top of page

Des dangers du smartphone 

par Thomas-Dominique de Fontaines



SI, IL Y A QUINZE ANS (année de sortie du premier Iphone), émettre des réserves sur l’usage des smartphones (c’est-à-dire des téléphones portables dotés d’un accès à internet) pouvait vous faire passer pour un pessimiste rétrograde, tel n’est plus le cas aujourd’hui tant sont nombreuses les publications et études scientifiques mettant en garde contre les dangers de ces appareils.

Ce que le bon sens et l’observation nous enseignaient, la science moderne le confirme.

Deux principaux effets néfastes de l’utilisation des smartphones sont constatés : troubles (ou difficultés) de concentration et esprit d’indépendance.



I. — Troubles de la concentration


Premier effet néfaste : les troubles de la concentration.

Comme le montre une étude menée sous la direction du professeur Houdé [1] (CNRS – Sorbonne), l’utilisation d’un smartphone :

a) Stimule principalement la partie frontale du cerveau (i. e. le cortex préfrontal) [2]. Partie qui a pour fonction de contrôler les actions impulsives et les automatismes [3].

b) Stimule la libération de dopamine par le cerveau (c’est-à-dire l’hormone du plaisir, de la récompense).

Si bien que l’individu se fixe sur l’appareil et toute son attention avec lui [4].

Sur cette question de la dopamine (trop peu connue des utilisateurs de smartphone), les écrans offrent « un effet dopamine » [5] surpuissant et anormalement élevé qui emprunte le même mode de fonctionnement que celui des drogues dures. Les troubles causés par le smartphone au système de récompense du cerveau conduisent directement (naturellement et, pour ainsi dire, biologiquement) à l’addiction :

Certains spécialistes, comme la psychologue Mandy Sailgari, directrice d’une clinique à Londres (Harley Street Charter), n’hésite pas à parler de troubles similaires à ceux des toxicomanes en manque de drogue. Mettre le doigt dedans, c’est donc rentrer dans un engrenage puissant. Environ 64 % des jeunes sont concernés par cette addiction (à des degrés divers), alors qu’en 1997 seulement 6 % [6] l’étaient.

Un père de famille témoigne :

Avec l’aide de mon médecin, j’ai décidé de retirer à mon fils de 13 ans son portable car il était accro mais c’est très difficile : il le retrouve quand je le cache, il pleure et je culpabilise, c’est une bataille de tous les instants [7].

Conclusion. — L’utilisation du smartphone développe des aptitudes cérébrales de vitesse, d’automatisme, des aptitudes à la réalisation d’actions multi-tâches (par conséquent, superficielles) au détriment des activités de raisonnement. Activités de raisonnement qui requièrent, quant à elles, une maîtrise de soi et sont mono-tâches (en profondeur).

Le tout étant accentué, aggravé, renforcé par le plaisir hormonal (lié à la dopamine) que suscite l’utilisation de l’appareil. Plaisir qui crée une réelle dépendance à l’appareil et conduit l’utilisateur à y consacrer beaucoup de temps sans forcément s’en rendre compte (le temps passe vite sur un smartphone, sur internet : tous les utilisateurs en ont déjà fait l’expérience). Autrement dit, l’utilisation du smartphone entrave la réalisation de travaux de longue haleine au profit d’activités plus superficielles et changeantes. Bref : le smartphone entraine des difficultés de concentration. L’attention a du mal à se fixer sur un objet unique. Ainsi, on voit de plus en plus se développer des intelligences « butineuses », plus frivoles, qui passent d’un sujet à un autre. 

D’où, les conséquences suivantes :


I. — Conséquences sociologiques. Le goût de l’immédiateté, du rapide, du superficiel. Goût qui est aggravé par la consultation fréquente des nouvelles, des informations ; cette succession d’événements qui s’enchaînent : une nouvelle chassant l’autre à un rythme qui favorise l’émotion et non la réflexion, et qui enracine un peu plus encore l’intelligence dans le superficiel, le changeant, le rapide.

Goût de l’immédiateté qui finit, d’ailleurs, par « contaminer » la personnalité même des individus : les hommes entretiennent entre eux des rapports plus superficiels. Matériels. D’intérêts. Exit les rapports de charité au profit de rapports utilitaristes. On butine les personnes comme on butine les choses.


II. Conséquences intellectuelles voire spirituelles. La paresse intellectuelle et, précisément, la paresse à la lecture et, partant, à la formation doctrinale. Nourriture de l’intelligence et, surtout, de la foi. Le chrétien « smartphonisé » ne veut plus se former. Cela lui demande trop d’efforts (comme la vision d’un escalier pour une personne obèse : il est découragé d’avance ; atteint de « neuroplégie »). La vertu de persévérance est clairement atteinte. Par conséquent, le chrétien « smartphonisé » connaît moins, donc aime moins Dieu et donc ne fait pas connaître cet amour divin à son prochain (par absence de connaissance et aussi – et peut-être surtout – de volonté).

En un mot, le chrétien « smartphonisé » atrophie sa volonté jusqu’à scléroser (par non-usage) son intelligence. Ce qui conduira logiquement à l’érosion de sa foi. D’où, cette tiédeur, voire cette acédie [8] constatées fréquemment et cette grande difficulté à faire oraison [9] (oraison qui implique une fixation de l’esprit, une mobilisation de toutes les puissances du chrétien sur un objet précis : Dieu). Et, en effet, dès lors que la foi est moins, voire plus du tout, nourrie, l’oraison s’assèche mécaniquement. Et sans oraison, pas de vie d’union amoureuse à Dieu [10]. En un mot, pas de vraie vie chrétienne.

Ainsi, le smartphone s’avère être un véritable obstacle à la sanctification personnelle du chrétien. Danger d’autant plus redoutable qu’il est sournois : « que nul ne se croit à l’abri » (2 Th 2, 10-11). Dès lors que l’individu utilise ce genre d’appareil, il est ralenti ou détourné dans sa course vers le ciel.

Mais – au-delà des troubles de la concentration – s’ajoutent aussi d’autres conséquences [11], davantage d’ordre biologique cette fois-ci. Brièvement (tant la littérature scientifique abonde [12]) :


1. — Troubles du sommeil

Troubles du sommeil liés à l’excitation provoquée par l’appareil. Et les conséquences physiques et psychiques de ce manque de sommeil à long terme. Ce qui est extrêmement dangereux pour les enfants et adolescents dont le cerveau n’est pas encore mature. Témoignage :

Quand j’ai pris d’autorité le smartphone à ma fille de 14 ans la nuit, j’ai halluciné : ses petits camarades échangeaient encore jusqu’à minuit passé ! Et le niveau des interventions, ponctuées de LoL et MdR [13] était vraiment désespérant. Se priver de sommeil pour ça !!!

2. — Troubles oculaires

Liés à la lumière de ces appareils. Selon le professeur Gilles Renard (Société française d’ophtalmologie), l’exposition à cette « lumière artificielle » (la « lumière bleue ») engendre, à court terme, une fatigue oculaire importante, des maux de tête, des picotements des yeux et, à plus long terme, des risques accrus de myopie et de DMLA (i. e. dégénérescence maculaire liée [14] à l’âge). Autrement dit, un vieillissement accéléré de l’œil ; des jeunes gens ont des yeux de personnes âgées.


3. — Absence d’imagination et faible personnalité

Absence ou difficulté pour l’enfant de développer son imagination et sa créativité. Les pédiatres et pédopsychiatres le disent : l’enfant doit s’ennuyer pour développer son imagination et, ainsi, développer sa personnalité. Il doit aller vers un autre monde, être actif (comme avec le livre qui exige une attitude active de l’enfant).

Or, avec le smartphone, et les écrans en général, plus d’imagination, mais un monde de l’internet qui lui est imposé. L’enfant est passif (c’est le monde qui vient à lui) et il le restera. D’où, le risque de devenir des adultes à la personnalité faible, changeante et impulsive. Bref : fragiles et nerveux.

Immense est la responsabilité des parents qui placent leurs enfants devant ces appareils aux motifs de les occuper quand ils s’ennuient. Parents dont certains s’en mordent les doigts : « je sais bien que je paie le prix fort le dessin animé que j’ai mis pour avoir le temps de souffler », avoue une maman qui évoque les caprices de son petit garçon après un long moment de calme devant la télévision. Attention donc à « l’écran baby-sitter ». Écran baby-sitter qui risque, par ailleurs, de créer chez les tout jeunes enfants une « attitude de zapping » :

Les professeurs de maternelle (!) déplorent, déjà [15], l’incapacité de certains enfants à rester attentifs en classe. Ce sont des enfants qui passent d’un jeu à l’autre sans jamais se poser, bien en-deçà de la capacité naturelle de concentration de leur âge, censée progresser d’année en année. Ce sont des enfants et des adolescents qui développent des troubles de l’attention. Les enfants trop accaparés par les écrans ont du mal à trouver une activité par eux-mêmes, ils font plus de demandes en sucrerie [16], ils ont une sensibilité à fleur de peau, une faible résistance à la frustration. Les écrans sont un moyen de se remplir face à l’ennui. Or, l’ennui, disent les pédopsychiatres, est indispensable aux enfants pour leur permettre de se reposer, bien sûr, mais aussi de rêver, de créer, d’entreprendre. L’ennui développe la créativité et la personnalité de l’enfant. C’est de ce “vide” que naissent les idées, les histoires, les jeux et la consolidation de la mémoire. Ce qui est capital pour le développement de l’intelligence humaine [17].


4. — Addiction et instabilité

Accoutumance (voire addiction) au téléphone : par exemple, la difficulté de ne pas le consulter ne serait-ce que pendant une demi-journée. Selon une étude d’Axa prévention (publiée fin octobre 2019) : « Près de la moitié des Français vont aux toilettes avec leur smartphone. Près des deux tiers le consultent dès le réveil ».

De même, l’« angoisse » de ne plus avoir son téléphone. Ou encore, le syndrome de la « sonnerie fantôme » (« Mon téléphone a sonné ?!? »).



Pour lire la suite, vous pouvez acheter le fichier pdf ci-dessus





[1]    — Cité par J.-P. Boubée, L’écran, drogue douce, 2018, p. 12.

[2]    — Ce qu’on sait par l’utilisation de la technique nommée FMRI (Functional Magnetic Resonance Imagery : imagerie fonctionnelle par résonance magnétique ; i. e. : IRM fonctionnelle). Technique qui permet de savoir quelles sont les parties du cerveau sollicitées lors d’une activité.

[3]    — Exemple : Vous êtes pourchassé par un lion. En ce cas, c’est cette partie cérébrale qui va s’activer pour vous dire : « courrez ! et vite... ». Face à une telle situation, ce n’est donc pas la partie « raisonneuse » du cerveau qui va s’activer (ce qui donnerait : « je vois un lion... attendez, je réfléchis... oui, c’est un lion... je réfléchis encore... un lion est carnivore... et je suis, pour lui, de la viande... le lion fonce dans ma direction... je pense donc que ma vie est en danger. Par conséquent, je prends la décision de fuir et promptement »).

[4]    — Voir, à ce sujet, le documentaire (très bien fait), Dopamine, publié sur la chaine Arte. Ce qui n’est pas une incitation à consommer de l’écran...

[5]    — M.-A. Le Roy, Protégeons nos enfants des écrans, Mame, 2020, p. 29.

[6]    — Chiffres du Docteur Manuela Bertolini, Service d’addictologie, HUG, Suisse.

[7]    — M.-A. Le Roy, Protégeons nos enfants des écrans, Mame, 2020, p. 29.

[8]    — Sur cet ancien péché capital, voir A. Delacroix, père Ambroise de Lombez, A. Sauvy, L’acédie. Quand le « cafard » devient péché, 2006, Éditions du Sel, 2014.

[9]    — Voire l’absence totale d’oraison.

[10]  — « L’oraison n’étant autre chose qu’une élévation ou union amoureuse de l’âme à Dieu », A. Piny, L’oraison du cœur ou La manière de faire l’oraison parmi les distractions les plus crucifiantes de l’esprit, 1682, rééd. Cerf, 1941, p. 15.

[11]  — Qui, parfois, à leur tour deviennent des causes de troubles. Ainsi, se met en place un véritable cercle vicieux où causes et conséquences s’autoalimentent.

[12]  — Voir pour un impressionnant inventaire de ces études : M. Desmurget, TV lobotomie, Max Milo, 2011 et, du même auteur, La fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants, Seuil, 2019.

[13]  — LoL (Laughing out Loud) : acronyme exprimant l’amusement, le rire. Connu aussi sous forme de binette ou smiley. MdR : acronyme de « Mort de Rire ».

[14]  — Liée, normalement, à l’âge... Et, nous le verrons plus tard (cf. infra), il en est de même pour le cerveau. Ce qui est hautement plus grave.

[15]  — De maternelle !

[16]  — Rien d’étonnant quand on sait que, selon les études scientifiques, le sucre est aussi une source de... dopamine !

[17]  — M.-A. Le Roy, Protégeons nos enfants des écrans, Mame, 2020, p. 80-81.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n°136

p. 164-194

Les thèmes
trouver des articles connexes

Acheter le fichier ici :

3,50€

bottom of page