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A propos du sens accommodatice de l’Écriture


Un texte de saint Bernard

 

Il arrive souvent que l’Église utilise un texte de l’Écriture dans un sens qui n’est pas le sens littéral (le sens directement voulu par le Saint-Esprit), mais un sens dérivé, fondé sur une ressemblance ou une analogie. Ainsi l’Église applique à la sainte Vierge les textes de l’Écriture qui concernent la Sagesse divine. On appelle ce type d’utilisation de l’Écriture le « sens accommodatice ».

Quelle autorité attribuer à cette façon d’utiliser l’Écriture ? On entend parfois dire qu’une telle utilisation est sans autorité, qu’elle relève plutôt de la poésie. Tel n’était pas l’avis de saint Bernard, que nous citons ici :

 

Ces paroles (Hodie scietis quia veniet Dominus, Ex 16, 6) se trouvent à leur place et dans leur temps, dans la sainte Écriture, mais l'Église notre mère a pu les entendre de la veille de la naissance du Seigneur. L'Église, dis-je, que son époux et son Dieu assiste de ses conseils et de son esprit, sur le sein de laquelle le Bien-aimé aime à se reposer, qu'il possède uniquement, et dont il s'est fait un trône pour son cœur. On peut dire, en effet, qu'elle l'a blessé au cœur et qu'elle plonge l'œil de sa contemplation jusqu'au plus profond abîme des secrets de Dieu, en sorte qu'elle lui fait dans son propre cœur et se prépare à elle-même dans le cœur de son époux une demeure éternelle. Aussi, quand il lui arrive de changer de place ou de sens les paroles de la sainte Écriture, l'emploi qu'elle en fait est préférable au sens et à l'ordre primitif du texte sacré ; peut-être même est-il permis de dire que son sens l'emporte sur le sens littéral, autant que la vérité l'emporte sur les figures, la lumière sur l'ombre, la maîtresse sur la servante [1].



[1] — Cum ergo ipsa in Scripturis divinis verba vel alterat, vel alternat, fortior est illa compositio, quam positio prima verborum : et fortassis tanto fortior, quantum distat inter figuram et veritatem, inter lucem et umbram, inter dominam et ancillam. Saint Bernard, 3e sermon pour la vigile de Noël, Vivès, 1877, p. 10.

Telle était l’estime de saint Bernard pour les décisions de l'Église catholique qu'il accordait à sa manière d'entendre le sens accommodatice des saintes Écritures, une autorité que l'Église elle-même est loin d'exiger qu'on y attache (NDÉ).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 14

p. 17

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