Le syndrome post-avortement
par le docteur Marie Peeters
Nous publions ici, avec l’aimable autorisation de son auteur, un article paru dans Tom Pouce, le journal de l’enfant à naître, nº 44, septembre-octobre 1995 [1].
Le Sel de la terre.
Les conséquences de l’avortement sur les femmes ayant vécu cette tragédie sont actuellement bien connues. Depuis plus de dix ans, les signes qui surviennent après un avortement ont été décrits sous le nom de « syndrome post-avortement ». Cependant, la déshumanisation liée à l’avortement ne touche pas seulement les femmes, mais toute la société.
Souvent, ce n’est que plusieurs années après (en moyenne dix ans, mais pouvant aller jusqu’à trente ans après) que la femme présente le tableau clinique actuellement bien connu. Généralement les signes se manifestent au moment où surviennent d’autres problèmes (divorce, maladie, perte d’un être cher), aux dates « anniversaires » (date de l’avortement ou moment où aurait dû naître l’enfant), à la suite d’une autre grossesse, au moment de la ménopause... On note : des dépressions, des cauchemars terrifiants, des problèmes relationnels, des troubles psychosomatiques (douleurs abdominales, céphalées, troubles alimentaires – boulimie ou anorexie mentale – tabagisme et alcoolisme, plus rarement des troubles psychiatriques tels que psychoses aiguës et/ou tentatives de suicide. Ces troubles cliniques sont l’expression de troubles plus profonds : culpabilité, colère, peur, perte de l’estime de soi, impossibilité de faire le deuil de l’enfant.
Depuis quelques années, le syndrome post-avortement a été décrit chez l’homme. Les études restent peu nombreuses mais permettent de constater que l’homme est également touché par les conséquences de l’avortement. Les conflits psychopathologiques sous-jacents sont les mêmes que chez la femme, mais l’expression clinique est un peu différente. La colère, le sentiment d’impuissance et les troubles sexuels semblent être plus fréquents que chez la femme.
Les conséquences les plus tragiques de l’avortement sont celles que l’on constate chez les enfants qui naissent dans les familles où a eu lieu un avortement. Ces personnes grandissent dans des familles où la maman souffre des troubles liés à son avortement.
Elles devinent, ou savent, qu’elles sont en vie uniquement parce qu’elles ont été voulues et que, dans le cas contraire, elles auraient été avortées comme l’a été leur frère ou leur soeur. Ces personnes présentent des troubles psychologiques comparables aux troubles des survivants d’une guerre ou d’un attentat. Mais la situation des survivants d’avortement est unique, car, dans ces cas, ce sont leurs propres parents qui ont voulu mettre fin à leur vie ou à celle d’un frère ou d’une soeur. Il n’y a pas de conflit psychologique plus profond. Toutes ces personnes souffrent de culpabilité et d’angoisse existentielles ; elles ont des attachements anxieux, souffrent de méfiance et de manque de confiance en elles. N’ayant pas le sentiment qu’elles ont le droit d’exister, leur vie n’a pas de valeur et, par conséquent, la vie des autres est aussi sans valeur. Cela explique l’augmentation des avortements, de la violence chez les jeunes et la difficulté actuelle à dissuader les jeunes femmes d’avorter.
Le processus de guérison doit donc obligatoirement comporter une phase de réhumanisation de la personne, car l’avortement est l’acte le plus déshumanisant qui soit. Le processus de deuil de l’enfant avorté est difficile : il n’y a pas de « corps » présent ; on a contribué à la mort de la personne dont on doit faire le deuil ; pour avorter, il faut déshumaniser l’enfant à naître, mais on ne peut faire le deuil que d’une personne. Il faut donc réhumaniser l’enfant avorté, car on ne peut faire le deuil d’un amas de cellules. Enfin, après un avortement, il y a de très nombreuses réconciliations à faire...
Il y a urgence à soigner les conséquences de l’avortement. Dans les pays où l’avortement touche deux générations, comme dans les pays de l’Est, le tissu social n’existe plus, le pouvoir ne peut se maintenir que grâce à la force ou à la séduction.
Progénèse. Faculté de Médecine.
45 rue des Saints Pères. 75006 Paris
[1] — Bulletin de liaison de « F.E.A. – Secours aux futures mères », 109 rue Defrance, 94300 Vincennes.

