoin de Marie s’ils veulent devenir par elle les instruments et les chargés d’affaire du Saint-Esprit auprès des âmes. »

[28]  — Mot absent dans le texte dactylographié.

[29]  — Ces trois mots sont absents dans le texte dactylographié.

[30]  — « Tout » dans le texte dactylographié.

[31]  — Dans le texte dactylographié : « Ils savent qu’ils ont besoin d’elle pour être père et pour que leur paternité porte tous ses fruits. Il faut qu’ils donnent aux âmes une vraie Mère en Marie.. »

[32]  — Dans le texte dactylographié : « Car ce sont eux qui peuvent accroître et intensifier son action maternelle sur l’Église, le prêtre étant l’intermédiaire choisi par lequel normalement tout remonte de la terre au ciel. »

[33]  — Dans le texte dactylographié : « On pourrait dire alors que la gloire essentielle de Marie resplendit sur toute sa personne par la lumière qui est son Fils, mais que sa gloire accidentelle dépend de chacun d’entre nous, et du degré de charité qui sera le nôtre. »

[34]  — Dans le texte dactylographié : « Ainsi resplendira la vivante couronne des élus au front de la très sainte Vierge au fur et à mesure que le Christ s’agrège des âmes pour qu’il devienne total et cette couronne deviendra d’autant plus resplendissante que chacun des élus correspondra à la grâce qui lui est octroyée pour devenir un saint. »

Informations

L'auteur

Alias Mlle De Sainte-Preuve

Le numéro

Le Sel de la terre n° 133

p. 70-86

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