A la gloire du Créateur de la nature (II) Le loup
par Olivier Dugon
Nous continuons de donner des articles sur les animaux. Nous avons commencé dans le numéro 11 de la revue, persuadés, comme nous le dit le livre de Job, que les bêtes sont bien capables de nous instruire sur Dieu :
Mais, de grâce, interroge les bêtes, et elles t’instruiront,
les oiseaux du ciel, et ils te l’apprendront ;
ou bien parle à la terre, et elle t’enseignera ;
les poissons mêmes de la mer te le raconteront.
Qui ne sait, parmi tous ces êtres,
que la main de Yahweh a fait ces choses,
qu’il tient dans sa main l’âme de tout ce qui vit
et le souffle de tous les humains ? (Jb 12, 7-10)
Le Sel de la terre.
Avertissement
Cette série d’articles est destinée à faire admirer la nature, la nature qui, par son existence, rend gloire à son Créateur. Cela se conçoit aisément du mouvement des astres dans l’immensité de l’univers, d’un chant d’oiseau, d’un papillon ou d’une belle fleur ; mais qu’une couleuvre, un crapaud ou un loup puissent rendre gloire à Dieu par leur existence, cela paraît moins évident. Et pourtant, même si le paradis terrestre n’existe plus, il n’y a pas dans la nature des créatures qui seraient ratées, mais une création seulement ternie par le péché originel. Nous admirons bien le tableau d’un grand maître même s’il a subi un début d’incendie, parce que c’est le tableau d’un grand maître ; ainsi en devrait-il être de toute la nature qui doit, non être adorée, mais nous aider à adorer son Créateur.
J’espère donc ne pas avoir été trop audacieux en essayant de vous faire admirer aujourd’hui un animal paradoxal par son apparente cruauté et l’intelligence qui guide ses mœurs au sein de petites sociétés très organisées : il s’agit de canis lupus, le loup.
Le retour du loup en France…
« Des loups, des loups, on a des loups sur la crête. » C’est par cette petite phrase qu’un garde moniteur du parc national du Mercantour annonça par talkie-walkie à son collègue le retour du loup en France après près d’un siècle d’absence. Quelques indices confirment rapidement cette première observation d’un beau matin de l’automne 1992 : les deux bêtes suivent de loin les hardes de mouflons et de chamois pour les observer, pour les « tester », c’est-à-dire pour voir s’il y a parmi eux des bêtes affaiblies. Un chien aurait poursuivi jusqu’à épuisement la première proie aperçue. Les traces indiquent qu’un des loups a rabattu un mouflon sur l’autre loup, ce que des chiens n’auraient pas fait non plus.
…Doit-il nous faire frémir ?
Mais quel est donc cet animal mythique dont le nom réveille en nous une peur ancestrale ? N’a-t-il de grandes dents que pour mieux manger Mère Grand et le Petit Chaperon rouge ?
Pour mieux admirer ses mœurs, levons tout d’abord une équivoque qui ternit le portrait d’un de nos grands prédateurs, d’un des derniers grands seigneurs des forêts sauvages d’Europe, du super-prédateur [1] de l’hémisphère Nord. Le loup mangeait-il ou mange-t-il encore des humains ? La réponse est facile : à notre époque, il y a encore 250 000 loups à travers le monde et jamais un humain n’a été dévoré par un loup au XXe siècle. Lorsqu’on demande par exemple aux gardes de la forêt de Bialowieza en Pologne, où vivent encore bisons, ours, lynx et loups, si ces derniers attaquent des humains, cela les fait rire ! Où que ce soit au monde, dès qu’un loup ou une bande de loups aperçoivent un humain, la fuite est de règle. Animal très « intelligent [2] » (le loup et le sanglier sont les deux animaux sauvages les plus intelligents d’Europe), il est bien trop prudent pour s’attaquer à l’homme. Autrefois les bergères faisaient claquer leurs sabots l’un contre l’autre ou utilisaient un sifflet pour faire fuir le loup.
Peut-être avez-vous visité en Lozère le parc animalier du Gévaudan : là vivent en semi-liberté des dizaines de loups d’Amérique du Nord ou d’Europe. Certains sont semi-apprivoisés, d’autres ont été sauvés de justesse des mains de trafiquants de peaux peu après leur capture dans la nature en Europe de l’Est, et étaient donc sauvages à leur arrivée. Ce parc reçoit environ 90 000 visiteurs chaque année ; son directeur, Gérard Ménatory, le plus grand spécialiste des loups en France, guide les visites et fait entrer les touristes dans les parcs des loups : jamais personne n’a été mordu.
Par contre un loup très apprivoisé et qui n’a donc plus peur de l’homme pourrait être dangereux : je possède quatre loups dans le parc animalier dont je m’occupe dans l’Isère. Deux m’ont été donnés à l’âge d’un mois en 1989. Ils ont été, comme beaucoup d’autres animaux, élevés dans notre cuisine et notre salle de séjour et sont donc familiers. A six mois, lorsqu’ils étaient tellement forts que nous ne pouvions plus les tenir en laisse et qu’ils renversaient tout dans la maison en jouant, nous les avons mis dans leur clos définitif, clos situé sur un coteau dominant le passage des visiteurs, afin qu’ils en aient moins peur.
Devant la force croissante de ces loups, je ne suis pas entré dans leur clos pendant plusieurs semaines. Ma famille et moi nous nous contentions seulement de nous laisser lécher les doigts que nous passions à travers le grillage. Mais, un jour, je suis entré dans le clos pour soigner les yeux d’un des deux loups qui avait de la conjonctivite. Il s’agissait de Danton, l’autre s’appelle Robespierre. Or Robespierre, sans doute pour me montrer qu’il se prétendait le dominant de nous trois et qu’il était sur son territoire, m’a mordu légèrement la jambe. En fait il ne s’agissait que d’un avertissement courtois, entre amis, car, s’il avait voulu me mordre pour de bon, il aurait brisé mon tibia comme une allumette. Or mon cas est un cas extrême parce que j’avais apprivoisé ces loups, joué avec eux, et qu’ils me considéraient comme étant presque de leur famille. Sinon il n’y a rien de plus peureux qu’un loup vis-à-vis de l’homme et de bien d’autres choses. Par exemple j’avais accroché un panneau à leur grillage. Il a fallu des mois pour qu’ils s’habituent à ce panneau. Chaque fois, en passant à côté, ils levaient la tête, craignant sans doute que ce panneau ne leur tombe dessus.
Depuis quelques mois je rentre de nouveau fréquemment dans leur clos, mais je les tiens éloignés par la voix à deux ou trois mètres, ce qui les attriste visiblement. Les deux autres loups que j’ai achetés récemment, bien que nés en zoo mais non apprivoisés, fuient ma présence à l’autre bout du clos, à tel point que je suis en train de construire une passerelle au-dessus du clos pour que les visiteurs voient de plus près ces loups ainsi que deux autres qui vont arriver prochainement.
Par contre, si un loup est enragé, comme chez tout animal enragé, son comportement est anormal et il est alors dangereux. Il faut dire aussi que, dans les siècles passés, lors des guerres, des soldats morts mal enterrés auraient donné le goût de la chair humaine aux loups, et ceci spécialement en France, ce qui explique certains comportements meurtriers isolés qu’on a généralisés.
Enfin notons que le fameux loup du Gévaudan n’était pas un loup : « En effet G. Ménatory dans son livre, La vie des loups [3], fait remarquer :
1°) que des contemporains de cette affaire ont parlé non pas du loup du Gévaudan mais de « la bête du Gévaudan ». Par exemple Mgr de Choiseul Beaupré dit que la bête « était un fléau, un animal féroce inconnu dans nos climats ». Le premier ouvrage écrit sur cette mystérieuse bête l’a été par l’abbé Pourcher en 1887 et a pour titre : Histoire de la bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu. L’abbé Trocelier qui a vu l’animal tué par Chastel a écrit : « Cette bête ressemble à un loup mais n’est pas un loup. »
2°) Que certains comportements de cette bête ne sont pas ceux d’un loup : et de citer l’histoire de cette pauvre femme « de faible complexion » qui a lutté pendant une demi-heure contre la bête qui attaquait sa petite fille. Un loup n’aurait mis que quelques secondes pour tuer et enlever la fillette.
La rage aurait pu expliquer le comportement anormal d’un quelconque loup, mais la cinquantaine de personnes tuées par la bête l’ont été au cours de trois années. Or une bête enragée meurt au bout de quelques jours.
On a écrit que cette bête pouvait être un lynx, un lycaon, un dingo, etc… En réalité on ne sait pas de quelle espèce était cette bête.
Les arguments donnés par G. Ménatory sont-ils décisifs ou non, à mon avis peu importe. Pour être objectif vis-à-vis du loup, ce qui compte est de reconnaître d’une part que, par le passé, les registres paroissiaux le prouvent, des humains ont été tués par des loups en France, et que d’autre part, au XXe siècle, là où il y a des loups, cela ne se produit plus. Alors que les loups reviennent (timidement) en France, je pense que le meilleur service à leur rendre sera, non pas maintenant mais plus tard, d’en limiter le nombre et l’extension géographique afin de ne pas en faire des bêtes dangereuses. En effet, que se passerait-il si la rage venait à frapper de nouveau les loups ?
Pour le loup, avant tout, la vie de famille
Le loup est un animal éminemment sociable avec ses congénères. Il vit en clans d’une moyenne de huit individus : parents et en général les enfants de l’année et ceux de l’année précédente. Il peut y avoir aussi des clans d’individus dont certains n’ont pas de liens de parenté. Dans ce cas, il y a un minimum de loups pour que la chasse puisse être efficace et un maximum pour que la proie habituelle, un élan par exemple, nourrisse tous les membres du clan. Dans le cas du clan « parents plus enfants », les jeunes loups à partir de deux ans cherchent d’autres territoires et forment, ou font partie, d’autres clans. C’est le cas des deux premiers loups du Mercantour, loups de deux ans venus d’Italie à la recherche d’un nouveau territoire. (Les loups pourraient parcourir jusqu’à 100 kilomètres par jour, soit dix heures à 10 kilomètres à l’heure).
L’un des buts du clan étant l’efficacité à la chasse, il faut de la discipline et donc une hiérarchie : le loup n° 1 domine le n° 2, le n° 2 domine le n° 3, etc.
A la chasse…
A la belle saison, les proies étant plus nombreuses (petits mammifères), la chasse est souvent individuelle. Par contre l’hiver la chasse se fait en clan. Le mâle dominant donne le signal du départ par un jet d’urine. Au Canada, par exemple, la proie principale l’hiver est le caribou, sorte de renne. Le clan poursuit une bande pour « tester » l’animal blessé ou malade du troupeau, celui-ci est alors rattrapé et tué. S’il n’y a pas d’animal faible dans le troupeau, le clan abandonne et cherche un autre troupeau. Si c’est encore l’échec, une partie du clan rabat les caribous vers les autres loups embusqués. S’il y a peu de caribous, le système du relais est utilisé. Les loups se postent individuellement sur le parcours des caribous, le premier loup poursuivant est remplacé au premier relais par un loup reposé jusqu’au deuxième relais et ainsi de suite jusqu’à épuisement de la proie la plus faible. (Ce qui entraîne, par la force des choses, une continuelle sélection de l’espèce proie.) Le loup poursuivant n’attaque pas le caribou au jarret comme le fait un chien avec une vache, mais il le déséquilibre en le doublant et en lui sautant à l’épaule. Le loup dominant mange en premier, puis le second, etc.
Les vieux loups suivent de loin les clans et mangent une partie des restes et c’est alors le tour des corneilles de manger les miettes du festin.
Parfois ce sont au contraire les corneilles qui découvrent un cadavre entier de caribou et, comme elles ne peuvent entamer la peau trop dure et sans doute gelée, elles se mettent à crier, ce qui alerte et fait venir les loups qui se repaissent. Après leur passage, les corneilles peuvent se mettre à table en « deuxième service », en quelque sorte [4].
En Europe les loups consomment des cerfs, sangliers et marcassins, renards, chevreuils, mouflons, chamois, lièvres, lapins, petits rongeurs, baies et fruits (nos loups aiment beaucoup le raisin) et bien sûr des animaux domestiques, y compris un canidé comme lui : le chien. Le loup peut manger 10 kilos en un seul repas, mais la moyenne est de 5 kilos tous les deux jours, car sa digestion est lente.
Langage des loups
Le loup n’aboie pas mais hurle. Ces hurlements permettraient entre autres aux loups égarés de retrouver le reste du clan. Le sens des nombreuses variations de modulations des hurlements nous échappe encore. Et, si le renard a trente « mots » pour parler, il est certain que le loup, animal beaucoup plus intelligent [5], a davantage de « mots », mots qui composent des phrases. A ce sujet on s’est longtemps étonné que l’éléphant, animal très intelligent, utilisât peu de mots. Mais on s’est aperçu qu’un certain nombre de sons émis par l’éléphant, ultra-sons ou infra-sons, échappaient à l’oreille humaine. Il en est peut-être de même chez les loups ?
Si les hurlements servent à communiquer sur de grandes distances, les mimiques servent à se faire comprendre à proximité : les oreilles couchées, les babines retroussées, la queue à peine en l’air signifient : « Attention, je vais me mettre en colère. » La posture, avec la queue très redressée, trahit ce sentiment : « Je fais les gros bras, mais je ne suis pas sûr de moi » ; queue basse, devant le dominant terminant son repas : « As-tu fini de manger, est-ce mon tour ? » Queue entre les jambes : « Je me soumets. » Couché sur le dos, gorge offerte au vainqueur : « C’est d’accord, tu es vraiment le plus fort. » Etc.
La famille
Dans un clan qui n’est pas composé seulement de parents et d’enfants, seuls le loup dominant et la louve dominante ont des petits. Ceux-ci sont au nombre de 4 à 6.
Au passage admirons cette loi de la nature qui maintient presque toujours un équilibre entre le nombre de prédateurs et celui des proies. Soulignons-le encore : seul le loup dominant et la louve dominante du clan ont des petits, pas les autres, les femelles non gestantes servant de « tantes » comme chez les lions. Ce même phénomène est connu aussi chez les renards où il y a des « tantes », vieilles filles, qui aident à l’élevage des jeunes. Mieux encore, chez cette espèce, si, au cours de la gestation, il s’avère que le nombre de proies diminue, un certain nombre de fœtus est résorbé dans le ventre de la mère. Au contraire, s’il y a par exemple beaucoup de campagnols, d’autres prédateurs comme la chouette-effraie auront deux ou trois nichées au lieu d’une. Mais, comme la chouette-effraie a cette particularité de commencer à couver dès la ponte du premier œuf, les éclosions ne se font pas toutes au même moment, les jeunes chouettes-effraies au nid sont de tailles différentes et l’avorton est supprimé s’il n’y a pas assez de proies.
Autre preuve de l’esprit de famille, les louveteaux, quand ils sont sevrés, sont nourris par tous les membres du clan. Le louveteau lèche les lèvres de l’adulte et celui-ci lui régurgite de la viande, même s’il a lui-même faim. Les premières semaines se passent dans le liteau, sorte de terrier peu profond. A partir de vingt jours, les jeunes sont en contact permanent avec le clan, hormis la chasse. Celle-ci, ils l’apprendront en accompagnant les adultes au bout d’une dizaine de semaines car les loups grandissent très vite. A six mois ils ont déjà environ les 8/10e de la taille adulte.
Répartition du loup en Europe
Portugal : 200 à 300. Espagne : 1 500 à 2 000. Italie : 400 à 500. Pologne : 50. Ex-Yougoslavie : 4 000 à 5 000. Grèce : 300 à 500. Turquie : plusieurs milliers. Roumanie : 2 500. Slovaquie : 800. Russie et CEI : 80 000 à 120 000.
L’avenir du loup en France
L’espèce y est protégée depuis 1989, ce qui peut permettre une théorique protection du loup, au cas où celui-ci reviendrait de lui-même comme au Mercantour. Actuellement les bergers y sont indemnisés quand les loups s’attaquent à des moutons : en 1993, 30 moutons auraient été tués sur les 5 000 en alpage. Ce chiffre est à rapprocher des 70 000 moutons ou chèvres tués par des chiens chaque année en France [6].
Le système italien qui gère la population de ses 400 à 500 loups marche bien. Il pourrait être copié par la France : indemnisation des bergers, lâchers de cerfs pour éviter la prédation du loup sur les moutons, régulation des populations de loups, etc. [7].
Un homme et des loups
Pour terminer, voici le résumé d’un article paru dans Terre sauvage de janvier 1995 :
« L’île d’Ellesmere est celle qui est la plus proche du pôle Nord. Là, depuis neuf ans, un Américain, le docteur Mech, passe tout seul les six mois d’été (les six mois d’hiver il fait nuit) à observer les loups de l’Arctique. Comme nous l’avons vu, cet animal est très craintif, ses mœurs sont donc difficiles à observer. Or, sur une île à des milliers de kilomètres de la ville la plus proche, le loup, par surcroît non chassé par l’homme, a moins de raisons de s’en méfier. C’est ainsi que petit à petit, année par année, cet observateur a pu beaucoup apprendre sur les mœurs des loups et mériter peu à peu leur confiance au point de s’infiltrer dans l’un de leurs clans. Il approche les loups en rampant, pour paraître, vous l’avez deviné, un dominé et non un dominant. La première fois où il a approché d’une tanière, la mère affolée a emporté ses louveteaux au milieu du clan. Après un long conciliabule de celui-ci, la mère a ramené les petits dans la tanière, près du docteur Mech. Quelques jours plus tard, alors que le docteur Mech était près de la tanière, le clan partit à la chasse, y compris la mère qui fit confiance totale à notre naturaliste. Parfois, au retour du clan, un des loups restait longuement couché près du docteur Mech, parfois un autre s’amusait à tirer sur ses lacets ! »
*
Nous ajoutons en annexe à cet article sur le loup, ces deux découvertes récentes qui nous montrent combien Dieu a bien créé la nature.
Des découvertes sur le sens de l’odorat
Selon les résultats d’une équipe de l’Inra associée au CNRS, à Bures-sur-Yvette, les gènes codant les protéines (ou récepteurs olfactifs) qui captent les signaux odorants chez l’abeille domestique sont très semblables à ceux présents chez les vertébrés (E. Danty et al., C.R. Acad. Sci. Paris, Sci. Vie, 317, 1073, 1994). (…)
On savait que certains neurones sensoriels olfactifs d’insectes peuvent détecter la présence d’une seule molécule odorante, de la même manière qu’un seul photon suffit à stimuler les photorécepteurs animaux. Mais cette observation était inédite chez les vertébrés. A l’aide de mesures électrophysiologiques, l’équipe italo-américaine [8] a montré que des cellules olfactives isolées de la salamandre terrestre (Ambystoma tigrinum) sont sensibles à un signal vraisemblablement véhiculé par une seule molécule. Cela est-il le cas chez les mammifères et chez l’homme ? Comment un stimulus aussi faible est-il détecté ? D’autres données seront nécessaires pour le savoir. (Cliché C. Testu/Bios) [9].
Les araignées savent bien tisser leurs toiles
La soie d’araignée reste un des mystères de la nature, une prouesse esthétique mais surtout technique que les chercheurs aimeraient élucider à plus d’un titre : pour comprendre les propriétés de cette protéine exceptionnelle et surtout apprendre à la synthétiser. Une équipe dirigée par Christopher Viney, à l’université de Washington, a obtenu des résultats intéressants sur l’araignée dite Nephila clavipes (C. Viney et al., Biopolymers, 34, 1994). Celle-ci sécrète quatre à cinq types de fibres. Dans un premier temps, les chercheurs se sont intéressés aux rayons de la toile : leur résistance à la rupture et leur dureté sont de l’ordre de celles du Kevlar, fibre utilisée dans des matériaux composites haute performance. De surcroît, leur élasticité, dix fois plus élevée, et surtout leur résistance aux chocs (sa ténacité) en feraient un matériau idéal pour nombre d’applications de matériaux composites (gilets pare-balles, voiles, construction automobile, etc.). L’équipe américaine a analysé les fibres en microscopie électronique à transmission et en diffraction. Ils ont ainsi mis en évidence un grand nombre de variantes de « cristaux » : des séquences d’acides aminés relativement ordonnées dans la chaîne de la protéine. Ces derniers sont répartis de façon diffuse dans le matériau au sein d’une vaste zone amorphe (sans arrangement apparent). Une zone par ailleurs beaucoup plus ordonnée à petite échelle (50 Å) que l’on ne pouvait le supposer. « La composition exacte de la soie sera complètement précisée d’ici deux à trois ans », espère C. Viney ; « nous serons alors capables de la synthétiser bactériologiquement » [10].
[1] — Super-prédateur : le prédateur qui est au sommet d’une chaîne alimentaire.
[2] — Les animaux n’ont pas d’intelligence au sens strict du mot. Mais ils ont des sens internes (dont l’estimatif qui leur fait apprécier l’utilité ou la nocivité de ce qu’ils connaissent par les sens externes) et des instincts plus ou moins développés selon les espèces (NDLR).
[3] — Au chapitre 3, Stock, 1990.
[4] — Texte de Jim Brandenburg, Terre sauvage, La planète des loups, hors série, mars 1994.
[5] — Il ne s’agit pas de l’intelligence au sens strict, que seul l’homme possède parmi les animaux, mais du sens interne que saint Thomas d’Aquin appelle l’estimative. (NDLR.)
[6] — Le Courrier du hérisson, janvier 1995.
[7] — Terre sauvage, n° 73, mai 1993.
[8] — Équipe constituée de chercheurs de l’université de Gênes et de l’université Columbia, à New-York (A. Menini et al., Nature, 373, 435, 1995).
[9] — La Recherche 275, 1995, p. 375.
[10] — La Recherche 275, 1995, p. 380.




