ÉDITORIAL
« Ne vous y trompez pas ! »
DANS LA PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS, saint Paul reprend sévèrement les désordres moraux qui sévissaient jusque dans la communauté chrétienne de Corinthe.
De tous côtés, on entend dire qu’il y a de l’impudicité parmi vous, et une impudicité telle qu’il n’en existe pas même chez les païens [1]. C’est au point que l’un d’entre vous vit avec la femme de son père ! Et vous êtes enflés d’orgueil ! Et vous n’avez pas plutôt pris le deuil, pour qu’on enlevât du milieu de vous l’auteur d’une telle action ! [1 Co 5, 1-2.]
Il est intéressant de noter que l’Apôtre, « bien qu’absent de corps, mais présent d’esprit », ne s’est pas contenté de « juger », c’est-à-dire d’excommunier celui qui a péché de la sorte. La faute de cet individu ne lui a pas fait perdre de vue celle de la communauté : personne n’a protesté. Les chrétiens de Corinthe, qu’un crime aussi monstrueux n’a visiblement pas émus, n’ont vraiment pas de quoi être fiers. « Ils ne sont pas beaux vos titres de gloire ! » (1 Co 5, 6).
C’est pourquoi saint Paul encourage les Corinthiens à se purifier des dispositions vicieuses, restes de leur ancien paganisme, qui subsistaient encore chez eux. L’Apôtre s’exprime par une image empruntée à la coutume des Juifs de faire disparaître de leurs maisons toute espèce de vieux levain à l’approche de la fête de la Pâque. Tout le monde connaît ce passage que la liturgie a choisi comme épître du jour de Pâques :
Ne savez-vous pas qu’un peu de levain corrompt [fait lever] toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain, pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes [2]. Car notre pâque, le Christ, a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de perversité, mais avec des azymes de pureté et de vérité. [1 Co 5, 6b-8.]
La conduite des Corinthiens eût été sans doute plus ferme et plus chrétienne s’ils s’étaient souvenus de ce que l’Apôtre leur avait recommandé dans sa précédente lettre (aujourd’hui perdue) :
Je vous ai écrit dans ma lettre « de ne pas avoir de relations avec les impudiques ». Je n’entendais pas les impudiques de ce monde, non plus que les cupides, les rapaces ou les idolâtres ; car il vous faudrait alors sortir du monde. Non, j’ai simplement voulu dire de ne point avoir de relations avec celui qui, tout en portant le nom de frère, serait impudique, cupide, idolâtre, médisant, ivrogne ou rapace ; et même, avec un tel homme de ne point prendre de repas. Qu’ai-je à faire en effet de juger ceux du dehors ? N’est-ce pas ceux du dedans que vous jugez ? Ceux du dehors, c’est Dieu qui les jugera. Ôtez le pervers du milieu de vous. [1 Co 5, 9-13.]
La recommandation est précieuse pour notre temps où la dépravation des mœurs ressemble fort à celle qui régnait à Corinthe au temps de saint Paul.
Ce qui fait le plus de mal à l’Église, en effet, ce n’est pas tant la corruption des païens de l’extérieur que le scandale des mauvais chrétiens. Il est impossible de n’avoir aucun rapport avec « les impudiques du dehors », car le chrétien, tout en n’étant pas du monde, vit nécessairement dans le monde, mais il faut fuir la compagnie des mauvais chrétiens, des « impudiques du dedans », qui scandalisent l’Église. Comme le disait très justement le père Emmanuel [3], les mauvais chrétiens qui restent dans le sein de l’Église, « la fatiguent par leurs mœurs dépravées » et la détruisent plus sûrement que ses ennemis de l’extérieur.
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En lisant ces choses, comment ne pas faire le lien avec ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église conciliaire ?
Quelques faits récents :
– Le 1er septembre 2025, le pape Léon XIV recevait en audience le jésuite pro-LGBT James Martin qui s’est dit très touché de cet entretien : « Le message que j’ai reçu est que le pape Léon continuera à faire preuve de la même ouverture d’esprit que François envers les catholiques LGBT [4]. »
– Peu après, le 6 septembre, Léon XIV a nommé la féministe Cristiana Perrella à la présidence de l’Académie pontificale des beaux-arts et des lettres. Cette femme de soixante ans, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Rome, est pourtant connue pour avoir organisé des expositions à caractère ouvertement pornographique. Notamment, en 2019, « une exposition explorant la culture des boîtes de nuit en tant qu’espaces de libération sexuelle et d’expression de soi, soulignant sa pertinence pour la communauté LGBT+ » ; en 2020, une exposition intitulée « Nus », présentant quatre-vingt-dix photographies au contenu explicite très provoquant qu’il est impossible de détailler ; en 2021, « Cult fiction », illustrant le thème de la libération sexuelle par des affiches de films pornographiques… Comment une telle femme peut-elle présider un organisme pontifical ?
– Le 28 août, le pape avait reçu en audience privée (rendue publique par les photographies qu’en a diffusées le Vatican), sœur Lucia Caram, une religieuse dominicaine argentine qui fait régulièrement la promotion de pratiques contraires à la morale catholique. Bien que religieuse cloîtrée, elle intervient sans cesse dans les médias. Elle soutient que les « couples » homosexuels doivent pouvoir « se marier dans l’Église », que « tout type d’amour doit pouvoir être béni » ; elle promeut la culture favorable aux mœurs contre-nature ; elle déclare que « ni l’Église ni Dieu ne doivent s’immiscer dans la décision de celles qui avortent » ; elle encourage les méthodes contraceptives. En 2017, elle avait fait scandale en niant à la télévision espagnole la virginité perpétuelle de la Vierge Marie. Et ne parlons pas de ses prises de position politiques révolutionnaires.
– Encore plus scandaleux fut le ‘pèlerinage’ LGBT organisé par l’association La Tenda di Gionata (la Tente de Jonathan), à Rome, à l’occasion du Jubilé 2025. Encouragé par le pape François avant sa mort, annoncé dans le calendrier officiel du Jubilé, ce ‘pèlerinage’ a eu lieu le 6 septembre dernier. Après une messe dans l’église du Gesù (où beaucoup ont communié !), célébrée par le vice-président de la conférence épiscopale italienne, Mgr Savino, les mille quatre-cents participants venus d’une vingtaine de pays, sont entrés dans Saint-Pierre par la Porte sainte avec leurs drapeaux, leurs t-shirts et leurs accessoires arc-en-ciel. Dans son homélie, Mgr Savino a déclaré aux assistants : « Libérez-vous des préjugés… Personne ne devrait plus se sentir exclu… Le Jubilé doit être un moment de justice réparatrice… Il est temps de redonner de la dignité à tous, en particulier à ceux qui en ont été privés… » Comme si c’était l’Église qui s’était rendue coupable d’injustice pour avoir condamné dans le passé le péché de Sodome !
Les médias se sont fait largement l’écho de cet événement, photographies à l’appui, soulignant qu’au milieu des homosexuels et des transsexuels se tenant par la main et s’embrassant sans vergogne, il y avait « beaucoup de prêtres » (Corriere della Sera).
Le 7 août, Mgr Savino avait rencontré Léon XIV pour lui annoncer qu’il avait été invité à célébrer la messe de ce ‘pèlerinage’ LGBT. Il a raconté ensuite : « Je suis parti plein d’espoir, car le pape Léon XIV est le pape de l’écoute, et avec beaucoup de tendresse, de douceur, il m’a dit : “Va célébrer le Jubilé organisé par la Tente de Jonathan et les autres organisations qui prennent soin de tes frères et sœurs”. »
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Que dirait saint Paul de tous ces scandales « du dedans » s’il était encore de ce monde !
Du moins, nous a-t-il laissé ses lettres qui nous indiquent la ligne à suivre :
Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les gens de mœurs infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, pas plus que les ivrognes, les médisants ou les rapaces, n’hériteront du royaume de Dieu. Voilà pourtant ce que vous étiez, du moins quelques-uns d’entre vous. Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu. […] Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Et j’irai prendre les membres du Christ pour en faire des membres de prostituée ? Jamais de la vie ! Ou bien, ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée n’est avec elle qu’un seul corps ? Car il est dit : ils seront deux dans une seule chair. Celui qui s’unit au Seigneur, au contraire, n’est avec lui qu’un seul esprit. Fuyez l’impudicité. Quelque péché que l’homme commette, il est extérieur à son corps ; mais celui qui commet l’impudicité pèche contre son propre corps. Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez plus ? Car vous avez été achetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. [1 Co 6, 9-11 et 15-20.]
Prions et faisons pénitence pour réparer les péchés publics qui offensent Dieu et déshonorent la sainte Église et soyons fidèles à la grâce de notre baptême !
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Sur cette question, nous encourageons nos lecteurs à se reporter à l’article du Sel de la terre paru dans le n° 52, p. 35 et suivantes, intitulé : « Saint Paul contre Sodome » (cet article existe aussi en tiré-à-part).
[1] — La ville de Corinthe avec ses deux ports donnant, l’un sur le golfe de Corinthe à l’ouest et l’autre sur la mer Égée à l’est, était la capitale de la province romaine d’Achaïe. Sa population dépassait le demi-million d’habitants. Toutes les races et les religions s’y côtoyaient, les richesses y affluaient et, avec elles, le luxe et le libertinage. Elle était comme la capitale de la luxure dans le monde méditerranéen du 1er siècle. La déesse protectrice de la ville, Aphrodite Pandémos, avait un temple sur l’Acrocorinthe où étaient entretenues plus de mille courtisanes sacrées.
[2] — Vous êtes des azymes, c’est-à-dire des pains sans levain, des chrétiens purifiés du levain du péché par le baptême.
[3] — Le Père Emmanuel et la Sainte-Espérance, éd. du Sel, 2005, p. 28.
[4] — Message publié par James Martin le 1er septembre sur son compte X.

