L’école et le monopole (I)
par Nicolas Dehan
Il est une institution très ancienne, vitale pour l’épanouissement de la société, pour le salut des âmes, mais hélas ! très malade aujourd’hui : l’école.
Très ancienne certes, on prétend même dans telle histoire des Juifs [1] que dès avant le déluge il y avait des écoles de sciences et de piété dont les patriarches étaient les directeurs ! Nous ne remonterons pas si loin chercher l’origine de l’école.
Il est certain, nous le lisons dans l’Ancien Testament, que l’enseignement destiné au peuple juif était donné par les parents, les lévites, les docteurs de la Loi et les scribes.
Dans le Nouveau Testament destiné au monde entier, Notre Seigneur Jésus-Christ dispense l’enseignement et en fait commandement à ses apôtres : « Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. » (Mt 28, 18-20) L’Église a été, par ces paroles divines, constituée l’éducatrice des peuples.
Oui, disent les contestataires les plus modérés, oui, mais seulement pour ce qui concerne la croyance en Dieu ! Erreur, car tous les actes humains sont liés à l’observance, au respect de la loi naturelle, loi du Créateur. Observance nécessaire dans la pérégrination vers l’heureuse fin dernière promise à tout homme s’il vit conformément aux lois divines. Pour qu’il en soit ainsi, les moyens sont à prendre dans le trésor de l’Église : sa doctrine et sa Tradition constantes.
En ce XXe siècle finissant, le désordre est dans le choix des moyens de la transmission et dans l’enseignement perverti donnant des fruits amers. La loi de Dieu est ignorée dans l’enseignement « public », elle est édulcorée ou a disparu de l’enseignement dit « libre ». Périodiquement la société chrétienne anémiée grogne, menace, et l’État mate les velléitaires, puis le calme revient pour un temps.
Profitons de ce temps pour y voir clair.
Les écoles dites « libres » ou dites « privées » (de moyens d’existence) ont espéré voir en 1993 se desserrer le carcan de l’État avec l’arrivée d’un jeune ministre, fruit de l’école « libre » et très au fait du marasme scolaire. Monsieur François Bayrou est en effet l’auteur d’un livre dénonçant les tares de l’enseignement : La décennie des mal-appris, paru en 1990 [2]. Son programme, outre diverses mesures concernant le secteur public, proposait d’accorder justice aux revendications de l’enseignement dit « privé ». « En stricte équité », disait-il, lui donner ce qui lui est dû.
Le projet était de modifier, d’améliorer la loi Falloux. Le simple énoncé de ce projet mit en émoi et en branle le ban et l’arrière-ban du laïcisme, farouche et violent gardien de son monopole. Le ministre a reculé et l’espoir des pauvres s’est évanoui.
Les catholiques, qui une fois de plus ont été vaincus, savent-ils seulement quels sont les fondements de cet empire du laïcisme, quelles sont les origines de ce monopole sur l’enseignement, quelle est la genèse de cet ostracisme, de ces persécutions ? Savent-ils quelle est cette loi Falloux ? Ont-ils la connaissance exacte de la mission de l’école, de son histoire vraie et de ses vicissitudes au cours des deux siècles derniers ?
S’ils le savaient, ils auraient de sérieux motifs et plus d’énergie pour la défendre contre les assauts de la Révolution.
Cette connaissance, nécessaire, c’est l’Église et elle seule qui la donne par son enseignement permanent. Nous pourrions faire appel à différents papes ou docteurs. Écoutons particulièrement ceux qui ont dû aider les fidèles à défendre l’âme des enfants violemment agressée par des écrits ou des actes sectaires.
Léon XIII, en janvier 1890, dans l’encyclique Sapientiæ Christianae, affirmait :
De par la nature, les parents ont le droit de former leurs enfants, mais ils ont en plus le devoir de mettre leur instruction et leur éducation en parfait accord avec la fin pour laquelle ils les ont reçus par un bienfait de Dieu. Les parents doivent donc employer toutes leurs forces et une persévérante énergie à repousser tout genre d’injustice en cet ordre, à faire reconnaître d’une manière absolue le droit qu’ils ont d’élever leurs enfants chrétiennement, comme c’est leur devoir, et le droit surtout de les refuser à ces écoles dans lesquelles il y a péril qu’ils ne boivent le funeste poison de l’impiété [3].
Saint Pie X, en son encyclique Acerbo nimis du 15 avril 1905, s’adressant aux évêques de tout l’univers catholique, les exhortait à propager l’enseignement de la doctrine catholique :
Vénérables frères, sans nier les autres causes, nous nous rangeons de préférence à l’avis de ceux qui voient dans l’ignorance des choses divines la principale cause de la dépression actuelle, de la débilité des âmes et des maux très graves qui s’ensuivent (…) S’il en est ainsi, (…) pourquoi nous étonner que la corruption des mœurs et la dépravation soient si grandes et croissent de jour en jour, je ne dis pas parmi les nations barbares, mais dans les États mêmes qui portent le nom de chrétiens ? (…) Si d’une terre qui n’a reçu de semence il est vain d’attendre une moisson, comment espérer de bonnes générations si elles n’ont pas été instruites, au moment nécessaire, de la doctrine chrétienne [4] ?
Sachant combien le libéralisme avait déjà ouvert de brèches dans la mentalité catholique, y compris dans les rangs des évêques, le pape saint Pie X, en pasteur suprême et responsable du bien commun, élabore et commande la stratégie du combat de la foi :
Voulant donc, vénérables frères, satisfaire à ce devoir très grave de l’apostolat suprême et établir partout, en une si importante matière, une pratique unique et uniforme, en vertu de notre suprême autorité, nous prescrivons et ordonnons expressément, pour tous les diocèses du monde, les règles suivantes, qui devront être strictement exécutées et observées.
L’époque de cette encyclique étant celle de la persécution déchaînée par les gouvernements de la République française, le pape prescrit des mesures rigoureuses. Nous ne donnons ici que la cinquième des six règles édictées par le pape, elle nous montre combien l’enseignement et spécialement celui destiné à l’élite est le fondement de l’ordre de la société. La voici :
Dans les grandes villes, et particulièrement dans celles où se trouvent des universités, des lycées, des collèges, l’on fondera des écoles de religion pour enseigner les vérités de la foi et les préceptes de la vie chrétienne à la jeunesse qui fréquente les écoles publiques où l’on ne donne aucune notion religieuse.
Pie XI en décembre 1929, dans l’encyclique Divini illius magistri qui est la charte de l’enseignement catholique, que tout parent ou éducateur a le devoir de bien connaître, rappelle que trois sociétés établies par Dieu, distinctes, mais harmonieusement unies entre elles, sont nécessaires à l’éducation de l’homme : la famille, la société civile et l’Église. Il précise :
Et d’abord (cette éducation) appartient d’une manière suréminente à l’Église, à deux titres d’ordre surnaturel que Dieu lui a conférés à elle exclusivement, et qui sont pour ce motif absolument supérieurs à tout autre titre d’ordre naturel. Le premier titre se trouve dans la mission expresse et l’autorité suprême du magistère que son fondateur lui a données (…). A ce magistère le Christ a conféré l’infaillibilité en même temps qu’il donnait à l’Église la mission d’enseigner sa doctrine (…). Le second titre est la maternité surnaturelle par laquelle l’Église, Épouse immaculée de Jésus-Christ, engendre, nourrit et élève les âmes dans la vie divine de la grâce par ses sacrements et son enseignement. C’est pourquoi saint Augustin affirme à bon droit que « celui-là n’aura pas Dieu pour Père, qui aura refusé d’avoir l’Église pour mère ».
En matière de doctrine ces papes n’inventent rien. D’autres, en d’autres termes pour leur temps, ont transmis cet enseignement. Les évêques et les clercs, quand ils sont fidèles, l’appliquent.
Un grand évêque d’Angers, car il y en eut de grands, Mgr Freppel, au siècle dernier, avait traduit cela très simplement : « Un enfant qui, à l’école pendant six ans, à raison de cinq heures par jour, n’aura jamais entendu parler de Dieu, croira sans peine que Dieu n’existe pas, ou qu’il n’y a pas à en tenir compte. »
Pie XI, en termes concis, a écrit : « L’école, si elle n’est pas un temple, devient une tanière [5]. » Nous constatons journellement l’exactitude de cette sentence lapidaire.
La connaissance du fondement est là, et saint Pie X donne les règles de l’action à mener, que tout catholique doit posséder :
« Tout restaurer dans le Christ et ramener les hommes à l’obéissance divine sont une seule et même chose. C’est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c’est de ramener le genre humain à l’empire du Christ. « De parti d’ordre capable de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n’y en a qu’un : le parti de ceux qui veulent Dieu, le parti de Dieu, c’est donc ce parti qu’il faut promouvoir [6]. »
A tant vouloir ce parti de Dieu, c’est donc qu’il y en a un autre, à tant souhaiter restaurer la société dans le Christ, c’est qu’elle ne lui appartient plus ! Allons donc chercher dans l’histoire quel est cet autre parti et voyons comment il a ruiné la royauté sociale du Christ.
Ce parti a été dénoncé, condamné constamment par l’Église, c’est la Révolution sous toutes ses formes et particulièrement ses manifestations virulentes au cours des deux derniers siècles : athéisme, socialisme, laïcisme, progressisme, modernisme, libéralisme.
Laissons la phase sanglante des révolutions et des terreurs, laissons leurs commissaires et leurs généraux. C’est aux intellectuels codificateurs du système qu’il faut nous intéresser, à ceux qui depuis le début du siècle dernier, sous l’alibi de paix, de liberté, d’égalité ont, par étapes, tué l’école, les métiers, les corps intermédiaires, la famille.
Pour cela il ne faut pas reculer devant la nécessité de mettre en cause des « gloires », des réputations, des statues qu’il est absolument indispensable de déboulonner.
Le premier à considérer fut le plus éminent et le plus néfaste : Bonaparte. Après le chaos qu’il avait contribué à déchaîner, il lui fallait, pour régner et dominer, l’ordre, l’ordre à sa manière ! Pour se concilier les esprits il conçut et imposa au pape Pie VII, et à l’Église, le désastreux Concordat de 1801. Il nous suffit d’en lire le préambule : « Le gouvernement de la République reconnaît que la religion catholique est la religion de la majorité des citoyens français. »
Ce n’était pas reconnaître que la religion catholique était celle de la vérité et celle de la France, mais de la majorité, donc du nombre. Religion du nombre et non de la vérité, alors que la vérité a seule mission, droit et possibilité de mener les hommes au salut. C’était déjà, imposée certes, mais signée par le pape, une préfiguration de la « liberté religieuse ». C’est-à-dire la reconnaissance du droit à la suprématie de l’erreur lors d’inversion de la majorité, même relative, à la suite d’élections pouvant même être dépourvues d’équité.
Ce Concordat en dix-sept articles, concocté par les conseillers de Bonaparte dont le transfuge abbé Bernier, curé de Saint-Laud d’Angers, ce Concordat, ratifié à Rome le 15 août 1801, fut reconnu comme loi d’État en France, le 5 avril 1802.
Avec le premier article, nous sondons toute la nocivité de la loi :
« La religion catholique romaine sera librement exercée en France, son culte public se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires. »
C’était mettre la foi sous le jugement et la dépendance de l’État. Napoléon en usera pour mettre l’Église à son service et à ses genoux. Les républiques joueront du Concordat pour museler, humilier et persécuter l’Église et ses fidèles.
Cette Église en France, après dix ans de bannissement et de persécutions, est faible. Ses chefs imposés par Bonaparte sont douteux. La plupart des nouveaux évêques sont d’anciens jureurs constitutionnels mis à la place des évêques fidèles massacrés, déportés ou émigrés. Quelle doctrine, quelle philosophie ont-ils ? S’ils en ont une, ce n’est pas celle de saint Thomas. Plus d’unité dans la liturgie, ni dans la prédication. Confusion qui satisfait et facilite les projets des ennemis de la sainte Église catholique romaine.
L’université impériale
Nous avons désormais quelques données pour étudier les vicissitudes et les malheurs de l’école à travers l’histoire des XIXe et XXe siècles, histoire intimement liée à l’histoire du libéralisme.
Si le Concordat concédait à l ’Église de France un statut de tolérance, il ne lui rendait pas le plein exercice de son pouvoir qui est, par essence, supérieur à celui de l’État. Il va lui interdire les moyens dont elle est seule maîtresse pour mener les âmes à Dieu. Ce Concordat prive les catholiques de toute réaction aux abus du pouvoir. Ce pouvoir s’arrogeait tous les droits sur les individus, sur leur formation en étatisant l’enseignement par la loi impériale du 10 mai 1806, créant l’université d’État, monopole redoutable.
Le premier grand maître de l’université impériale, M. de Fontanès, signa avec condescendance un décret en 1808 autorisant l’enseignement primaire congréganiste soumis à l’autorité et au contrôle de l’État, afin d’amadouer les consciences, juguler les velléités de réaction et poursuivre aisément l’œuvre de déchristianisation de l’élite par l’enseignement supérieur.
Le vieux Littré, qui n’est pas notre référence habituelle en matière philosophique [7], étant de la famille des monopoleurs, donne dans son Dictionnaire de la langue française la définition de monopole : « Trafic exclusif fait en vertu d’un privilège (…). Qu’est-ce donc que le monopole ? (…) Privilège accordé à des personnes pourvues du droit exclusif d’occuper certaines places (…) Convention inique pour accaparer (…). »
L’origine de la laïcisation est là : le monopole. Les régimes qui ont succédé à l’Empire n’ont fait que travailler sur ce canevas.
La Charte constitutionnelle de la Restauration de Louis XVIII, loin de restaurer un enseignement inspiré des lois divines, a facilité le scepticisme et la corruption des individus.
« Dans l’espace de moins de huit ans, de 1817 à 1824, plus de 2 300 000 volumes d’ouvrages impies, athées, séditieux, immoraux, obscènes furent réimprimés à Paris et colportés à vil prix dans la province et les campagnes [8]. »
Ce début du XIXe siècle va voir la naissance d’une nouvelle religion : la démocratie chrétienne. Un prêtre qui en fut le théoricien, le protagoniste, l’abbé Félicité de Lamennais, va empoisonner le catholicisme renaissant. Son ascendant sur les hommes lui attire de nombreux disciples : Lacordaire, Montalembert, des clercs et des laïcs. Il fonde un journal L’Avenir, de brillants écrivains en sont les rédacteurs, les concepts libéraux et démocratiques y sont développés. Les principes de 89 et les droits de l’homme y sont prônés. On espère réaliser le mariage de l’Église et de la Révolution.
Pourtant le pape Léon XII, profitant de la présence des représentants des nations accourus à Rome pour le jubilé de 1925, pressentant de nouveaux périls comme conséquences des principes révolutionnaires émanant des sociétés occultes, avait, par son encyclique Quo graviora mala du 23 mars 1825, condamné sans équivoque ces néfastes principes.
« Cette constitution apostolique eût été un événement dans l’histoire du monde (…) mais les rois d’alors étaient trompés ou aveuglés et les ministres des princes, victimes ou confrères des conspirateurs, dédaignaient d’écouter la voix partie du Vatican [9]. »
Au sein de l’Église certains furent aussi victimes, voire complices.
Le nouveau pape Pie VIII monté sur le trône le 31 mars 1829, éclairé et conscient des dangers encourus par la chrétienté, renouvelle la condamnation dès le 24 mai 1829 par l’encyclique Traditi, dernier et solennel avertissement avant la tempête qui en 1830 va livrer un nouvel assaut à la civilisation chrétienne. Pas plus que les autres il ne fut entendu. Lamennais aussi est sourd, et intellectuellement complice.
Le 15 août 1832 le pape Grégoire XVI, par l’encyclique Mirari vos, fustige les manifestations de la révolution que sont le libéralisme, les hérésies véhiculés par la fausse nouvelle religion : « le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États… cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations [10]. »
Le 25 juin 1834, le même pape, par une nouvelle encyclique Singulari vos, condamne les écrits et le livre de Lamennais Les paroles d’un croyant.
Lamennais apostasie. Le groupe de ses amis se scinde, les uns vont animer un courant libéral avec Lacordaire, les autres un courant traditionaliste avec dom Guéranger et Louis Veuillot.
Les régimes se succèdent, la dépravation des mœurs s’accentue. L’irréligion progresse dans toutes les classes de la société. L’enseignement est de plus en plus pervers. L’université refuse de desserrer son étreinte, elle veut étouffer sa victime : la petite école congréganiste. La Charte de 1830, qui avait supprimé le caractère de religion d’État au catholicisme, avait cependant garanti la liberté de l’enseignement, promesse non tenue. Guizot, par la loi de 1833, avait spécieusement confirmé la liberté de l’enseignement primaire.
En 1841, le ministre de l’Instruction publique, Abel Villemain, présenta un nouveau projet qui, sous prétexte de satisfaire la garantie, modifiait, mais réduisait l’engagement de la Charte et menaçait l’existence des petits séminaires.
Louis Veuillot, en 1843, adresse un avertissement au ministre, sous forme de brochures diffusées à 15 000 exemplaires : Lettre à M. Villemain sur la liberté d’enseignement. Il y écrit : « Les catholiques ne veulent plus interrompre la guerre qu’ils livrent à l’enseignement de l’État. Cet enseignement, dont vous êtes le chef, fait courir à la religion de tels dangers, lui impose des chaînes si intolérables, lui prépare des poisons si subtils, qu’ils s’imputeraient à crime de se taire un instant. »
Le gouvernement veut bâillonner la révolte qui se propage. Il défère aux tribunaux sous inculpation de « diffamation et injure à une administration publique » le célèbre missionnaire apostolique, l’abbé Combalot, pour son mémoire : La guerre faite à l’Église et à la société par le monopole universitaire. Il est condamné à la prison et à l’amende, comme Veuillot enfermé pour un mois à la Conciergerie.
Liberté ou droit commun ?
Montalembert lance en 1844 un solennel défi aux maîtres de l’université : « Nous sommes les fils des croisés, nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire. »
Il passe aux actes pour conquérir la « liberté d’enseignement ». Il aiguillonne les énergies et suscite un rassemblement. Un « parti de l’ordre » se dresse, à tel point que Lacordaire peut écrire :
« Il y avait des ultramontains et des gallicans, des cartésiens et des menaisiens, des jésuites et des gens qui ne l’étaient pas, des royalistes et des libéraux, des coteries, des nuances, des rivalités (…). Aujourd’hui tout le monde s’embrasse, les évêques parlent de liberté et de droit commun, on accepte la presse, la Charte, le temps présent. Monsieur de Montalembert est serré dans les bras des jésuites, les jésuites dînent chez les dominicains ; il n’y a plus de cartésiens, de menaisiens, de gallicans, d’ultramontains, tout est fondu et mêlé ensemble [11]. »
Une lutte pour arracher à l’université son monopole, pour conquérir la « liberté de l’enseignement », va secouer le pays jusqu’en 1850.
Ce « fondu » et ce « mêlé » de Lacordaire pour conquérir le « droit commun » exprimaient bien les vues de Montalembert, le protagoniste de cette cause. Montalembert espérait avoir l’appui de l’épiscopat circonspect. Un seul prélat s’était lancé dans l’action, Mgr Parisis, évêque de Langres. Il en fut le « théologien ». Cependant : « Certaines difficultés troublaient sa conscience (…). Convenait-il à des évêques de prendre l’initiative d’une mesure dont ils ne pouvaient envisager les conséquences sans quelque effroi puisque la liberté devait profiter à l’erreur aussi bien qu’à la vérité [12] ? » écrit son biographe.
L’évêque de Langres, jusqu’alors hostile aux théories libérales de Lacordaire, alla chercher conseil en Belgique auprès d’un ami, Mgr van Bommel, évêque de Liège, qui hélas !, étant libéral, lui affirma que « l’Église ne devait pas s’isoler de la société moderne ». Il revint acquis à la stratégie libérale. Il écrira plus tard pour justifier sa position : « Puisqu’on ne pouvait réclamer la liberté pour la vérité seule, bien que seule elle y ait droit, ni rester dans la situation fatale où nous nous trouvions, il fallait bien, malgré nos répugnances et certains inconvénients, chercher à en sortir par le droit commun. C’est ce que nous avons fait [13]. »
Quand le libéralisme arrive à convaincre ou séduire les meilleurs – c’était le cas – ses ravages sont profonds. Mgr Parisis n’a-t-il pas écrit encore : « Tout privilège exclusif d’enseigner est aujourd’hui essentiellement illégal, il le serait entre les mains du clergé comme entre les mains de tout autre [14] » ?
Le biographe poursuit : « Ce qui étonna le plus, ce fut de voir un évêque invoquer la Charte, cette Charte du 7 août 1830 votée, signée, consacrée à une époque où l’on brisait les croix, où l’on pillait les maisons des évêques (…), ce fut de voir un ministre de l’Église faire appel, non au droit divin mais au droit commun (…), un membre du clergé déclarer qu’il ne défendait pas la cause du corps auquel il appartenait mais la cause de tous, même la cause de ceux contre lesquels il réclamait. »
L’évêque de Langres et ses amis catholiques libéraux, dans un souci très louable d’agir pour la restauration du bien commun, oublièrent en prônant de tels principes que le moindre mal demeure un mal et qu’une action catholique n’est pas dans l’ordre lorsque la vérité catholique n’a pour unique garantie de sa liberté que la liberté de toutes les erreurs.
Or, l’état de « droit commun », concept tout humain, est incompatible avec l’existence de l’Église, société divine de droit divin, dont les propriétés essentielles sont l’indépendance, la suprématie, l’universalité, l’immutabilité. Propriétés lui donnant droit et pouvoir n’émanant absolument pas des hommes.
Le temps et la méditation sur les résultats de cette dangereuse politique ont permis à l’honnête prélat d’écrire vingt ans plus tard : « Moi qui suis entré le premier dans cette voie inconnue et glissante, n’ai-je jamais exagéré, pour le bien de ma cause, certaines concessions ? (…) Pour la tranquillité de ma conscience ainsi que par la crainte d’être une occasion de scandale sur le plus léger point, je déclare rétracter purement et simplement tout ce qui dans mes précédents écrits, notamment dans mes ouvrages de polémique sur la liberté de l’enseignement et sur la liberté de l’Église, ne serait pas entièrement conforme aux doctrines du Saint-Siège, spécialement aux principes formulés dans les Bulles du 8 décembre (1864) et dans le Syllabus y annexé [15]. »
Bien avant la confession et la contrition de l’humble évêque, le libéral abbé Dupanloup, convaincu du bien-fondé de la thèse du « droit commun », avait pris le relais des mains du prélat. Dans son livre La pacification religieuse publié en 1845, entre autres professions de libéralisme, on lit : « Ces libertés si chères à ceux qui nous accusent de ne pas les aimer, nous les proclamons, nous les invoquons pour nous et pour les autres. Nous acceptons, nous invoquons les principes et les libertés proclamés en 89. » Tous ne partageaient pas ses vues : « Voici le grand tacticien, le tacticien de la conciliation qui, au lieu d’attaquer l’université, pactisera avec elle et finira par lui donner autorité sur les écoles catholiques, voici l’abbé Dupanloup avec sa large indulgence envers les hommes – entendez les hommes hostiles à sa foi – et sa sévérité injurieuse envers d’autres hommes, c’est-à-dire ses amis et ses frères. C’est en 1844 qu’il entre en lice [16]. »
Le père Lecanuet peint Dupanloup : « Notre tyran, notre cher tyran, comme l’appelait le père de Ravignan, avait le caractère impérieux, il aimait beaucoup ses amis mais il les aimait dociles, s’il commençait par conseiller, il était rare qu’il ne finît point par dominer [17]. »
Cette union factice, louée par Lacordaire, des deux courants catholiques, libéraux et conservateurs, contre l’exorbitant monopole d’État sur l’enseignement et les atteintes aux libertés, joua aux yeux du peuple inquiet le rôle de rempart contre le péril, le désordre social, moral et intellectuel. Cette force permit l’espoir de conquérir la liberté d’enseignement.
Une économie désorganisée, un paupérisme grandissant, une absence de mesures équitables concernant l’apprentissage et les emplois, facilitèrent l’agitation fomentée par les loges, déchaînant la révolution de février 1848, puis l’explosion de colère des « journées de juin 1848 » du 22 au 26, au cours desquelles mourut, sur les barricades, l’archevêque de Paris. Le « parti de l’ordre », catholiques inquiets et bourgeois voltairiens effrayés par la violence, parti de circonstances et non parti de Dieu, se tourna imprudemment vers celui qui semblait aux premiers le garant de l’ordre, et aux seconds l’héritier des principes de 89 : le prince Louis-Napoléon, qui fut élu le 8 décembre 1848.
Par cette alliance, les catholiques ouvraient l’ère politique du catholicisme libéral, de la politique des compromissions, des abandons répétés jusqu’à nos jours. L’enseignement, organe majeur de la chrétienté, en fut et restera la première victime.
La loi Falloux
Le premier président du Conseil du nouveau gouvernement, Odilon Barrot, orléaniste opportuniste, n’avait pas caché sa doctrine alors qu’il était ministre des Affaires étrangères : « La loi protège indifféremment toutes les religions parce qu’elle les domine également toutes [18]. » Il proposa à ceux qui contestaient le monopole de l’université, le ministère de l’Instruction publique et des Cultes. Le comte Alfred de Falloux, légitimiste et catholique, sollicité, eut la saine réaction du refus. Barrot lui dépêcha un sûr messager, Dupanloup, qui l’entraîna chez Montalembert et finalement chez Thiers. Le comte capitula, malgré les conseils de dom Guéranger et de Louis Veuillot, dans la perspective d’élaborer une loi sur la liberté de l’enseignement. « En emportant contre tous la place d’assaut, l’abbé Dupanloup espérait bien y rester maître [19]. »
En janvier 1849, Falloux, pour élaborer un projet de loi sur l’enseignement, réunit sous la présidence de Thiers une commission extra-parlementaire composée de vingt-quatre membres représentant des partis ; mais du « parti de l’ordre » y figurent seulement des libéraux et un seul ecclésiastique, Dupanloup, qui domina la commission.
Les débats divisèrent très rapidement les catholiques. Les plus libéraux firent échouer les bonnes dispositions passagères de Thiers. Le témoignage d’un anticlérical comme l’historien Henri Martin est significatif en son Histoire de France populaire. Au chapitre où il relate les travaux de la commission, il écrit : « Monsieur Thiers allait si loin en ce moment qu’il était disposé à livrer au clergé toute l’instruction primaire. Nos quarante mille instituteurs laïques lui apparaissaient comme l’état-major d’une grande armée socialiste qui allait dévorer la société. Ce fut l’organe le plus énergique du parti clérical dans la commission, l’abbé Dupanloup, qui recula. Monsieur Dupanloup et monsieur de Falloux ne voulaient que ce qu’ils croyaient possible dans le présent [20]. »
Le libéralisme fait échouer ce que Thiers et Cousin voulaient adjuger ultra petita.
François Veuillot, neveu de Louis Veuillot, père du cardinal archevêque de Paris, qui ne passe pas pour un ultra, écrit en 1913 dans sa Vie de Louis Veuillot au chapitre où il traite de la préparation de la loi Falloux – contre les défauts de laquelle son oncle a tant combattu :
On touchait à la victoire. Les dispositions publiques étaient excellentes. Les plus acharnés partisans du monopole et les ennemis les plus déclarés des jésuites étaient gagnés. Cousin [21] s’écriait “courons nous jeter dans les bras des évêques” et Thiers (le républicain opportuniste) “oui, nous avons combattu contre la justice”. L’état d’esprit de l’assemblée législative n’était pas moins favorable. Que ne pouvait-on attendre, en effet, d’une assemblée capable d’approuver par quatre cent soixante-dix voix contre cent soixante-cinq la restauration du pouvoir temporel (du pape) opérée par les armes françaises, et par quatre cent cinquante voix contre cent quarante-huit la rentrée des jésuites en France ? A cette Chambre on pouvait hardiment tout demander (…) c’est-à-dire (…) la faculté d’avoir des écoles absolument indépendantes de l’université (…). Mais telle n’était point la pensée de Falloux et de l’abbé Dupanloup (…). Auprès de Montalembert avaient tenu le premier rang : Mgr Parisis et Louis Veuillot. Or ni l’évêque de Langres ni le rédacteur de l’Univers [22] ne furent appelés à la commission. Plus tard, l’ancien ministre de 1849 a voulu s’en excuser par une raillerie dont la forme discourtoise accentue l’inexactitude : “Après mûres réflexions, dit-il, j’aimais mieux l’exposer (M. Veuillot) à la tentation de critiquer les choses faites sans lui que de l’armer du droit d’empêcher de les faire.” (…) L’aveu est précieux. Car il indique bien que Falloux dès le premier instant se proposait de faire une loi qui déplairait à l’Univers et par conséquent aux catholiques avant tout [23].
Après de fortes oppositions et de longs débats en commission et à la Chambre, la loi fut votée le 15 mars 1850 par 399 voix contre 237. Parmi les opposants, Edgar Quinet, mais aussi Victor Hugo qui proposa : « Un immense enseignement qui serait réglé et donné par l’État et partirait de l’école primaire pour aboutir à l’Institut (…). L’Église chez elle et l’État chez nous [24]. »
« L’école unique », « le grand service public » des laïcistes de la cinquième République sont des schèmes archaïques !
La loi Falloux ne reconnaissait pas à l’Église le droit d’enseigner dans l’indépendance, mais la possibilité, sous le contrôle de l’État, d’enseigner dans le primaire et le secondaire. Le monopole de l’État subsistait. Les catholiques libéraux se contentaient d’un compromis. Cette loi contenait des principes qui livraient au pouvoir de l’État – changeant selon les progrès de la Révolution – la force et les moyens d’imposer un jour la totale laïcité.
« Cette loi de tolérance assurait en effet en tout à l’État et à l’université, la préséance dans les conseils, l’autorisation et la surveillance des collèges libres, le choix des livres et des méthodes, la collation des diplômes. Oui, souverain domaine de l’État enseignant au-dessus de l’Église enseignante [25]. »
Réactions à la loi Falloux
Finalement la loi Falloux fut un marché de dupes. Ce fut une loi de transaction, une loi de servitude, une loi de droit commun. Les esprits lucides de l’époque ne s’y sont pas trompés, après avoir compté sur un minimum de bonne foi et d’honnêteté des négociateurs de la commission et des législateurs de l’Assemblée.
Une page des Mémoires de Mgr Parisis résume bien la situation et le déplorable esprit des catholiques libéraux que nous retrouverons dans les différentes négociations concernant l’enseignement entre l’État et l’Église depuis 150 ans :
Quand j’entendais la Montagne vomir les injures et les imprécations, mugir en s’agitant comme une mer en furie, je trouvais cela tout naturel, parce qu’il me semblait les voir en proie à tous les démons, et je savais très bien que, là où règne le démon, Nullus ordo sed sempiternus horror inhabitat [26]. Mais quand je voyais nos amis politiques les mieux pensants traiter les affaires des sociétés humaines sans jamais y faire intervenir les intérêts et les droits de Dieu, abandonner ainsi les bases les plus solides, et seules, toujours certaines de leurs raisonnements pour se jeter dans je ne sais quelles considérations abstraites et souvent contestables, tirées soit du besoin des circonstances, soit de la moralité des choses, soit de la nécessité d’un expédient ; quand je les entendais parler de la religion elle-même sans aucune mention de son origine ni de sa fin surnaturelles, uniquement comme si elle n’était qu’un rouage de convention dans la machine politique, j’avoue que j’éprouvais des douleurs et des indignations inexprimables, d’autant plus que personne ne se présentait pour suppléer à ces omissions malheureuses, et que moi-même, malgré tout le travail intérieur de mes convictions, je me sentais incapable de rien dire [27].
Cette loi de « transaction », Mgr Pie la considérait comme une loi de servitude : « C’est l’État enseignant placé au-dessus de l’Église enseignante. L’État entre chez nous par son inspection des petits séminaires, par son contrôle sur l’enseignement au point de vue de la morale et de la politique, ce qui peut comprendre tant de choses et devenir quelque jour un joug si intolérable [28]. » Mgr Pie prophétisait !
Pie IX, par son nonce à Paris, fit savoir que : « L’Église ne peut donner son approbation à ce qui s’oppose à ses principes et à ses droits [29]. » Hormis Dupanloup et les libéraux, cette loi ne satisfit ni les défenseurs des droits de l’Église, ni les tenants de la laïcité.
Montalembert écrit à son ami dom Guéranger : « Nous sommes trop éloignés l’un de l’autre pour pouvoir espérer nous convaincre. Nous voici entrés dans deux voies diamétralement opposées. » Il rejoint Lacordaire. Dom Guéranger, Mgr Pie (futur cardinal) et Louis Veuillot vont continuer le combat pour soustraire au monopole de l’État l’enseignement supérieur.
Face à cette détermination, les adversaires de l’Église, défenseurs du monopole, vont se grouper en une « Ligue de l’enseignement » en 1866 sous l’impulsion de Jean Macé qui déclarait : « Nous avons à faire non de la pédagogie mais de la propagande républicaine. » Cette Ligue, émanation des forces occultes, allait s’opposer à « la Société générale d’éducation et d’enseignement » qui s’était donné pour mission la conquête de l’enseignement supérieur. Société où d’éminentes personnalités catholiques élaborèrent le projet de fondation d’une université catholique. Elle mit en œuvre une action, par pétitions, pour créer le climat favorable. Il le fut particulièrement après le désastre de 1870, suivi des émeutes de 1871. L’Assemblée nationale comptait encore sur ses bancs de courageux députés qui firent voter, le 12 juillet 1875, la loi sur l’enseignement supérieur ouvrant une brèche dans le monopole. Cinq universités libres virent le jour très rapidement : Paris, Lyon, Lille, Toulouse et Angers. Il était temps !
Cette victoire effraie les sectes. Leurs affidés proclament partout : halte au cléricalisme ! Gambetta lance son cri de ralliement : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » Les forces de gauche se coalisent contre ce qu’elles nomment « la réaction ».
Persécutions au nom de la neutralité
Alors qu’en 1876 Mac-Mahon était le second président de la IIIe République porté au pouvoir par une Assemblée nationale monarchiste, et que son gouvernement errait dans le libéralisme, un discours prononcé par Jules Ferry au « grand Orient de France » pour l’anniversaire de l’initiation de Littré annonçait le programme de l’avenir : « Propager une morale affranchie de tout recours à l’autorité de Dieu et fondée uniquement sur la conscience. »
La laïcité, pure et dure, était en marche avec son slogan : « L’école unique, école de la tolérance et de la neutralité. »
Les incohérences des catholiques libéraux amenèrent aux élections de 1876 une Chambre à majorité républicaine qui harcela le gouvernement du duc de Broglie (orléaniste) et le rendirent impuissant. Mac-Mahon décida de dissoudre la Chambre en comptant sur le bon sens des électeurs. Le peuple manipulé – mais souverain ! – envoya en octobre 1877 à la Chambre une nouvelle majorité de gauche. Gambetta avait déclaré à Lille le 15 août 1877 : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre. » Mac-Mahon se démit. Les républicains « purs et durs » s’installèrent au pouvoir. Jules Grévy accéda à la présidence de la République. Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, mit en œuvre le programme de laïcisation, qu’il pourra pleinement exécuter en prenant en 1880 la présidence du gouvernement et en conservant le ministère de combat, celui de l’Instruction.
La persécution a commencé, elle se fit dans la légalité, c’est-à-dire à l’abri des lois. Le gouvernement présenta le « projet sur la liberté de l’enseignement supérieur », en réalité c’était l’imposition totale du monopole avec un article VII foudroyant l’enseignement catholique :
« Nul n’est admis à diriger un établissement d’enseignement public ou privé, de quelque ordre qu’il soit, ni à donner l’enseignement, s’il appartient à une congrégation non autorisée. » Et il était précisé : « La liberté d’enseigner n’existe pas pour les étrangers [30]. Pourquoi serait-elle reconnue aux affiliés d’un ordre essentiellement étranger par le caractère de ses doctrines, la nature et le but de ses statuts, la résidence et l’autorité de ses chefs ? »
La France catholique est boutée hors de chez elle par des intrus porteurs de doctrines étrangères tolérées, accueillies, intégrées grâce au libéralisme logé à tous les échelons.
La loi énergiquement combattue à la Chambre par le député Freppel, évêque d’Angers, fut adoptée, mais l’article VII repoussé par le Sénat. Faute de voix, on prit des décrets et la « loi » parut au journal officiel le 29 mars 1880.
L’un de ces décrets donnait trois mois aux congrégations non autorisées [31] pour présenter une demande d’autorisation.
Alors que les congrégations décidaient de ne pas se soumettre à ce diktat, l’archevêque Lavigerie d’Alger faisait pression auprès du pape et du président du Conseil français pour que les congrégations signent une déclaration de loyalisme à la République.
Lois et décrets
Nous ne retiendrons ici que les principales phases de l’holocauste de l’école catholique. En trente ans, plus de quatre-vingt-dix lois ou décrets de combat seront promulgués contre le catholicisme. Ils ont été amenés « patiemment, silencieusement et méthodiquement », osera dire plus tard Édouard Herriot, un ministre anticlérical tant cajolé par un certain catholicisme dans les années 1920 à 1940.
Voici un premier train de lois :
– ler juin 1876 : permet aux préfets d’imposer aux communes la construction de maisons d’école (afin d’inciter les parents à soustraire les enfants de l’école confessionnelle).
– 9 août 1879 : impose à chaque département la création d’une école normale d’instituteurs.
– 18 mars 1880 : obligation aux congrégations (article VII) de « l’autorisation ».
– Octobre à décembre 1880 : expulsions des religieux.
– 21 décembre 1880 : loi Camille Sée sur l’enseignement secondaire public des jeunes filles.
– 28 mars 1881 : enseignement primaire obligatoire (afin que les enfants soient mis à l’école publique et sans Dieu, là où il n’y a pas d’école confessionnelle).
– 16 juin 1881 : gratuité de l’enseignement primaire.
– 26 juillet 1881 : création de l’École normale supérieure de Sèvres (professeurs femmes du secondaire).
– 2 août 1881 : suppression de l’enseignement religieux dans les écoles maternelles.
– Janvier 1882 : petits séminaires placés sous la surveillance des préfets.
– 28 mars 1882 [32] (la plus importante) : laïcisation totale des programmes. Exclusion de tout enseignement religieux des écoles (catéchisme), abrogation des principaux articles de la loi Falloux.
– 2 novembre 1882 : suppression des crucifix et de tous les emblèmes religieux dans les écoles [33].
Un grand maître de l’université, successeur de Ferry, Paul Bert, voulait plus, il proclamait en 1883 :
« Les lois d’instructions, l’abolition de l’exemption du service militaire (pour les clercs), la suppression des congrégations, telles sont les principales mesures législatives par lesquelles pourra être combattue l’influence de l’Église (…). Il reste bien d’autres lois à faire, bien d’autres décrets et arrêtés à prendre (…) qui se résument du reste dans la formule “l’exécution stricte du Concordat [34]”. »
Ce grand champion de la neutralité, dans un discours du 28 août 1881, parlait de l’école catholique : « Cet enseignement devient aisément et quasi fatalement l’école de l’imbécillité, l’école du fanatisme, l’école de l’antipatriotisme et de l’immoralité (…), nous avons bien fait de le chasser de l’école [35]. »
De cette bouche haineuse il sort parfois des mots à prendre en considération. En voici :
« Le Concordat donne une arme à l’État, arme puissante s’il veut s’en servir, et cette arme c’est le choix des évêques et l’agrément donné à la nomination des curés (…) il n’y avait rien de mieux (…). S’il n’était question que des deux religions juive et protestante, nous n’aurions contre elles nulle objection à faire (…). (Juifs et protestants), dont le long martyrologe est la honte de l’histoire, n’ont d’ailleurs qu’attachement et respect pour les principes de la Révolution française (…). La religion qu’il s’agit de combattre, la seule, est celle qui inscrit au registre de ses baptêmes les 97/100e des enfants de ce pays. C’est cette Église forte, immuable, disciplinée, hiérarchisée, qui depuis son triomphe sur l’arianisme a dominé en souveraine dans ce pays, dont les rois s’honoraient du titre de ses fils aînés, qui a été seule la règle et la maîtresse du développement intellectuel ; qui, pendant quatorze siècles, a élevé à sa guise les enfants de ce pays, les imprégnant de son esprit jusqu’aux moelles, qui a pétri, peut-on dire, l’âme de la France [36]. »
Pouvait-on rendre un plus bel hommage à la France catholique, à la monarchie catholique, à la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ ? S’il a été exhalé avec l’accent de la haine, il fait honte à ceux qui auraient dû le clamer avec fierté, haut et fort, à la face des impies.
France encore catholique en ces années 1880, elle compte trente-sept millions de baptisés. 97 % de Français sont sous le joug d’une législation sans Dieu, d’un gouvernement contre Dieu.
Pour saisir l’étendue du champ de bataille, il faut connaître la puissance des moyens d’extermination mis en œuvre par les gouvernements de la République (il y en eut dix en sept ans). Après l’école, il fallait toucher tout ce qui pouvait aider à sa survivance.
Un second train de lois et décrets succède au premier :
– 23 juin 1883 : suppression des aumôniers des hôpitaux.
– 8 juillet 1883 : suppression des aumôniers militaires.
– Décembre 1883 : suppression de la messe établie dans les villes de garnison.
– 5 avril 1884 : loi établissant le contrôle des municipalités sur le budget des fabriques (paroisses).
– 27 juillet 1884 : rétablissement de la loi du divorce (loi Naquet).
– 14 août 1884 : loi supprimant les prières publiques pour la rentrée du parlement (prescrites par loi du 16 juillet 1875).
– 26 mai 1885 : décret désaffectant l’église Sainte-Geneviève de Paris transformée en Panthéon.
– 4 janvier 1886 : suppression du traitement des vicaires.
– 30 octobre 1886 : loi organique de soixante-huit articles sur le primaire. Laïcisation de tout le personnel enseignant. Interdiction aux instituteurs de toute participation au service du culte.
– 15 novembre 1887 : loi sur la liberté des funérailles pour favoriser les funérailles civiles.
– 30 mai 1888 : les cimetières deviennent propriété exclusive des communes, mais l’Église doit payer les frais d’entretien.
– 9 juin 1888 : défense aux évêques de se réunir.
– 15 juillet 1889 : loi militaire astreignant les élèves ecclésiastiques au service d’un an en caserne.
Toutes ces lois de combat sont épaulées dans l’opinion publique par un climat orchestré par les nouveaux maîtres de la pensée, les docteurs de l’irréligion : le philosophe Auguste Comte, le linguiste Littré, le sociologue Proudhon.
Les catholiques étaient des chiens battus, et il fallait remercier le maître. « Léon XIII inclinait à penser qu’il fallait détruire le préjugé d’après lequel les catholiques français étaient les adversaires décidés de la République, comme s’ils lui avaient voué une guerre inexpiable. Dès le 8 février 1884, intervenant avec discrétion, il faisait paraître l’encyclique Nobilissima Gallorum où, après avoir exalté nos grandeurs passées (…), après avoir magnifié le Concordat, il recommandait aux évêques d’écarter tout soupçon fondé d’hostilité au gouvernement établi [37]. »
Le cardinal Lavigerie en 1890 par son « toast d’Alger » pressait les catholiques de France à prononcer officiellement un acte d’allégeance à l’égard de ceux qui les persécutaient. En 1892, la pression venait de plus haut : par son encyclique Au milieu des sollicitudes – et surtout par sa politique dite du rallliement – Léon XIII faisait un devoir aux catholiques de se rallier aux nouveaux gouvernements qui représentent – écrit-il – cet immuable pouvoir (venant de Dieu)…, les accepter n’est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social…
Il faut surtout retenir de ce document pontifical une pensée qui va se vérifier totalement : « Pauvre France ! Dieu seul peut mesurer l’abîme de maux où elle s’enfoncerait si cette législation, loin de s’améliorer, s’obstinait dans une telle déviation, qui aboutirait à arracher de l’esprit et du cœur des Français la religion qui les a faits si grands [38]. »
La législation, non de « déviation », mais de persécution, va, non « s’améliorer », mais se durcir avec les « nouveaux gouvernements ».
Ces hautes directives ont découragé et anesthésié les énergies. Beaucoup se rallièrent.
N’aurait-il pas été utile et tonique, en cette année 1892, de rappeler ce passage clé de l’encyclique Libertas praestantissimum du 20 juin 1888 :
Quant à ce que l’on appelle liberté d’enseignement, il n’y a que la vérité, on n’en saurait douter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c’est en elle que les natures douées d’intelligence trouvent leur bien, leur fin, leur perfection ; c’est pourquoi l’enseignement, qu’il s’adresse aux ignorants ou aux savants, ne doit avoir pour objet que des choses vraies, afin qu’il apporte aux uns la connaissance du vrai, que dans les autres il l’affermisse. Voilà pourquoi le devoir de ceux qui enseignent est, avant tout, d’extirper l’erreur des esprits et de les prémunir solidement contre les fausses théories. Il est donc évident que la liberté dont nous traitons, en s’arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison et qu’elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits ; le pouvoir public ne peut sans faillir à son devoir laisser à la société une telle liberté d’enseignement. (…) Le Fils unique de Dieu s’est fait chair pour rendre témoignage à la vérité ; par lui, une société parfaite a été fondée, à savoir : l’Église, dont il est lui-même le chef et avec laquelle il a promis de demeurer jusqu’à la consommation des siècles. A cette société il a voulu confier toutes les vérités qu’il avait enseignées, avec mission de les garder, de les défendre, de les développer avec une autorité légitime ; et en même temps, il a ordonné à toutes les nations d’obéir aux enseignements de son Église comme à lui-même en menaçant de la damnation éternelle ceux qui contreviendraient à ce précepte. D’où il ressort clairement que le maître le plus sûr de l’homme, c’est Dieu, source et principe de toute vérité ; c’est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, vérité, vie ; lumière véritable qui éclaire tout homme et dont l’enseignement doit avoir tous les hommes pour disciples ; « et il seront tous enseignés par Dieu » (Jn 6, 5). Mais, en ce qui concerne la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait participer l’Église à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège de ne point connaître l’erreur. C’est pourquoi elle est la grande, la sûre maîtresse des hommes et porte en elle un inviolable droit à la liberté d’enseigner. Et de fait, l’Église qui, dans ses enseignements reçus du ciel, trouve son propre soutien, n’a eu rien plus à cœur que de remplir religieusement la mission que Dieu lui a confiée et, sans se laisser intimider par les difficultés qui l’environnent de toutes parts, elle n’a cessé en aucun temps de combattre pour la liberté de son magistère [39].
Ce ralliement passa plutôt pour une preuve de faiblesse aux yeux des anticléricaux et donna de l’ardeur à leur agressivité. Les concessions ne font pas partie de leur stratégie.
L’abbé Barbier, perspicace observateur et historien de la société de cette époque, a diagnostiqué la cause de la situation : le libéralisme. Dans son livre sur le ralliement :
Catholiques de France, depuis longtemps les calculs d’une sagesse trop humaine ont tenu votre conscience en léthargie. Ce n’est pas la politique, c’est la foi qui vous sauvera. La vraie prudence est de résister intrépidement quand le droit est violé. L’honneur de Dieu ne se prête pas à des compromis, il se défend à visage découvert. L’homme, dont l’honneur et une conscience droite commandent les actions, prend toujours le parti le meilleur. Sa résistance est toujours une victoire, la victoire de la conscience et de l’honneur. La force ne la lui enlève jamais. Le magistrat qui descend de son siège, le soldat qui livre son épée plutôt que de coopérer à la tyrannie du pouvoir, le prêtre qui affronte la prison plutôt que de faillir à sa mission, sont les sauveurs de la liberté. Tous nos maux viennent d’une seule cause : on ne veut pas se montrer catholique. Que chez vous, le catholique cesse enfin de se masquer derrière le libéral [40].
La République qui n’est pas attaquée mais attaquante constitue en juin 1899 un « ministère de Défense républicaine » sous la présidence de Waldeck-Rousseau. Il déclare la guerre aux congrégations avec la loi du 1er juillet 1901, dite « loi sur les associations ». Elle exige que les congrégations demandent l’autorisation pour s’associer et avoir une existence légale. Elle refuse le droit d’enseigner à toute congrégation non autorisée.
Après les élections de 1902, Waldeck-Rousseau, jugé trop modéré, est remplacé par Émile Combes [41] le 7 juin 1902, qui décrète la fermeture d’établissements catholiques :
• le 27 juin : 125 écoles congréganistes, fondées postérieurement à la loi de 1901, sont fermées n’ayant pas obtenu l’autorisation ;
• le 15 juillet : 2 800 écoles créées antérieurement à la loi n’ayant pas demandé l’autorisation, elle donne huit jours aux maîtres pour rejoindre leurs maisons mères ;
• le 2 août : 324 autres écoles subissent le même sort. Beaucoup d’expulsions sont faites par la violence. Des maires sont révoqués. Des poursuites correctionnelles sont engagées contre des défenseurs ;
• le 2 décembre : projet de loi pour rejeter les demandes d’autorisation de 53 congrégations d’hommes dont 25 enseignantes et 28 prédicantes (la commission parlementaire chargée du rapport : 21 maçons sur 33 membres) ;
• le 18 mars 1903 : arrêt de mort prononcé à la Chambre contre 25 congrégations enseignantes comprenant 11 700 religieux répartis en 1 690 établissements ;
• le 24 mars : les 28 congrégations prédicantes sont condamnées ;
• le 26 mars : l’arrêt d’expulsion est prononcé à la Chambre contre les chartreux (ni enseignants, ni prédicants) par 322 voix contre 222.
Contrairement aux « garanties » de la loi de 1901, plus de 12 000 écoles considérées comme autorisées étaient frappées.
« Encore un effort, déclarait Combes à Marseille, et l’enseignement congréganiste aura vécu. »
Pour condamner les congrégations enseignantes de femmes, Combes n’avait trouvé à la Chambre qu’une majorité de seize voix ; par prudence il ne souhaitait pas brusquer, mais le parti dont il était l’instrument décida d’aller de l’avant dans l’œuvre « d’assainissement ». Combes s’exécuta, fit préparer un projet de loi par lequel « serait interdit de façon générale et définitive à tout membre d’une congrégation quelconque l’enseignement de tout ordre et de tout degré ».
En un mois tout fut discuté et voté à la Chambre, et la loi du 7 juillet 1904 supprimait tout enseignement congréganiste.
Les catholiques en 1904 sont dans l’épreuve. Le petit peuple chrétien docile, le clergé obéissant, la hiérarchie anesthésiée par le pouvoir persécuteur, qu ’ont-ils gagné de la politique du ralliement ?
L’usage des règles de la démocratie pour éliminer les vices de la démocratie fut une stratégie utopique et coûteuse menant au douloureux chemin de croix des catholiques de France.
La chrétienté en 1903 s’était donné un autre pape qui stigmatisa le viol du Concordat, des accords et des garanties.
Le gouvernement de la République n’attendait que cela pour parachever « l’œuvre d’assainissement ». Le 9 février 1905 la Chambre votait un ordre du jour en ces termes :
« La Chambre constatant que l’attitude du Vatican a rendu nécessaire la séparation de l’Église et de l’État et comptant sur le gouvernement pour faire aboutir le vote immédiatement (…). »
Après de longs débats le projet de loi fut voté le 3 juillet 1905 par 341 voix contre 233, et la loi promulguée le 9 décembre 1905 sous le nom de « loi de séparation de l’Église et de l’État ».
L’encyclique Vehementer la condamne le 11 février 1906.
« Elle accable plus qu’elle ne sépare », proclama Pie X.
Elle ne séparait pas, elle faisait main basse sur tous les biens de l’Église.
L’un des principaux inspirateurs et artisans de cette loi fut celui que l’histoire faussée présente comme « l’apôtre de la paix », Aristide Briand. En septembre 1906 à Angers au congrès de la Ligue de l’enseignement, en sa qualité de ministre de l’Instruction publique, il clama qu’il fallait : « que la République fût libérée de tous les mensonges et tyrannies confessionnels [42] ».
L’éloquence persuasive et trompeuse de ce politicien, qui fut vingt fois ministre et onze fois président du Conseil, séduisit nombre de catholiques inconscients ou ignorants de la doctrine de leur religion à défendre, et ignorants de la perversité des intentions de leur adversaire à combattre.
Dom Besse O.S.B., observateur et critique avisé des mœurs et de la mentalité de ce début de siècle, écrivait :
Que les catholiques de France cessent donc de se dire persécutés, car ils ne le sont pas. Pour qu’il y ait une persécution, il faut une résistance. Non, non, ils ne sont pas persécutés, ils sont traqués, chassés. On mène contre eux une traque, une battue, une chasse à coups de bâtons. Il s’enfuient et se blottissent dans les broussailles de la procédure et de la légalité. Le souverain pontife par sa fermeté et sa clairvoyance fit échouer toutes ces négociations (…). Le besoin de négocier avec un gouvernement ennemi hante encore l’imagination de certains prélats et de quelques parlementaires. Ce sont les coryphées du catholicisme libéral. Aucune déception ne leur ouvrira les yeux. Ils négociaient avec Waldeck-Rouseau, ils ont négocié avec Clémenceau. Ils mettent leur confiance en Briand. Le libéralisme a tellement oblitéré l’honneur religieux et l’honneur politique que cela paraît tout naturel. La légende d’un Briand modéré, d’un Briand accessible au sentiment chrétien, d’un Briand capable de refaire la paix religieuse se propage dans les presbytères et les familles chrétiennes (…) mais il faut que l’erreur libérale ait bien énervé les caractères et altéré les jugements pour que ces aberrations soient devenues possibles [43].
Exclue, mais vivante
Les religieux expulsés sont en Angleterre, en Espagne, surtout en Belgique où de nombreux pensionnats et collèges français ont été ouverts.
En France, les écoles primaires et secondaires catholiques sont tenues par des laïcs ou des religieux et religieuses « laïcisés », aux frais des diocèses et des parents, sans aucune subvention publique.
La guerre religieuse qui sévissait surtout depuis l’instauration de la IIIe République en 1875 connut une trêve d’une dizaine d’années à l’occasion du conflit avec l’Allemagne. Trêve limitée à l’école, non à la politique !
La guerre scolaire tentera de se rallumer, car elle ne faisait que couver, après les élections du 11 mai 1924 avec la victoire du « cartel des gauches » portant au pouvoir Édouard Herriot, qui jeta l’inquiétude dans le pays par sa déclaration ministérielle. De la tribune de la Chambre des députés le 17 juin 1924 Herriot menace :
Le gouvernement a pour devoir de traduire en actes les volontés exprimées par le suffrage universel (…) il agira pour le bien de toute la nation mais au nom d’une doctrine à laquelle il demeure fidèle et qu’il veut définir avec précision. Les actes, il les annonce : la rupture avec le Saint-Siège, la lutte contre l’école catholique, la révision du statut des religieux particulièrement en Alsace-Lorraine échappant à la loi de séparation de 1905, l’expulsion des religieux restés en France après être venus défendre leur pays en 1914 (…), etc.
Quant à « la doctrine », elle n’est pas énoncée, elle est tenue secrète, mais c’est un secret de polichinelle !
La levée en masse en 1925 [44] des hommes catholiques organisés par le général de Castelnau et groupés au sein de la Fédération nationale catholique impressionna les laïcistes qui retirèrent leur projet agressif. Heureuse action catholique de Castelnau, à comparer à l’équivoque et frileuse action libérale des Dupanloup-Falloux !
Entre les deux guerres quelques congrégations enseignantes sont rentrées et ont discrètement rouvert des institutions tacitement tolérées.
En 1939 l’enseignement catholique est pauvre mais bien vivant. Il compte :
• un million d’élèves en primaire avec 11 000 écoles dont 2 200 de garçons ;
• 200 000 élèves en secondaire avec 900 collèges dont 570 de garçons ;
• 4 000 élèves dans le supérieur avec 5 instituts catholiques ;
• 40 écoles techniques et des sections professionnelles dans les cours complémentaires ;
• des écoles normales libres pour la formation des maîtres.
24 000 professeurs et maîtres y dispensent de manière graduée les principes de la vie chrétienne, avec leur savoir intellectuel, comme un sacerdoce, bénévolement ou avec des salaires de misère, souvent dans des locaux rudimentaires. Les parents qui peuvent payent, ils payent aussi obligatoirement dans leurs impôts pour l’école laïque et les salaires et les retraites des instituteurs de l’école sans Dieu.
La chute de la IIIe République, en 1940, impliqua la modification, non de la forme, mais du fond de l’enseignement public. « Il n’y eut pas de réforme à grand tapage (…) car Vichy gardait dans le changement le sens de la continuité, ce fut plutôt une série de touches délicates [45]. » Dans l’enseignement public la plus importante mesure fut la suppression des Écoles normales d’instituteurs devenues des séminaires du laïcisme coupés de la réalité profonde du pays. Les futurs instituteurs furent soumis aux études secondaires classiques remises à l’honneur. La fin de la scolarité primaire fut élevée de douze à quatorze et seize ans.
Les manuels d’histoire révisés ne présentèrent plus la Révolution française comme la doctrine sacrée d’une France moderne.
Le sport, sous l’impulsion de Jean Borotra, commissaire général à l’éducation et aux sports, fut mis au programme. Deux mille terrains scolaires de sport furent aménagés en deux ans afin de refaire une jeunesse solide « par le moyen des disciplines d’action et par la mise en valeur d’un idéal de courage, de désintéressement, de dévouement à la patrie [46] ».
Les « devoirs envers Dieu », qui ont subsisté longtemps dans les programmes des écoles de la République, mais qui ont été rayés au début du siècle, furent rétablis par la loi du 6 janvier 1941 élaborée par le secrétaire d’État à l’Éducation nationale, le philosophe chrétien Jacques Chevalier [47]. C’était un remède trop fort et trop brusque sur un corps très malade. Comment imposer à des instituteurs athées, ignorants ou sectaires, de parler de Dieu ?
Jacques Chevalier fut remplacé par un éminent historien, directeur de l’École normale supérieure, Jérôme Carcopino, homme libéral qui ménagea et réintégra même certains cadres de l’école laïque. Il retoucha la loi Chevalier et commua « Dieu » en « valeurs spirituelles ». Le nouveau ministre décréta que le mot catéchisme serait obligatoirement prévu dans les horaires scolaires mais enseigné par le clergé hors des écoles publiques. Le décret était réaliste vu l’état pathologique du corps enseignant ! Cependant le libéralisme et le laïcisme n’avaient pas perdu leurs places dans les instances gouvernementales. Le chef de l’État, qui préconisait le « bon scolaire » pour le règlement dans l’équité des scolarités de tous les enfants de France, ne l’obtint pas.
L’enseignement dit « libre » vit sa situation améliorée par la loi de « pitié » du 2 novembre 1941 lui accordant une subvention au niveau du département, moyennant le contrôle des autorités de l’université d’État, portant – spécifiait le texte de la loi – « sur la qualité et la nature de l’enseignement ».
La loi permettait de mieux vivre, mais le monopole subsistait. L’important se situait au niveau des dispositions législatives mettant fin au bannissement des congrégations religieuses, leur donnant reconnaissance légale et droit d’enseigner, y compris avec le port de l’habit religieux dans l’exercice de leurs fonctions scolaires.
Ces diverses dispositions de justice et de nécessité valurent « au gouvernement le soutien unanime de l’épiscopat et des catholiques français, sauf d’un petit noyau de démocrates si attachés aux idées de la Révolution de 1789 et aux traditions républicaines, qu’ils se mirent assez vite à conspirer contre le pouvoir [48] ».
Quoi qu’on en dise chez les catholiques et chez les laïcistes, selon des versions diverses, la forteresse du monopole a très bien résisté au cours des années 1940-1944. La vie de ses défenseurs à l’intérieur, comme à l’extérieur, fut somme toute assez bourgeoise. Cette trêve de quatre années pour l’enseignement libre n’avait retiré aucune prérogative à l’enseignement public.
La guerre rallumée
Dès la libération, rumeurs et mouvements d’opinion visent « la liberté relative » acquise par l’école catholique. Ils se concrétisent dans les projets du premier gouvernement provisoire de la Ve République présidé par Charles de Gaulle et le 28 mars 1945 l’assemblée consultative provisoire refuse de voter les subventions légales dues à l’enseignement libre. Le 17 avril 1945 une ordonnance abroge la loi du 2 novembre 1941.
L’assemblée refuse d’inscrire la reconnaissance de la liberté d’enseignement dans la constitution d’avril 1945 par 321 voix contre 222.
Un évêque, un seul, Mgr Cazaux évêque de Luçon, se dresse publiquement de toute son énergie contre ce forfait : « Nous ne cesserons de protester contre ce déni de justice. » Il va tenir son engagement, lui qui a plus de 40 000 élèves dans ses écoles.
Un « Comité d’Action pour la Liberté Scolaire » (CALS) est fondé à Angers pour coordonner les initiatives d’action des douze diocèses dépendant de l’université catholique d’Angers. Si Maître Laguette, père de dix enfants, et M. Boyer, père de douze enfants, en sont les ardents animateurs, Mgr Cazaux en est l ’âme. Une pétition nationale est lancée, très rapidement elle recueille près de cinq millions de signatures. En 1946 des comités locaux du CALS réunissent 60 000 manifestants à la Roche-sur-Yon, 80 000 à Nantes, 70 000 à Quimper.
Si le gouvernement de combat présidé par Charles de Gaulle a abrogé la loi du 2 novembre 1941 octroyant les subventions, il a conservé un décret de Vichy taxant les spectacles des kermesses des écoles libres. Ces écoles refusent maintenant de les payer. Des directeurs d’écoles sont traduits devant les tribunaux correctionnels. L’évêque de Vendée, à la barre, les soutient et les défend pendant qu’à l’extérieur une foule immense prie ; il obtient l’acquittement.
S’il est quasiment impossible, en ces temps, d’attribuer le beau titre de defensor civitatis dont le peuple chrétien honorait les valeureux évêques du temps des invasions barbares, il sied pourtant parfaitement à Mgr Cazaux.
De nombreuses municipalités, en 1947, contrairement à la loi, attribuent des subventions à leurs écoles catholiques. Le gouvernement, où siègent de nombreux démocrates chrétiens, dont Robert Schuman, fait annuler ces subventions. Les maires ferment les mairies.
Le CALS, pour sortir les écoles de la misère projette la grève de l’impôt. Pour évaluer l’adhésion à cette éventuelle action, si le gouvernement persiste dans son ostracisme, sont organisés en avril 1950 des rassemblements au Folgoët, à Pontmain… A Saint-Laurent-sur-Sèvre, 100 000 hommes sont là. Boyer leur lance : « Acceptez-vous de suspendre le paiement de vos impôts ? » 100 000 hommes se dressent.
Alors Mgr Cazaux rappelle à ces hommes le devoir du citoyen de participer aux charges de l’État, mais aussi celui de l’État d’assumer ses devoirs de justice. « En face de cette situation, à regret certes, dit-il, mais très nettement, nous n’hésitons pas à vous répondre : devenus, et très largement, créanciers de l’État, vous pouvez sans offenser la loi morale différer le paiement de vos impôts jusqu’à ce que votre débiteur accepte lui-même de s’acquitter de sa dette [49]. »
Et le gouvernement prit enfin conscience de la gravité de la situation devant l’effective réalisation de l’engagement pris par les parents. Il céda. Une leçon qu’il aurait fallu reprendre par la suite. Mais…
Nous verrons comment il céda, mais auparavant il nous faut aussi mener notre enquête sur un autre front.
Sous le ministère Gouin, comptant un vice-président du Conseil et plusieurs ministres communistes, le parlement votait le 17 mai 1946 la loi nationalisant les Houillères du Centre et du Midi de la France. Les services sociaux des compagnies privées des Houillères, dans le Midi comme dans le Nord et en Lorraine, avaient fondé et entretenaient des écoles catholiques gratuites pour les enfants de leurs ouvriers.
A la rentrée scolaire d’octobre 1946, les mineurs, comme par le passé, choisirent librement leur école. Mais le 30 novembre 1946, le comité provisoire de gestion des Houillères, aux mains des communistes, informait par écrit les directeurs des écoles catholiques du bassin des Cévennes que celles-ci seraient laïcisées à la date du 1er janvier 1947. En conséquence, 103 maîtres et maîtresses seraient à cette date congédiés.
Théoriquement, c’est l’État qui est devenu patron, mais la C.G.T. commande. 1 500 chefs de famille sont concernés, ingénieurs, contremaîtres, ouvriers de fond. Presque tous cégétistes. C’est le seul syndicat, hormis une C.F.T.C. embryonnaire. Cégétistes ces mineurs ? Pour défendre leur profession, peut-être. Mais pour sauvegarder leurs enfants, il n’y a plus de C.G.T. qui compte ! Ils pensent sainement, immédiatement ils réagissent : « On ne nationalisera pas nos enfants comme du charbon [50]. » Une A.P.E.L. [51] est créée. La C.G.T. menace, mais la rentrée scolaire de janvier 1947 s’effectue comme par le passé. L’A.P.E.L. tient plusieurs réunions publiques et coordonne les protestations.
En février, à Paris, une délégation de mineurs est reçue par P-H. Teitgen, vice-président du Conseil [52]. Ce député démocrate chrétien dit aux mineurs : « Acceptez la laïcisation en exigeant qu’on vous laisse vos maîtres non congréganistes. » Ils refusèrent ce honteux marché.
En mars, le conflit s’étend aux bassins houillers de la Loire, d’Aquitaine, de Provence.
En mai, les organisations anti-religieuses se mobilisent pour influencer le gouvernement du socialiste Ramadier. La laïcisation est décidée par le ministre de l’Éducation nationale pour la rentrée d’octobre, mais à la veille de l’inventaire des locaux scolaires en juillet, les familles des mineurs occupent les écoles.
La rentrée est faite avec les maîtres religieux et laïcs non rétribués. Il faut trouver des millions, subir des procès, en engager d’autres. Le problème dramatique de l’enseignement catholique est là et ne fera que se compliquer parce que la seule solution : « le bon scolaire » attribué à la famille pour le choix dans le respect et la justice, comme en Belgique ou d’autres pays, les parlementaires démocrates, de la gauche à la droite, n’en veulent pas.
Le 15 mai 1948, après trois jours de discussions, l’Assemblée nationale adopte le projet socialiste de laïcisation des écoles des Houillères, par 297 voix contre 270.
Le 21 mai, les mineurs de la « Grand’Combe » dans le Gard protestent contre la « loi scélérate » et jurent que pas un enfant ne sera obligé d’aller à l’école laïque, s’affirmant disposés à tous les sacrifices, « y compris celui du sang ».
Le président de l’A.E.P. (Association Éducation Populaire) conduit à Rome une délégation de mineurs, reçue par Pie XII.
La résistance aux assauts du préfet, des commissaires, des C.R.S. dura des mois. Les condamnations des tribunaux ne font qu’exaspérer les catholiques. Trois équipes de mineurs parcourent la France. Ces orateurs improvisés soulèvent l’enthousiasme à Paris, en Bretagne, en Vendée, en Lorraine, dans le Nord, surtout dans les milieux populaires restés plus chrétiens. Les A.P.E.L. de toutes les régions remirent à tous les préfets une motion de solidarité à l’égard des mineurs.
Les A.P.E.L. et les amicales se préparent à envoyer des délégations de soutien à la « Grand’Combe » le 23 avril 1949. Le gouvernement (c’était le septième depuis trois ans) recula encore. Le grand rassemblement eut lieu. Tous les journaux de France y avaient leurs envoyés spéciaux avec les reporters de Pathé-journal, et toute la France lut, vit et entendit comment avec le frère Marcel, directeur de l’école de la Grand’Combe, les mineurs défendirent la foi au chant du Magnificat et du cantique : Nous voulons Dieu dans nos écoles.
C’est ce courant populaire, dû aux laïcs avec quelques frères des écoles chrétiennes et quelques sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, qui contraignit les parlementaires à « faire quelque chose » pour calmer l’agitation.
Où est la hiérarchie catholique ? Absente, muette. Que font les évêques ? Pas un évêque avec les enfants des mineurs jetés dehors. Dehors, car les C.R.S. ont occupé l’école et une ordonnance du juge de référé d’Alès avait, en septembre 1948 condamné les mineurs à abandonner dix classes de l’école de garçons de la Grand’Combe au 1er octobre 1948, et les quatre dernières le 23 avril 1949.
L’épreuve et le courage des mineurs suscitèrent l’émotion et la sympathie dans toute la France, et l’inquiétude du gouvernement, d’où va sortir la loi Barangé.
(à suivre)
[1] — Cf. Dom Calmet, Dictionnaire historique, critique et littéral de la Bible, Toulouse, 1783, tome 2.
[2] — François Bayrou, La décennie des mal-appris, Paris, Flammarion, 1990.
[3] — EPS, L’éducation, nº 130 (avec une autre traduction).
[4] — Actes de S.S. Pie X, Paris, Bayard, sans date, t. 2, p. 67, 71 et 83.
[5] — Encyclique Divini illius magistri, éd. de la Bonne Presse, 1929, p. 33.
[6] — Première lettre encyclique de saint Pie X : E supremi Apostolatus, 4 octobre 1903.
[7] — Sur la philosophie positiviste de Littré, voir Le sel de la terre 12, p. 96-97. (NDLR.)
[8] — Mgr Baunard, recteur de l’université catholique de Lille, Un siècle de l’Église de France, Paris, Poussielgue, 1902.
[9] — Charles van Duerm S.J., in Vicissitude politique du pouvoir temporel des papes, Lille, Desclée De Brouwer, 1890, p. 136.
[10] — Grégoire XVI, encyclique Mirari vos.
[11] — Lettre à madame Swetchine. Épouse de l’ancien gouverneur de Saint-Pétersbourg, amie de J. de Maistre qui l’amena au catholicisme. Exilée à Paris, elle ouvrit son salon et sa chapelle rue Saint Dominique, pendant trente ans, aux artisans des divers courants du catholicisme renaissant : Lacordaire, Montalembert, Dupanloup, Falloux, la comtesse de Ségur, Ravignan S.J., Donoso-Cortès, dom Guéranger… Elle mit en garde ses amis contre les errances et hérésies des écrits de Lamennais. « J’avouerais y voir l’hypocrisie telle que peut la créer la haine. Il n’y a qu’un ange ou qu’un prêtre qui puisse tomber si bas », écrit-elle à Lacordaire le 26 novembre 1836.
[12] — Guillemant, Vie de Mgr Parisis, t. 2, p. 15.
[13] — Opus cit. p. 28.
[14] — Opus cit. p. 61.
[15] — Guillemant, ibid., p. 250, cité in chanoine Roul, L’Église catholique et le droit commun, Paris, Éd. doctrine et vérité (Bureaux de la Ligue apostolique ou Librairie Casterman), 1931, p. 94.
[16] — Chanoine Maynard (de la cathédrale de Poitiers), Mgr Dupanloup, Paris, Société générale de librairie catholique, 1884, p. 52.
[17] — Lecanuet, Montalembert, t. 2, p. 308.
[18] — Chanoine Roul, L’Église catholique et le droit commun, Paris, Éd. doctrine et vérité (Bureaux de la Ligue apostolique ou Librairie Casterman), 1931, p. 105.
[19] — Chanoine Maynard, opus cit., p. 57.
[20] — H. Martin, Histoire de France populaire, Paris, Édition Fusne et Jouvet, t. 6, p. 391.
[21] — Victor Cousin, philosophe athée, disciple d’Hegel, professeur en Sorbonne, membre de la commission.
[22] — Journal quotidien des catholiques ultramontains, dirigé par Louis Veuillot.
[23] — François Veuillot, Vie de Louis Veuillot, Paris, Édition Bonne Presse, 1913, p. 64.
[24] — Henri Martin, Histoire de France, Bordeaux, t. 6, p. 333.
[25] — Barbier, Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France du concile du Vatican à l’avènement de S.S. Benoît XV (1870-1914), Bordeaux, Imprimerie Cadoret, 1923-1924, t. 1, p. 22.
[26] — On ne trouve aucun ordre, mais une horreur perpétuelle (Jb 10, 22).
[27] — Mgr Parisis, Trois ans et six mois à l’Assemblée nationale (il était le seul évêque député en cette législature), cité par le chanoine Roul, opus cit., p. 104.
[28] — Chanoine Roul, opus cit., p. 99.
[29] — Cependant le pape, par la même note, apprenait aux catholiques qu’ils pouvaient accepter la loi et qu’ils devaient s’efforcer d’en tirer le meilleur parti. (Cf. Barbier, opus cit., t. 1, p. 23 ; NDLR.)
[30] — On reprochait aux congrégations de dépendre d’autorités résidant à l ’étranger (Rome !). (NDLR.)
[31] — Le gouvernement alléguait les lois révolutionnaires de 1790 et 1792 et les articles organiques adjoints frauduleusement au Concordat de 1801.
[32] — Cette loi votée le 23 mars par 179 voix contre 108, le journal Le Temps du 25 mars en apprécie l’importance et la portée : « C’est peut-être l’événement le plus considérable de notre temps. C’est le commencement et le germe d’une révolution dans les idées et dans les mœurs (…). L’âme traditionnelle de la France va changer de mains (…) les générations qui sortiront de ces écoles nouvelles ne ressembleront plus aux anciennes. » Le Temps fut l’organe du protestantisme jusqu’en 1940.
[33] — Pour explications et commentaires sur ces lois, lire de Georges Tessier Les lois laïques, Fédération nationale catholique, Paris, 1926.
[34] — Cité par Eugène Tavernier, in Cinquante ans de politique d’irréligion, Paris, Spes, 1925.
[35] — Extrait du recueil des discours de Paul Bert, Le cléricalisme, Armand Colin.
[36] — Cité dans Mgr Baumard, Un siècle de l’Église de France, Paris, 1902.
[37] — Dom Ch. Poulet (professeur à Saint-Anselme de Rome), Initiation à l’histoire ecclésiastique, Beauchesne, t. 2, 1946, p. 176.
[38] — Encyclique de Léon XIII, Au milieu des sollicitudes, du 16 février 1892, in La communauté humaine. Documents. Éditions Saint-Paul, Fribourg, 1949, p. 580.
[39] — EPS-PIN, nº 209 à 212 (avec une autre traduction).
[40] — Emmanuel Barbier, Cas de conscience, Lethielleux, 1906, p. 487.
[41] — Émile Combes fut élève au grand séminaire d’Albi, puis docteur en théologie avec sa thèse : La psychologie de saint Thomas d’Aquin. Professeur au collège de l’Assomption à Nîmes, il publia De la littérature des pères et de son rôle dans l’éducation de la jeunesse.
[42] — Tavernier, opus cit., p. 276.
[43] — Dom Besse, Le catholicisme libéral, Desclée De Brouwer, 1911.
[44] — Sur cet événement voir Le sel de la terre n° 12, printemps 1995, pp. 154 et ss.
[45] — Amiral Auphan, Histoire élémentaire de Vichy, Paris, édition France-Empire, 1971, p. 115.
[46] — Amiral Auphan, opus cit., p. 117.
[47] — Élève de l’École normale supérieure, recteur de la faculté de lettres de Grenoble.
[48] — Amiral Auphan, opus cit., p. 121.
[49] — D’après une conférence du professeur Jean de Viguerie en 1984.
[50] — Cité par d’Azambuja et de Decker in La défense des écoles catholiques des Houillères – novembre 1946-avril 1949, Montpellier, Éd. APEL, mai 1949, 28 pages.
[51] — Association de Parents de l’Enseignement Libre.
[52] — Ce célèbre miltant de la liberté et de la charité a prononcé de 6 août 1946 du haut de la tribune de la « maison sans fenêtre », plus habituellement nommée la Chambre, des paroles historiques que l’avenir ne séparera pas de son auteur, alors ministre de la Justice. Les voici : « Vous jugez sans doute que, par rapport à Robespierre, Danton et les autres, le Garde des Sceaux qui est devant vous est un enfant. Eh bien ! ce sont eux qui sont des enfants, si l’on en juge par les chiffres. » Il avait couvert quelques 100 000 exécutions sommaires perpétrées en quelques semaines, au temps de l’Épuration.
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