Le néopaganisme Définitions, manifestations et enjeux philosophiques
par François-Marie Portes
François-Marie Portes est docteur en philosophie de l’université Paris Sorbonne, il est également l’auteur d’un livre tout récemment paru, qui est intitulé : Devenir plus intelligent, c’est possible ! Il a aussi une chaîne YouTube (« François-Marie Portes ») de vulgarisation de la philosophie.
Le Sel de la terre.
Introduction
LE NÉOPAGANISME constitue une tendance complexe et croissante au sein de la Nouvelle Droite européenne, méritant une analyse approfondie de ses fondements théoriques et de ses implications idéologiques. Cette étude entreprend d’examiner les multiples formes que revêt cette résurgence du paganisme dans le contexte politique contemporain, tout en interrogeant les insuffisances intellectuelles qu’elle manifeste face aux défis du monde actuel.
Le présent travail adopte une perspective réaliste, héritière de la philosophie grecque antique qui plaçait le réel en première place vis-à-vis de la connaissance. Cette posture méthodologique reconnaît que l’intelligence doit s’adapter à la réalité telle qu’elle se présente, indépendamment des préférences subjectives. Dans ce cadre, le néopaganisme de la Nouvelle Droite se révèle à la fois porteur de désirs légitimes et profondément insuffisant dans les réponses qu’il propose à la crise civilisationnelle actuelle.
Définition et formes du néopaganisme
Le néopaganisme peut être défini comme une pseudo-résurgence du paganisme antique influencée par l’apport de religions polythéistes extra-européennes, du folklore européen ainsi que de l’ésotérisme et de l’occultisme. Certaines de ses manifestations intègrent également des éléments de sorcellerie. Un trait caractéristique fondamental demeure « le refus, parfois virulent, des valeurs et des dogmes chrétiens [1] ».
On distingue trois formes [2] majeures de néopaganisme contemporain, bien que la troisième forme se retrouve fréquemment dans les deux premières.
La première forme constitue une reconstruction de religions préchrétiennes fondée sur des recherches historiques. Les historiens des religions identifient certaines pratiques, rituels et expressions religieuses dans diverses civilisations antiques, qui font l’objet d’une réactualisation contemporaine. On la retrouve dans l’odinisme, le néodruidisme et la Nova Romana.
La deuxième forme renvoie à un discours éco-panthéiste, particulièrement présent dans la mouvance écologiste, qui vise la création d’un paganisme entièrement nouveau dans le but d’établir une religion universelle. Celle-ci s’incarne dans le néochamanisme et la wicca, religion largement développée aux États-Unis.
La troisième forme relève d’un choix philosophique ou artistique poursuivant des objectifs identitaires et politiques explicites.
De manière générale, le néopaganisme trouve ses racines dans plusieurs facteurs circonstanciels. Premièrement, il s’alimente d’une fascination et d’une idéalisation du paganisme antique, ainsi que d’une nostalgie envers les sociétés dites traditionnelles, perçues comme s’opposant radicalement aux sociétés occidentales contemporaines. Deuxièmement, le paganisme reste vivant à travers des religions extra-européennes « telles que l’hindouisme, le taoïsme, le shintoïsme, l’animisme et le chamanisme sibérien [3] ».
Il serait cependant erroné de concevoir le néopaganisme comme une simple résurgence de ruines mortes. Il s’édifie plutôt à partir de ces ruines enrichies par l’intégration de pensées non-européennes, particulièrement l’hindouisme, qui s’avère omniprésent dans les mouvements néopaïens contemporains.
Ces éléments convergents conduisent à l’hypothèse que l’origine du néopaganisme ne soit pas seulement circonstancielle mais anthropologique, révélant peut-être une tendance fondamentale de l’homme vers le paganisme dont il convient de donner quelques exemples.
Quelques exemples du néopaganisme contemporain
L’odinisme et la religion nordique
L’odinisme, également désigné par le terme azatru, constitue un culte centré sur Odin, édifié sur le postulat que la civilisation européenne trouve ses racines primordiales en Scandinavie. Cette perspective implique une nécessaire restauration de la culture scandinave, avec ses croyances panthéistes incluant un système de neuf mondes s’articulant autour de Midgard, le monde des hommes, et d’Asgard, le siège des divinités.
La pratique religieuse de l’odinisme repose principalement sur un code éthique rigoureux, complété par la croyance en un panthéon majeur et mineur comprenant les elfes et les valkyries. Ses adeptes pratiquent le culte des ancêtres et entretiennent des relations privées avec les divinités. L’étude et l’utilisation des runes scandinaves demeurent nécessaires à la participation religieuse, souvent marquée par leur tatouage. L’usage de symboles spécifiquement scandinaves comme le marteau de Thor ou la croix odinique caractérise également cette expression religieuse.
Le nombre de ses adhérents dépasse considérablement les estimations initiales, s’étendant à des milliers de pratiquants mondiaux dotés d’une influence significative sur les réseaux sociaux. Le World Congress of Ethnic Religion[4], instance internationale majeure des nouvelles religiosités, demeure dirigé par un odiniste.
La Nova Romana
La Nova Romana représente simultanément une expression religieuse et un courant politique visant à restaurer l’Empire de Rome. Établie aux États-Unis, notamment en Californie, cette religion s’inscrit dans la conviction que le Nouvel Empire [5] incarne la continuité romaine et détient la légitimité de perpétuer cette grandeur.
La pratique religieuse permet la vénération de plus de trois mille divinités romaines,
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[1] — Voir S. François, « Le néopaganisme et la politique : une tentative de compréhension », dans Raisons politiques 2007/1 no 25, pages 127 à 142, Éditions Presses de Sciences Po, p. 129. Il faut souligner le travail impressionnant de S. François, diplômé de l’IEP de Lille, docteur en science politique, historien des idées et des subcultures.
[2] — Voir ibid, p. 129-130.
[3] — Voir ibid, p. 128.
[4] — Voir ibid., p. 139 : « L’année suivante, cette organisation s’est transformée, grâce à Jonas Trinkunas et à Jörmundur Ingi, responsable de l’Asatru, en World Congress of Ethnic Religions (WCER) qui se définit comme un forum de groupes religieux, en priorité ceux dont les origines remontent au paganisme indo-européen. »
[5] — Américain ici.
Informations
Dans cette étude magistrale, François-Marie Portes, docteur en philosophie, livre une analyse en profondeur du néopaganisme contemporain, mouvement qu'il définit comme une pseudo-résurgence des cultes antiques imprégnée d'ésotérisme et d'orientalisme. L'auteur distingue avec précision trois formes majeures : les reconstructions historiques (odinisme, Nova Romana), le discours éco-panthéiste (wicca, néochamanisme) et le choix philosophique à visée identitaire propre à la Nouvelle Droite.
La force de cet article réside dans sa méthode réaliste, qui confronte les prétentions de ces « nouvelles religiosités » à la rigueur de la philosophie grecque et à la vérité chrétienne. François-Marie Portes démontre comment le néopaganisme, loin d'être une simple nostalgie du passé, est souvent une construction intellectuelle visant à évincer l'universalisme catholique au profit d'un naturalisme radical. Des exemples concrets, allant de la ritualité odiniste aux réseaux sociaux, illustrent l'influence réelle de ces courants.
Cette contribution permet de démasquer les fausses restaurations spirituelles qui tentent de séduire une jeunesse en quête de sacré et rappelle que seul le combat de la foi peut offrir une réponse authentique à la crise de la modernité.
L'auteur
Le numéro

p. 87-101
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