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Saint Clément Épître aux Corinthiens

 

Mis à part le cas complexe de la Didachê [1], l’épître de saint Clément aux Corinthiens est le premier en date des textes patristiques. Elle pourrait être contemporaine de l’Apocalypse de saint Jean.

Nous avons la certitude que l’auteur de cette épître est bien saint Clément, troisième successeur de saint Pierre sur le siège de Rome (92 à 101), nommé au canon de la messe après Lin et Anaclet. En rendent témoignage Denys de Corinthe, Hégésippe et Irénée de Lyon (tous cités par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique [2]), enfin Clément d’Alexandrie. On pense que cette lettre a été composée entre 96 et 98. Il n’y a pas de documents antérieurs au IIIe siècle identifiant saint Clément avec le disciple de saint Paul mentionné dans l’épître aux Philippiens (Ph 4, 30). L’Église semble toutefois accréditer cette thèse puisqu’elle a inclus ce texte de saint Paul dans la messe de saint Clément. Divers écrits ont été attribués à saint Clément : une homélie du IIe siècle, dite 2e épître aux Corinthiens, diverses lettres et homélies, des décrétales [recueil de lois canoniques]. Tous ces écrits sont apocryphes.

De la personne, de la vie et du martyre de saint Clément il faut avouer que nous ne savons rien. La critique interne du texte de l’épître aux Corinthiens a donné lieu à diverses hypothèses qui ne sont pas fondées. Le style de l’épître révèle cependant quelque peu la personnalité de saint Clément : noblesse du caractère romain, autorité charitable, alliant la douceur, la persuasion et la fermeté.

Les patrologues contemporains, suivant les mêmes méthodes que les exégètes critiques, s’efforcent de discerner dans le texte de l’épître l’influence des divers courants qui auraient divisé le christianisme primitif. Ces analyses arbitraires ne conduisent qu’à une série de conclusions divergentes. Elles visent à accréditer la thèse de l’évolution et de la formation progressive de la doctrine de l’Église. En fait, saint Clément est tout simplement le vicaire de Jésus-Christ dont il transmet la révélation. Il est l’écho fidèle et immédiat de la prédication des apôtres. Il est donc normal qu’il assume l’Ancien Testament, qu’il s’y réfère fréquemment et qu’il insiste sur la continuité entre les deux Testaments. Par ailleurs, comme les autres pères, il incarne l’Évangile dans la civilisation gréco-latine. Il en assume donc le style oratoire et les thèmes, tirés en particulier du pythagorisme et du stoïcisme.

L’épître de saint Clément témoigne de la permanence de la doctrine de l’Église. Déjà au Ier siècle sont présents tous les fondements dogmatiques, en particulier l’accomplissement de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament, le salut par la foi opérant par la charité, l’autorité de Rome sur les autres Églises.

L’objet propre de l’épître était de restaurer l’autorité des presbytres [3] de l’Église de Corinthe contre une sédition fomentée par quelques meneurs. Saint Clément enseigne que la communauté ecclésiale est soumise à l’autorité pastorale et liturgique des presbytres. Ce sont les apôtres qui ont établi cette autorité hiérarchique dont les laïcs sont exclus. Chacun doit donc tenir dans l’Église la place qui lui convient, dans l’obéissance et l’humilité, et ne pas usurper d’autorité. En tant qu’évêque de Rome, saint Clément envoie des délégués dont la mission est de rétablir la concorde et l’obéissance.

Nous reproduisons la traduction d’Hyppolyte Hemmer, Picard, Paris, 1926, traduction effectuée sur l’édition de Funk.

Jean-Marc Rulleau

 

Textes


Prologue

 

L’Église de Dieu qui séjourne à Rome, à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe, aux élus sanctifiés selon la volonté de Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ. Que la grâce et la paix vous viennent en abondance du Dieu tout-puissant par Jésus-Christ [4].

Les malheurs, les calamités soudaines qui nous ont frappés coup sur coup [5], frères bien-aimés, ont été cause que notre attention se tourne, bien tardivement [6] à notre gré, vers les affaires en litige parmi vous, vers cette sédition inadmissible et déplacée chez les élus de Dieu, exécrable et impie, qu’un petit nombre de meneurs téméraires et insolents ont allumée et portée à un tel degré de démence que votre nom révéré, glorieux et aimable à tous, en est grandement décrié (1, 1).

Vos vertus étaient remarquables. Voici que l’abondance des grâces a été occasion pour vous de jalousie et d’envie.

 

Concorde et obéissance

 

Humilité et obéissance

C’est la jalousie et l’envie qui sont à l’origine des insurrections et des persécutions contre les justes. En témoignent les exemples des pères de l’Ancien Testament, des apôtres et des martyrs. Les remèdes sont la pénitence, dont la grâce nous a été ménagée par le sang du Christ, l’obéissance, à l’exemple des patriarches, la piété, la foi, l’humilité.

Le Christ appartient aux âmes et non pas à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n’est point venu avec le train de la fierté et de l’orgueil, encore qu’il l’eût pu, mais avec d’humbles sentiments, selon que le Saint-Esprit l’avait annoncé de lui (Is 53, 1-12 ; 49, 1-2).

Le Christ est notre modèle par sa passion. Imitons aussi l’humilité et l’abaissement des prophètes, de Job, de Moïse, de David.

 

L’exemple de la création

Les cieux, mis en branle par son ordre, lui obéissent en paix [7]. Le jour et la nuit accomplissent la course qu’il leur a prescrite, sans s’entraver l’un l’autre. Le soleil, la lune et les chœurs des astres parcourent, d’après son ordre, avec harmonie et sans aucun écart, les orbites qu’il leur a marquées. La terre féconde, docile à sa volonté, fournit en abondance, dans les saisons convenables, leur nourriture aux hommes, aux animaux, à tous les êtres qui vivent à sa surface ; elle n’hésite pas, elle ne change rien à ses décrets. Les mêmes ordres maintiennent les mystérieux jugements rendus dans les abîmes, les sentences inexprimables prononcées dans les enfers. La mer immense dont son action créatrice a creusé le lit en réservoir ne franchit point les barrières qu’il a établies, mais selon qu’il lui a ordonné, ainsi fait-elle. Il lui a dit : « Tu viendras jusqu’ici et tes flots se briseront sur ton propre sein. » (Jb 38, 11) L’océan infranchissable aux hommes et les mondes qui sont au-delà se dirigent par les mêmes ordres du Maître. Les saisons du printemps, de l’été, de l’automne, de l’hiver se succèdent pacifiquement l’une à l’autre. Les vents, en leurs demeures, accomplissent aux temps marqués leur office sans trouble ; les sources intarissables, créées pour la jouissance et la santé, offrent aux hommes sans s’épuiser leurs mamelles pleines de vie ; les moindres des animaux se réunissent dans la paix et la concorde. Le souverain Créateur et Maître de l’univers a disposé que toutes ces choses resteraient dans la paix et la concorde, bienfaisant qu’il est pour toutes ses créatures, mais plus que prodigue envers nous qui recourons à ses miséricordes par Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire et la majesté dans les siècles des siècles. Amen [8]. (20).

Cette concorde (ομονοια) de la création doit être l’exemple de la nôtre. C’est Dieu qui en est le principe. Toute la nature est soumise au gouvernement divin et la succession de ses phases est la représentation continuelle de notre future résurrection. Espérons donc dans la fidélité de Dieu et craignons sa justice

Pratiquons les vertus, entrons dans les voies que Dieu nous a destinées, recevons les bienfaits hiérarchiquement ordonnés dont il gratifie sa création.

Qu’ils sont opulents et admirables, les dons de Dieu, mes bien-aimés. La vie dans l’immortalité, la splendeur dans la justice, la vérité dans la franchise, la foi dans la confiance, la continence dans la sainteté. Et ceux-là, dès maintenant notre intelligence les saisit. Quels sont donc les biens à venir qu’il a préparés à ceux qui demeurent dans l’attente ? Le Créateur et Père des siècles, le Très-Saint [9] en connaît seul le nombre et la beauté. Efforçons-nous donc, de sorte que nous soyons trouvés au nombre de ceux qui l’attendent, afin d’avoir part aux présents qu’il a promis (35, 1-4).

 

Exemple de l’armée

Faisons campagne, ô hommes mes frères, avec toute l’application possible sous son commandement irréprochable. Considérons les soldats qui servent sous nos chefs : quelle discipline ! quelle docilité ! quelle soumission pour exécuter les ordres ! Tous ne sont pas préfets, ni tribuns, ni centurions, ni cinquanteniers, et ainsi de suite ; mais chacun en son rang exécute les ordres de l’empereur ou des chefs. Les grands ne peuvent être sans les petits, ni les petits sans les grands ; il y a en toute espèce de chose un certain mélange [10], en quoi réside son utilité. (37, 1-4)

 

Exemple du corps

Prenons exemple de notre corps [11] : la tête sans les pieds n’est rien ; de même les pieds, rien sans la tête. Les moindres membres de notre corps sont nécessaires et utiles au corps entier ; ou plutôt tous conspirent et servent, par une subordination unanime, au salut du corps entier. Qu’il soit donc conservé en son intégrité, le corps que nous formons en Jésus-Christ ; que chacun se subordonne à son voisin, selon le charisme dont il a été investi. Que le fort prenne soin du faible, que le faible respecte le fort ; que le riche fournisse aide au pauvre, que le pauvre remercie Dieu de lui avoir donné quelqu’un pour suppléer à son indigence. Que le sage manifeste sa sagesse, non par des paroles mais par de bonnes actions ; que l’homme humble ne témoigne pas en sa propre faveur, mais qu’il laisse à un autre le soin de lui rendre témoignage. Que celui qui est chaste dans sa chair ne s’en vante pas, sachant que c’est un autre qui lui accorde le don de la continence. (37, 5 ; 38, 1-2)

 

La hiérarchie ecclésiastique

 

L’ordre liturgique et pastoral (cf. 1 Co 14, 40)

Puisque ce sont là des choses évidentes pour nous, puisque nous avons pénétré du regard les profondeurs de la connaissance divine, nous devons faire avec ordre tout ce que le Maître nous a prescrit d’accomplir en des temps déterminés. Or il nous a prescrit de nous acquitter des offrandes et du service divin non pas au hasard et sans ordre, mais en des temps et à des heures fixés. Il a déterminé lui-même par sa décision souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s’accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir et soit agréable à sa volonté. Donc, ceux qui présentent leurs offrandes aux temps marqués sont bien accueillis et bienheureux ; car, à suivre les ordonnances du Maître, ils ne font pas fausse route. Au grand-prêtre des fonctions particulières ont été conférées ; aux prêtres, on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres [12] ; les laïcs sont liés par des préceptes particuliers aux laïcs [13]. Frères, que chacun d’entre nous, à son rang, plaise à Dieu par une bonne conscience, sans transgresser les règles imposées à son office, agissant avec gravité [14]. (40 ; 41, 1)

 

L’origine divine de la hiérarchie

Les apôtres nous ont été dépêchés comme messagers de bonne nouvelle par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu.

Munis des instructions de Notre Seigneur Jésus-Christ et pleinement convaincus par sa résurrection, les apôtres, affermis par la parole de Dieu, allèrent, avec l’assurance du Saint-Esprit, annoncer la bonne nouvelle, l’approche du royaume de Dieu. Prêchant à travers les villes et les campagnes, ils éprouvèrent dans le Saint-Esprit leurs prémices, et les instituèrent comme évêques et comme diacres des futurs croyants. Ce n’était point là une nouveauté : il y avait longtemps que l’Écriture parlait des évêques et des diacres, puisqu’elle dit quelque part : « J’établirai leurs évêques dans la justice et leurs diacres dans la foi. » (Is 40, 17) (42)

Nos apôtres aussi ont su par Notre Seigneur Jésus-Christ qu’il y aurait querelle au sujet de la dignité de l’épiscopat. C’est bien pourquoi, dans leur prescience parfaite de l’avenir, ils instituèrent ceux que nous avons dits, et ensuite posèrent cette règle qu’après leur mort, d’autres hommes éprouvés succéderaient à leur ministère. Ceux qui ont été ainsi mis en charge par les apôtres, ou plus tard par d’autres personnages éminents, avec l’approbation de toute l’Église, qui ont servi d’une façon irréprochable le troupeau du Christ avec humilité, tranquillité et distinction, à qui tous ont rendu bon témoignage depuis longtemps, nous ne croyons pas juste de les rejeter du ministère. Et ce ne serait pas une faute légère pour nous de démettre de l’épiscopat des hommes qui ont présenté les oblations d’une façon pieuse et irréprochable. Heureux les presbytres qui ont parcouru auparavant leur carrière et dont la fin s’est trouvée pleine de fruit et de perfection ; ils n’ont plus à craindre que l’on vienne les expulser de la place qui leur est assignée. Car nous en voyons quelques-uns qui vivaient dignement, et que vous avez destitués du ministère qu’ils exerçaient sans reproche et avec honneur. (44)

 

Pénitence et obéissance

 

Réparer le schisme par la charité et la pénitence

Ce sont toujours les pécheurs qui ont méprisé et persécuté les saints. Malheur à ceux qui provoquent ainsi des schismes.

Hâtons-nous donc de faire disparaître ce mal : jetons-nous aux pieds du Maître, supplions-le avec larmes de nous redevenir propice, de se réconcilier avec nous, de nous rétablir dans la religieuse et sainte pratique de la charité fraternelle. (48, 1)

Que celui qui a la charité du Christ accomplisse les commandements du Christ. Qui peut expliquer le lien de la charité divine ? Qui est capable d’exprimer son extrême beauté ? La hauteur où la charité nous élève est ineffable. La charité nous unit étroitement à Dieu, « la charité couvre la multitude des péchés » (1 P  4, 8), la charité souffre tout, supporte tout ; rien de bas dans la charité, rien de superbe ; la charité ne fait pas de schisme, la charité ne fomente pas de sédition, la charité opère tout dans la concorde ; la charité consomme la perfection de tous les élus de Dieu ; sans la charité rien ne plaît à Dieu. C’est par la charité que le Maître nous a élevés à lui ; c’est à cause de la charité qu’il a eue pour nous que Jésus-Christ Notre Seigneur, docile à la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, son âme pour nos âmes. (49)

Toutes les fautes que nous a fait commettre un des partisans de l’ennemi, implorons-en le pardon. Quant à ceux qui ont été les instigateurs de la sédition et du schisme, ils ont le devoir de prendre en considération notre commune espérance. Ceux qui se conduisent avec crainte et charité souhaitent de tomber eux-mêmes dans les peines plutôt que d’y voir leur prochain, et acceptent pour eux-mêmes le blâme plutôt que d’y exposer l’harmonie qui a été si magnifiquement et si justement transmise jusqu’à nous. Il vaut mieux pour un homme faire la confession de ses péchés que d’endurcir son cœur, comme l’ont endurci ceux qui se révoltèrent contre le serviteur de Dieu, Moïse, et dont le châtiment fut si éclatant (Nb 16). (51, 1-3)

 

L’exil volontaire

Est-il parmi vous quelqu’un de généreux, de compatissant, et rempli de charité ? Que celui-là dise : si je suis cause de la sédition, de la discorde, des divisions, je quitte le pays, je m’en vais où l’on voudra, j’exécute les décisions de la multitude ; seulement que le troupeau du Christ vive en paix avec les presbytres constitués ! (54, 1-2)

Nous trouvons l’exemple de telles attitudes chez les païens et chez les saints de l’Ancien Testament.

 

Pardon mutuel et obéissance

Intercédons, nous aussi, pour ceux qui sont coupables de quelque faute, que la douceur et l’humilité leur soient accordées, afin qu’ils cèdent, non pas à nous certes, mais à la volonté de Dieu. De la sorte le souvenir compatissant que nous avons d’eux devant Dieu et les saints sera plein de fruit pour eux et de perfection. Acceptons les corrections dont personne, mes bien-aimés, ne doit s’indigner. La réprimande que nous nous adressons mutuellement est bonne et très utile : elle nous attache à la volonté de Dieu. (56, 12)

Vous donc qui avez causé le principe de la discorde, soumettez-vous aux presbytres, laissez-vous corriger en esprit de pénitence, fléchissez les genoux de vos cœurs. Apprenez à obéir, déposez votre superbe et orgueilleuse arrogance de langage : mieux vaut pour vous être petits mais comptés dans le troupeau du Christ, que d’être, avec une réputation d’excellence, exclus de l’espérance chrétienne. (57, 1-2)

Obéissons donc à son nom très saint et glorieux, afin d’échapper aux menaces proférées par la sagesse contre les désobéissants et de nous reposer en toute confiance sur le nom très saint de sa majesté. (58, 1)

S’il y en a qui résistent aux paroles que Dieu leur adresse par notre intermédiaire, qu’ils sachent bien qu’ils se fourvoient dans une faute et un danger graves. Pour nous, nous serons innocents de ce péché ; mais par nos prières et nos supplications assidues, nous demanderons : que le Créateur de l’univers conserve intact le nombre compté de ses élus dans le monde entier, par son Fils bien-aimé Jésus-Christ, par qui il nous a appelés des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la pleine connaissance de la gloire de son nom, à l’espérance en ton nom, principe d’où procède toute créature. (59, 1-3)

 

Prière finale

 

Tu as ouvert les yeux de nos cœurs afin qu’ils te connaissent,

Toi « le seul Très-haut au plus haut des cieux,

Le Saint qui repose au milieu des saints » (Is 57, 15),

« Toi qui abaisses l’insolence des orgueilleux » (Is 13, 11),

« Qui déroutes les calculs des peuples » (Ps 32, 10),

« Qui exaltes les humbles

Et qui abaisses les grands » (Jb 5, 11),

Toi qui « enrichis et qui appauvris » (1 S 2, 7),

Qui « tues, et qui sauves, et qui vivifies » (Dt 32, 39),

Unique bienfaiteur « des esprits,

Et Dieu de toute chair » (Nb 16, 22 ; 27, 16) ;

« Contemplateur des abîmes » (Dn 3, 55),

Scrutateur des œuvres des hommes,

Secours des hommes dans les dangers

« Et leur Sauveur dans le désespoir » (Jdt 9, 11),

Créateur et surveillant (évêque) de tous les esprits !

Toi qui multiplies les peuples sur la terre

Et qui as choisi, parmi eux tous, ceux qui t’aiment

Par Jésus-Christ ton Fils bien-aimé

Par qui tu nous as instruits, sanctifiés, honorés.

 

Nous t’en prions, ô Maître !

« Sois notre  secours et notre soutien. » (Ps 118, 114)

Sois le salut de nos opprimés,

Prends pitié des humbles,

Relève ceux qui sont tombés,

Montre-toi à ceux qui sont dans le besoin,

Guéris les malades,

Ramène les égarés de ton peuple,

Rassasie ceux qui ont faim,

Délivre nos prisonniers,

Fais lever ceux qui languissent,

Console les pusillanimes,

Que tous « les peuples reconnaissent

Que tu es le seul Dieu » (1 R 8, 60),

Que Jésus-Christ est ton Fils,

Que « nous sommes ton peuple et les brebis de tes pâturages ». (Ps 78, 13)

 

Toi qui par tes œuvres

As manifesté l’immortelle ordonnance du monde,

Toi, Seigneur, qui as créé la terre,

Toi qui demeures fidèle dans toutes les générations,

Juste dans tes jugements,

Admirable dans ta force et ta magnificence, sage dans la création,

Avisé à affermir les choses créées,

Bon dans les choses visibles,

Fidèle envers ceux qui ont confiance en toi,

« Miséricordieux et compatissant » (Jl 2, 13).

Remets-nous nos fautes et nos injustices,

Nos chutes et nos aberrations.

 

Ne compte pas les péchés de tes serviteurs et de tes servantes,

Mais purifie-nous par ta vérité

Et « dirige nos pas » (Ps 118, 133),

« Pour que nous marchions dans la sainteté du cœur » (1 R 9, 4)

Et « que nous fassions ce qui est bon et agréable

A tes yeux » (Dt 13, 18) et aux yeux de nos princes.

 

Oui, Maître, « fais luire sur nous ton visage » (Ps 66, 2)

Pour nous faire jouir des biens en paix,

Nous protéger de ta main puissante,

Nous libérer de tout péché par ton bras très fort,

Nous sauver de ceux qui nous haïssent injustement.

 

Donne la concorde et la paix,

A nous et à tous les habitants de la terre,

Comme tu les a données à nos pères

Lorsqu’ils t’invoquaient saintement dans la foi et la vérité ;

Rends-nous soumis

A ton Nom très puissant et très excellent,

A nos princes et à ceux qui nous gouvernent sur la terre.

 

C’est toi, Maître, qui leur as donné le pouvoir de la royauté,

Par ta magnifique et indicible puissance,

Afin que, connaissant la gloire et l’honneur que tu leur as départis,

Nous leur soyons soumis

Et ne contredisions pas ta volonté.

Accorde-leur, Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la stabilité,

Pour qu’ils exercent sans heurt la souveraineté que tu leur as remise.

Car c’est toi, Maître céleste, roi des siècles,

Qui donnes aux fils des hommes

Gloire, honneur, pouvoir sur les choses de la terre.

Dirige, Seigneur, leur conseil, suivant ce qui est bien,

Suivant « ce qui est agréable à tes yeux »,

Afin qu’en exerçant avec piété,

Dans la paix et la mansuétude

Le pouvoir que tu leur as donné,

Ils te trouvent propice.

Toi seul as la puisssance de faire cela

Et de nous procurer de plus grands biens encore.

Nous te remercions par le grand prêtre

Et le patron de nos âmes, Jésus-Christ,

Par qui soient à toi la gloire et la grandeur,

Et maintenant

Et de génération en génération

Et dans les siècles des siècles. Amen.(59-61)

 

« Sources chrétiennes », n°167.

Patrologie grecque 1, p. 199-328.

Les écrits des pères apostoliques, I, « Foi vivante », nº 190, Éditions du Cerf.



[1] — Ou Doctrine des douze apôtres. Cf. Le sel de la terre 11 (hiver 1994-1995), p. 111 et sq.

[2] — Respectivement 4, 23, 11 ; 3, 16, 4 et 4, 22, 1 ; 5, 6, 1-2.

[3] — L’Église de Corinthe était gouvernée par des « presbytres ». Aux premiers siècles les termes de « presbytre » / presbuvtero~ et « épiscope » / ejpivskopo~ ont des significations équivalentes. Le terme « épiscope » fut peu à peu réservé à ceux qui étaient établis comme successeurs des apôtres dans le gouvernement monarchique des Églises.

[4] — « Séjourne » : l’Église est en ce monde comme dans une terre étrangère. Séjourner comme étranger se dit paroikei`n ’ paroikiva ’ parochia ’ paroisse. Notons que saint Clément écrit au nom de l’Église de Rome, donc en tant qu’évêque de Rome.

[5] — La persécution de Domitien.

[6] — « Tardivement » : saint Clément ne s’excuse pas d’intervenir dans les affaires d’une autre Église, mais au contraire, de le faire tardivement. Il considère cette intervention comme étant de son devoir.

[7] — L’ordonnance du monde est l’exemple de la concorde et de l’obéissance des hommes. Ce thème est commun à la pensée antique, en particulier au stoïcisme. « C’est de la Providence que découlent toutes choses. A ce principe se rattachent et la nécessité, et ce qui est utile à l’harmonie de l’univers dont tu es une partie. Le bien pour chaque partie de la nature, c’est ce qui est conforme au plan de tout l’ensemble, et ce qui tend à la conservation de ce plan. » Marc-Aurèle, Pensées, 2, 3. « L’esprit de l’univers aime l’union, l’harmonie des choses : il a donc fait les êtres inférieurs en vue des supérieurs ; il a uni les supérieurs entre eux par de mutuels liens. Tu vois comment il a établi la subordination, la combinaison dans toutes choses ; comment à chaque être il a fait sa part suivant son mérite ; comment enfin il a enchaîné dans un concert mutuel les êtres supérieurs. » Op. cit. 5, 30.

[8] — L’univers n’est pas égalitaire ni anarchique mais hiérarchisé (I, q. 47, a. 2) et soumis au gouvernement divin. Dieu gouverne les êtres inférieurs par les êtres supérieurs. « Dieu gouverne les choses de sorte que certaines sont causes des autres, à la manière d’un maître qui rendrait ses disciples non seulement savants, mais encore capables d’enseigner les autres. » (I, q. 103, a. 6) Si certains événements semblent échapper au cours normal des choses, ils n’échappent pas au gouvernement universel de Dieu (I, q. 103, a. 5, ad 1 ; a. 7). Dieu gouverne les êtres irrationnels par les lois de la nature et par l’instinct. Il gouverne les hommes par les préceptes et les autorités qu’il a constitués (I, q. 103, a. 5, ad 3).

[9] — panavgio~. Ce mot est fréquemment employé dans la liturgie grecque.

[10] — Toute chose est composée de divers éléments.

[11] — Saint Clément est ici l’écho de la prédication de saint Paul ; cf. Rm 12, 4-8 ; 1 Co 12, 12-26 ; Ep 4, 25.

[12] — Saint Clément cite la hiérarchie de l’Ancien Testament, figure de celle de l’Église.

[13] — laikov~ vient de laov~ (peuple). La distinction clercs-laïcs est donc bien présente, dès le début de l’Église.

[14] — L’ordre liturgique manifeste la hiérarchie de l’Église. Il semble que, sur le plan de la liturgie, il y avait aussi désobéissance à Corinthe.

Informations

L'auteur

L'abbé Jean-Marc Rulleau a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et professeur de théologie au séminaire d'Écône, avant d'embrasser la vie monastique.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 14

p. 78-87

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