L’influence actuelle de la Nouvelle Droite
par Michel de Valandrey
LA NOUVELLE DROITE n’est plus nouvelle depuis longtemps. L’expression n’a plus vraiment cours. Certains la rangent même au rayon des vieilleries idéologiques. Si le débat autour de ce mouvement faisait rage dans les années 80-90, peut-être encore dans les années 2000, est-il vraiment la peine d’en parler encore en 2025 ?
Face à la déferlante migratoire, au wokisme, aux ravages du mondialisme, on observe à droite des réactions saines. Toute une jeunesse se dresse, se forme, milite, lit, agit. Il faut le saluer. Si l’on disait à ces jeunes que leurs idées sont proches de celles de la Nouvelle Droite, sans doute le nieraient-ils, car ils n’en ont souvent pas conscience.
Ce qui importe, c’est que ces idées sont, dans les grandes lignes, les mêmes. Peut-être, pour certains, sont-ils moins farouchement anti-chrétiens que leurs prédécesseurs ou, du moins, affichent-ils moins cet antichristianisme par habileté stratégique. La Nouvelle Droite a été, selon le mot de François Brigneau, celle qui peut « parler avec émotion de trois ou quatre mille années d’Europe sans dire un mot de la Chrétienté [1] ». Cela est encore vrai chez certains de ses héritiers, comme une bonne partie de l’Institut Iliade. D’autres ne voient plus de problème à parler des « racines chrétiennes de l’Europe », tant que cela reste réduit à un élément purement civilisationnel parmi d’autres, à une part du folklore européen.
Certes, la Nouvelle Droite a muté. De toute manière, ayant renoncé au principe d’identité, n’est-elle pas nécessairement en mutation permanente ? Elle s’adapte aux évolutions de la société et au contexte. S’il demeure un courant anti-chrétien et néopaïen fidèle à la Nouvelle Droite historique, les idées du mouvement se sont aussi infiltrées dans certains milieux catholiques, qui tentent de les concilier avec la vraie religion.
Le G.R.E.C.E., ses revues et ses éditions
Que reste-t-il, aujourd’hui, du G.R.E.C.E. ? Officiellement, pas grand-chose. Le G.R.E.C.E. existe toujours, mais fait peu parler de lui, et n’a plus d’activité en tant que tel.
Éléments
Cependant, la principale revue du G.R.E.C.E., Éléments, reste bien active. Le directeur de la rédaction en est aujourd’hui Pascal Eysseric, et le rédacteur en chef François Bousquet. La revue continue à porter les thèmes chers à la Nouvelle Droite. La rédaction d’Éléments est un collectif fidèle au G.R.E.C.E., avec une forte présence d’Alain de Benoist comme figure tutélaire.
Elle compte une quarantaine de collaborateurs réguliers, issus de divers horizons (philosophes, historiens, journalistes, essayistes), venant souvent de la Nouvelle Droite ou de cercles identitaires. Outre de Benoist, on peut nommer Julien Rochedy (essayiste), Romain Petitjean (directeur de l’Institut Iliade), David Engels (historien, professeur à l’Université libre de Bruxelles), Hervé Juvin (économiste, député européen) qui tient des chroniques géopolitiques. Interviennent aussi des spécialistes de certaines thématiques : Bernard Rio, qui tient une chronique intitulée « Un païen dans l’église », écrit sur le paganisme breton et celtique ; Jean-François Gautier (musicologue, articles sur la philosophie antique) ; Diane Rivière (philosophe, postmodernité et héritage païen). Les sujets internationaux sont traités par Adriano Scianca (Italie, CasaPound), Marco Tarchi (Nouvelle Droite italienne), Javier Portella (Espagne).
La rédaction s’est renouvelée depuis les années 2010 avec des jeunes auditeurs de l’Institut Iliade. Le réseau est étendu via Radio Courtoisie et l’Observatoire du journalisme (OJIM).
Depuis les années 2010, Éléments a intensifié sa critique du « mondialisme », du libéralisme et de l’Union européenne, tout en explorant des thèmes culturels et spirituels. La revue se focalise sur la crise économique et l’identité européenne, sur la « décadence » libérale. Elle traite aussi des migrations, de l’écologie et de la postmodernité. Ces dernières années, on peut constater une insistance sur des thèmes comme la spiritualité (païenne), les guerres et le « retour des peuples ».
Éléments maintient une orientation explicitement néopaïenne et anti-chrétienne, héritée des origines du G.R.E.C.E. Cependant, cette posture est plus nuancée depuis les années 2010, moins frontale que dans les années 1980. Le paganisme est présenté comme un « antidote au nihilisme moderne », compatible avec un « pagano-christianisme » folklorique (par exemple en Bretagne, dans les articles de Bernard Rio). Donnons quelques exemples récents de cette persistance du néopaganisme dans Éléments :
– Dans le n° 167 (août 2017), un dossier intitulé : « La réponse polythéiste face aux fondamentalismes ». On y trouve les articles suivants : « Pour un réenchantement païen du monde » (Thibaut Isabel) ; « Entretien sur la pluralité des mondes. Rencontre entre Michel Onfray et Alain de Benoist » ; « La tentation païenne, ces écrivains catholiques que le polythéisme attire » (Falk Van Gaver) ; « Il a eu cent ans le 25 juin dernier : Claude Seignolle, le réenchanteur [2] » (Olivier François).
– Le premier Hors-Série d’Éléments, sorti en juin 2022, porte sur les « Sagesses païennes ». Il s’agit, selon Éléments, d’« une anthologie inédite des textes les plus marquants sur le paganisme parus dans notre magazine depuis cinquante ans. Au fil de ces cent trente-deux pages, le lecteur découvrira, loin des anathèmes et des procès en sorcellerie, l’extraordinaire pluralité des sensibilités qui bouillonne aujourd’hui encore au sein Éléments ». On y trouve plusieurs articles d’Alain de Benoist : « Pour une renaissance des dieux : la libération de l’Europe » ; « Comment peut-on être païen ? Réflexions critiques sur le néopaganisme » ; mais aussi de Guillaume Faye, Jean Mabire, Pierre Vial, ainsi mis à l’honneur.
– N°212 (février-mars 2025), le dossier à la Une porte sur « Le retour des dieux : enquête sur le renouveau païen en Europe ». On y trouve notamment les articles suivants : « Le paganisme, antidote au nihilisme contemporain ? » (Alain de Benoist) ; « En dévotion aux dieux : à la découverte du paganisme cultuel européen » (Benoît Rebioller) ; « Le paganisme se lève à l’est : Bélarus, Lituanie, Lettonie » (Maxime Cheminot) ; « La corrida, ultime rite païen ? » (Claude Chollet).
– Dans le prolongement de ce n°212, la rédaction d’Éléments a réalisé sur YouTube une série de « portraits païens », « rencontres avec des hommes et des femmes qui nous expliquent leur façon d’appréhender et de vivre la spiritualité polythéiste dont ils se réclament [3] ». Le premier de ces entretiens est réalisé en février 2025 avec Romain Petitjean, directeur du développement de l’Institut Iliade, qui définit le paganisme comme « alliance unique et magique entre une terre et un peuple », antidote au « nihilisme » post-chrétien. « Pour moi, le paganisme, c’est vraiment la spiritualité de mes plus lointains ancêtres auxquels je souhaite rester fidèle [4] », déclare-t-il. Selon lui, le paganisme n’est pas anti-chrétien, mais seulement une façon différente d’envisager le monde, sur un autre plan.
– Dans le N°215 de juillet 2025, Bernard Rio signe un article intitulé « Les druides pensaient fabuleusement le monde ».
La revue fait fréquemment référence à Comment peut-on être païen ?, essai d’Alain de Benoist paru en 1981, dans lequel il oppose le paganisme (pluriel, immanent, festif) au monothéisme (abstrait, culpabilisant).
Les éditions de La Nouvelle Librairie et les autres revues
La Nouvelle Droite dispose également d’une maison d’éditions liée à la revue Éléments : les éditions de La Nouvelle Librairie.
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[1] — François Brigneau, extraits de son Journal de Vacances publiés par Jean Madiran dans « Réalités de 1979. Nouvelle Droite et délit d’opinion », in Itinéraires n°236, septembre-octobre 1979, p. 112.
[2] — Claude Seignolle (1917-2018), présenté comme un « folkloriste », a écrit de nombreux romans qui reprennent des superstitions locales, traitent de sorcellerie et autres « folklores » diaboliques, et versent parfois dans l’érotisme ou l’obscène.
[3] — https://www.revue-elements.com/le-paganisme-cest-lalliance-unique-et-magique-entre-une-terre-et-un-peuple/
Informations
Dans cette étude documentée, Michel de Valandrey analyse les ramifications contemporaines de la Nouvelle Droite, un courant qui, sous couvert de défense de l'identité européenne, propage un antichristianisme plus ou moins feutré. Ce mouvement agit selon une méthode d'action « métapolitique », une stratégie d'influence culturelle inspirée de Gramsci visant à transformer durablement les mentalités.
L'intérêt de cet article réside dans son inventaire rigoureux des vecteurs d'influence actuels : de l'Institut Iliade aux maisons d'édition spécialisées, en passant par les revues et les cercles de formation qui attirent une jeunesse en quête de repères.
Michel de Valandrey souligne le danger de cette infiltration, y compris dans les milieux traditionnels, et rappelle que le seul remède réside dans le combat de la foi et la fidélité à la Royauté sociale du Christ. Cette analyse est une lecture indispensable pour démasquer les fausses restaurations et approfondir les études doctrinales nécessaires à la survie de la civilisation chrétienne face au néopaganisme.
L'auteur
Le numéro

p. 33-44
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