L’étrange théologie de Jean-Paul II (Annexe)
Nous donnons ici quelques textes de Jean-Paul II qui permettront à nos lecteurs de vérifier les dires du professeur Dörmann. D’abord nous reproduisons quelques passages typiques de l’encyclique analysée par Dörmann, puis nous citerons quelques déclarations récentes du pape montrant que sa théologie est toujours la même. Les mises en italique sont de nous.
Le Sel de la terre.
Redemptor Hominis, 4 mars 1979
§ 8 . Rédemption : création renouvelée
(…) Le concile Vatican II, dans son analyse pénétrante du « monde contemporain », a atteint ce point qui est le plus important du monde visible, à savoir l’homme, en descendant, comme le Christ, au plus profond des consciences humaines, en parvenant jusqu’au mystère intérieur de l’homme qui s’exprime, dans le langage biblique et même non biblique, par le mot « cœur ». Le Christ, Rédempteur du monde, est celui qui a pénétré, d’une manière unique et absolument singulière, dans le mystère de l’homme, et qui est entré dans son « cœur ». C’est donc à juste titre que le concile Vatican II enseigne ceci : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir (voir Rm 5, 14), le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. » Et encore : « “Image du Dieu invisible” (Col 1, 15), il est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché [1]. » Il est le Rédempteur de l’homme !
(…)
§ 10. Dimension humaine du mystère de la rédemption
L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible, sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement. C’est pourquoi, comme on l’a déjà dit, le Christ Rédempteur révèle pleinement l’homme à lui-même. Telle est, si l’on peut s’exprimer ainsi, la dimension humaine du mystère de la Rédemption. Dans cette dimension, l’homme retrouve la grandeur, la dignité et la valeur propre de son humanité. Dans le mystère de la Rédemption, l’homme se trouve de nouveau « confirmé » et il est en quelque sorte créé de nouveau. Il est créé de nouveau ! « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme, car vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus [2]. » L’homme qui veut se comprendre lui-même jusqu’au fond ne doit pas se contenter pour son être propre de critères et de mesures qui seraient immédiats, partiaux, souvent superficiels et même seulement apparents ; mais il doit, avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même avec sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s’approcher du Christ. Il doit, pour ainsi dire, entrer dans le Christ avec tout son être, il doit « s’approprier » et assimiler toute la réalité de l’incarnation et de la Rédemption pour se retrouver soi-même. S’il laisse ce processus se réaliser profondément en lui, il produit alors des fruits non seulement d’adoration envers Dieu, mais aussi de profond émerveillement pour soi-même. Quelle valeur doit avoir l’homme aux yeux du Créateur s’il « a mérité d’avoir un tel et un si grand Rédempteur [3] », si « Dieu a donné son Fils » afin que lui, l’homme, « ne se perde pas, mais qu’il ait la vie éternelle [4] » !
En réalité, cette profonde admiration devant la valeur et la dignité de l’homme s’exprime dans le mot Évangile, qui veut dire Bonne Nouvelle. Elle est liée aussi au christianisme. Cette admiration justifie la mission de l’Église dans le monde, et même, peut-être plus encore, « dans le monde contemporain ». Cette admiration, qui est en même temps persuasion et certitude – et celle-ci, dans ses racines fondamentales, est certitude de la foi, sans cesser de vivifier d’une manière cachée et mystérieuse tous les aspects de l’humanisme authentique –, est étroitement liée au Christ. C’est elle qui détermine aussi la place du Christ et pour ainsi dire son droit de cité dans l’histoire de l’homme et de l’humanité. L’Église, qui ne cesse de contempler l’ensemble du mystère du Christ, sait, avec toute la certitude de la foi, que la Rédemption réalisée au moyen de la croix a définitivement redonné à l’homme sa dignité et le sens de son existence dans le monde, alors qu’il avait en grande partie perdu ce sens à cause du péché. C’est pourquoi la Rédemption s’est accomplie dans le mystère pascal qui conduit, à travers la croix et la mort, à la résurrection.
A toutes les époques, et plus particulièrement à la nôtre, le devoir fondamental de l’Église est de diriger le regard de l’homme, d’orienter la conscience et l’expérience de toute l’humanité vers le mystère du Christ, d’aider tous les hommes à se familiariser avec la profondeur de la Rédemption qui se réalise dans le Christ Jésus. En même temps, on atteint aussi la sphère la plus profonde de l’homme, nous voulons dire la sphère du cœur de l’homme, de sa conscience et de sa vie.
§ 11. Le mystère du Christ à la base de la mission de l’Église et du christianisme
Le concile Vatican II a accompli un travail immense pour former la pleine et universelle conscience de l’Église dont le Pape Paul VI a traité dans sa première encyclique. Cette conscience – ou plutôt cette auto-conscience de l’Église – se forme dans le « dialogue » qui, avant de devenir colloque, doit tourner notre attention vers « l’autre », vers celui avec lequel nous voulons parler. Le concile œcuménique a donné une impulsion fondamentale pour former l’auto-conscience de l’Église en nous présentant, d’une manière adéquate et compétente, la vision de l’ensemble du monde comme étant celle d’une « carte » de diverses religions. Il a montré en outre comment, sur cette carte des religions du monde, se superpose par couches – chose inconnue auparavant et caractéristique de notre temps – le phénomène de l’athéisme dans ses formes variées, à commencer par l’athéisme programmé, organisé et structuré en un système politique.
Quant à la religion, il s’agit avant tout de la religion comme phénomène universel, qui fait partie de l’histoire humaine depuis son commencement ; puis des diverses religions non chrétiennes et enfin du christianisme lui-même. Le document conciliaire consacré aux religions non chrétiennes est, en particulier, plein d’une profonde estime pour les grandes valeurs spirituelles, bien plus, pour le primat de ce qui est spirituel et qui, dans la vie de l’humanité, trouve son expression dans la religion, puis dans la moralité qui se reflète dans toute la culture. A juste titre, les P ères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des « semences du Verbe [5] » témoignant que l’aspiration la plus profonde de l’esprit humain est tournée, malgré la diversité des chemins, vers une direction unique, en s’exprimant dans la recherche de Dieu et, en même temps, par l’intermédiaire de la tension vers Dieu, dans la recherche de la dimension totale de l’humanité, c’est-à-dire du sens plénier de la vie humaine. Le concile a eu une attention particulière pour la religion judaïque, en rappelant l’important patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, et il a exprimé son estime pour les croyants de l’Islam dont la foi se réfère aussi à Abraham [6].
Grâce à l’ouverture faite par le concile Vatican II, l’Église et tous les chrétiens ont pu parvenir à une conscience plus complète du mystère du Christ, « mystère caché depuis les siècles [7] » en Dieu, pour être révélé dans le temps – dans l’Homme Jésus-Christ – et pour se révéler continuellement, en tout temps. Dans le Christ et par le Christ, Dieu s’est révélé pleinement à l’humanité et s’est définitivement rendu proche d’elle ; en même temps, dans le Christ et par le Christ, l’homme a acquis une pleine conscience de sa dignité, de son élévation, de la valeur transcendante de l’humanité elle-même, du sens de son existence.
Il faut donc que nous tous, disciples du Christ, nous nous rencontrions et nous unissions autour de Lui. Cette union, dans les divers domaines de la vie, de la tradition, des structures et des disciplines de chaque Église et Communauté ecclésiale, ne peut se réaliser sans un travail sérieux tendant à la connaissance réciproque et à la suppression des obstacles qui se trouvent sur la voie de l’unité parfaite. Cependant, nous pouvons et nous devons d’ores et déjà parvenir à notre unité et la manifester : en annonçant le mystère du Christ, en montrant la dimension à la fois divine et humaine de la Rédemption, en luttant avec une persévérance inlassable pour cette dignité que chaque homme a atteinte et peut atteindre continuellement dans le Christ et qui est la dignité de la grâce de l’adoption divine et en même temps la dignité de la vérité intérieure de l’humanité ; si cette dignité a pris un relief aussi fondamental dans la conscience commune du monde contemporain, elle est encore plus évidente pour nous à la lumière de cette réalité qu’est le Christ Jésus lui-même.
Jésus-Christ est le principe stable et le centre permanent de la mission que Dieu lui-même a confiée à l’homme. Nous devons tous participer à cette mission, nous devons concentrer sur elle toutes nos forces, car elle est plus que jamais nécessaire à l’humanité d’aujourd’hui.
Et si cette mission semble rencontrer à notre époque des oppositions plus grandes qu’en n’importe quel autre temps, cela montre qu’elle est encore plus nécessaire actuellement et – malgré les oppositions – plus attendue que jamais. Nous touchons indirectement ici le mystère de l’économie divine qui a uni le salut et la grâce à la croix. Ce n’est pas en vain que le Christ a dit : « Le royaume des cieux souffre violence et les violents s’en emparent [8] » ; et aussi : « Les fils de ce monde (...) sont plus habiles que les fils de lumière [9]. » Nous acceptons volontiers ce reproche, pour ressembler à ces « violents pour Dieu » que nous avons vus tant de fois dans l’histoire de l’Église et que nous voyons encore aujourd’hui, pour nous unir consciemment dans la grande mission qui consiste à révéler le Christ au monde, à aider chaque homme à se retrouver lui-même en Lui, à aider les générations contemporaines de nos frères et sœurs, les peuples, les nations, les États, l’humanité, les pays non encore développés et les pays de l’opulence, en un mot aider tous les hommes à connaître « l’insondable richesse du Christ [10] », parce qu’elle est destinée à tout homme et constitue le bien de chacun.
§ 13. Le Christ s’est uni à chaque homme
Lorsque, à travers l’expérience de la famille humaine qui augmente continuellement à un rythme accéléré, nous pénétrons le mystère de Jésus-Christ, nous comprenons avec plus de clarté que, au centre de toutes les routes par lesquelles l’Église de notre temps doit poursuivre sa marche, conformément aux sages orientations de Paul VI [11], il y a une route unique : la route expérimentée depuis des siècles et qui est en même temps la route de l’avenir. Le Christ Seigneur a indiqué cette route surtout lorsque, pour reprendre les termes du concile, « par l’incarnation le Fils de Dieu s’est uni d’une certaine manière à tout homme [12] ». L’Église reconnaît donc son devoir fondamental en agissant de telle sorte que cette union puisse continuellement s’actualiser et se renouveler. L’Église désire servir cet objectif unique : que tout homme puisse retrouver le Christ, afin que le Christ puisse parcourir la route de l’existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de la vérité sur l’homme et sur le monde contenue dans le mystère de l’incarnation et de la Rédemption, avec la puissance de l’amour qui en rayonne. Sur la toile de fond des développements toujours croissants au cours de l’histoire, qui semblent se multiplier de façon particulière à notre époque dans le cercle de divers systèmes, conceptions idéologiques du monde et régimes, Jésus-Christ devient, d’une certaine manière, nouvellement présent, malgré l’apparence de toutes ses absences, malgré toutes les limitations de la présence et de l’activité institutionnelle de l’Église. Jésus-Christ devient présent avec la puissance de la vérité et avec l’amour qui se sont exprimés en lui avec une plénitude unique et impossible à répéter, bien que sa vie terrestre ait été brève, et plus brève encore son activité publique.
Jésus-Christ est la route principale de l’Église. Lui-même est notre route vers « la maison du Père [13] », et il est aussi la route pour tout homme. Sur cette route qui conduit du Christ à l’homme, sur cette route où le Christ s’unit à chaque homme, l’Église ne peut être arrêtée par personne. Le bien temporel et le bien éternel de l’homme l’exigent. L’Église, par respect du Christ et en raison de ce mystère qui constitue la vie de l’Église elle-même, ne peut demeurer insensible à tout ce qui sert au vrai bien de l’homme, comme elle ne peut demeurer indifférente à ce qui le menace. Le concile Vatican II, en divers passages de ses documents, a exprimé cette sollicitude fondamentale de l’Église, afin que la vie en ce monde soit « plus conforme à l’éminente dignité de l’homme [14] » à tous points de vue, pour la rendre « toujours plus humaine [15] ». Cette sollicitude est celle du Christ lui-même, le bon Pasteur de tous les hommes. Au nom de cette sollicitude, comme nous le lisons dans la constitution pastorale du concile, « l’Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine [16] ».
Il s’agit donc ici de l’homme dans toute sa vérité, dans sa pleine dimension. Il ne s’agit pas de l’homme « abstrait », mais réel, de l’homme « concret », « historique ». Il s’agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et Jésus-Christ s’est uni à chacun, pour toujours, à travers ce mystère. Tout homme vient au monde en étant conçu dans le sein de sa mère et en naissant de sa mère, et c’est précisément à cause du mystère de la Rédemption qu’il est confié à la sollicitude de l’Église. Cette sollicitude s’étend à l’homme tout entier et est centrée sur lui d’une manière toute particulière. L’objet de cette profonde attention est l’homme dans sa réalité humaine unique et impossible à répéter, dans laquelle demeurent intactes l’image et la ressemblance avec Dieu lui-même [17]. C’est ce qu’indique précisément le concile lorsque, en parlant de cette ressemblance, il rappelle que « l’homme est la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même [18] ». L’homme, tel qu’il est « voulu » par Dieu, « choisi » par Lui de toute éternité, appelé, destiné à la grâce et à la gloire : voilà ce qu’est « tout » homme, l’homme « le plus concret », « le plus réel » ; c’est cela, l’homme dans toute la plénitude du mystère dont il est devenu participant en Jésus-Christ et dont devient participant chacun des quatre milliards d’hommes vivant sur notre planète, dès l’instant de sa conception près du cœur de sa mère.
§ 14 . Toutes les routes de l’Église conduisent à l’homme
(…)
Cet homme est la route de l’Église, route qui se déploie, d’une certaine façon, à la base de toutes les routes que l’Église doit emprunter, parce que l’homme – tout homme sans aucune exception – a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient : « Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l’homme – à tout homme et à tous les hommes – (...) lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation [19]. »
§ 18 . La sollicitude de l’Église pour la vocation de l’homme dans le Christ
Ce regard nécessairement sommaire sur la situation de l’homme dans le monde contemporain nous amène à tourner davantage nos pensées et nos cœurs vers Jésus-Christ, vers le mystère de la Rédemption, dans lequel le problème de l’homme est inscrit avec une force spéciale de vérité et d’amour. Si le Christ « s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme [20] », l’Église, en pénétrant dans l’intimité de ce mystère, dans son langage riche et universel, vit aussi plus profondément sa nature et sa mission. Ce n’est pas en vain que l’Apôtre parle du Corps du Christ qu’est l’ÉgIise [21]. Si ce Corps mystique du Christ est le peuple de Dieu – comme dira par la suite le concile Vatican II en se fondant sur toute la tradition biblique et patristique –, cela signifie que tout homme est dans ce Corps pénétré par le souffle de vie qui vient du Christ. En ce sens également se tourner vers l’homme, vers ses problèmes réels, vers ses espérances et ses souffrances, ses conquêtes et ses chutes, fait que l’Église elle-même comme corps, comme organisme, comme unité sociale, perçoit les impulsions divines, les lumières et les forces de l’Esprit Saint qui proviennent du Christ crucifié et ressuscité, et c’est là précisément la raison d’être de sa vie. L’Église n’a pas d’autre vie que celle que lui donne son Époux et Seigneur. En effet, parce que le Christ s’est uni à elle dans son ministère de Rédemption, l’Église doit être fortement unie à chaque homme.
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Textes récents
Œcuménisme, prier ensemble
Trente ans se sont écoulés depuis que les évêques de l’Église catholique, réunis en concile en la présence de nombreux frères d’autres Églises et communautés ecclésiales, ont écouté la voix de l’Esprit qui mettait en lumi ère des vérités profondes sur la nature de l’Église montrant ainsi que tous ceux qui croyaient au Christ étaient beaucoup plus proches qu’ils ne l’imaginaient, tous en marche vers l’unique Seigneur, tous soutenus et aidés par sa grâce. Il en ressortait une invitation toujours plus pressante à l’unité.
Depuis, un chemin considérable a été parcouru dans la connaissance réciproque. Celle-ci a intensifié notre estime et nous a souvent permis de prier ensemble l’unique Seigneur, mais aussi les uns pour les autres, en parcourant un chemin de charité qui est déjà un pèlerinage d’unité [22].
Liberté religieuse
2. Le Maryland occupe une place particulière dans l’histoire du catholicisme américain, comme d’ailleurs dans l’histoire religieuse de la nation. C’est ici que la liberté religieuse et la tolérance civique ont été enracinées dans l’expérience américaine ; de la même façon, récemment, le Maryland a joué un rôle pionnier dans le domaine du dialogue œcuménique et interreligieux.
Aujourd’hui, la tolérance et la coopération religieuses entre les Américains ne peuvent être uniquement une entreprise pragmatique ou utilitaire, pas plus qu’une simple adaptation à la diversité d’autrui. Non, l’origine de votre engagement à la liberté religieuse est en soi une profonde conviction religieuse. La tolérance religieuse est fondée sur la conviction que Dieu désire être adoré par des personnes libres : une conviction qui exige de notre part de respecter et d’honorer le sanctuaire intérieur de notre conscience dans lequel chaque personne rencontre Dieu. L’Église catholique soutient pleinement cette conviction, comme les Pères du concile Vatican II l’ont proclamé dans l’historique Déclaration sur la liberté religieuse.
Le défi qui vous attend, chers amis, consiste à accroître la conscience des peuples en ce qui concerne l’importance pour la société de la liberté de religion et à défendre cette liberté contre ceux qui voudraient exclure la religion du domaine public et établir le sécularisme comme foi officielle de l’Amérique. (…)
6. Chers amis : Le monde se tourne vers l’Amérique dans l’espoir de trouver un modèle de société libre et vertueuse [23].
Gaudium et spes, sommet du concile, précurseur d’Assise, magna charta de la dignité humaine
2. (…) C’est précisément la profonde connaissance de la genèse de Gaudium et spes qui m’a permis d’en apprécier pleinement la valeur prophétique et d’en appliquer largement les contenus dans mon magistère, et ce dès la première encyclique Redemptor hominis. Dans cette dernière, en recueillant l’héritage de la Constitution conciliaire, je voulus réaffirmer que la nature et le destin de l’humanité et du monde ne peuvent être définitivement révélés qu’à la lumière du Christ crucifié et ressuscité.
3. Voilà, en définitive, le message important que Gaudium et spes a envoyé « à tous les hommes » (GS, n. 2), comme annonce de vie et d’espérance. C’est ce message qui, d’une certaine façon, fait de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde contemporain – dernier document promulgué par le concile Vatican II, et le plus développé de tous – le sommet de l’itinéraire conciliaire [24].
(…)
8. (…) Malheureusement la haine ethnique et religieuse, à nouveau attisée par des rancunes tribales et nationales, continue à fomenter des conflits, des génocides et des massacres, avec les terribles conséquences que de tels événements déclenchent : la faim, des épidémies et des millions de réfugiés en fuite. Il est temps que l’appel du concile soit écouté [en italique dans le texte]. Les croyants ont une responsabilité particulière dans ce domaine, comme je l’ai plusieurs fois souligné, en appelant notamment au rassemblement des représentants des différentes religions.
A ce propos, comment ne pas rappeler la « Journée mondiale de prière pour la paix » qui a réuni à Assise, le 27 octobre 1986, les principaux dirigeants des religions mondiales ? Nous étions naturellement sur la longueur d’onde de Gaudium et spes quand, dans la ville de saint François, nous avons prié et jeûné soutenus par la certitude de contribuer ainsi à rendre plus humaine la coexistence entre les hommes, encore déchirés par des conflits mortels.
La charte de la dignité humaine [sous-titre de l’ORLF]
9. Ces quelques exemples rapides suffisent à souligner le très vaste champ d’action de Gaudium et spes. A travers cette constitution l’Église a vraiment voulu embrasser le monde. En regardant les hommes à la lumière du Christ elle a su en saisir les aspirations profondes et les besoins concrets. Le résultat en a été une sorte de « magna charta » de la dignité humaine [en italique dans le texte] qu’il faut défendre et promouvoir [25].
Vocation et formation de Jean-Paul II
3. Le 1er novembre prochain, j’entrerai dans la cinquantième année de mon sacerdoce. En pensant à l’histoire de ma vocation, je dois avouer que ce fut une vocation « adulte », bien qu’elle ait été annoncée, d’une certaine façon, au cours de l’adolescence. Après mon baccalauréat au lycée de Wadowice, en 1938, je commençai à étudier la philologie polonaise à l’Université Jagellonne de Cracovie, ce qui correspondait à mes intentions et mes préférences d’alors. Mais ces études furent interrompues par la seconde guerre mondiale, en septembre 1939. A partir de septembre 1940, je commençai à travailler, tout d’abord dans une carrière de pierre, puis à l’usine Solvay. C’est précisément au cours de cette situation difficile que mûrit en moi la vocation sacerdotale. Elle mûrit au milieu des souffrances de mon pays, elle mûrit dans le travail physique, parmi les ouvriers, elle mûrit également grâce à la direction spirituelle de divers prêtres, en particulier de mon confesseur. En octobre 1942, je me présentai au grand séminaire de Cracovie où je fus admis. Dès lors, bien que continuant à travailler comme ouvrier à l’usine Solvay, je devins un étudiant clandestin de la faculté de théologie de l’université Jagellonne, et je fus admis au nombre des élèves du grand séminaire de Cracovie. Je reçus l’ordination sacerdotale le 1er novembre 1946, des mains du cardinal Adam Stefan Sapieha, dans sa chapelle privée [26].
Œcuménisme, accord touchant les questions de foi
Avec les Églises et communautés chrétiennes d’Occident, le dialogue théologique a abordé progressivement les thèmes énoncés par le deuxième concile du Vatican : « Le dialogue fut et demeure fécond et riche de promesses... On a esquissé des perspectives inespérées de solution et, en même temps, on a compris la nécessité de traiter certains points de manière plus approfondie » (n. 69 [27]). C’est donc dans un incessant approfondissement que l’on pourra parvenir à un véritable accord touchant les questions de foi. Plus cet accord sera authentique, plus nous pourrons reconnaître que sur certains points il existe une unité de la foi, les différences portant sur les expressions, tributaires des traditions spirituelles et intellectuelles, qui se sont développées à une époque où nous n’avions pas les relations de dialogue qui se tissent aujourd’hui [28].
[1] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22 : AAS 58 (1966) p. 1042-1043.
[2] — Ga 3, 28.
[3] — Exsultet de la nuit pascale.
[4] — Voir Jn 3, 16.
[5] — Voir S. Justin, I Apologia, 46, 1-4 ; II Apologia, 7 (8), 1-1 ; 10, 1-3 ; 13, 34 : Florilegium Patristicum II, Bonn, 1911 (2), p. 81, 125, 129, 133 ; Clément d’Alexandrie, Stromata 1, 19, 91, 94 : « Sources Chrétiennes » 30, p. 117-118 ; p. 119-120 ; Concile Vatican ii, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église Ad gentes, 11 : AAS 58 (1966), p. 960 ; Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium, 17 : AAS 57 (1965).
[6] — Voir Concile Vatican ii, Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes Nostra ætate, 3-4 : AAS 58 (1966), p. 741-743.
[7] — Col 1, 26.
[8] — Mt 11, 12.
[9] — Lc 16, 8.
[10] — Ep 3, 8.
[11] — Voir Encyclique Ecclesiam suam : AAS 56 (1964), p. 609-659.
[12] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22 : AAS 58 (1966), p. 1042.
[13] — Voir Jn 14, l sq.
[14] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22 : AAS 58 (1966), p. 1113.
[15] — Ibid., 38 : l. c., p. 1056.
[16] — Ibid., 38 : l. c., p. 1099.
[17] — Voir Gn 1, 27.
[18] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 24 : AAS 58 (1966), p. 1045.
[19] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 10 : AAS 58 (1966), p. 1033.
[20] — Concile Vatican ii, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22 : AAS 58 (1966), p. 1042.
[21] — Voir 1 Co 6, 15 ; 11, 3 ; 12, 12-13 ; Ep 1, 22-23 ; 2, 15-16 ; 4, 4-5 ; 5, 30 ; Col 1, 18 ; 3, 15 ; Rm 12, 4-5 ; Ga 3, 28.
[22] — Lettre apostolique Orientale Lumen, ORLF du 9/05/1995, p. V.
[23] — Salut du pape lors de la visite de la cathédrale de Baltimore, le 8 octobre 1995, ORLF 45, 7/11/1995, p. 6.
[24] — Discours de Jean-Paul II lors de la commémoration de la constitution Gaudium et spes, ORLF 46, 14/11/1995, p. 3.
[25] — Discours de Jean-Paul II lors de la commémoration de la constitution Gaudium et spes, ORLF 46, 14/11/1995, p. 4.
[26] — Discours de Jean-Paul II pour le trentième anniversaire de Presbyterorum ordinis, ORLF 46, 14/11/1995, p. 5.
[27] — Directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme, publié en 1993 par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, avec l’approbation de Jean-Paul II.
[28] — Jean-Paul II, Discours du 17 novembre 1995 à l’occasion de l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ORLF 47, 21/11/1995, p. 5.

