Les premiers adorateurs
par le frère Th.-M. Thiriet O.P.
A la demande du pape Urbain IV, saint Thomas d’Aquin, alors à l’apogée de son génie, composa sur les quatre Évangiles une chaîne formée des textes des pères grecs et latins, qui reçut bientôt le nom de Catena aurea, Chaîne d’or. Ce travail a servi de base au livre du père Thiriet dont nous donnons ici un extrait.
Le Sel de la terre.
La Vierge Marie
Quels sentiments devons-nous avoir en face de ce grand et doux mystère, en face d’un Dieu devenu le frère de l’homme, le fils de l’homme, la victime et la rançon de l’homme ? « Je sens, dit saint Basile, mon cœur fleurir, et en mon esprit des sources surgir ; cependant ma langue est pauvre, ma parole impuissante pour exprimer une si grande joie. »
« Éloignons une curiosité inquiète à l’égard de ce que nous ne pouvons comprendre, à l’égard de ce qui a été passé sous silence, et goûtons ce que la foi nous fait atteindre ; joignons-nous à ceux qui les premiers, avec grande joie, ont reçu le Seigneur descendant du ciel. »
« Rappelons-nous ces bergers recevant la lumière, ces pontifes ornés du don de prophétie, ces femmes remplies de joie, Marie recevant de l’ange l’invitation à se réjouir, Élisabeth tressaillant [de joie] avec l’enfant qu’elle porte en son sein, Anne publiant partout la bonne nouvelle, Siméon recevant le Sauveur en ses bras, tous adorant dans ce petit enfant le Dieu du ciel [1]. » Les premiers adorateurs sont pour nous le modèle des sentiments que nous devons avoir à l’égard de Jésus enfant. La dévotion à Jésus enfant est précieuse : nous pouvons la former en nos cœurs en prenant modèle sur eux. Ils sont nombreux, de toute classe, afin de donner des modèles à tous. La Vierge Marie est le modèle qui se présente le premier, le plus parfait et, malgré sa perfection, le plus accessible à tous. Quelles étaient ses dispositions à l’égard de Jésus enfant ? Nous ne les connaissons que par deux versets de saint Luc ; mais que de choses en ces deux versets ! « Marie conservait toutes ces paroles, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Et après le cantique de Siméon : « Son père et sa mère étaient dans l’admiration de toutes les choses que l’on disait de lui. » (Lc 2, 19)
La science de Marie
Marie en savait sur Jésus plus qu’aucune autre intelligence créée : elle avait été initiée aux secrets de Dieu ; elle avait reçu la visite des anges ; elle avait été visitée par l’esprit prophétique ; elle avait une science reçue directement de Dieu ; elle avait vu les événements s’accomplir comme ils avaient été annoncés ; et, au lieu de se confiner dans sa science supérieure, volontiers elle apprend de tous ceux qui par leurs actes ou leurs paroles peuvent donner une lumière sur son enfant ; à l’exemple de Jésus-Christ, elle joint une science expérimentale à la science infuse qu’elle possède : et sa foi qu’elle a reçue directement de Dieu, elle ne refuse pas de la fortifier par le témoignage des bergers [2].
« Elle qui avait enfanté Dieu, elle avait le désir de connaître Dieu de plus en plus [3]. »
Les sentiments les plus complexes se pressaient dans son cœur. « Qui pourrait nous indiquer, ô bienheureuse Vierge, lui dit saint Fulgence, quels étaient, au milieu des soins dont vous l’entouriez, les sentiments de votre cœur ? Vous voyiez en lui un enfant né de vous et le Dieu infini, en lui une nature créée et le Créateur, un être faible et le fort par excellence, un enfant qui avait besoin de recevoir de vous sa nourriture et celui qui nourrit tout être vivant, un enfant sans parole et celui qui enseigne les anges. Qui pourrait nous révéler les pensées secrètes de votre cœur quand vous l’adoriez comme votre Dieu et que vous l’embrassiez comme votre enfant [4] ? »
Et elle gardait toutes ces choses en son cœur, afin d’en nourrir sa vie intérieure, et afin de les dire quand le moment serait venu, « quand Jésus le voudrait et comme il le voudrait, dit Bède [5] ». Il est facile, à cette remarque de saint Luc, de voir quelle est la source à laquelle il puise ces documents, la Vierge Marie elle-même.
Elle les méditait et, en les comprenant, « elle voyait, dit Tite de Bostres, combien tout s’accordait à établir que celui qui était né d’elle était vraiment le Fils de Dieu [6] ».
Elle comparait toutes ces choses, et elle voyait de plus en plus combien elles étaient harmonieuses ; elle les comparait avec les prophéties qui en avaient été faites, et elle voyait que l’accomplissement dépassait ce qui avait été annoncé ; elle les considérait dans les effets que déjà elles produisaient dans les âmes, et elle voyait combien elles étaient dignes du Sauveur ; elle les comparait avec les perfections divines, et elle voyait combien elles étaient dignes de Dieu. Elle étudiait surtout son Fils : elle méditait ses abaissements, ses états, ses actes, et, quand il parla, ses paroles. « Considérez, dit un père de l’Église, cette femme très prudente, mère de la vraie sagesse, comme elle se met à l’école de son fils : car ce n’était pas un enfant, ni un homme, mais un Dieu qu’elle étudiait ; pour elle, toutes ses œuvres et toutes ses paroles étaient divines et, à cause de cela, elle ne laissait tomber aucun de ses actes, aucune de ses paroles ; après avoir conçu le Verbe dans ses entrailles, elle s’appliquait à concevoir en son cœur tout ce qui venait de lui, ses manières d’être et ses paroles, leur donnant en elle une seconde vie ; elle jouissait déjà dans le présent d’une partie de ces choses et, pour les autres elle s’en remettait à l’avenir pour lequel elles contenaient des promesses [7]. »
Elle ne se lassait point de les repasser sans cesse dans son cœur, car, quand on aime, tout ce qui nous a ravis nous apparaît toujours nouveau.
L’adoration de Marie
Et pour le moment présent Marie adorait. Quem genuit adoravit, Celui qu’elle avait engendré, elle l’adora, chante l’Église.
Qu’elle fut parfaite, cette adoration de Marie ! Elle se trouvait en face du Fils de Dieu, en face de Dieu pour la première fois substantiellement présent sur terre, du Verbe de Dieu se rendant accessible, tangible, saisissable par cette chair que l’Esprit-Saint avait formée en elle. Elle se rappelait le mode merveilleux selon lequel avait été formée cette humanité de son Fils, l’action de l’Esprit-Saint et les dons qui l’avaient accompagnée. De cette naissance elle remontait aux merveilles de la génération éternelle, à cette naissance dans les splendeurs des saints ; et le fruit de cette génération éternelle, elle le possédait, le touchait, elle était chargée de veiller sur lui. Quelle adoration répondait à cette présence de Dieu sur terre !
Jusqu’où peuvent aller dans le cœur de l’homme le sentiment de l’infini et la profondeur de l’hommage qui lui est rendu ? C’est le cœur de Jésus adorant son Père qui pourrait répondre à cette question, et après lui le cœur de Marie adorant Jésus.
« Ainsi donc ce nouveau-né était celui-là même qui autrefois avait créé le monde et préexistait à tous les mondes : il était couché dans une crèche et il était porté sur les ailes des chérubins ; il n’avait pas trouvé de place dans l’hôtellerie et il préparait aux siens des tabernacles éternels ; il était caché dans une caverne et il était révélé par une étoile ; il acceptait les présents des mages et il payait la dette du péché ; Siméon le tenait dans ses bras et lui-même portait dans sa main l’univers ; les bergers le voyaient enfant et les anges le contemplaient glorieux dans le ciel ; et la Vierge, la très sainte Mère du Maître de toutes choses, conférait sur tout cela avec elle-même, ainsi qu’il est écrit, et de cet amoncellement de merveilles, sa joie et son admiration allaient toujours croissant : celui qui était son Fils était son Dieu. »
« Comment vous appellerai-je ? lui disait-elle. Homme ? Mais votre conception est divine. Dieu ? Mais vous êtes revêtu de notre chair. Que ferai-je pour vous ? Vais-je vous nourrir de mon lait ou vous glorifier ? Vous entourer de soins comme une mère ou vous adorer comme une servante ? Vous baiser comme mon Fils ou vous prier comme mon Dieu ? Dois-je vous donner du lait ou de l’encens ? Quel mystère inénarrable ! Le ciel vous sert de trône et vous reposez dans mes bras ! Vous êtes tout entier aux habitants de la terre et vous n’avez pas privé le ciel de votre présence [8] ! »
L’humilité fut un des caractères de l’adoration de Marie. Plus une âme est élevée en lumière et en grandeur, plus elle a le pouvoir infiniment précieux de s’abaisser devant la grandeur infinie. Marie se trouvait en face d’un Dieu, et d’un Dieu humilié : elle avait l’ambition de le relever par son humilité de toutes ses humiliations, au moins d’y participer. Sans doute, elle ne pouvait pas lutter d’humilité avec lui ; quelle que fut son humilité, l’humilité de son Fils était infiniment plus profonde que la sienne ; s’humiliant donc de ne pouvoir s’humilier autant que lui, elle entrait dans le mouvement de son humilité, et avec lui elle adorait Dieu. Elle savait que son humilité avait plu à Dieu ; elle s’y plongeait de plus en plus pour répondre aux dons de Dieu ; et jouissant de ces dons, elle s’humiliait de ne pouvoir acquitter la dette de sa reconnaissance. Elle s’humiliait devant son Fils de ne pouvoir l’adorer comme il méritait d’être adoré.
Et maintenant quand nous nous trouvons en face de l’eucharistie, nous devons avoir, autant que cela nous est possible, ces sentiments de la Vierge Marie. Jésus-Christ y continue les humiliations de son incarnation : il adore son Père et s’humilie devant lui. Nous devons adorer comme Marie et avec Marie, et avec elle nous humilier de savoir si peu adorer une telle grandeur.
Reconnaissance de Marie
Elle avait pour lui de la reconnaissance, une reconnaissance infinie. Elle possédait celui qui l’avait créée, celui en qui réside tout bien, celui vers qui soupire tout cœur humain, celui qui est la sainteté infinie. Elle pouvait le presser sur son sein, et avec lui, en lui, elle était sûre de posséder tout : comment Dieu, lui ayant donné son Fils, ne lui aurait-il pas tout donné avec lui ?
Son Fils était à elle autant et plus encore qu’un enfant ordinaire n’appartient à sa mère ; et, dans cet enfant qui était à elle, elle rencontrait toute grandeur : les mères ordinaires sont souvent portées par leur amour à adorer leur enfant, ce qui constitue une aberration aussi fâcheuse à la mère qu’à l’enfant ; Marie pouvait adorer : elle adorait et son adoration lui faisait du bien.
Toute joie que peut goûter un cœur humain était entrée dans son cœur. Jésus qu’elle possédait était tout pour elle. « Comment vous appellerai-je, vous qui tenez à moi par tant de liens ? Mon fils, mon frère, mon époux, mon maître et mon Dieu ? Je suis votre sœur, car David est notre ancêtre commun ; votre mère, car vous avez été formé de ma chair ; votre épouse, puisque j’ai été sanctifiée par votre grâce ; votre servante et votre fille, puisque vous m’avez régénérée par votre sang [9]. »
Par lui, par cette naissance qui faisait d’elle sa mère, sa pureté, sa sainteté, sa grâce s’étaient accrues dans une mesure infinie et avaient reçu un caractère nouveau : elle se trouvait transplantée dans un ordre à part, où ses rapports avec son Fils et avec Dieu étaient uniques.
Tout cela lui venait d’un don gratuit de Dieu, quelle reconnaissance en son cœur !
Cette possession de Jésus, cette adoration de Jésus qui constituaient déjà une religion si parfaite, aboutissaient à l’acte parfait de la religion, à l’oblation. Avec empressement Marie soumit son Fils à la cérémonie de la circoncision et de la présentation au Temple : elle savait qu’il était la vérité préfigurée par ces rites. Avec le même esprit de religion, elle avait offert son enfant à Dieu, où plutôt s’était unie à son offrande au premier moment où elle le posséda, et au premier moment où elle put l’adorer. Elle savait que la destinée de cet enfant était pleine de mystères, et elle voulait que la volonté de Dieu s’accomplît en lui et en elle ; et elle l’offrit, elle s’offrit avec lui pour cela : l’âme de Marie était éminemment sacerdotale.
Simplicité de Marie
Et tous ces grands actes, ces grands sentiments s’unissaient en Marie à la plus grande simplicité. « Ceux qui s’ennuient pour Jésus-Christ, dit Bossuet, et rougissent de lui faire passer sa vie dans une si étrange obscurité, s’ennuient aussi pour la sainte Vierge et voudraient lui attribuer de continuels miracles. Mais écoutons l’Évangile : Marie conservait toutes ces choses en son cœur (…). Marie méditait Jésus [10]. »
Dieu, pour relever ces mystères, les rendre encore plus grands, pour montrer avec quelle facilité il les accomplissait, pour nous montrer aussi qu’ils devaient pénétrer en toute vie, même la plus commune, voulait qu’ils s’alliassent à la plus entière simplicité ; et la Vierge Marie, entrant dans les desseins de Dieu, les accomplissait avec simplicité, et cette simplicité était une perfection nouvelle qui s’ajoutait à sa vertu et la rendait achevée. « La simplicité, dit le père Faber, est le plus haut degré d’imitation de la nature divine où l’âme puisse arriver. Elle indique déjà cette grande victoire de la grâce où l’oubli de soi-même n’exige plus d’effort, mais est devenu comme une seconde nature [11]. » Marie, ignorant tout retour sur elle-même allait à Dieu avec la simplicité et la promptitude du rayon de lumière. Elle jouissait de Jésus avec simplicité : il était le don de Dieu. Avec la même simplicité elle l’offrait pour le sacrifice : il était venu pour cela. Avec la même simplicité elle recevait le glaive qui lui transperçait le cœur ; c’était un honneur pour elle et une joie d’être associée à son sacrifice. Jésus-Christ seul a donné aux âmes le secret de monter aux plus sublimes hauteurs, de recevoir les grâces les plus précieuses, de prendre part aux plus grandes choses, et de demeurer simples.
Silence de Marie
Et c’était cette simplicité, et aussi le respect qu’elle avait des choses de Dieu, l’admiration dans laquelle la plongeait la grandeur des œuvres divines, qui lui faisaient garder le silence.
Elle savait qu’elle n’avait pas mission pour révéler le secret de Dieu : aussi, pendant qu’autour d’elle on glorifiait Dieu, elle gardait le silence. « Je ne sais, dit Bossuet, s’il ne vaudrait pas peut-être mieux s’unir au silence de Marie que d’en expliquer le mérite par nos paroles. Car qu’y a-t-il de plus admirable, après ce qui lui a été annoncé par l’Ange, après ce qui s’est passé en elle, que d’écouter parler tout le monde, et demeurer cependant la bouche fermée ? Elle a porté dans son sein le Fils du Très-Haut, elle l’en a vu sortir comme un rayon de soleil d’une nuée, pour ainsi dire pure et lumineuse. Que n’a-t-elle pas senti par sa présence ? et si, pour en avoir approché, Jean dans le sein de sa mère a ressenti un tressaillement si miraculeux, quelle paix, quelle joie divine n’aura pas senties la sainte Vierge à la conception du Verbe que le Saint-Esprit formait en elle ? Que ne pouvait-elle donc pas dire elle-même de son cher Fils ? Cependant elle le laisse louer par tout le monde ; elle entend les bergers, elle ne dit mot aux mages qui viennent adorer son Fils, elle écoute Siméon et Anne la prophétesse, elle ne s’épanche qu’avec Élisabeth dont sa visite avait fait une prophétesse, et, sans ouvrir seulement la bouche avec les autres, elle fait l’étonnée et l’ignorante (…). Aussi humble que sage, Marie se laisse considérer comme une mère vulgaire, et son Fils comme le fruit d’un mariage ordinaire.
« Les grandes choses que Dieu fait au-dedans de ses créatures opèrent naturellement le silence, le saisissement et je ne sais quoi de divin qui supprime toute expression. Car que dirait-on, et que pourrait dire Marie, qui pût égaler ce qu’elle sentait [12] ? »
C’était donc un silence d’admiration et d’adoration. « Son père et sa mère étaient dans l’admiration de ce qui se disait de lui » (Lc 2, 32). « C’est un sentiment intime de l’âme qui, pénétrée et surmontée de la grandeur, de la magnificence, de la majesté des choses qu’elle entend, après peut-être quelque effort tranquille pour s’en exprimer à elle-même la hauteur, reconnaît enfin qu’elle ne peut pas même concevoir combien elles sont incompréhensibles, supprime toutes ses pensées, les reconnaissant toutes indignes de Dieu, (…) et demeure en silence devant Dieu, sans pouvoir dire un seul mot, si ce n’est peut-être avec David qui s’écrie : Tibi silentium laus : le silence seul est votre louange (…). Il n’appartient qu’à vous seul de vous louer. Ainsi mon âme étonnée, confuse, interdite, demeure en silence devant votre face. Son étonnement se tourne en amour, mais dans un amour éperdu, qui, sentant qu’on ne peut pas même vous aimer assez, se perd dans vos immenses grandeurs comme dans un abîme qui n ’a point de fond (…).
« Il y a dans l’admiration une ignorance soumise qui, contente de ce qu’on lui montre des grandeurs de Dieu, ne demande pas d’en savoir davantage ; et, perdue dans l’incompréhensibilité des mystères, les regarde avec un saisissement intérieur, également disposée à voir et à ne voir pas (…). Cette admiration est un amour (…). On se tait alors, parce qu’on ne sait comment exprimer sa tendresse, son respect, sa joie, ni enfin ce qu’on sent de Dieu : et c’est dans le ciel le silence d’environ une demi-heure : silence admirable, et qui ne peut durer longtemps dans cette vie turbulente et tumultueuse [13]. »
« Il n’y a de bien véritable que ce qu’on goûte seul à seul dans le silence avec Dieu (…). Taisez-vous, ma bouche, n’étourdissez pas mon cœur qui écoute Dieu [14]. »
Mais que d’actes, « et combien de grâces étaient renfermées dans cet étonnement sacré : un recueillement très profond, une secrète attention à ce qui se passe, une attente respectueuse de je ne sais quoi de grand et de relevé qui se prépare, une dépendance absolue des desseins cachés de Dieu, un abandon aveugle à sa grande et occulte Providence [15] ».
Et ce silence de Marie est un effet du silence de Jésus. Jésus est le Verbe de Dieu et Jésus se tait, et il associe la Vierge à son silence. « Il tire sa mère à soi dans son propre silence, et il absorbe en sa divinité toute parole et pensée de sa créature. Aussi est-ce une merveille de voir qu’en cet état de silence et d’enfance de Jésus, tout le monde parle et Marie ne parle point, le silence de Jésus ayant plus de puissance de la tenir en un sacré silence, que les paroles ni des anges, ni des saints n’ont de force à la mettre en propos et à la faire parler de choses si dignes de louanges, et que le ciel et la terre unanimement célèbrent et adorent [16]. »
« Apprenons, dit saint Ambroise, cette chasteté de la Vierge, qui se fait sentir partout, dans ses paroles aussi bien que dans ses pensées, et qui lui donne de ruminer dans sa pureté les preuves de la foi [17]. »
Et toutefois sa contemplation silencieuse ne l’empêchait pas de le servir. Elle s’était dite la servante de Dieu au jour de l’Annonciation ; c’était maintenant pour elle le moment de le servir : avec quelle joie, quel amour, quelle vénération elle lui donnait ses services. Elle est le modèle parfait, non seulement des âmes contemplatives, mais aussi des âmes appelées à la vie active.
Les anges
Avec Marie et Joseph nous trouvons au berceau du Sauveur les anges. Ils s’empressent de venir annoncer aux bergers l’heureux événement et avec amour ils louent Dieu pour le don qu’il a fait à la terre, don qui est aussi pour eux, car le Sauveur qui vient de naître rétablit l’unité dans la création.
« Il y avait là dans la campagne des bergers qui passaient la nuit, veillant tour à tour sur leur troupeau.
« Et voilà qu’un ange du Seigneur se tint devant eux, et une clarté céleste les environna, et ils furent remplis d’une grande crainte.
« Et l’ange leur dit : Ne craignez pas, car je vous annonce une grande nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie.
« C’est qu’aujourd’hui, dans la cité de David, un Sauveur vous est né qui est le Seigneur Christ »(Lc 2, 8-11).
Elle est belle par elle-même, l’armée des anges ; et par ses dons brillants, par ses gloires, ses joies, sa multitude, elle glorifie Dieu. Les hommes élevant leur regard au-dessus de la création matérielle ont soupçonné l’existence d’un autre monde, le monde des esprits, plus vaste que celui que nous voyons. La sainte Écriture nous a fourni des données positives sur ce monde des anges. Elle nous les a montrés se tenant par milliers de milliers devant la face de Dieu et par milliers de milliers servant Dieu. Elle nous les a montrés descendant vers les hommes pour leur apporter les bienfaits de Dieu, et remontant vers Dieu pour lui offrir les prières des hommes. Elle nous les a montrés s’intéressant aux affaires des hommes et venant les assister. Ils nous sont apparus avec une nature et une puissance bien supérieures à celles de l’homme, plus brillants que les étoiles, plus purs que la lumière, plus nombreux que les astres du ciel : ils nous ont été une révélation de Dieu, de sa nature spirituelle, de sa pureté, de sa puissance (Dn 7, 10).
Bien qu’ils dépassent toute imagination et toute conception que nous pouvons nous former d’eux, nous nous sentons attirés vers eux comme vers des frères aînés, à vivre dans leur société, à leur ressembler et, quand nous rencontrons des âmes qui s’élèvent au-dessus des vulgarités de la terre, nous les appelons angéliques.
Eux se penchent avec amour vers les hommes. Plusieurs des pensées saintes qui visitent notre esprit viennent d’eux, et Jésus-Christ nous a appris que chacun de nous avait à sa garde un de ces esprits célestes qui, en veillant sur nous, ne cessait de voir le visage de Dieu. Ils aspirent à voir les vides que la défection d’une partie d’entre eux a faits dans le ciel comblés par les hommes, et cela peut-être par humilité, certainement par bonté, et plus sûrement encore par zèle pour la gloire de Dieu [18].
Cette fraternité qui relie les anges et les hommes malgré leurs différences de nature s’affirme au berceau de Jésus enfant, et c’est le doux enfant qui en est le lien.
Les anges et l’incarnation
Le grand mystère de l’incarnation leur avait été révélé, et il est probable que leur épreuve avait été l’acceptation de cette révélation [19], avec les devoirs qui en découlaient, l’adoration de celui qui avait revêtu une nature au-dessous d’eux. Cette scène dans laquelle saint Paul nous montre Dieu introduisant son Fils dans la création et réclamant pour lui les adorations des anges s’est peut-être passée dès le commencement du monde angélique : Lucifer n’aurait point accepté cette humiliation de reconnaître pour son Dieu celui qui avait revêtu la forme humaine, et il aurait été suivi dans sa révolte par beaucoup (He 1, 6).
Les anges fidèles s’étaient soumis et, à mesure qu’ils pénétraient, comme les représente saint Pierre, dans l’intelligence de ce mystère, ils en admiraient la beauté, la sagesse, la miséricorde ; ils voyaient l’homme sauvé, Dieu glorifié, et l’union du Verbe avec la créature faisant rejaillir sur toute la création, sur le monde des esprits aussi bien que sur le monde matériel, une noblesse et des joies nouvelles (1 P 1, 12).
Aussi était-ce une joie et un honneur pour eux d’être employés au grand œuvre de Dieu, à l’œuvre de l’incarnation et de la rédemption.
C’était un honneur pour Raphaël d’avoir été envoyé pour accomplir les fonctions de guide et de médecin : en cela il avait une ressemblance avec celui qui devait venir. C’était un honneur pour l’archange Michel d’avoir été député comme le gardien officiel de l’humanité du Sauveur, et plus tard le défenseur de son Église. Mais le rôle qui paraissait grand, enviable entre tous, était celui de Gabriel ; de Gabriel qui avait annoncé au prophète Daniel l’époque exacte du grand événement, qui avait été le messager de Dieu auprès de Zacharie pour lui annoncer la naissance du précurseur, qui avait été l’ambassadeur de Dieu auprès de la Vierge Marie pour lui demander sa participation au grand mystère et lui avait adressé cette salutation qui s’est retrouvée sur tant de lèvres, qui pendant neuf mois avait été le dépositaire du secret divin, se contentant d’en murmurer à l’oreille de saint Joseph ce que Dieu voulait qu’il lui fût révélé. Pendant neuf mois, les anges avaient entouré l’humble Vierge, la suivant silencieusement en toutes ses démarches ; plus tard ils devaient, tremblants de douleur et d’indignation, suivre Jésus au jardin des Olives, le consoler dans son angoisse, assister à sa passion, réfréner leur impatience de lui porter secours et, silencieux autour de la croix, assister à son sacrifice ; aujourd’hui, ils sont tout à la joie, car ils peuvent prendre part au grand mystère du salut.
« Les anges, dit Origène, sont les protecteurs des hommes. Il y en a qui sont préposés à des provinces. Quand saint Paul vit un Macédonien qui, lui apparaissant lui dit : Passe jusqu’en Macédoine et viens nous aider, c’était l’ange de la Macédoine qui faisait appel au zèle de l’apôtre. Chaque province, chaque homme a son ange ; l’ange de la vérité et de la justice et aussi l’ange de Satan. Quand nous sentons les bonnes pensées naître dans nos cœurs, la justice sourdre de nos âmes, il n’y a point de doute que ce soit l’ange de la justice qui parle (…). Les anges avaient un office à remplir à l’égard de l’homme, ils avaient à panser ses blessures et ils s’y sentaient impuissants. Aussi quand vint le médecin qui leur apportait le remède infaillible, ils l’accueillirent avec une joie sans bornes et avec joie ils se mirent à ses ordres [20]. »
Au matin de la création, ils assistèrent joyeux à l’œuvre du Créateur et firent monter vers lui leur adoration et leurs louanges ; aujourd’hui Dieu accomplit son œuvre par excellence, l’œuvre toute remplie de sa miséricorde, de sa sagesse, de sa puissance, l’œuvre par laquelle il rachète et relève son œuvre première, et les anges sont heureux d’en célébrer la beauté.
« Autrefois, ils avaient été souvent envoyés pour des œuvres de justice ; aujourd’hui ils sont heureux de célébrer la grande œuvre de la miséricorde [21]. »
Apparition de l’ange aux bergers
Un ange apparut donc aux bergers et une clarté céleste les environna. « Dans l’Ancien Testament où les anges apparaissaient souvent aux hommes, dit Bède, nous ne voyons pas qu’ils leur soient apparus dans une lumière semblable. Une telle apparition était réservée pour le temps où apparaîtrait sur terre celui qui est la lumière des âmes droites [22]. »
Ainsi, pendant que Jésus, dans l’étable de Bethléem, était réchauffé par l’haleine des deux animaux, les anges célébraient sa gloire, et la clarté qui venait d’eux se répandait sur ces bergers et jusque sur leurs troupeaux. « Il nous donnait en cela, dit saint Ambroise, une preuve insigne de sa miséricorde, d’une part, et d’autre part de sa puissance divine, car, s’il est si proche de l’animal, c’est par notre fait, et s’il est célébré par les anges, c’est parce qu’il le veut [23]. »
« Quand vous voyez ce petit enfant enveloppé de langes, dit saint Cyrille, ne voyez pas seulement ses humiliations, élevez-vous à la contemplation de la majesté divine ; voyez celui qui est ainsi abaissé sur terre environné d’anges dans le ciel. Voyez sa naissance sur terre célébrée par les anges. Dans la nuit des temps, bien des prophètes sont nés sur terre, aucun d’eux n’eut la gloire d’avoir sa naissance célébrée par les anges ; ils n’étaient que des hommes et des serviteurs de Dieu comme nous. Mais il n’en est pas de même du Christ : c’est celui qui envoie les prophètes, et c’est pourquoi les anges environnent son berceau (…). Ne voyez donc pas seulement les faiblesses de cet enfant, mais voyez Dieu infiniment riche dans notre pauvreté [24]. »
La gloire de l’incarnation se répand sur la création tout entière, sur les anges, sur les hommes, et même sur le règne inférieur. Mais c’est nous surtout qui avons profité de cette venue du Fils de Dieu ; c’est encore dans nos cœurs surtout qu’il devrait trouver de la reconnaissance.
Quel était cet ange qui apparut aux bergers ? Peut-être le même qui était apparu à Zacharie, à Marie, l’archange Gabriel, celui que l’on peut appeler l’ange de l’incarnation. « Ainsi donc, dit saint Jean Chrysostome, Dieu amène les anges vers l’homme, voulant conduire l’homme vers les anges ; le ciel vint un jour sur la terre, puisque le ciel doit un jour recevoir la terre. Oh ! l’admirable procédé de Dieu [25] ! »
L’hymne des anges
« Et aussitôt que cet ange eut fait part de son message aux bergers, il se joignit à lui une grande troupe de l’armée céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Lc 2, 13-14).
L’évangéliste donne à cette multitude d’anges le nom d’armée, « et en effet cette multitude aujourd’hui est une armée ; elle a trouvé son chef », dit saint Ambroise [26]. Avec quel amour ils se rangent autour de leur roi, « et se mettent au service de ce chef puissant dans le combat qui est venu pour combattre et vaincre les puissances de l’air [27] ». Avec quelle courtoisie ils s’inclinaient devant celle qui devait être et qui était déjà leur reine !
« Apparaissant en grand nombre, peut-être veulent-ils, comme le dit Bède, confirmer le témoignage de celui qui est venu annoncer la grande nouvelle, sur laquelle les bergers auraient pu conserver un doute si elle leur avait été annoncée par un seul [28]. » Ou plutôt, la soudaineté de leur apparition et de leur chant triomphal le prouve, ils ont tenu à honneur de s’associer à la mission de l’ange de la bonne nouvelle. « Ils veulent exprimer au Christ leur dévotion, dit Bède, et nous apprendre, à nous, que quand un de nos frères fait entendre un témoignage des choses d’en haut, nous devons nous y associer en rendant gloire à Dieu, de bouche, de cœur et d’œuvres [29]. »
Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Que de ciel en ciel, jusqu’au trône de Dieu, toutes les milices célestes, dont ils ne sont qu’une faible partie rendent gloire à Dieu ! Que la gloire la plus haute lui soit rendue à cause de ces prodigieux abaissements dans lesquels il est entré à cause de l’homme. « N’est-ce pas cet abaissement, cette bonté du Sauveur qui rend à Dieu la gloire la plus grande [30] ? » Il est juste que toute créature s’associe à cette gloire rendue au Père par le Fils. « Et pour le Fils lui-même, n’est-ce pas dans ces abaissements, comme le fait remarquer saint Augustin, qu’apparaît sa majesté [31] ? » Donc gloire à celui qui s’est abaissé par amour pour l’homme, et qui est si grand dans ses abaissements ! Il est descendu au plus profond des abîmes : gloire lui soit rendue au plus haut des cieux !
C’est par celui qui est descendu sur terre que la gloire sera véritablement rendue à Dieu. Nous avons glorifié Dieu par notre fidélité. Nous le glorifions, ou plutôt il se glorifie en nous par ses perfections qu’il a mises en nous. Maintenant par ce Dieu qui s’est donné à l’homme, toute créature pourra donner à Dieu une gloire digne de lui.
Ils se réjouissent parce que la gloire est procurée à Dieu, et aussi parce que le salut et toutes les facilités du salut sont assurés aux hommes. Paix sur terre aux hommes de la bonne volonté. Ainsi en est-il de tout zèle vrai pour la gloire de Dieu, il s’étend aussitôt au bien de l’homme, car il sait que la gloire de Dieu est procurée par le bien de l’homme, pour revenir ensuite et toujours à la gloire de Dieu. C’est ce sentiment qui guide l’Église dans le commentaire qu’elle a donné à l’hymne angélique : nous vous rendons grâces à cause de votre grande gloire.
En faisant cela, en chantant gloire à Dieu dans la paix donnée aux hommes, ces anges de Dieu nous apparaissent vraiment grands, comme sera grande toute créature qui entrera dans leurs sentiments : Dieu est véritablement glorifié dans les hauteurs.
Paix sur terre aux hommes de la bonne volonté ! Les hommes étaient fils de colère, ils seront maintenant fils de la grâce, l’objet des complaisances de Dieu. « Ces hommes qu’ils avaient vus jusque-là en proie à tant de faiblesses, écrasés par tant d’humiliations, ils les voient redevenus leurs semblables et leurs compagnons [32]. » La paix est créée sur terre par celui qui s’est fait lui-même notre paix, et qui, détruisant les murs qui nous séparaient, a rétabli partout l’unité (Ep 2, 13), « qui, trouvant la nature humaine ennemie de Dieu l’a réconciliée jusqu’à l’unir à Dieu [33] » ; par celui qui a pacifié toutes choses par le sang de sa croix, et ce qui est sur terre et ce qui est dans le ciel (Col 1, 19). « Il nous a réconciliés avec son Père, dit saint Cyrille, en détruisant l’ennemi, le péché ; il a donné une seule âme à deux peuples opposés, il a réuni les habitants du ciel et de la terre en un seul peuple [34]. » La paix est donnée à l’homme avec Dieu par la rémission des péchés, à l’homme avec ses semblables par l’amour, à l’homme avec lui-même par la possession de la lumière, de la grâce, d’une force toujours renouvelée, et par le concours de tous ses désirs à vouloir tout ce que Dieu veut.
Et rien n’empêchera ceux qui le voudront de recevoir cette paix, car ils sont l’objet de la bienveillance divine. Paix sur terre aux hommes qui sont l’objet de la bonne volonté de Dieu ! C’est là le sens du texte grec. « Dieu qui était irrité contre l’homme n’a plus que de la bienveillance, il se complaît, il prend son repos dans l’homme [35]. » Les Églises d’Orient ont aimé à exalter la bienveillance de Dieu allant au-devant de l’homme, tandis que d’autres, avec saints Ambroise et Bède, traduisant paix aux hommes de bonne volonté ! ont aimé à célébrer la bonne volonté de l’homme préparant l’homme aux bienfaits de Dieu. Les anges se réjouissent de ce que Dieu est glorifié : il est glorifié par ses œuvres, il sera glorifié par l’homme ; et pour cela, il suffira à l’homme d’avoir bonne volonté ; par la céleste délectation qu’il goûtera dans l’accomplissement de la volonté divine, il glorifiera Dieu sur terre, comme il est glorifié dans le ciel.
« Dieu a voulu, dit saint Cyrille, établir toutes choses dans le Christ, unir ce qui était en haut avec ce qui était en bas, faire, des anges du ciel et des hommes sur la terre, un seul troupeau. Le Christ s’est fait lui-même notre paix, et la cause de la bonne volonté dont nous avons été l’objet [36]. » C’est par lui que la gloire a été rendue à Dieu. Voilà ce que les anges voient et ce qu’ils proclament dans leur cantique si bref. « Nous avons reconnu notre roi ; c’est pourquoi, dit saint Grégoire, les anges nous reconnaisent pour leurs concitoyens [37]. »
Je vous annonce, littéralement je vous évangélise une bonne nouvelle, avait dit l’ange. C’est la bonne nouvelle qui fera le tour du monde et sera annoncée jusqu’à la fin des siècles : l’Évangile est commencé. C’est aux anges qu’il faut rapporter le commencement de l’Évangile, et ils ont été heureux de s’acquitter de cette tâche. N’aurons-nous pas, nous qui sommes en possession de ces biens, le même zèle que les anges à les répandre ?
« Voilà donc ce que c’est que l’Évangile, remarque Bossuet : c’est, en apprenant l’heureuse nouvelle de la délivrance de l’homme, se réjouir d’y voir la plus grande gloire de Dieu. Élevons-nous aux lieux hauts, à la plus sublime partie de nous-mêmes ; élevons-nous au-dessus de nous et cherchons Dieu en lui-même, pour nous réjouir avec les anges de sa grande gloire [38]. »
Les bergers
Déjà dans les habitants de Bethléem s’était accompli le fait qui avait été annoncé par les prophètes, et que saint Jean devait constater si douloureusement : Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Cependant cette parole ne devait pas s’appliquer à tout Israël : les prophètes avaient annoncé qu’un reste serait sauvé. Et, en effet, voici des hommes de ce peuple au berceau du Sauveur.
« Et il y avait là des bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant les veilles de la nuit » (Lc 2, 8). Ce détail donné par l’Évangile nous indique avec précision que Jésus-Christ naquit pendant la nuit, comme l’Église l’affirme en appliquant à sa naissance ces paroles de la sainte Écriture : « Quand un silence plein de paix emplissait toutes choses, et que la nuit était au milieu de sa course, votre parole toute puissante descendit des demeures royales du ciel » (Sg 18, 14).
Ainsi après les anges, c’est aux bergers que sera communiquée la bonne nouvelle : ce sont les bergers qui donneront la réplique aux anges ; après la science, l’ignorance ; la terre n’a-t-elle donc que ces hommes à députer au berceau du Sauveur ? Dans ce choix, nous apparaît d’abord la bonté de Dieu, et ensuite les dispositions qui préparent à la révélation des miséricordes divines. « L’enfance de Jésus, dit saint Bernard, ne fait point sentir ses consolations aux bavards, les larmes de Jésus ne sont point le partage des folâtres, ses langes ne consolent point ceux qui se montrent dans des vêtements superbes, sa crèche et son étable ne consolent point ceux qui aiment les premières places. C’est aux pasteurs qui veillent sur leurs troupeaux, la nuit, qu’est donnée la joie de la lumière nouvelle [39]. »
Simplicité et vigilance
Ils nous apprennent que la première vertu pour nous préparer à connaître Jésus, c’est la simplicité. « C’étaient, dit saint Jean Chrysostome, des âmes droites qui imitaient la vie de Moïse, de David et des patriarches. L’innocence est le chemin qui conduit à la sagesse [40]. »
Ils vivaient dans la simplicité. Ils veillaient sur des bêtes qui n’étaient point difficiles à conduire : cette surveillance était facile, mais encore elle exigeait de la vigilance, et ce labeur, ils l’accomplissaient avec simplicité. Ils étaient le symbole de cette vigilance que l’homme doit exercer sur lui-même et ses passions pour se préparer à la venue du Sauveur.
En contact constant avec la nature, ils y cherchaient Dieu : ils le cherchaient dans la splendeur du jour, et surtout dans le silence et la profondeur des nuits, dans le ciel étoilé ; et ils le trouvaient dans la paix et la fécondité de la nature, dans la chaleur bienfaisante du soleil et les ondées qui faisaient reverdir les pâturages.
Ils attendaient le Messie et ils l’attendaient avec simplicité sans se faire de systèmes préconçus, comme tant d’autres, sur ce que devait être sa royauté. Aussi, quand l’ange leur indique le Messie dans un petit enfant, enveloppé de langes, couché dans une crèche, avec simplicité ils croient à sa parole, et leur simplicité leur fait goûter toutes les joies que recèle ce mystère.
Que devinrent-ils plus tard ? L’Évangile ne le dit pas. Il est probable qu’ils continuèrent jusqu’à leur mort leurs occupations monotones ; mais leur vie, qui avait été visitée par cette apparition, par cette grâce à laquelle ils furent fidèles, fut une vie pleinement transformée : ils sont désormais une partie intégrante de l’Évangile.
L’apparition de l’ange
« L’ange de Dieu se trouva tout d’un coup devant eux, et une clarté céleste les environna, et ils furent remplis d’une grande crainte » (Lc 2, 9). L’apparition de l’ange ne les avait pas effrayés, car ces gens simples vivaient dans le surnaturel, le surnaturel n’avait rien qui les effrayât ; ce qui les remplit de crainte, c’est cette grande lumière dont ils se virent eux-mêmes enveloppés. Qu’avaient-ils fait pour mériter cette preuve de la prédilection divine ? Ils voyaient qu’ils n’avaient rien pour cela ; c’était ce qui les effrayait et c’était parce qu’ils n’avaient rien, et avaient conscience de ne rien avoir, que Dieu les choisissait.
Ils étaient pauvres, et ils seront jusqu’à la fin des siècles la preuve de la prédilection de Dieu pour les pauvres.
Ils étaient simples : ils crurent avec simplicité à la parole de l’ange : ils étaient préparés à croire à la parole de Dieu, telle que Dieu devait la donner. « Le Seigneur, dit saint Ambroise, ne chercha pas des académies remplies de savants, mais un peuple simple, qui ne fut pas porté à habiller et à farder sa parole. Il veut rencontrer la simplicité et non l’ambition. Vous voyez avec quelle simplicité ils ont cru à la parole de l’ange ; et vous, ajoute saint Ambroise, n’aurez-vous pas la même simplicité quand vous avez à croire au Père, au Fils, à l’Esprit-Saint, aux anges, au prophètes, aux apôtres [41] ? »
La simplicité est grandement utile à tous nos rapports avec Dieu : elle s’approche très près de Dieu, car elle est pleine de hardiesse, mais d’une hardiesse qui plaît à Dieu ; elle va toujours de l’avant, ignorant les retours sur soi et sur le passé ; elle est dans une enfance perpétuelle, mais une enfance pleine de vie et de progrès. Cette simplicité les préparait bien à goûter le mystère du Dieu enfant et à s’y associer. Si nous avions plus de simplicité, nous serions plus souvent en communication avec les anges qui nous environnent.
Il y a aussi pour nous un enseignement dans ce fait que les premiers invités au berceau du Sauveur sont des bergers. « Ils sont une figure, dit saint Cyrille, une figure de ces pasteurs qui auront à veiller sur le troupeau du Christ. Le Christ se manifeste d’abord à ces pasteurs, pour qu’ils l’annoncent ensuite aux autres hommes, comme les anges sont venus instruire les bergers de Bethléem pour qu’ils répandissent la bonne nouvelle autour d’eux [42]. » Ils nous sont une preuve, dit saint Grégoire, que les pasteurs qui veillent avec soin sur les âmes à eux confiées reçoivent d’une façon plus abondante les lumières et les grâces d’en haut [43]. » « Et ces pasteurs savent veiller, dit saint Ambroise, que le bon pasteur remplit de son esprit. Ainsi, cet enfant exerçait déjà les œuvres d’un Dieu : c’est lui qui faisait veiller ces pasteurs, nous montrant en eux les commencements de l’Église naissante. Le Christ naît, et voilà les pasteurs qui commencent à veiller, afin d’amener au bercail du Seigneur les Gentils qui, jusque-là, étaient comme un troupeau errant [44]. » Ainsi, à cette naissance du Christ, tout nous parle de vie, de vigilance, et tout nous invite à la confiance. « L’ange annonce à des pasteurs la venue du pasteur suprême, et il les invite à venir contempler un agneau né dans une grotte et qui repose dans cette grotte [45]. »
« Vous, pasteurs des églises, dit Origène, apprenez que l’ange de Dieu doit descendre sans cesse vers vous, vous rappelant que le Sauveur vous est né, car si ce pasteur ne vient vers vous, vous ne pourrez satisfaire à votre tâche [46]. »
« Et l’ange leur dit : ne craignez point : car voici que je vous annonce une grande joie qui sera pour tout le peuple » (Lc 2, 10). Non seulement il éloigne d’eux la crainte, il veut qu’ils soient dans la joie [47].
« Car il vous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, dans la ville de David » (Lc 2, 11). Par le mot Sauveur, il leur dit ce que fera celui qui est né : il les sauvera de tous les maux sous lesquels gémit l’humanité et pour lesquels les anges eux-mêmes ont de la compassion. En l’appelant le Seigneur, ils disent sa grandeur.
En l’appelant le Christ, ou l’Oint, ils leur disent que c’est le Messie attendu, car c’était sous ce nom qu’Israël l’attendait. L’indication de la cité de David où il est né doit les confirmer dans cette croyance. « C’est l’Oint par excellence. L’onction qu’il a reçue, dit saint Cyrille, n’est pas une onction figurative, comme celle qui se faisait par l’huile sur le front des rois, ou celle qui préparait des serviteurs de Dieu à une œuvre particulière, comme celle pour laquelle Dieu appelait Cyrus son Christ : c’est l’onction parfaite par laquelle l’Esprit-Saint marque le Sauveur, dans la forme d’esclave qu’il a prise pour nous, du caractère de la divinité, onction dont le Sauveur, par le même Esprit-Saint, marquera ceux qui croiront en lui [48]. »
Et cette joie sera non seulement pour le peuple juif, mais pour tout le peuple : il y aura un peuple nouveau qui contiendra tous les peuples de la terre et qui sera le peuple par excellence, le peuple de Dieu [49].
Entendant parler d’un roi héritier de David, ils devraient être portés à le chercher dans la maison la plus riche de Bethléem. Et l’ange leur donne le signe auquel ils le reconnaîtront : « Et voici quel sera pour vous le signe : vous trouverez le petit enfant emmailloté dans une crèche » (Lc 2, 12). C’était là un signe étrange, et cependant infaillible : il n’y avait pas beaucoup d’enfants nés cette nuit à Bethléem ; mais assurément il n’y en avait pas un autre qui fût couché dans une crèche. « Et là, dit Bède, dans ces pauvres langes qui couvrent ses membres plutôt que la pourpre de Tyr, dans la crèche où il repose plutôt que dans un lit d’or, nous devons reconnaître ce qu’il a fait pour nous et l’imprimer fortement en nos cœurs [50]. » C’est pour nous qu’il s’est fait enfant, qu’il est pauvre, qu’il souffre, et à ses langes, à sa crèche nous pouvons reconnaître qu’il est notre Sauveur. L’hérétique pourra se scandaliser de cette pauvreté, dire : Éloignez ces langes si vils, cette dure crèche. Je répondrai avec Tertullien : « S’il est sans gloire, s’il est humilié, il est vraiment le Christ dont j’ai besoin [51]. » Il a accepté toutes mes faiblesses et toutes mes humiliations. « Et les langes dont il est enveloppé sont déjà comme le commencement de sa sépulture [52]. »
« Mais si vous en avez honte, dit un autre père, regardez les anges qui célèbrent la grandeur du nouveau-né ; si vous rougissez de sa crèche, regardez l’étoile qui vient honorer son berceau ; si vous hésitez devant les signes de son humilité, arrêtez-vous devant les choses si sublimes, vraiment célestes, qui l’environnent [53]. » Toutes ses humiliations ne font que mieux ressortir tous ces signes de grandeur.
Les bergers cherchent et trouvent l’Enfant
« Et il arriva, lorsque les anges se furent retirés d’eux, dans le ciel, que les bergers se dirent entre eux : Allons jusqu’à Bethléem, et voyons cette parole qui est arrivée et que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15). Leur foi est grande, ils y sont arrivés par leur simplicité.
Au lieu de se mettre en défiance mutuellement, comme cela arrive souvent, ils s’excitent à croire et à agir conformément à leur foi.
Ils oublient tout le reste pour ne penser qu’à ce qui leur a été révélé.
Allons jusqu’à Bethléem… « Bethléem, la maison du pain : après la promulgation de l’Évangile, dit saint Cyrille, où les pasteurs devaient-ils se rassembler sinon dans la maison du pain céleste, c’est-à-dire dans l’Église, dans laquelle chaque jour est immolé le pain qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde [54] ? »
Quand ils disaient : Voyons cette parole… peut-être leur esprit s’élevait-il jusqu’à la parole que Dieu se dit à lui-même de toute éternité, jusqu’au Verbe qui est en Dieu dès le commencement [55].
« Et ils vinrent en hâte… » « Quand on cherche véritablement le Christ, dit saint Ambroise, on ne le cherche jamais avec lenteur [56]. » « Et ils trouvèrent Marie » : c’est elle qui leur apparaît tout d’abord, « et Joseph et l’enfant posé dans la crèche » (Lc 2, 16). Quelle joie ce fut pour eux de trouver si facilement celui qui leur apportait de si grands biens : la simplicité aboutit à la joie, parce qu’elle aboutit à la possession de Dieu, et cette joie qui fait du bien est un hommage rendu à Dieu.
« Et l’ayant vu, ils firent connaître (selon le texte grec) ce qui leur avait été dit de cet enfant » (Lc 2, 17). Ils continuèrent l’Évangile qui avait été inauguré par les anges : ils devinrent évangélistes à leur tour.
« Et tous ceux qui les entendaient étaient dans l’admiration des choses qui leur étaient dites par ces bergers » (Lc 2, 18). « Et, en effet, cet ange descendu du ciel, le ciel réconcilié avec la terre, cet enfant ineffable unissant dans sa personne, par sa divinité et son humanité, le ciel et la terre, tout cela n’était-il point admirable [57] ? »
« Et n’était-ce pas aussi une chose admirable que des bergers, ces hommes qui ne savaient ni inventer ni mentir, racontassent ces merveilles et qu’ils les racontassent avec cette abondance [58] ! » Comme Jésus-Christ avait bien choisi ses premiers témoins ! « Il fallait, dit Bossuet, de tels témoins à celui qui devait choisir des pécheurs pour être ses premiers disciples et les docteurs futurs de son Église [59]. »
La prédilection de Jésus-Christ pour les pauvres se manifeste dès ce moment et va créer des merveilles dans l’Église. L’Église ira de préférence aux pauvres et, en leur faisant accepter leur état avec courage et même avec amour, elle créera en leur âme des merveilles de grandeur morale.
« Et les bergers s’en retournèrent glorifiant et louant Dieu pour toutes les choses qu’ils avaient entendues et vues conformément à ce qui leur avait été dit » (Lc 2, 20). « Leur joie, dit saint Athanase, n’est pas de celles que l’on éprouve à une naissance ordinaire : la présence du Christ et la lumière qu’elle répand leur mettent dans le cœur une joie qui les élève à Dieu [60]. » Ils rentrèrent dans leur vie obscure, mais cette vie désormais ne cessera d’être éclairée par le reflet de cette lumière céleste. Des légendes les rangent au nombre des saints.
Le Dieu caché
Ils nous sont un exemple de la manière dont Jésus se manifeste aux âmes et fait entrée dans leur vie, transformant tout sans rien troubler.
Déjà il avait fait son entrée dans le monde sans rien troubler du cours des événements.
Quand il naquit, on crut simplement qu’il n’y avait qu’un sujet de plus né à Auguste. On crut que ses parents n’avaient fait qu’obéir à la loi du recensement, et cette loi n’avait existé que pour donner un accomplissement aux prophéties. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles : il sera au milieu des événements de l’histoire, semblera les subir, et en réalité c’est lui qui les conduira.
Il se manifeste dès le commencement, mais avec quelle réserve ! Il se manifeste à Marie, et dans une mesure moindre à Joseph ; mais ils doivent l’un et l’autre garder le secret du roi : ils sont pour lui un voile plutôt que des révélateurs.
Il se manifeste à quelques bergers, et les signes divins dont il est environné sont accompagnés de tant de faiblesses et d’humiliations qu’ils ne peuvent venir à lui sans une sincère bonne volonté. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles : en lui il y a toujours la faiblesse à côté de la grandeur ; il aura besoin de nos services en même temps qu’il viendra nous sauver et, pour aller à lui, il faudra le vouloir. « S’il eût voulu surmonter l’obstination des plus endurcis, dit Pascal, il l’eût pu, en se découvrant si manifestement à eux, qu’ils n’eussent pu douter de la vérité de son essence ; comme il paraîtra au dernier jour avec un tel éclat de foudres, et un tel renversement de la nature, que les morts ressusciteront et les plus aveugles le verront. Ce n’est pas en cette sorte qu’il a voulu paraître en son avènement de douceur (…). Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d’obscurité pour les humilier (…). Ce qui y paraît (…), c’est la présence d’un Dieu qui se cache [61]. »
« C’est une espèce de grandeur à Dieu d’être connaissable par tant d’endroits et d’être si peu connu (…). Car il était de sa bonté de se communiquer aux hommes, et de ne pas se laisser sans témoignage ; mais il est de sa justice et de sa grandeur de se cacher aux superbes qui ne daignent, pour ainsi dire, ouvrir les yeux pour le voir. Qu’a-t-il affaire de leur connaissance ? Il n’a besoin que de lui : si on le connaît, ce n’est pas une grâce qu’on lui fait, c’est une grâce qu’il fait aux hommes, et on est assez puni de ne pas le voir (…). Qu’importe au soleil qu’on le voie [62] ? »
L’homme souvent se hâte parce que le temps ne lui appartient pas ; mais, parce que le temps appartient à Dieu, seul un Dieu peut dire, comme Jésus-Christ : Mon heure n’est pas encore venue, ou encore : Mon heure est venue.
En agissant ainsi, Jésus-Christ paraît véritablement Sauveur. S’il s’était imposé à l’humanité par une intervention éclatante, il serait demeuré comme un étranger au milieu de nous. C’est par l’intérieur qu’il veut nous prendre et nous transformer, comme un ferment qui agit avec le concours des éléments qu’il transforme ; et c’est pourquoi il réclame l’attention et la bonne volonté.
Le prophète l’avait annoncé : Il descendra comme la rosée sur une toison de brebis (Ps 71, 7). Sans bruit, insensiblement, cette rosée pénètre toute la toison : ainsi Jésus-Christ devait se mêler à l’humanité.
C’est ainsi qu’il était descendu en Marie, dit saint Maxime de Turin [63] ; c’est ainsi qu’il descendra dans le monde.
Et maintenant nous pouvons aller à lui de la même façon. Il est près de nous, quoique caché ; comme les bergers, nous sommes toujours près de Bethléem. Nous pouvons aller à lui dans notre travail, dans les occupations les plus communes de notre vie. Il y a des âmes dans lesquelles rien d’extraordinaire ne paraît, et qui sont des âmes toutes transformées, toutes divines. Ceux qui peuvent lire dans ces âmes y découvrent des choses merveilleuses, et Dieu qui voit jusqu’au fond y découvre bien plus. En se cachant ainsi, Jésus affine nos sens intérieurs : il forme cet homme intérieur du cœur dont parle saint Pierre et qui est le tout du chrétien.
Ame qui voulez aller à la lumière, au salut, faites attention, il est peut-être là, à côté de vous, venant se mêler à votre prière, à votre travail : sachez voir les signes qu’il vous donne de sa présence, sachez prêter l’oreille, il veut vous parler.
« Qu’à l’exemple des bergers, dit Bède, les fidèles, ces gardiens de troupeaux spirituels, sachent aller à Bethléem, pour y honorer dignement l’incarnation du Christ [64]. » Nazareth veut dire fleur, et Bethléem, la maison du pain. Il s’est incarné, il est descendu du ciel sur la terre comme une fleur qui s’épanouit sur sa tige. A sa naissance, il est donné au monde comme le vrai pain vivant qui nourrit les élus. « Jusqu’à la fin des siècles, il descendra à Nazareth, il sera conçu comme la fleur qui couronne de gloire l’humanité ; il sera le pain qui nourrit les âmes ; et il en est ainsi, quand ses disciples, faisant épanouir en eux la fleur de la parole divine deviennent la maison où abonde le pain de la vie éternelle [65]. »
« Allons donc à la véritable Bethléem, la vraie maison du pain, où nous trouverons, régnant sur le trône de son Père, celui que les bergers ont trouvé dans la crèche poussant des vagissements [66]. »
« En le voyant, ils le reconnurent par tout ce qui leur avait été dit de lui : avec amour recueillons tout ce qui nous est dit du Sauveur ; et avec eux nous reconnaîtrons dans le petit enfant de la crèche le Dieu dont les saintes Écritures nous ont prédit les anéantissements ; nous retrouverons Marie dans la virginale beauté de l’Église, et Joseph dans la virile assemblée des docteurs. »
Ils dirent ensuite tout ce qu’ils avaient vu : et, en cela, ils sont les modèles des pasteurs des âmes qui, après avoir trouvé Jésus-Christ, doivent en redire la beauté.
[1] — Saint Basile, Homilia in sancta Christi generatione, n. 6
[2] — A pastoribus etiam Maria fidem colligit. Saint Ambroise, in Luc, l. 2, nº 53.
[3] — Quæ Deum genuerat, Deum tamen scire cupiebat. Saint Ambroise, de Virgin., l. 2, nº 13.
[4] — Saint Fulgence, Sermo de Purificatione Mariæ Virginis, n. 4.
[5] — Saint Bède, Homilia hiemalis In aurora Natalis Domini.
[6] — Tite de Bostres, in Luc.
[7] — Metaphrastes ou Geometer. Cat. Græc.
[8] — Saint Basile, oratio 39 in Annunciatione.
[9] — Saint Ephræm, Sermo 11 de Nativit., Op. Syriac., t. 2, p. 249.
[10] — Bossuet, Élévations, 20e semaine, 9e élévation.
[11] — Père Faber, Bethléem, t. 1, Les premiers adorateurs.
[12] — Bossuet, Élévations, 16e semaine, 12e élévation.
[13] — Id., Élévations, 18e semaine, 11e élévation.
[14] — Bossuet, Élévations, 16e semaine, 12e élévation.
[15] — Id., Fragments de sermons pour l’octave de Noël.
[16] — De Bérulle, Œuvres de piété, 39, « Naissance de Jésus », n. 3.
[17] — Discamus sanctæ Virginis in omnibus castitatem quæ non minus ore pudica quam corde, argumenta fidei conferebat in corde, Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 54.
[18] — Saint Grégoire le Grand, Moral., 28, c. 1, n. 9.
[19] — Cette opinion semble relativement moderne. Elle n’est pas celle de saint Thomas d’Aquin. Voir I, q. 63, a. 2 et 3. (NDLR.)
[20] — Origène, Homilia 12 et 13 in Luc.
[21] — Saint Jean Chrysostome, Cat. Cræc.
[22] — Saint Bède, Homilia in aurora Nativ. Dom.
[23] — Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 52.
[24] — Saint Cyrille, in Luc, P.G., t. 72, col. 491 et 494.
[25] — Saint Jean Chrysostome.
[26] — Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 52.
[27] — Saint Bède.
[28] — Saint Bède ; saint Léon le Grand, Serm. 5 de Epiph.
[29] — Saint Bède.
[30] — Quæ major Deo gloria quam tanta dignatio et tanta benignitas ? Saint Bernard, Serm. 3 de Circumcis., n. 2.
[31] — Sic voluit nasci excelsus humilis, ut in ipsa humilitate ostenderet majestatem, Saint Augustin, de Symb., l. 2, c. 5.
[32] — Saint Grégoire, Homilia 8, n. 2.
[33] — Théophylacte.
[34] — Saint Cyrille, in Luc, P.G., t. 72, 494.
[35] — Théophylacte, in Luc.
[36] — Saint Cyrille, Ibidem.
[37] — Saint Grégoire, Ibidem.
[38] — Bossuet, Élévations, 16e semaine, 10e élévation.
[39] — Saint Bernard, Serm. 5 de Nativ., n. 5.
[40] — Saint Jean Chrysostome, Cat. Græc., et Théophylacte.
[41] — Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 53.
[42] — Saint Cyrille, in Luc.
[43] — Saint Grégoire, Homilia 8 in Ev., n. 1.
[44] — Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 50.
[45] — Geometer., Cat. Græc.
[46] — Origène, Homilia 12 in Luc.
[47] — Geometer., Cat. Græc.
[48] — Saint Cyrille, Cat. Græc.
[49] — Théophylacte.
[50] — Saint Bède.
[51] — Sordidos pannos et dura præsepia, Tertullien, De Carne Christi, c. 2. Si inglorius, meus erit Christus, Tertullien, Adv. Marcion., l. 3, n. 17.
[52] — Id., Ibidem, l. 4, n. 21.
[53] — Saint Maxime de Turin, Serm. 4 de Nat.
[54] — Saint Cyrille, in Luc.
[55] — Saint Ambroise. Saint Bède.
[56] — Saint Ambroise, in Luc, l. 2, n. 53.
[57] — Photius, Cat. Græc.
[58] — Glose.
[59] — Bossuet, Élévations, 16e semaine, 11e élévation.
[60] — Saint Athanase, Cat. Græc.
[61] — Pascal, Pensées, art. 20, 1 et 2.
[62] — Bossuet, Discours sur la vie cachée en Dieu.
[63] — Saint Maxime de Turin, Serm. 5 de Nativ., 3.
[64] — Saint Bède, Homilia in aurora Natal. Dom.
[65] — Saint Grégoire, Homilia 8 in Ev., n. 1.
[66] — Saint Bède, in Luc.
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