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Les « Discours aux Français » du Maréchal Pétain Grandeur et sagesse

 

par Joseph Lagneau

 

 

Il y a cinquante ans, au petit matin du 15 août 1945, le Maréchal Pétain, au terme d’un procès indigne [1], est condamné à mort par la Haute Cour de justice de Paris, peine commuée en détention perpétuelle à l’île d’Yeu. Il est vrai que, plus que la situation militaire de l’époque, « la seule pensée d’une France retrouvant ses traditions d’honneur et de foi fait frémir tous les fils des jacobins athées et révolutionnaires », selon les fortes paroles de Mgr Lefebvre [2]. C’est cette idée-là de la France que nous voudrions mettre en valeur en montrant comment les Discours aux Français du Maréchal sont empreints tout à la fois de magnanimité et de prudence [3].

 


Confronté à « l’immense désastre matériel et moral qui a bouleversé le malheureux pays de France » (p. 123) le Maréchal Pétain, devenu chef de l’État après l’armistice de juin 1940, décide, depuis le sol français, de s’adonner à la dure tâche de la reconstruction nationale. C’est au cœur même de la défaite que le vainqueur de Verdun puise « son ardente volonté de relèvement » (p. 123), conviant d’abord les Français à un « redressement intellectuel et moral » (p. 66), gage d’une prospérité durable :

« Je veux assurer à mes compatriotes le réconfort des certitudes éternelles, la vertu dont j’ose dire le nom démodé, la patrie, la discipline, la famille et ses mœurs, la fierté, le droit et le devoir du travail » (p. 175).

Plus que l’échec qu’il faut savoir méditer et dont il faut dégager la leçon, c’est dans la façon d’y faire face que résident les chances de salut : « Tous les peuples ont connu tour à tour des succès et des revers. C’est par la manière dont ils réagissent qu’ils se montrent faibles ou grands » (p. 60).

 

L’approche : la grandeur de la tâche

 

Pour que le malheur devienne ainsi occasion de sursaut, il est nécessaire de placer le peuple français en face des réalités, fussent-elles cruciales. Les connaître aidera à les surmonter, d’où le poids décisif du langage chez le chef chargé d’instruire pour mieux servir :

« Le langage net et clair est le seul qui puisse se parler. Il ne faut pas se bercer d’illusions, si l’on ne veut pas être victime de désillusions » (p. 99).

 

Appréhender les réalités

 

D’emblée, le souci de vérité est donc affirmé chez le Maréchal : « Un pays qui s’est senti trahi a droit à la vérité, à toute la vérité (…) ; je vous donne la certitude que, si vous avez été trahis, vous ne serez pas trompés » (p. 202-203). La gravité de la situation requiert plus que jamais la probité du discours : « Aujourd’hui que la France est en proie au malheur véritable, il n’y a plus de place pour les mensonges et les chimères » (p. 78) ; « je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal » (p. 66).

Toute démagogie étant ainsi exclue, ce sont, selon ses propres termes, des « messages de vérité et de confiance » (p. 99) que le chef de l’État va pouvoir délivrer aux Français. Tel est le « secret » (p. 273) de ce vrai pédagogue pour qui seules la qualité du raisonnement [4] et la droiture du comportement fondent la confiance : « La confiance ne se commande pas, elle se mérite. Personne n’est mieux qualifié pour gagner la confiance de la jeunesse que l’instituteur ou le professeur (…). Au poste que j’occupe actuellement, mes messages à la nation ne constituent-ils pas un enseignement ? » (ibid.)

Attentif à déceler « les causes de la défaite et à tirer les leçons des batailles perdues » (p. 60), le Maréchal dresse un bilan objectif : « La catrastrophe est la conclusion des fautes, des erreurs, des illusions, des égoïsmes et des incapacités accumulées » (p. 151) ; « depuis la victoire, l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on n’a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur » (p. 60).

Face à ce constat d’échec établi a posteriori, le chef de l’État préconise le retour à un idéal fondé sur des réalités en voie de perdition : « C’est par le travail, le respect des traditions, l’ordre, la famille que nous nous relèverons » (p. 99) ; « ces mesures de redressement seraient incomplètes si elles n’étaient accompagnées de l’élan spirituel qui galvanise les âmes » (p. 75).

Ainsi au réalisme de l’analyse se mêle l’héroïsme des propositions : « J’ai foi dans le succès de notre commune entreprise. Elle est inspirée par un amour passionné pour la France à qui, avec l’aide de Dieu, je veux rendre la grandeur d’un passé dont elle sera digne désormais » (p. 189).

Cependant, en 1940 bien plus qu’en 1914-1918, les esprits sont obscurcis. C’est le moment de rappeler la phrase de saint Cyprien : « Il existe un mal plus meurtrier que la persécution ou la guerre, c’est l’empoisonnement perfide de la mentalité. »

 

Redresser les mentalités

 

Cette restauration de réalités civilisatrices exige par conséquent des changements profonds dans l’état d’esprit collectif qui règne alors en France. Le relèvement du pays suppose d’abord le redressement des esprits : « Du désordre des idées naît le désordre des choses » (p. 165).

A une époque aussi troublée que celle que connut Jeanne d’Arc (« mêmes faiblesses, mêmes divisions, mêmes doutes de soi-même, mêmes vains espoirs placés sur l’étranger ») (p. 254), et à la manière de Richelieu, restaurateur de l’unité nationale (p. 120), le Maréchal Pétain va se faire le précepteur de la nation française. Face à « une des grandes crises de son histoire » (p. 149), il invite les Français à la méditation : « La Providence a ses desseins. Mais je vous dis bien haut : Français ! méditez vos malheurs. La méditation, loin de vous accabler, vous élèvera. Comprenez ce que vous avez été, ce que vous êtes, ce qu’il faut que vous deveniez » (p. 293).

C’est à une véritable transformation de la conception politique moderne, héritée du siècle des Lumières et de la Révolution française, que le chef de l’État s’adonne : « Le citoyen n’est plus, aujourd’hui, cet être abstrait qu’avaient inventé certains philosophes d’autrefois et dont les droits s’inscrivaient en une préface, à la fois naïve et présomptueuse, aux diverses constitutions » (p. 219).

« La préface nécessaire à toute reconstruction consiste donc à éliminer l’individualisme destructeur : “destructeur de la famille dont il brise ou relâche les liens, destructeur du travail à l’encontre duquel il proclame le droit à la paresse, destructeur de la patrie dont il ébranle la cohésion quand il n’en dissout pas l’unité” » (p. 105). Et, avec des accents dignes de Pascal, le Maréchal fustige ce mal funeste : « L’homme réduit à lui seul est la plus misérable des créatures (…). Les époques où l’individualisme règne sont celles qui produisent le moins d’individualités » (ibid.).

Seules les communautés naturelles qui entourent l’homme – « la famille qui l’élève, la profession qui le nourrit, la nation qui le protège » (p. 363) – peuvent lui assurer sa dignité et sa liberté à condition de « remettre aussi en honneur les grandes vérités de la morale chrétienne qui ont formé la base solide de notre civilisation [5] ».

En somme, la solution consiste à « rétablir le citoyen, juché sur ses droits, dans la réalité familiale, professionnelle, communale, provinciale et nationale » (p. 150), et cette conception politique, le Maréchal se plaît à l’exprimer en une vision concrète [6] lorsqu’il s’adresse aux instituteurs de France : « La vie simple que mènent la plupart d’entre vous dans des bourgs ou des villages vous met plus près des choses essentielles qu’on ne l’est dans la confusion des grandes villes. Vous avez à toute heure devant les yeux la mairie, où la vie de la commune rencontre l’action de l’État, le cimetière où sont les morts, l’église dont la cloche fait entendre chaque jour l’appel à la prière, vous apercevez les forêts et les moissons. Ainsi la France vous parle par toutes ses voix » (p. 274).

C’est en vertu de ces réalités retrouvées que le Maréchal peut donner, dans son dessein de promulguer une constitution nouvelle, sa définition d’un peuple ordonné au bien commun et d’un État respectueux du principe de subsidiarité [7] :

« Un peuple est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, de responsabilités administratives, de familles spirituelles, articulées et fédérées pour former une patrie animée d’un mouvement, d’un élan, d’un idéal, moteur de l’avenir, pour produire à tous les échelons une hiérarchie des hommes qui se sélectionnent par les services rendus à la communauté, dont un petit nombre conseille, quelques-uns commandent et, au sommet, un chef qui gouverne » (p. 150) ; « l’État sera hiérarchique et autoritaire, fondé sur la responsabilité et le commandement, s’exerçant de haut en bas, à tous les échelons de la hiérarchie, s’appliquant à des objets concrets et à des intérêts précis, s’inspirant des principes sociaux, politiques et spirituels qui ont fait la cohésion et la grandeur de la nation française » (p. 138).

 

Amender les comportements

 

Cependant, la « rénovation des valeurs morales et des nobles traditions » (p. 190) sans lesquelles « les lois mêmes ne sont que des paroles sans vie » (p. 251) exige également une modification du comportement.

Le Maréchal sait mieux que quiconque que le fléau de l’individualisme philosophique relayé par l’esprit d’indépendance propre au tempérament français [8], a favorisé l’égoïsme, l’intérêt, l’opinion propre, eux-mêmes entretenus par la politique suicidaire des partis (p. 87) et « l’idéologie malsaine » (p. 246) de la lutte des classes [9]. Dès lors, il faut transformer la physionomie morale de ce pays, « pour y faire admettre la primauté de l’esprit de sacrifice sur l’esprit de jouissance, de la fécondité de la famille sur la stérilité des foyers, de l’apostolat social sur l’égoïsme bourgeois » (p. 218).

A ce changement moral des attitudes – « dans la France nouvelle, nul ne sera sauvé s’il n’a d’abord travaillé à se réformer lui-même » (p. 126) – doit s’ajouter une véritable métamorphose de l’esprit civique, fondée sur la priorité accordée au bien commun et sur le dévouement consenti à la Patrie : « La France est un vieux pays politique, où l’esprit critique, fils de l’individualisme, a multiplié jadis les clans et les partis » (p. 218). « Demain, nous remporterons une première victoire : nous remplacerons la critique par l’effort » (p. 107).

C’est donc à une « haute et belle mission » (p. 125) que le chef de l’État invite ses concitoyens : « La grandeur de notre tâche doit nous donner le courage de surmonter les difficultés qu’elle comporte » (p. 154). Enfin, si la grandeur de la tâche exige foi en Dieu et espérance dans le destin de la Patrie [10], elle s’accompagne aussi de moyens proprement humains qui manifestent la prudence du gouvernant.

 

La manière : la sagesse des moyens

 

Pour que l’ordre naturel ainsi établi par une juste appréhension des réalités [11] et par le strict accomplissement du devoir [12] à tous les échelons de la société puisse s’effectuer, le Maréchal Pétain, à l’écoute des vérités les plus humbles [13], ne cesse de préciser la manière d’y parvenir.

 

Promouvoir la qualité

 

Quelle que soit la vocation de chacun, le chef de l’État entend développer partout, outre le sens de l’effort, le goût de la qualité, apanage de la tradition française, aussi bien dans les arts libéraux que dans les arts mécaniques : « Nous maintiendrons, nous élargirons, s’il se peut, une tradition de haute culture qui fait corps avec l’idée même de notre nation » (p. 135) ; « la France est depuis longtemps le pays des productions de qualité : son génie la prédispose à exceller dans les fabrications où peuvent s’épanouir le goût individuel et l’art des plus habiles » (p. 248).

Toujours soucieux de former et d’éduquer la jeunesse pour faire croître en elle « les vertus d’homme » (p. 352), corps et âme [14], l’académicien Pétain insiste, en écho aux préceptes de Boileau [15], sur la diversité des métiers et l’égale dignité des fonctions : « Il n’est pas moins noble et pas moins profitable, même pour l’esprit, de manier l’outil que de tenir la plume, et de connaître à fond un métier, que d’avoir sur toutes choses des clartés superficielles » (p. 352).

Là encore le Maréchal remet en cause un héritage post-révolutionnaire, l’école unique [16], « ce mensonge parmi beaucoup d’autres » (p. 353), ainsi que le mythe de l’efficacité absolue de l’instruction : « Il y avait à la base de notre système éducatif une illusion profonde : c’était de croire qu’il suffit d’instruire les esprits pour former les cœurs et pour tremper les caractères. Il n’y a rien de plus faux et de plus dangereux que cette idée. Le cœur humain ne va pas naturellement à la bonté ; la volonté humaine ne va pas naturellement à la fermeté, à la constance, au courage. Ils ont besoin, pour y atteindre et pour s’y fixer, d’une vigoureuse et opiniâtre discipline » (p. 350).

Dans le domaine de l’école, promouvoir la qualité c’est donc refuser la neutralité : « La vie n’est pas neutre ; elle consiste à prendre parti hardiment. Il n’y a pas de neutralité possible entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, entre la santé et la maladie, entre l’ordre et le désordre, entre la France et l’anti-France » (p. 351).

Quant au monde de l’étude et du travail qui constitue les « forces spirituelles, morales et économiques du pays » (p. 199), les assemblées nouvelles (nationales, régionales, départementales ou municipales) chargées de le représenter doivent respecter les qualités propres de chaque corporation hic et nunc : « Je voudrais qu’on y trouvât l’écho et le reflet du cabinet du penseur, du bureau de l’écrivain, de l’établi de l’artisan, de l’atelier de l’artiste, de la boutique du commerçant, de l’usine de l’ouvrier, du champ (…), du champ surtout, où le patient cultivateur sème le blé, taille la vigne, récolte les moissons » (ibid.).

Dans le domaine du travail, si le paysan [17] et l’artisan sont ainsi particulièrement valorisés, c’est que l’exercice même de ces métiers favorise l’émergence des plus hautes vertus : « Le cultivateur doit prévoir, calculer, lutter ; les déceptions n’ont aucune prise sur cet homme, que dominent l’instinct du travail nécessaire et la passion du sol. C’est le paysan qui a forgé la France par son héroïque patience ; c’est lui qui assure son équilibre économique et spirituel » (p. 126) ; « l’artisan s’attaquant à la matière en fait une œuvre ; la création d’une œuvre artisanale demande un effort physique, de l’intelligence et du cœur ; elle exige de l’homme l’esprit de décision et le sens de la responsabilité. Elle aboutit à la naissance du chef-d’œuvre par où l’artisan se hausse à la dignité d’artiste » (p. 352).

Et, comme il excelle à le faire à travers un va-et-vient continuel entre l’universalité des maximes et la particularité des situations [18], le Maréchal Pétain, dans une page admirable, remonte à l’origine du travail, en montre le sens et la finalité [19] :

« Le travail répond à cette loi sévère de la nature que rien ne s’obtient sans effort. Cette loi du travail a été marquée par une formule de malédiction : “Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front”. C’est donc à tort qu’on a fait luire à vos yeux le mirage d’une cité future où il n’y aurait plus de place que pour le plaisir et pour le loisir. Mais, si le travail est pour l’homme un fardeau, il est aussi un bienfait. Il est, en effet, une condition de la bonne santé morale et physique, de l’équilibre et du développement des facultés humaines. Nous ne développons nos capacités et n’augmentons nos forces que par l’exercice que nous nous donnons » (p. 128).

 

Développer la générosité

 

Promouvoir ainsi la qualité du travail [20] exige nécessairement une collaboration désintéressée de toutes les classes de la société en vue de l’œuvre à accomplir. Il faut réveiller l’antique vertu de générosité dont le vainqueur de Verdun donne l’exemple le plus symbolique [21] : « Donnons-nous à la France. Elle a toujours porté son peuple à la grandeur (p. 71 (…). Comptez pour le présent sur vous-mêmes et pour l’avenir sur les enfants que vous aurez élevés dans le sentiment du devoir » (p. 66). Pour ne pas céder à « la double tentation du gain immédiat et du minimum de peine » (p. 105), il faut, en effet, avoir le cœur « haut placé » et viser « haut » : « Seul le don de soi donne son sens à la vie individuelle en la rattachant à quelque chose qui la dépasse, qui l’élargit et la magnifie » (ibid.).

A ce titre, les mères de famille célébrées comme « dispensatrices de l’éducation (avant l’État) et comme inspiratrices de notre civilisation chrétienne » (p. 134) sont appelées à continuer à « donner à tous le goût du travail, le sens de la discipline, de la modestie, du respect qui fait les hommes forts » (ibid.).

Les jeunes, très tôt, doivent apprendre « à préférer aux plaisirs faciles les joies des difficultés surmontées » (p. 104) et à acquérir ténacité, « une qualité qui manque un peu aux Français » (p. 195), et loyauté : « Soyez des filles et des garçons francs et loyaux. Vous pouvez le faire même si vous êtes encore tout jeunes. Une bonne action a de la valeur à tout âge » (p. 196).

Enfin les hommes de la vie active, patrons ou ouvriers, grands et petits sont invités, dans ce retour à l’esprit chevaleresque, à bannir toute forme de fraude « qui, en rétablissant le privilège de l’argent » (p. 307) ou de l’intérêt [22], corrompt les mœurs : « On n’est pas un honnête homme si l’on n’est d’abord un homme loyal » (p. 196). Il est à remarquer que c’est un sévère avertissement que le chef d’État adresse aux responsables économiques : « C’est la moralité de notre pays qu’il faut relever, et une moralité élevée ne s’accommode pas de petites combinaisons, d’entorses quotidiennes à la loi, de profits illicites » (p. 125) ; « un chef d’industrie, un patron, pour mériter le commandement dont il est investi, doit se considérer comme ayant charge d’existences et même, en un certain sens, charge d’âmes » (p. 128).

De plus, cette recommandation de générosité faite de désintéressement et de dévouement est rendue d’autant plus nécessaire que les temps sont plus durs. C’est donc une forme d’appel au service et à la charité que formule le Maréchal toujours hanté par le sort des prisonniers et des victimes de guerre, « objet constant de ses pensées » (p. 72) : « Qu’une seule pensée de secours et de salut anime tous les membres de la grande communauté française ! Dans l’esprit d’entraide que ces temps de malheur ont fait renaître, dans cette union sincère, sans arrière-pensée, de toutes les bonnes volontés, il me semble voir poindre déjà l’aurore de la résurrection française » (p. 207).

En définitive, restaurer ainsi la générosité, c’est substituer à la revendication des droits le respect du devoir [23], c’est « cultiver le sens et l’amour de l’effort, part essentielle de la dignité de l’homme » (p. 104) et, à défaut d’obtenir « l’accord des pensées », c’est établir « la discipline des cœurs » (p. 319).

 

Susciter la confiance

 

Toutefois, ces magnifiques exhortations à la compétence et à la magnanimité ne peuvent prendre vie qu’à l’intérieur d’un climat de confiance. « Il me faut le concours cordial du pays. J’espère l’obtenir » (p. 174), répète souvent l’auteur des Discours aux Français.

A une heure particulièrement grave, où la liberté d’action et les possibilités d’initiative sont de plus en plus limitées au fur et à mesure du temps, le noble programme du chef de l’État se heurte à bien des difficultés et, pire, à bien des résistances. Plus qu’un chef militaire qui exige de ses soldats l’obéissance inconditionnelle à ses ordres [24], le Maréchal veut obtenir l’adhésion libre du peuple à son entreprise : « Au demeurant, cette révolution, pour être nationale, doit être l’œuvre de la nation. Elle exige de tous, à défaut d’enthousiasme que les circonstances ne favorisent pas, une adhésion sincère de l’esprit, une acceptation réfléchie des sacrifices » (p. 213).

Plus que le découragement bien compréhensible, c’est le scepticisme vis-à-vis de l’œuvre à accomplir qu’il faut prévenir : « L’inquiétude gagne les esprits ; le doute s’empare des âmes. Certains se demandent où est leur devoir [25] (…). Sachons surmonter le lourd héritage de méfiance légué par des siècles de dissensions et de querelles » (p. 165-166).

Toujours prompt à démêler l’écheveau des événements, le Maréchal recherche la raison des choses là où d’autres cherchent à avoir raison : « Le trouble des esprits n’a pas sa seule origine dans les vicissitudes de notre politique étrangère. Il provient surtout de notre lenteur à construire un ordre nouveau, ou plus exactement à l’imposer. La révolution nationale n’est pas encore entrée dans les faits parce que, entre le peuple et moi, qui nous comprenons si bien, s’est dressé le double écran des partisans de l’ancien régime et des serviteurs des trusts » (p. 166).

Et, de cette situation préoccupante où se mêlent les menaces conjuguées de « la hideuse guerre civile et du communisme avec sa barbarie païenne » (p. 321), le Maréchal, animé d’une invincible espérance, sait tirer une leçon salutaire, de portée universelle : « En 1917, j’ai mis fin aux mutineries. En 1940, j’ai mis un terme à la déroute. Aujourd’hui, c’est de vous-mêmes que je veux vous sauver. Rappelez-vous ceci :

« Un pays battu, s’il se divise, est un pays qui meurt. Un pays battu, s’il sait s’unir, est un pays qui gagne » (p. 172).

Par conséquent, à la prudence du gouvernant doit correspondre la confiance des gouvernés [26], même si à certains moments il y faut de la patience (qui n’est pas la lâcheté, mais « la forme la plus nécessaire du courage », p. 78), et de la lucidité (qui est l’assentiment de l’opinion, « assentiment encore plus nécessaire en régime d’autorité », p. 169). Tel était pour le chef de l’État français l’un des points les plus importants dans l’établissement de la constitution nouvelle : « Le circuit continu entre l’autorité de l’État et la confiance du peuple est, à mes yeux, le problème capital [27]. » D’où la condition suivante – « la première condition de la paix sociale est l’union des cœurs » (p. 228) – pour celui qui voulait rendre « tous les Français fiers de la France et la France fière de chaque Français » (p. 71).

 

Conclusion

 

Un an avant la sentence de sa condamnation, le 14 août 1944, dans un de ses derniers discours, le Maréchal affirmait : « Je pense surtout à l’avenir de la France. J’ai tracé dans mes messages les lignes générales d’une doctrine qui repose essentiellement sur les principes de l’unité française. Les événements ont pu en retarder ou en gêner l’application : ils ne sauraient en changer ni la vérité ni la valeur » (p. 339).

Tel est l’esprit de ces Discours du Maréchal Pétain [28] qu’un maître-mot résume, le devoir, le devoir d’état « librement consenti et courageusement accompli » (p. 362), comme il le confirmait à l’occasion de l’une de ses dernières conversations avant sa mort, avec une tonalité typiquement thérésienne : « Pour que la France se relève, il faut que chacun, là où il est, sans faire de grandes choses, fasse seulement son devoir, tout son devoir » (à mademoiselle Clotilde Madelin, le 4 juin 1949).

On mesure mieux dès lors la valeur du jugement d’époque formulé par le R.P. Garrigou-Lagrange : « Le Maréchal Pétain comprend la vocation chrétienne de la France, dans l’œuvre admirable de relèvement qu’il a entreprise sous une haute inspiration et avec un grand réalisme [29]. » N’est-ce pas d’ailleurs cette œuvre de grandeur et de sagesse [30], symbole de civilisation chrétienne, qui lui a valu et lui vaut encore l’opprobre universel [31] ?

Alors, à une époque où il est de bon ton de cultiver le « devoir de mémoire », il nous incombe, selon les propres termes de Mgr Lefebvre lors de son pèlerinage à l’île d’Yeu [32], « de restaurer la mémoire du Maréchal Pétain (…) et de tout faire et spécialement de prier pour que soit réhabilité l’honneur du Maréchal et que revive dans la France qu’il a tant aimée et servie l’idéal de restauration qu’il avait conçu pour elle ».



[1] — « Toute ma vie, j’ai poursuivi une longue plaidoirie contre cette effrayante injustice » n’a cessé d’affirmer le courageux et fidèle avocat du maréchal , maître Jacques Isorni, décédé le 8 mai 1995.

[2] — Message adressé à l’Association nationale Pétain-Verdun (avril 1987).

[3] — Discours aux Français, 17 juin 1940 – 20 août 1944, édition établie par Jean-Claude Barbas, Albin Michel, 1989. Par commodité, toutes nos références renvoient aux pages de cette édition (et non aux dates des discours). Concernant ces discours, qui pour la plupart ont été prononcés en public ou radiodiffusés en studio dans les conditions que l’on sait, voir également le très beau florilège établi par monsieur Jean Madiran sous le titre L’esprit de la Révolution nationale, paroles du Maréchal Pétain (dans Itinéraires, nº 11, automne 1992, p. 167 à 172).

[4] — Un exemple de cette qualité de raisonnement (de type cornélien avec dilemme, délibération, décision) nous est fourni par le Maréchal lorsqu’il expose aux Français les raisons qui l’ont conduit à signer l’armistice (p. 64-65). Rappelons que les œuvres de Corneille (expert ès raisonnements et maximes politiques) figuraient sur la table du poste de commandement du général Pétain à la veille de la bataille de Verdun (d’après Le Monde et la Vie hors série, spécial Pétain, 1965, p. 22).

[5] — Cité par Jacques Isorni dans Quatre années au pouvoir, La Couronne littéraire, 1949, p. 55.

[6] — A ce sujet, il est significatif de constater combien cette vision traditionnelle de la France, à la Barrès et à la Péguy, révulse Bernard-Henry Lévy : « (…) la petite patrie pétainiste, concrète et charnelle à souhait, pétrie de sang et de morts, dont on peut fouler le sol, humer les odeurs familières, contempler les cimetières et entendre les angelus (…) » (dans L’Idéologie française, Grasset, p. 224). Il est vrai que Bernard-Henry Lévy n’a pas la même « idée de la France » que le Maréchal…

[7] — « N’espérez pas trop de l’État. Il ne peut donner que ce qu’il reçoit », insiste souvent le chef de l’État (p. 66, 108, 115). Concernant les rapports entre l’État et les corps intermédiaires, voir les seize « Points de la communauté » (p. 363 à 365). Selon Marc Ferro (Pétain, Fayard, 1987, p. 138) pour ce texte, rédigé au début de 1941, les tuteurs du Maréchal sont le pape Pie XII et Charles Maurras.

[8] — « L’individualisme est venu se greffer sur notre goût naturel de l’indépendance, et a transformé une qualité certaine en un très grave défaut. L’indépendance peut parfaitement s’accommoder de la discipline, tandis que l’individualisme tourne inévitablement à l’anarchie, laquelle ne trouve d’autre correctif que le collectivisme » (p. 362 ; voir également p. 169).

[9] — Les idées sociales du Maréchal (opposées au libéralisme, au capitalisme « synonyme du règne de l’économique et de son immorale autonomie » et au socialisme, mais attachées à la notion des corporations, p. 356) ont une double origine, naturelle et religieuse : « Elles viennent du vieux fonds français où l’amour de la justice est toujours exigeant, mais fut toujours guidé par le sens de la mesure et l’instinct de la durée » (p. 136) ; « une des grandes nouveautés du christianisme a été d’apprendre à l’homme à accepter librement la nécessité du travail et à conférer au travail le plus humble une valeur spirituelle. Nous aspirons de tout notre cœur à restaurer cette valeur-là » (p. 356).

[10] — Là se manifestent le détachement et le désintéressement du Maréchal dont le projet, fondé sur des considérations intemporelles demeure à réaliser : « La France blessée, la France aveuglée se retrouvera, j’en ai la certitude (…). Puisse le chef qui vous aime et qui, pour vous, se tient encore debout sous l’orage (…) vous faire partager la grande espérance qui l’anime toujours et dont il demande à Dieu qu’il la réalise, même après sa mort, pour le salut de notre pays » (p. 261).

[11] — Voici un passage qui résume bien ce nouveau (ou ancien !) « réalisme » promu par le Maréchal : « Lorsque nos jeunes gens, lorsque nos jeunes filles entreront dans la vie, nous ne les abuserons pas de grands mots et d’espérances illusoires ; nous leur apprendrons à ouvrir les yeux tout grands sur la réalité.

« Nous leur dirons qu’il est beau d’être libre, mais que la “liberté” réelle ne peut s’exercer qu’à l’abri d’une autorité tutélaire, qu’ils doivent respecter, à laquelle ils doivent obéir.

« Nous leur dirons ensuite que l’“égalité” est une belle chose, sur certains plans et dans certaines limites ; mais que, si les hommes sont égaux devant la mort, s’ils sont égaux devant Dieu, s’il appartient à une société civilisée de les rendre égaux devant la loi et de leur accorder, devant la vie, des chances égales, ces diverses sortes d’égalité doivent s’encadrer dans une hiérarchie rationnelle, fondée sur la diversité des fonctions et des mérites, et ordonnée, elle aussi, au bien commun.

« Nous leur dirons enfin que la “fraternité” est un idéal magnifique, mais que dans l’état de nature où nous voici retombés, il ne saurait y avoir de fraternité véritable qu’à l’intérieur de ces groupes naturels que sont la famille, la cité, la patrie » (p. 355).

[12] — Le Maréchal qui « place sa confiance en ceux qui, aux places les plus modestes, accomplissent avec fermeté leur devoir dans la discipline du travail bien fait » (p. 135) a toujours défendu « la priorité des devoirs sur les droits » (p. 187) en vue de préparer « le règne d’une saine justice sociale » (ibidem).

[13] — Cette attirance pour les réalités les plus humbles ou les situations les plus rudes nous valent les pages les plus chaleureuses, parfois les plus poétiques (p. 66, 106, 240) de l’écrivain Pétain, à l’image de Frédéric Mistral à qui il rendit un fervent hommage : « Je vois en lui l’évocateur sublime de la France nouvelle que nous voulons instaurer, en même temps que de la France traditionnelle que nous voulons redresser » (p. 80).

[14] — Empruntant une formule à Montaigne, le Maréchal se réjouit que « la jeunesse ait raidi ses muscles et son âme », que la « pureté, l’idéal, l’esprit de sacrifice s’imposent chaque jour avec plus de force, plus de rayonnement » (p. 145) tout en veillant aux excès : « Les projets actuels du ministre de la Jeunesse visent à rendre à la race française santé, courage, discipline. Mais le sport pratiqué exclusivement ou avec excès pourrait conduire à un certain appauvrissement humain » (p. 352).

[15] — « Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent, / Ouvrier estimé dans un art nécessaire, / Qu’écrivain du commun et poète vulgaire » (Art poétique, chant IV, v. 26 à 28).

[16] — Ni « école unique », ni « jeunesse d’État » (p. 237 : « Or l’école est le prolongement de la famille. Elle doit faire comprendre à l’enfant les bienfaits de l’ordre humain qui l’encadre et le soutient. Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la patrie. Elle doit lui enseigner le respect des croyances morales et religieuses, en particulier de celles que la France professe depuis les origines de son existence nationale » (p. 151-152). Rappelons que la paix religieuse fut assurée en France grâce à une loi du 3 septembre 1940 qui mettait fin à l’interdiction d’enseigner frappant, depuis la loi du 7 juillet 1904, les membres de toute congrégation. (Cf. Antoine Murat, Le Catholicisme social en France, Bordeaux, Ulysse, p. 154.)

[17] — Retrouvant une longue tradition de Virgile à Pourrat via La Fontaine, la terre représente aux yeux du chef de l’État une valeur-étalon réelle et sûre par rapport à la « fiction des signes monétaires » (p. 357) et à la « féodalité des temps modernes, l’argent » quand il est confisqué par un « capitalisme égoïste et aveugle » (p. 167) : « La terre, elle, ne ment pas » (p. 66). Quant à l’agriculteur, s’il doit être honoré « à l’égal du soldat » (p. 126), c’est qu’il constitue l’archétype de l’homme sage, à la fois libre et soumis, intermédiaire entre la prudence de la terre et la Providence du ciel : « Le travail à la terre exige des qualités de décision, ainsi que des dons d’observation et de prévision, car le labeur du paysan ne trouve pas toujours, comme celui de l’ouvrier, la récompense qu’il mérite, et cette récompense n’est jamais immédiate. Plusieurs mois séparent le labour de la récolte, pendant lesquels il faut vivre d’espérances. Rien n’est certain aux champs » (p. 126).

[18] — D’où le « style Pétain » fait tout à la fois de concision et de simplicité selon ses propres principes, inspirés de Buffon et de Rivarol : « Il faut être simple et avare, c’est le meilleur moyen. Voici ce que je veux : une idée centrale qui soutient le texte d’un bout à l’autre, des paragraphes peu nombreux, proportionnés à leur importance. Pour les phrases, le sujet, le verbe, le complément, c’est encore la façon la plus sûre d’exprimer ce que l’on veut dire (…). Si la pensée est en ordre, les phrases s’emboîtent d’elles-mêmes » (p. 27). Le Maréchal, qui prenait un grand soin à rédiger ses discours ou à corriger les ébauches qui lui étaient soumises par quelques-uns de ses meilleurs collaborateurs (cf. le dossier établi sur ce point par J.L. Barbas, p. 24 à 39), vouait un grand intérêt à la culture et à la langue françaises : « La langue française a une universalité attachée à son génie. Ce n’est pas sans raison que nous nous sommes plu à donner au suprême couronnement de nos études le beau nom d’Humanités » (p. 351). Donnons comme exemple de ce bon goût pour la précision des mots cette formule du Maréchal qui se souvient de Rabelais : « Appliquons à chaque cas la vieille règle qui subordonne l’individuel au collectif ou, comme dit notre vieille langue, le « propre » au « commun » (p. 224).

[19] — Le R.P. Sertillanges avait salué dans « la charte du travail » « un effort méritoire vers la réalisation de la doctrine sociale catholique » (cité par Xavier Vallat dans La Croix, les lys et la peine des hommes, Bordeaux, Ulysse, p. 261). Même opinion des cardinaux et archevêques réunis en assemblée le 23 décembre 1941 : la charte est « trop conforme à la doctrine sociale de l’Église pour ne pas rallier les suffrages de tous les catholiques » (cité par l’amiral Auphan dans Histoire élémentaire de Vichy, France-Empire, 1971, p. 110).

[20] — En plus du savoir-faire, le Maréchal entend promouvoir aussi le savoir : « Sœur cadette des Humanités, mais non moins riche de réalisations et de promesses, la science libre et désintéressée occupera une place éminente dans la France libre (…). Nous favoriserons, entre nos savants et nos industriels, une coopération féconde et, sans abaisser le niveau de notre enseignement supérieur, nous nous efforcerons d’orienter dans un sens plus réaliste la formation de nos ingénieurs, de nos médecins, de nos professeurs eux-mêmes » (p. 35).

[21] — « Sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur » (p. 57). Sur la carrière militaire du Maréchal, voir les maîtres-livres du général Le Groignec : Pétain, gloire et sacrifice, Nouvelles Éditions latines, 1991, et Le Maréchal et la France, NEL, 1994.

[22] — Cependant l’État ne renonce ni au « moteur puissant qu’est le profit », ni aux réserves « que l’épargne accumule » (p. 70). Selon les mots justes de R.H. Sauvannet (dans Fideliter, nº 22, juillet-août 1981, p. 55), « c’est l’éloge du labeur et de sa légitime récompense. Dans une France rénovée, l’argent ne peut être que le salaire de l’effort ».

[23] — « Le vrai patriotisme ne saurait s’exprimer que par une fidélité totale. On ne compose ni avec son devoir ni avec sa parole » (p. 325) « La base, c’est l’honneur et la conscience du devoir accompli » (p. 265).

[24] — En fait, le Maréchal, comme Salazar, estime « qu’une révolution ne se fait pas seulement à coups de lois et de décrets » (p. 93) et « qu’il est vain de transformer les institutions si on ne transforme pas les âmes » (p. 301) puisque « les institutions ne valent que par l’esprit qui les anime » (p. 93). « La loi ne saurait créer l’ordre social, elle ne peut que le sanctionner, dans une institution, après que les hommes l’ont établi » (p. 110).

[25] — Et le Maréchal qui reconnaît, dans son dernier message, « qu’il n’est pas difficile de faire son devoir s’il est parfois malaisé de le connaître » (p. 341), de préciser les signes distinctifs du devoir national : « Le chemin de l’honneur et les voies de l’ordre. » (ibidem) C’est pourquoi, si en matière de politique extérieure le chef de l’État use volontiers de l’impératif en exigeant l’obéissance confiante de ses subordonnés (p. 80, 95, 296), il souhaite, pour son programme de politique intérieure (« œuvre immense qui exige autant de volonté que de patience » p. 165), recueillir comme gage d’efficacité la conviction raisonnée des Français (p. 218) : « Une révolution ne s’accomplit que si la nation la comprend et l’appelle, que si le peuple accompagne le gouvernement dans la voie de la rénovation nécessaire » (p. 93).

[26] — Rappelons en fait que le programme de politique intérieure baptisé « révolution nationale » que le Maréchal semble parfois, dans ses discours, proposer plutôt qu’imposer aux Français (voir par exemple p. 165), même s’il essaie surtout, malgré les circonstances tragiques, de l’établir dans les faits (témoin le travail législatif accompli, la charte du travail, la corporation paysanne, l’ordre des médecins, etc.), relève non pas de l’opinion libre de chacun (p. 154) mais de l’autorité de l’État, « laquelle ne vient plus d’en bas » (p. 169). C’est pourquoi la volonté affirmée par l’ancien professeur à l’École de guerre, avec beaucoup de magnanimité, de convaincre les Français au lieu de les contraindre, n’autorise pas ces derniers à se soustraire au plus élémentaire sentiment de confiance et de reconnaissance, voire même au devoir de soumission. Et là encore c’est bien un rappel à l’ordre qui, en fin de compte, s’avère nécessaire : « Il me faut votre foi, la foi de votre cœur, la foi de votre raison. Il me faut votre sagesse et votre patience : vous ne les acquerrez que dans la discipline que je vous impose » (p. 145, 117).

[27] — Et l’auteur de la charte du travail de préciser : « Ce problème capital met en jeu l’organisation de la représentation et la vie des groupements au sein desquels devront se former les élites (…). Ainsi se dégageront les hiérarchies, les responsabilités, les compétences. Il ne suffira donc plus de compter les voix : il faudra peser leur valeur » (p. 199).

[28] — Et l’on sait que pour le vainqueur de Verdun il n’y a dans ses paroles ni démagogie, ni logomachie : « Pour moi les mots n’ont de valeur que s’ils sont consacrés par des actes » (cité par Georges Blond dans Pétain, Presses de la Cité, 1966, p. 141).

[29] — Seule garantie d’une paix juste dans une France réconciliée, cum prudentia et pietate : « A cette paix je n’ai cessé de penser depuis deux ans et de préparer les voies qui doivent y conduire : la famille fortifiée et honorée, des œuvres de jeunesse créées et développées ; la charte du travail, où j’ai voulu de tout mon amour unir les classes au lieu de les opposer ; la recherche et le respect de toutes les valeurs spirituelles, pour que la vie ait un but et une forme, où le cœur et l’esprit s’accordent pour créer une France nouvelle » (p. 292-293).

[30]La Revue universelle, nouvelle série nº 7, 10 avril 1941, p. 409.

[31] — Constatons de plus qu’au procès inique de 1945 s’est ajouté aujourd’hui, cinquante ans plus tard, un « procès posthume » selon les termes de maître J.M. Varaut (dans Le Procès Pétain, 1945-1995, Perrin, 1995, p. 412 à 536).

[32] — Dans Maréchal nous voilà, « pour la justice et la vérité », Robert de Périer, ANPV, 1992, p. 199. Voir également les deux très beaux numéros spéciaux consacrés cet été à la mémoire de Maître Isorni et au cinquantième anniversaire de la condamnation du Maréchal Pétain : Le Maréchal, revue de la ADMP (6, rue de Marengo – 75001 Paris), et L’Appel de Douaumont, bulletin de l’ANPV (13, rue du Roi-Albert – 44000 Nantes).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 15

p. 170-+182

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