Le latin par la messe
Félicitons Gérard Bedel pour son heureuse initiative : un petit livre qui permet de s’initier au latin à partir des prières de la messe et de quelques autres textes chrétiens (tirés de l’Écriture sainte ou de la vie des saints).
Ce livre s’adresse à ceux qui n’ont jamais fait de latin et leur permet de pouvoir s’initier suffisamment pour être en mesure de goûter les magnifiques prières qu’ils ont récités peut-être des centaines de fois (au point de les connaître par cœur), mais sans vraiment les comprendre de l’intérieur (une traduction est toujours plus ou moins une trahison).
Voici comment l’auteur décrit son intention :
« L’idée de départ de cet opuscule m’est venue en plusieurs fois. J’ai regretté que la plupart des fidèles qui assistent à l’office en latin, même s’ils connaissent par coeur une prière dans la langue d’origine, ne puissent pénétrer dans l’intimité du texte et doivent avoir recours, pour chaque phrase, à la traduction. Le français, langue analytique à l’ordre des mots strict, rend mal le latin, en particulier dans sa poésie, psaumes, hymnes, cantiques. Latin et traduction française forment dans les esprits deux ensembles imperméables, à de rares exceptions. « Fallait-il demander à des adultes d’apprendre le latin comme on le fait sur les bancs du collège ? L’entreprise eût été irréaliste et presque inconvenante. « Fallait-il se détourner complètement de ce projet et renoncer à faire partager la haute poésie théologique de la Préface ou le lyrisme du Lavabo ? Trop facile abdication devant la difficulté. »
Et voici comment l’auteur propose de réaliser son dessein :
« • Nous découvrirons - ou rappelerons - ce qu’est le système de la langue latine à partir du Confiteor. « • Suivra un précis de grammaire extrêmement succinct qui permettra de prendre conscience de ce qu’est la grammaire latine dans ses formes (morphologie) et ses règles d’accords et de construction (syntaxe). Cas particuliers, nuances sans intérêt pour le but que nous poursuivons en seront bannis. « • Avant d’aborder la lecture de la messe, dont le texte présente des difficultés, nous lirons, sans traduction mais avec tout le vocabulaire et toute l’aide grammaticale possible, un texte très simple que tout le monde connait en français : de courts extraits de la Genèse que suivront de petits exercices d’imitation, assistés eux aussi de notes et d’explications très abondantes. « • Viendra ensuite le texte même de la messe, avec une traduction juxtalinéaire et des notes. Certains passages sont faciles, d’autres de construction plus difficile et peu aisés à rendre en français. C’est pourquoi nous ne suivrons pas une présentation unique de ces traductions : nous aurons parfois le latin, puis le français, parfois les deux juxtaposés mais en suivant le mouvement de la phrase latine, souvent, enfin, une véritable équivalence des deux langues, avec une recomposition du texte latin suivant un ordre des mots calqué sur le français. « • Des extraits de vies de saints, à lire en latin avec, comme toujours, des notes très abondantes, permettront de fortifier les connaissances. »
Le livre se termine avec un petit lexique du vocabulaire de la messe.
Mais le latin de l’Église n’est-il pas un latin de cuisine ? Cette réflexion, hélas ! est fréquente, tout en étant parfaitement injuste. Le latin chrétien est en réalité une langue très belle, même si elle n’a pas tous les raffinements un peu compliqués du latin dit classique. Lisons ici la confession de l’auteur :
« Comme tous les professeurs de Lettres, j’ai été longtemps étranger aux qualités du latin chrétien, victimes que nous étions, même les plus “pratiquants”, à cause des programmes imposés, de la manie cicéronienne née à l’époque d’Erasme et portée à son point extrême dans une Sorbonne obnubilée par l’érudition germanique de la fin du siècle dernier, et qui, de plus, frappait d’ostracisme laïc les littératures chrétiennes de l’Antiquité. Longtemps je me suis surpris à restituer malgré moi en latin “classique” tel ou tel passage de mon missel et je n’aurais pas imaginé d’expliquer le latin sans référence à la pureté de la langue du Ier siècle av. J. C., telle que nous la restituent les meilleurs textes des meilleurs auteurs. Heureusement, quand les années s’accumulent, on prend de l’autonomie par rapport à la formation qu’on a reçue et, tout en continuant d’admirer plus que jamais les beautés du classicisme latin, j’ai découvert la grandeur spécifique du latin chrétien, et même du latin médiéval. »
Souhaitons que ce livre se répande dans les familles et aussi dans les écoles. Il nous paraît être une méthode intelligente et chrétienne d’enseigner le latin, qui donnera aux enfants le goût du latin et celui de la liturgie.
Espérons aussi que le livre d’Histoire sainte (en latin) de l’abbé Lhomond sera réédité, et que d’autres manuels de latin utilisant des textes chrétiens verront bientôt le jour.
Fr. P.-M.
BEDEL Gérard, Le latin par la messe, un itinéraire linguistique et religieux, Tournon-Saint-Martin, D.E.L. (28 route du Blanc – 36220 Tournon-Saint-Martin), 1995, 16 x 23,5, 97 p., 100 F.

