De l’amour et de la dévotion que nous devons avoir pour l’âme de Notre Seigneur Jésus-Christ
par le père Emmanuel, du Mesnil-Saint-Loup
Nous continuons ici la publication des œuvres du père Emmanuel par ce petit traité paru en 1875 au Mesnil-Saint-Loup (deuxième édition)
Le Sel de la terre.
La dévotion à l’âme de Notre Seigneur est nécessaire aujourd’hui
Deux grands maux affligent aujourd’hui le monde : le matérialisme et le faux spiritualisme.
L’un précipite dans la terre, souvent dans la boue, une portion considérable de l’humanité ; l’autre jette dans un abîme d’erreurs nombre d’intelligences qui se souviennent cependant encore que la matière n’est pas tout, et que tout n’est pas matière.
Nous rangeons parmi les victimes du matérialisme non seulement les avares et les voluptueux, mais un nombre bien plus grand de ces hommes appelés travailleurs, qui ne savent plus travailler que pour la vie présente, qui veulent du pain et des plaisirs, comme ces anciens Romains bien connus.
Le faux spiritualisme choisit ses victimes avec une attention plus marquée, et l’on peut dire de lui ces mots de l’Écriture : Sa nourriture est une nourriture de choix [1]. Il lui faut des ignorants qui se croient savants, des savants qui se croient Dieu (il y en a, nos panthéistes le savent), des esprits qui repoussent le Saint-Esprit, des âmes qui demandent la lumière aux esprits de ténèbres ; on sait le spiritisme.
Que de maux pèsent sur notre pauvre humanité ! Nous la convions à un grand remède, l’amour et la dévotion pour l’âme de Notre Seigneur Jésus-Christ. Si elle est connue, l ’âme de Notre Seigneur nous retirera du matérialisme ; si elle est connue, l’âme de Notre Seigneur nous préservera du faux spiritualisme et nous conduira dans la droite voie de la vérité et de la charité.
Combien l’âme de Notre Seigneur est peu connue
Plusieurs fois il nous a été donné de constater combien la sainte âme de Jésus est peu connue. Nous parlions de cette âme divine, et l’on nous répondait fort naïvement et fort sincèrement : « Je n’y avais jamais pensé ! Si vous ne m’en eussiez rien dit, j’aurais pu passer toute ma vie à servir et à aimer Notre Seigneur, sans pourtant penser qu’il a une âme ! »
Souvent, en effet, en pensant à Notre Seigneur nous nous contentons de considérer qu’il est Dieu et homme ; mais notre attention relativement à son humanité s’arrête presque toujours à son corps ; elle va volontiers à sa passion, à ses plaies, à son cœur ; sa sainte âme n’est ordinairement pas aperçue.
Nous traitons avec Notre Seigneur comme avec les hommes nos semblables ; ne voyant que leurs corps, nous ne pensons que peu, si ce n’est point, à leur âme ; et quand nous entendons dire : un tel, le nom qu’on lui donne nous présente toujours à l’esprit un corps et non une âme. De là vient que les âmes sont peu connues, et l’on pourrait peut-être dire, sans hésiter, que, de toutes les âmes, la plus inconnue est celle de Notre Seigneur.
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S’il s’agissait de prouver combien l’âme de Notre Seigneur est peu connue, il suffirait de rappeler l’histoire d’Apollinaire. C’était un homme pieux et savant, évêque de Laodicée. Il avait combattu très vaillamment contre les Ariens pour soutenir la divinité du Sauveur. Avec tout cela, il ne connaissait point l’âme de Notre Seigneur, à tel point qu’il enseigna que le Sauveur n’avait point pris d’âme en prenant un corps semblable aux nôtres. Selon lui, la divinité qui était en Notre Seigneur lui tenait lieu d’âme, conduisait, animait le corps, et faisait en lui toutes les fonctions que l’âme fait dans les autres hommes.
Une telle erreur, qui niait ainsi la réalité de l’humanité de Notre Seigneur, fut combattue comme elle méritait de l’être, et condamnée comme une hérésie. Tous les chrétiens doivent donc savoir et croire que Notre Seigneur a pris un corps et une âme semblables aux nôtres, sans quoi il ne serait pas véritablement homme. Car un corps sans âme n’est pas plus un homme qu’une âme sans corps ; et, comme le Fils de Dieu s’est réellement fait homme, il est évident qu’il a pris, qu’il a et qu’il aura à jamais un corps et une âme.
L’âme de Notre Seigneur est semblable à nos âmes
L’âme du divin Sauveur n’est pas d’une autre nature que nos âmes. Créée par Dieu comme les nôtres, cette âme sainte a été tirée du néant et a reçu de Dieu les mêmes dons, les mêmes facultés que nos âmes. C’est un esprit créé pour être uni à un corps, créé pour donner la vie à un corps ; c’est un esprit créé avec la puissance de connaître et d’aimer, comme avec le devoir de connaître et d’aimer son Créateur et aussi son prochain. Car nos âmes sont le prochain de cette âme, et un prochain tout semblable à elle. Il y a dans les corps les différences du sexe, il n’y a rien de semblable dans les âmes : elles sont toutes sœurs, toutes en parfaite conformité l’une avec l’autre. Anima non habet sexum, dit saint Ambroise [2].
Quand nous disons que l’âme de Notre Seigneur est en tout semblable à nos âmes, nous voulons parler de son être naturel seulement ; car autant elle nous est conforme selon la nature, autant elle nous est supérieure dans l’ordre de la grâce, comme chacun le pressent, et comme nous aurons lieu de le remarquer dans la suite.
L’âme de Notre Seigneur dans le mystère de l’incarnation
Dans sa sainte et adorable incarnation, Notre Seigneur, comme chacun sait, unit à sa personne divine un corps humain et une âme humaine semblables à nos corps et à nos âmes.
Or le corps humain à lui seul et par lui-même n’était pas plus propre à être uni à la personne du Fils de Dieu que tout autre corps : si donc il a été choisi de préférence à un autre corps, c’est que, de par Dieu son Créateur, il est uni à une âme. Or cette âme étant raisonnable, intelligente, aimante, est par là même plus ressemblante au Fils de Dieu, plus propre à lui être unie que le corps. Aussi, c’est par le moyen de l’âme que le Fils de Dieu s’est, dans l’incarnation, uni à notre chair ; et, s’il est permis de s’exprimer ainsi, c’est à son âme que le corps de Jésus doit d’être uni à la personne du Fils de Dieu.
Pour mieux saisir toute l’économie du grand mystère de l’incarnation, essayons de le considérer dans l’instant même de son accomplissement. L’heure solennelle est arrivée : l’auguste Trinité va opérer son œuvre par excellence, la Vierge, future mère, est dans une prière incomparablement humble, le Fils de Dieu va devenir son Fils : Dieu crée dans son chaste sein un corps qu’il forme du plus pur de son sang virginal ; il crée au même moment une âme qu’il tire du néant, et qu’il veut être le principe de la vie du corps miraculeusement formé au sein de la Vierge ; au même moment encore il unit ce corps et cette âme ; au même moment toujours le Fils de Dieu s’unit à l’âme qui devient son âme et, par le moyen de cette âme, il se trouve uni au corps qui devient son corps. Saint Thomas n’hésite pas à dire, en conséquence de cette doctrine, que l’âme est plus rapprochée du Verbe de Dieu que le corps [3].
Nous devons même ajouter que l’âme de Jésus est plus étroitement unie à sa divinité qu’elle n’est unie à son corps que cependant elle anime : car l’union de cette âme avec son corps a pu cesser, et elle a effectivement cessé tout le temps que Notre Seigneur a voulu demeurer mort : mais l’union de l’âme et du corps avec la divinité n’a jamais cessé et durera éternellement.
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Au commencement du monde, Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Et les anges furent dans la jubilation.
Mais combien fut plus grande la lumière que Dieu créa, et dont il inonda l’âme du Sauveur, quand il tira cette âme du néant pour l’unir immédiatement à son Verbe ! Quelle allégresse, quelle joie divine pour l’âme du Sauveur, de se voir unie si subitement à celui qui est Dieu de Dieu, lumière de lumière ! Dans quels océans de grâce, dans quels feux d’amour se trouva tout d’un coup plongée l’âme si heureuse que Dieu s’était créée pour être son âme ! Quelles connaissances sublimes et profondes elle eut de Dieu, de ses grandeurs, de ses volontés, de son amour ! Quelles délices, quel ravissement elle puisa dans la vision béatifique dont elle commença à jouir dès l’instant solennel où elle commença à exister ! Quelle reconnaissance, quelle gratitude elle eut pour les dons de Dieu ! Quelle gloire elle lui rendit ; quels cantiques d’adoration, d’actions de grâces, d’amour au Père et au Fils et au Saint-Esprit ! En même temps quel amour elle conçut pour toutes les âmes qui sont ses sœurs selon la nature, et ses compagnes dans l’accomplissement du grand commandement : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme !
De la grâce de l’âme de Notre Seigneur
La grâce est un bien spirituel que Dieu crée et qu’il verse dans les créatures intelligentes, anges ou âmes, pour les rendre justes, saintes, dignes de le voir et de le posséder durant toute l’éternité.
Nul ange, nulle âme n’a reçu de Dieu autant de grâce que l’âme de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle a reçu de Dieu la plénitude de toute grâce : Dieu s’est plu à l’enrichir de tous les trésors de sa libéralité divine, et il l’a rendue digne d’être l’âme de la personne de son unique Fils, c’est-à-dire l’âme de Dieu.
Unie ainsi à la divine personne du Sauveur, sa sainte âme placée on ne peut plus près de la source de toute grâce y puise d’abord la grâce habituelle, qui la rend juste, sainte, aimée de Dieu et amante de Dieu. Cette grâce élève toutes les puissances de l’âme du Sauveur à un degré incompréhensible de grâce et d’amour, qui rend tous ses actes très parfaits et d’un mérite infini devant Dieu ; et cette surabondance de la grâce de Jésus se déverse sur toutes les âmes. Nous avons tous reçu de sa plénitude, disait l’apôtre bien-aimant et bien-aimé [4].
Heureuse d’avoir reçu de Dieu, l’âme de Jésus est heureuse encore de nous donner. Elle aime nos âmes et, parce qu’elle les aime, elle se réjouit de leur faire part de tous ses biens. Elle donne libéralement, car elle donne sans s’appauvrir jamais. Demandons-lui la charité !
Des vertus de l’âme de Notre Seigneur
L’âme de Jésus était, est et sera à jamais ornée de toutes les vertus. La grâce, en effet, produit dans l’âme les vertus. Elle s’attache à l’essence même de l’âme, et de là elle répand dans l’âme les vertus qui en ornent les puissances. Et plus la grâce est abondante dans l’âme, plus les puissances deviennent riches de vertus. L’âme du Sauveur, ayant toute plénitude de grâce a par conséquent toute la perfection de toutes les vertus. Le bon arbre de la sainte grâce produit le bon fruit de toutes les vertus ; et l’âme du Sauveur en est embellie comme une reine de tous ses joyaux précieux.
La perfection même des vertus en Notre Seigneur fit qu’il n’eut pas les vertus nécessaires à nos pauvres âmes dans leur état présent de faiblesse et d’imperfection. Ainsi, ne voyant pas Dieu, nous croyons en lui : c’est l’office de la foi ; ne le possédant pas encore, nous l’espérons : c’est l’office de l’espérance ; deux vertus qui ne purent exister dans l’âme du Sauveur parce que, dès le premier instant de son existence, elle jouit de la vue et de la possession de Dieu, qui la rendit immédiatement bienheureuse. Mais, si l’âme de Jésus n’eut point la foi, ni l’espérance, elle eut toutes les autres vertus, et par-dessus tout la reine des vertus, la charité. L’âme de Jésus aima, aime et aimera éternellement d’un amour incomparablement plus grand que l’amour de tous les anges et de tous les saints. Nulle âme n’aime comme l’âme de Jésus ; et nulle âme ne sait aimer, qui ne l’ait appris à l’école de l’âme de Jésus.
Des dons du Saint-Esprit dans l’âme de Notre Seigneur
Les dons du Saint-Esprit sont un ornement que la main de Dieu ajoute aux puissances de l’âme, et qui les dispose parfaitement à suivre les motions du Saint-Esprit, pour accomplir la volonté de Dieu en toutes choses.
L’âme du Sauveur fut enrichie des dons du Saint-Esprit. Le prophète Isaïe l’avait annoncé dans sa magnifique prophétie. « L’Esprit du Seigneur reposera sur lui : l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété ; l’esprit de la crainte du Seigneur le remplira [5]. »
Riche de tous ces dons, l’âme du Sauveur opérait avec une perfection divine. Tous ses actes, tant ceux de son intérieur que ceux qu’elle commandait à l’extérieur, étaient souverainement saints ; et c’était à bon droit que l’on disait de ce divin maître : « Il a bien fait toutes choses [6]. » Il a bien parlé, il a bien prié, il a bien souffert, il a surtout bien aimé. Il a bien fait toutes choses.
Avant d’avancer, il faut répondre à une petite difficulté concernant le don de crainte. Notre Seigneur avait-il à craindre ? Pouvait-il craindre ? A-t-il craint ? La difficulté s’évanouit si l’on considère avec attention la nature du don de crainte. Il n’est autre chose en effet qu’un respect profond de la divine majesté.
Ce respect a sa source dans la connaissance et la vue de la grandeur de Dieu : et comme nul ange, nulle âme n’a jamais connu l’adorable majesté de Dieu comme la connaît l’âme du Sauveur, nul ange, nulle âme n’a jamais eu pour Dieu un respect aussi profond, aussi intime, aussi filial que l’âme de Jésus, dont le prophète avait dit : L’esprit de la crainte du Seigneur le remplira.
Des autres grâces de l’âme de Notre Seigneur
Outre la grâce habituelle et les dons du Saint-Esprit, qui embellissent l’âme, décorent son intérieur, élèvent ses puissances et rendent ses actes méritoires, il y a dans le trésor de Dieu des grâces d’un ordre différent que l’on nomme grâces gratuitement données, parce qu’elles n’ont pas pour effet direct de communiquer du mérite à celui qui les reçoit, lui étant départies pour certains effets extérieurs, sensibles, dans le but de manifester la puissance de Dieu, pour démontrer la vérité de la foi. Tels sont les dons de faire des miracles, de guérir les malades, de parler toutes sortes de langues, de lire dans les cœurs, de prophétiser l’avenir, etc. Tous ces dons furent communiqués à l’âme du Sauveur, et dans toute leur plénitude ; c’est-à-dire qu’il eut ces grâces pour en user lui-même quand il le trouve convenable, et pour les communiquer aux autres âmes dans les temps, les lieux et la mesure que Dieu sait, et qu’il a déterminés dans son infinie sagesse.
De la science de l’âme de Notre Seigneur
Outre la science divine qui réside en Notre Seigneur comme dans le Verbe éternel du Père, il y a en lui une science humaine qui réside en sa très sainte âme. Il ne devait point en être autrement, car Notre Seigneur, prenant la nature humaine, devait la prendre avec tous les dons qui lui sont convenables. Et, comme l’âme est créée pour connaître, il faut à cette faculté de l’âme un objet ; et, quand cet objet est atteint, l’âme possède la science. Il en fut ainsi dans l’âme de Notre Seigneur, laquelle assurément ne devait pas sur ce point le céder aux âmes des autres hommes. Et, quand nous appliquons notre propre esprit à connaître la science de l’âme de Jésus, nous y trouvons :
1°) La science des bienheureux, c’est-à-dire la connaissance très lumineuse qu’ils puisent dans la vision de Dieu. L’âme de Notre Seigneur connaît par cette science Dieu lui-même, d’une connaissance plus élevée que toutes les autres âmes et que tous les anges ; par cette science encore l’âme de Notre Seigneur connaît toutes les créatures passées, présentes et futures ; elle connaît par là aussi tous les actes, les mérites et les démérites de ces mêmes créatures : et l’on peut dire, sans hésiter, qu’elle pénètre jusqu’à l’infini dans cette connaissance de toutes les créatures [7].
2°) Avec cette connaissance qui est la conséquence de la vision de Dieu, il y a dans l’âme de Notre Seigneur une science d’un ordre moins élevé, mais qui lui fait connaître d’un autre côté les choses ; on la nomme la science infuse, c’est-à-dire versée dans l’âme par la main libérale de Dieu. Par l’effet de cette science l’âme connaît les choses, non en Dieu comme dans la science qui est le résultat de la vision béatifique, mais en elles-mêmes, et par des moyens proportionnés à la nature de l’âme humaine et à la manière que nous avons ici-bas de connaître les choses. Par la science infuse, l’âme de Notre Seigneur connaît tout ce qu’il est possible à l’homme de connaître par la lumière de son intelligence, comme sont toutes les choses qui font l’objet des sciences humaines : par elle encore, Notre Seigneur connaît tout ce que les hommes peuvent apprendre par révélation de Dieu, comme sont les secrets de la divine sagesse, les prophéties, etc. ; l’âme de Notre Seigneur connaît toutes ces choses mieux que toutes les autres âmes.
3°) Enfin, il y a en Notre Seigneur une science que l’on nomme science acquise. L’âme de Notre Seigneur, étant semblable aux nôtres pouvait exercer et exerçait en effet son intelligence à mesure qu’il avançait dans le cours de sa vie mortelle. Or cet exercice même de l’intelligence du divin Sauveur procurait à son âme cette science d’expérience que nous nommons la science acquise. Cette science de Notre Seigneur s’étendait à tout ce qu’une intelligence créée peut arriver à connaître par sa propre action : et comme Notre Seigneur vécut trente-trois ans sur cette terre, pendant tout ce temps il exerça son esprit, son âme, et acquit une science plus grande, comme saint Luc nous l’enseigne quand il dit que Jésus croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes [8]. Mais, dès le commencement, cette science du Sauveur était déjà telle que ni les anges, ni les hommes, ne pouvaient rien lui rien enseigner. Il était plein de grâce et de vérité [9] ; il pouvait donner à tous, et plaise à sa divine bonté de nous donner beaucoup.
De la puissance de l’âme de Notre Seigneur
Il faut distinguer dans l’âme de Jésus la puissance qu’elle a comme instrument du Verbe divin auquel elle est unie, et la puissance qu’elle a d’elle-même animant le corps du Sauveur.
Comme instrument du Verbe divin, l’âme de Jésus peut tout sur les créatures ; elle peut opérer toutes sortes de miracles, changer le cours naturel des choses, en un mot exercer sur toutes les créatures l’autorité divine qui réside dans le Fils de Dieu.
Considérée sous un autre point de vue, c’est-à-dire comme animant le corps du Sauveur, sa sainte âme a tout pouvoir pour conduire et gouverner ce saint corps et tous ses actes ; et, maintenant que le corps du Sauveur est glorifié, elle peut le porter où elle veut avec la rapidité de la pensée, sans que rien puisse arrêter sa marche triomphante ; elle peut lui faire pénétrer les corps ; elle peut le rendre visible, le rendre invisible selon sa volonté toujours victorieuse. Ce pouvoir de l’âme de Jésus est surtout admirable dans le mystère de son Ascension ; car, si Notre Seigneur est monté au ciel par sa puissance divine, il n’est pas moins vrai qu’il y est monté également par la puissance de sa sainte âme, laquelle élevait et emportait vers les cieux son corps ressuscité et glorifié.
Enfin l’âme de Jésus est puissante sur notre humanité et plus spécialement sur nos âmes. « Toute l’humanité de Jésus-Christ, dit saint Thomas, et selon l’âme et selon le corps, influe sur les autres hommes, et quant à leur âme, et quant à leur corps, mais principalement quant à l’âme. » Qui pourrait dire combien puissante, combien douce et combien aimante est cette influence de l’âme de Jésus sur nos âmes ? Il semble que cette grande reine des âmes les appelle toutes à sa lumière, à son amour, à son bonheur. Ah ! que notre âme entende cet appel ; qu’elle entende et qu’elle réponde, afin qu’en s’unissant à l’âme du Sauveur, elle devienne avec elle lumière et amour.
De la présence de l’âme de Notre Seigneur en son corps
Nous ne pouvons pas juger de ce qu’opérait l’âme de Jésus en son corps par ce que nous connaissons de l’action des âmes en leur corps après la chute originelle. Chez nous, le corps est devenu pour l’âme un fardeau ; l’âme elle-même est plongée dans l’ignorance et la concupiscence. Rien de semblable pour l’âme de Jésus ; elle avait en son corps sa pleine et entière liberté, avec une autorité souveraine et toujours incontestée. C’était déjà là un grand bien de cette sainte âme ; mais ce que nous voulons remarquer ici, c’est le fait de la présence de l’âme de Jésus en son corps.
Nous allons éclaircir cette belle vérité au moyen d’un petit mot du docteur angélique saint Thomas, lequel dit : « L’âme est tout entière dans tout le corps, et dans chacune des parties du corps, et cela avec tout son être et toutes ses perfections. »
Que cette parole du saint docteur jette une grande lumière sur tout ce que Notre Seigneur a fait, sur tout ce qu’il a souffert dans son corps ! Quand nous considérons un acte quelconque, un mouvement, un regard, une parole de Notre Seigneur, nous pouvons dire : son âme est tout entière dans cet acte, dans ce mouvement, dans ce regard, dans cette parole. Quand nous le considérons petit enfant, enveloppé de langes, prisonnier et dans ses langes et dans sa crèche, nous savons que son âme acceptait ces assujettissements, subissait cette prison, et cela avec tout son être et toutes ses perfections, avec toute sa science et son amour. Quand, dans sa passion, Notre Seigneur recevait dans son corps une blessure, une plaie, toute son âme était là pour l’accepter, pour l’embrasser comme une nourriture convenable à son amour pour Dieu, à son amour pour nous. Ainsi, l’âme du Sauveur était là à toutes les gouttes de sang de son agonie, à tous les coups de la flagellation, à toutes les piqûres des épines de sa couronne : en un mot, son âme était partout, et partout avec tout son amour. Combien ces vues sont pour nous consolantes ; combien elles nous rendent chers tous les mouvements du corps adorable de Jésus, tous les pas qu’il a faits pour nous, toutes les paroles de sa bouche, tous les regards de ses yeux, tous les battements de son cœur ; tout, en un mot ; et combien il est vrai de dire que Notre Seigneur est tout amour. Oui, tout amour, car son âme si aimante animait tout de son amour, embaumait tout de son amour ; comme aussi elle a fait et de tout et d’elle-même par-dessus tout la grande victime d’amour.
L’âme de Notre Seigneur dans les mystères
Tout est amour dans notre divin Sauveur ; mais, de même que dans un grand incendie, il y a des instants où les flammes s’élèvent avec plus de violence, de même aussi il y a dans l’amour de Notre Seigneur des temps plus saints, des moments plus solennels et plus sacrés, où le grand feu de son amour se révèle à nous avec plus d’intensité, et ces moments sont ceux où s’accomplissent les mystères.
Nous l’avons vue, cette sainte âme, dans le mystère de l’incarnation (pages 90 et 91), nous voudrions pouvoir la suivre pas à pas dans toute la carrière de sa vie mortelle : avec quelles tendresses d’amour nous la verrions tantôt se faire victime pour nos offenses, tantôt travaillant à sanctifier, à éclairer, à réjouir les autres âmes ! Combien il serait doux de pouvoir pénétrer dans ses communications avec l’âme de Marie, avec l’âme de Joseph, avec l’âme de Jean-Baptiste, avec les âmes de saint Pierre, de saint Jean, de sainte Madeleine, et de tant d’autres que Jésus aimait, et qu’il aime éternellement ! Quelles lumières éclaireraient les âmes si elles pouvaient lire dans l’âme de Jésus alors que s’accomplissaient les mystères de la sainte enfance, et ceux de la vie cachée, et ceux de la vie apostolique, et ceux de la vie souffrante, et ceux de la vie glorieuse, et ceux de la vie eucharistique de Jésus ! Oh ! quel livre à lire et à relire que celui de l’âme de Jésus, et quel délice ce sera pour nous dans le paradis de voir et de savoir toute l’âme du divin Maître !
L’âme de Notre Seigneur dans ses infirmités
C’est une des admirables inventions de l’amour du Sauveur d’avoir, en revêtant notre humanité, pris un corps et une âme susceptibles de souffrir.
Le corps de Jésus a souffert, sa sainte âme souffrait des souffrances de son corps. « Il a pris sur lui nos langueurs, et il a porté nos douleurs », est-il dit de Jésus dans Isaïe (Is 53, 4). La souffrance qui s’attaquait au corps de Jésus arrivait jusqu’à son âme : d’autres fois l’âme elle-même allait au-devant de la souffrance, ce qui est surtout remarquable quand Notre Seigneur s’imposait des jeûnes, de longs voyages, et en nombre d’autres circonstances que nous lisons dans l’Évangile.
Combien souvent aussi l’âme de Notre Seigneur eut à souffrir de l’incrédulité et de l’endurcissement des hommes ! Lui, l’amour même, ne s’est-il pas écrié un jour : « Ô race incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous endurer ? » (Mt 17, 16) Qui pourrait dire combien l’âme du Sauveur souffrait alors, et combien de fois elle eut à souffrir ainsi ?
Mais là où l’âme de Jésus nous révèle le mieux le mystère de ses adorables infirmités, c’est dans sa sainte agonie. Il faut ouvrir l’oreille du cœur pour l’entendre nous dire cette grande parole : « Mon âme est triste à mourir ! » (Mt 26, 38)
Mon âme ! dit-il ; s’il eût dit seulement ce petit mot, qui de nous aurait soupçonné jamais ce qu’il a ajouté ? et dans notre esprit ne se fût-il pas formé cette pensée : Mon âme est bienheureuse, mon âme voit Dieu ? Rien de tout cela cependant n’eût été la pensée du Sauveur ; il dit : Mon âme est triste. Quelle union de mots ! Comment la tristesse a-t-elle pu atteindre une âme si heureuse, si grande, si puissante ? Oh ! quel mystère ! mystère d’amour et de douleur ; car l’amour souvent se nourrit de douleur ! Mais poursuivons. Notre Seigneur ajoute : Triste à mourir ! Le mal dont elle souffrait suffisait pour la séparer de son corps. Elle était triste des souffrances qui accablaient le Sauveur, triste des péchés de tous les hommes, triste de nos folles joies, triste de la perte des âmes, triste à mourir !
Victime pour tous, Notre Seigneur voulut souffrir en tout son corps ; et son âme, étant présente à toutes les parties de son corps adorable souffrait, elle aussi tout entière de toutes les souffrances du corps. Cette souffrance devint extrême au moment où Notre Seigneur voulut mourir ; car alors le corps épuisé tendait à se séparer de l’âme, l’âme sentait la douleur de cette séparation ; et, comme jamais séparation ne fut plus pénible, jamais douleur ne fut semblable à la douleur de l’âme de Jésus au moment de sa mort.
Il fallait ce remède à la grande séparation que le péché avait occasionnée entre les âmes et leur Créateur. Mais aussi quelle reconnaissance les âmes ne doivent-elles pas à l’âme de Jésus ? Quelle reconnaissance ne lui doivent-elles pas, et cependant combien y en a-t-il, au contraire, qui ne pensent même pas que notre divin Sauveur a une âme !
Ô mon âme, ne l’oublie point !
L’âme de Notre Seigneur dans les limbes
L’âme de Jésus ne fut pas plus tôt séparée de son corps qu’elle descendit aux limbes. Elle y était attendue. Comme une grande reine qui visite ses États, elle descendit près de ces saintes âmes, dans tout l’éclat de sa sainteté, dans toute la gloire de la divinité à laquelle elle demeurait et demeure inséparablement unie.
Quelle lumière à son approche ! Quelle allégresse à son arrivée ! Quel concert de louanges s’élevait autour d’elle ! Quels hymnes, quels cantiques durent chanter ces âmes depuis si longtemps captives ! Adam et Ève, Abel et tous les justes, les patriarches et les prophètes, et tous les saints, et les petits enfants, et saint Joachim et sainte Anne, et saint Joseph et saint Jean-Baptiste ! L’âme de Jésus était véritablement triomphante, et tous les saints étaient dans le ravissement.
L’âme du Sauveur demeura dans les limbes tout le temps qui sépara sa mort de sa résurrection. Dès qu’elle y fut arrivée, elle en fit le paradis, c’est-à-dire que toutes les âmes reçurent la lumière de gloire et commencèrent à jouir de la vue de Dieu. Et c’est l’âme de Jésus qui leur porta ce bien. Heureuse visite !
Durant le temps que l’âme du Sauveur demeura aux limbes, elle fit sentir sa présence et sa puissance à tout l’enfer, c’est-à-dire même aux démons et aux damnés. Les démons se sentirent vaincus, impuissants, désarmés ; ils frémirent d’un frémissement indescriptible. Le grand Roi s’était montré ; et à son nom tout genou devait fléchir au ciel et sur la terre, et jusqu’au fond des enfers.
Ajoutons qu’à ce moment beaucoup d’âmes saintes durent être délivrées du purgatoire. A l’occasion de sa visite aux enfers, l’âme de Jésus leur accorda l’indulgence plénière, et elles vinrent se réunir aux âmes des limbes pour fêter avec elles leur rédemption et l’âme de leur Rédempteur.
L’âme de Notre Seigneur dans sa résurrection
L’heure de Dieu étant arrivée, l’âme du Sauveur quitta les limbes et vint se réunir à son corps. Heureux voyage, douce réunion ! Et réunion d’autant plus douce que la séparation avait été plus cruelle. L’âme de Jésus avait été triste avant de mourir, combien dut-elle être joyeuse au moment où elle vint redonner la vie à son corps !
A cet instant solennel, la toute-puissance du Verbe divin recueillit dans ses veines sacrées tout le sang qu’il avait répandu, dépouilla son corps de toutes les meurtrissures de sa sainte passion, et son âme bienheureuse, lui étant réunie, lui communiqua aussitôt et sa gloire et toutes les qualités des corps ressuscités. Le Sauveur, plein d’une vie nouvelle, ne pouvait plus souffrir ; mais, grâce à son âme, il pouvait se mouvoir, il pouvait sans entrave sortir de son tombeau en le laissant fermé ; il pouvait parler, il pouvait même manger, comme il daigna plusieurs fois le faire avec ses apôtres ; en un mot, il était redevenu vivant, et pour ne plus mourir.
Nous avons dit plus haut (page 95) quelle puissance l’âme de Jésus exerçait sur son corps adorable, surtout après sa résurrection. Il nous reste à ajouter que la résurrection du Sauveur est la cause de la résurrection et de nos corps et de nos âmes. Ce mystère de la résurrection des âmes, par leur retour à la vie de la grâce dans le saint baptême, a sa cause et son modèle dans la résurrection du Sauveur. Ce qui doit rendre plus cher aux âmes ressuscitées le mystère de la résurrection de Notre Seigneur, et leur faire aimer davantage l’âme de Jésus, la sœur et la reine de toutes les âmes.
L’âme de Notre Seigneur dans les cieux
Quand le divin Maître eut donné à ses disciples toutes les preuves convenables de sa résurrection ; quand il leur eut donné les instructions nécessaires et pour eux et pour l’Église, quand il eut témoigné son amour à sa sainte Mère et à ses amis, il remonta vers les cieux. La terre ne pouvait pas porter un corps si glorieux, une âme si grande ; le ciel, le ciel seul, pouvait posséder un pareil trésor.
C’est là qu’est notre Maître ; c’est là que reposent, au-dessus de tous les anges et de tous les saints, et son corps et son âme. Son corps y est avec un éclat et une beauté que nous ne pouvons pas même imaginer ; son âme y est avec une gloire plus grande que celle de toutes les âmes, car elle voit Dieu plus clairement et plus parfaitement que toute autre créature. En effet, la lumière de gloire qui est nécessaire pour voir Dieu émane du Verbe et se répand sur tous les bienheureux ; et il est facile de comprendre que l’âme du Sauveur reçoit plus abondamment cette céleste lumière, elle qui est placée à sa source même, étant unie personnellement au Verbe de Dieu, lumière de lumière, et source de toute lumière.
C’est de là que l’âme sainte de Jésus répand ses influences sur toutes les âmes ; c’est de là qu’elle se fait notre avocate auprès de Dieu, c’est de là qu’elle nous invite à imiter ses vertus pour pouvoir participer à son bonheur, c’est-à-dire voir Dieu avec elle, aimer Dieu avec elle, louer Dieu avec elle dans les siècles des siècles.
L’âme de Notre Seigneur au très saint sacrement
Nous venons de le dire : l’âme de Jésus est dans les cieux. Dans les cieux, c’est-à-dire au ciel du ciel où l’on voit Dieu, et au ciel de l’Église où repose l’eucharistie.
Réjouissons-nous ! L’âme de Jésus n’est pas loin de nous. Nous l’avons au très saint sacrement ; elle est notre nourriture à la sainte communion. Heureuse possession, doux trésor !
Le pain qui nous est donné à la table du Seigneur est un pain vivant : le Sauveur y a son âme, elle y donne la vie à son corps. « Je suis, dit-il, le pain vivant, qui suis descendu du ciel. » Et il ajoute : « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » (Jn 6, 51-52) Il vivra, mais ne serait-ce point, Seigneur, parce qu’il aura reçu votre âme ?
Oh ! le doux mystère ; communier, c’est recevoir la vie, c’est recevoir avec le corps du Sauveur, son âme ! Quelle âme ! et combien il faut peu s’étonner si, avec une telle âme, on vit éternellement !
L’âme de Jésus est dans l’eucharistie. Elle y est cachée comme tout lui-même. Elle y demeure dans une humilité qui nous confond, dans une adoration qui ravit le cœur de Dieu, dans une prière perpétuelle qui attire sur nous toutes les grâces. Le Sauveur paraît dormir dans l’eucharistie, mais son cœur veille, son âme prie, son âme aime. Heureuses les âmes qui vont là apprendre à prier, à adorer et à aimer.
L’âme de Jésus est dans l’eucharistie. Elle y est obéissante. Quelle autre merveille ! Rien n’approche de l’obéissance eucharistique de Jésus, si ce n’est son obéissance dans la crèche. Mais l’obéissance de la crèche ne dura pas longtemps, et l’obéissance eucharistique dure depuis des siècles et durera jusqu’à la fin des temps.
Avec tout cela, l’âme de Jésus est la plus inconnue de toutes les âmes. Elle est oubliée, et souvent même de ceux qui viennent de la recevoir à la sainte communion. Ô mon âme, ne l’oublie point !
Ce que nous devons à l’âme de Notre Seigneur
Nous devons beaucoup à l’âme de Jésus, mais principalement l’adoration, l’amour et l’imitation.
I — L’adoration. L’âme du divin Sauveur lui étant unie en unité de personne a droit à tous les honneurs dus au Fils de Dieu, et le principal de ces honneurs est l’adoration. Rendons-lui cet hommage avec empressement, avec joie : c’est la reine des âmes ; toutes les âmes lui doivent leur soumission, leur adoration.
II — L’amour. « Quand nous aimons bien, dit saint Grégoire, pape, il n’est rien dans toutes les choses créées que nous aimions plus chèrement que notre âme [10]. » Et comme Notre Seigneur aimait bien et aime éternellement bien, il n’est rien qu’il aime comme son âme. Cet amour du Sauveur pour son âme est la règle et la source de l’amour que nous devons avoir pour son âme, nous dirions presque pour notre âme, puisqu’il nous la donne et nous fait vivre par elle au très saint sacrement.
Aimer l’âme de Jésus, c’est aimer notre Dieu, c’est aimer aussi notre prochain. Aimer l’âme de Jésus, c’est un grand secret pour apprendre à aimer. Apprendre à aimer à l’école de l’âme de Jésus, c’est déjà commencer à l’imiter. Or nous le devons à cette sainte âme :
III — L’imitation. Le divin Maître l’a dit lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11, 29) Il veut que ses vertus soient nos vertus, que son âme soit le miroir de nos âmes, ou plutôt que son âme soit l’âme de nos âmes. Et pourquoi, sinon pour qu’il mette en nous, avec son âme et par son âme, toutes ses saintes dispositions, son amour pour son Père, son amour pour sa Mère, son obéissance et sa douceur, son humilité et sa patience, en un mot tous les trésors dont il a la plénitude et dont il est la source unique.
Béni soit-il, et bénie soit son âme !
Pratiques
Les pieux adorateurs de la très sainte âme de Jésus comprendront assez par ce que nous avons dit ci-dessus combien intéressante sera pour eux la part de cette âme bénie dans les fêtes de notre divin Sauveur. Aussi quand, avec l’Église entière, ils devront honorer les mystères de Notre Seigneur, ils feront une spéciale attention à la part qu’y a prise sa sainte âme, et ils en feront l’objet de leurs adorations et de leurs remerciements.
Ce sera là, si l’on veut, l’état habituel des adorateurs de l’âme de Jésus, à savoir d’adorer cette âme divine dans tous ses mystères, de s’unir à ses saintes dispositions de révérence envers son Père, d’amour envers le prochain, d’humilité envers elle-même.
Nous allons indiquer quelques pratiques plus particulières auxquelles les amis de Jésus pourront s’appliquer, si l’esprit de Dieu les y attire.
Nous voulons d’abord appeler leur attention sur l’heure précise de certains mystères. Ainsi, à minuit, les saints nous ont appris à adorer le mystère de l’incarnation. C’est l’heure de la création, de la sanctification et de l’union au Verbe divin de l’âme de Jésus. A minuit encore, c’est l’heure de la venue en ce monde de cette sainte âme, puisque c’est l’heure de la naissance de l’Enfant-Jésus.
A l’aurore, c’est l’heure de la résurrection de Notre Seigneur, c’est-à-dire de la réunion de son âme à son corps. Ce mystère doit surtout être adoré le dimanche matin.
De midi à trois heures, c’est le temps des douleurs de l’âme de Jésus sur la croix ; on sait qu’à trois heures eut lieu la séparation de son âme et de son corps. Ces mystères seront plus spécialement honorés le vendredi. Le même jour, après trois heures, on pourra se rappeler la descente aux limbes, et honorer l’âme de Jésus en cet état jusqu’au dimanche matin.
Tous les fidèles savent que l’heure de onze heures à minuit est appelée l’heure sainte, à cause de l’agonie du Sauveur. C’est à cette heure qu’il dit : Mon âme est triste à mourir.
Enfin, à toute heure, nous pouvons adorer l’âme de notre divin Maître, soit que nous la regardions glorieuse dans les cieux, soit que, des yeux de la foi, nous la considérions silencieuse et aimante au très saint sacrement.
Nous terminerons en donnant une courte oraison jaculatoire qui résumera tout ce que nous avons dit, et indiquera aussi le but final de la dévotion à l’âme de Jésus. Cette oraison jaculatoire est celle-ci :
Anima Christi, sanctifica me !
que nous conseillons de réciter en latin, tout en voulant que l’on en comprenne bien le sens, qui est :
Ame de Jésus-Christ, sanctifiez-moi !
A mon âme !
Ô mon âme ! tu le sais, Dieu nous a comblés de biens. Sa main s’est étendue vers nous, et il nous a tirés du néant ; sa main s’est étendue vers nous, et il nous a tirés du péché ; sa main s’est étendue vers nous, et il nous a donné cette grande abondance de grâces que lui seul connaît bien, et que nous n’ignorons pas tout à fait.
Ô main libérale, divine, miséricordieuse, à jamais adorable ! Que de biens tu as versés dans notre néant, par combien de miséricordes tu as réparé nos chutes, effacé nos fautes. Ô main de Dieu, que mon âme te baise, t’adore et se tienne soumise à toi, toujours !
Ô mon âme, que rendrons-nous au Seigneur pour tous les biens qu’il nous a faits ? Nous n’étions pas encore, et son amour nous connaissait, son amour veillait sur nous, son amour se préparait à se répandre en nous, pour nous apporter tant de biens ! Ô mon âme, que rendrons-nous au Seigneur ? Nous sommes pauvres, et nous n’avons rien que nous n’ayons reçu de Dieu par charité. Par charité, il nous a donné notre âme, par charité notre corps, par charité le saint baptême, par charité le Saint-Esprit, par charité l’eucharistie, par charité toutes choses.
Dieu nous ayant fait ainsi la charité, n’est-il pas juste que nous soyons tout de charité pour lui, puisque nous sommes tout de charité par lui. Ah ! mon âme, j’ai trouvé ce que nous rendrons au Seigneur, nous lui rendrons la charité. En un mot, nous aimerons.
L’âme de Jésus nous apprendra à aimer ; nous irons à son école, nous y serons dociles, obéissants, et, avec un si bon Maître, nous avancerons. Bonne nouvelle, nous aimerons !
Ô mon âme, bénis le Seigneur !
Benedic, anima mea, Domino !
[1] — Cibus ejus electus, Ha 1, 16.
[2] — In Luc, cap. 1, v. 47.
[3] — Propinquior est Verbo Dei anima quam corpus, III, q. 6, a. 1, ad 2.
[4] — De plenitudine ejus nos omnes accepimus, Jn 1, 16.
[5] — Et requiescet super eum spiritus Domini : spiritus sapientiæ et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiæ et pietatis :;et replebit eum spiritus timoris Domini, Is 11, 2, 3.
[6] — Bene omnia fecit, Mc 7, 37.
[7] — Anima Christi cognoscit infinita… Anima Christi in Verbo scit infinita ; scit enim omnia quæ sunt in potentia creaturæ, III, q. 10, a. 3.
[8] — Et Jesus proficiebat sapientia, et ætate, et gratia apud Deum et homines, Lc 2, 52.
[9] — Plenum gratiæ et veritatis., Jn 1, 14.
[10] — Saint Grégoire, Moral. Lib. 3, n° 31.
Informations
L'auteur
Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 88-104
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