Le baptême du fils aîné de l’Église
par l’abbé Jean-Baptiste Klein [1]
Nous ouvrons ces deux numéros consacrés au quinzième centenaire du baptême de Clovis par cet étude écrite à l’occasion du quatorzième centenaire. Nous sommes conscients de ses limites : le style, en un siècle, a vieilli ; l’auteur, comme souvent à son époque, manque de précision pour ses citations et ses références ; il peut nous sembler un peu trop « naïf ».
Cependant nous avons préféré cet article à d’autres plus savants [2]. Car il nous donne simplement le récit traditionnel, inspiré des anciennes chroniques, tel que l’ont connu nos ancêtres pendant des siècles, avant que le légitime souci de la critique, mais aussi le rationalisme et les passions anti-françaises ne prétendent rejeter parmi les légendes une partie de ces faits.
Au moyen des autres études et des documents que l’on trouvera dans ces deux numéros, nos lecteurs pourront vérifier que ce récit est substantiellement vrai, même s’il est, parfois, accidentellement hyperbolique.
Le Sel de la terre.
La bataille de Tolbiac fut à la fin du Ve siècle l’un des événements les plus importants de notre histoire nationale.
Clovis et Clotilde l’avaient probablement pressenti et si le courageux capitaine, en consultant son ardeur belliqueuse et celle de ses guerriers, espérait la victoire, sa sainte épouse, mieux inspirée, élevait ses pensées plus haut et priait le Seigneur, le Dieu des armées, de combattre avec son époux. Avant de le quitter, elle renouvela ses sollicitations, lui parla du Christ Sauveur et de l’impuissance de ses idoles ; elle l’assura sans doute que, durant son absence, elle ferait violence au ciel et par ses larmes et par ses prières.
Clovis avait sous ses ordres le roi de Cologne, Sigebert, chef des Francs Ripuaires, et probablement Ragnacaire, roi de Cambrai, chef d’une autre tribu franque : c’étaient non des alliés, mais des tributaires.
Il ne commandait pas uniquement à des Francs. Depuis la bataille de Soissons, les Gallo-Romains, en acceptant l’autorité de Clovis, faisaient partie de son armée. Ils étaient presque tous chrétiens et se trouvaient mêlés aux Francs qui restaient encore fidèles au culte de leurs divinités. L’armée de Clovis pouvait compter trente mille hommes. Les Alemans [3] étaient plus nombreux, cent mille, disent les chroniqueurs. Ils avaient de la vaillance, prenaient l’offensive, s’avançaient avec l’insouciance entreprenante des barbares, avec un ardent désir d’occuper des terres en Gaule, et semblaient ne pas douter du succès.
De quel côté devait être la victoire ? A la valeur indisciplinée du barbare, les Francs avaient substitué une organisation plus régulière, des mouvements plus savants, un courage plus maître de lui-même. Les Alemans ne pouvaient ni repasser le Rhin, ni en remonter le cours pour rejoindre ceux de leurs frères établis entre ce fleuve et les Vosges, ni le suivre vers son embouchure ; ils auraient encore rencontré des Francs et se seraient trouvés enveloppés d’ennemis de tous côtés ; il fallait donc vaincre ou mourir.
Clovis rencontra les Alemans à Tolbiac, aujourd’hui Zulpich, dans le comté de Juliers, à sept lieues de Cologne.
La bataille s’engage, et les deux armées manifestent un courage égal : les Alemans s’avançaient comme une mer en fureur et s’efforçaient de renverser la muraille de fer que leur présentaient les soldats de Clovis. D’instants en instants, la lutte se poursuit avec un acharnement qui grandit sans cesse ; le chef des Francs se multiplie et commande en capitaine consommé. Mais les Alemans ne reculent pas, au contraire, le flot roule toujours apportant avec lui de nouveaux combattants. Soudain, la lutte semble devenir inégale ; les Gallo-Romains, placés au centre, commencent à faiblir, et ce mouvement menace de se communiquer au reste de l’armée. D’un rapide coup d’œil, Clovis mesure l’étendue du désastre qui se prépare, il voit que les Alemans vont remporter la victoire. A cet instant, une révélation soudaine se fait dans l’âme du roi des Francs : il comprend le néant et l’impuissance de ses dieux ; puis apparaît à ses regards la pieuse et douce Clotilde, le suppliant d’adorer Jésus-Christ, le Roi des rois, le Seigneur des armées. Il n’hésite plus ; se dressant sur son cheval de bataille, il s’écrie d’une voix puissante : « Ô Jésus-Christ, Dieu de ma Clotilde, vous que l’on dit être le consolateur de l’affligé et l’espoir du suppliant, donnez-moi la victoire et je vous adorerai [4]. »
L’armée entend ce cri de foi et d’espérance ; les Francs s’en étonnent, mais se sentent déjà une ardeur nouvelle : les chétiens y répondent avec bonheur ; ils relèvent leurs armes avec une vigueur indomptable, et tous ensemble, Francs et Romains, se jettent impétueux dans la mêlée. Les ennemis sont frappés d’une terreur subite, ils hésitent et reculent ; c’en est fait, l’enthousiasme divin triomphe, Clovis est vainqueur. Le chef de l’armée allemande succomba dans la mêlée, et ses soldats, découragés, se rendirent en demandant grâce. « Épargnez-nous », crièrent-ils [5]. (…)
Le résultat de la victoire de Tolbiac fut immense : les Boïens, les Bavarois, les Suèves et les Alemans durent se déclarer tributaires du roi franc, et les contrées qui devinrent plus tard l’Alsace et la Lorraine furent ajoutées à ses États. Les Alemans qui refusèrent de se soumettre à Clovis ne retournèrent pas en Germanie, mais furent appelés par Théodoric en Italie. C’est ce qu’affirme Ennodius dans son panégyrique de Théodoric : « Grâce à vous, une partie des Alemans a pu trouver une patrie en Italie, sans que les Romains se soient plaints d’avoir été dépouillés [6]. »
Clotilde éprouva une joie plus grande à la nouvelle du serment de son époux sur le champ de bataille qu’à la nouvelle de l’importante victoire remportée à Tolbiac. Elle vit soudain Clovis entouré de l’auréole que donnent la foi et la régénération du baptême, et, dans le secret de son cœur, elle se dit : « Il n’y aura plus désormais entre nous de dissentiment dans les pensées et dans les croyances ; nous nous glorifierons ensemble du titre d’enfants de Dieu et de l’Église. » Qu’elle fut vive et pénétrante l’expression de sa reconnaissance ! Comme elle remercia le Seigneur d’avoir écouté ses prières et de s’être laissé fléchir par ses larmes !
Après son expédition contre les Alemans, le roi des Francs dut remonter le cours du Rhin pour recevoir en personne la soumission des tribus allemandes cantonnées sur les rives du fleuve. Qu’il rentrât dans les Gaules par Strasbourg ou par Spire, il traversa certainement le pays de Toul. « Comme il revenait plein de joie de son expédition contre les Alemans, dit Alcuin, Clovis traversa la cité de Toul », et, s’adressant à l’évêque saint Ours, il lui fit part de ses désirs de réaliser au plus tôt la promesse faite sur le champ de bataille ; en même temps, il avoua qu’il avait besoin d’être instruit sur les vérités chrétiennes, et implora cet office de sa charité pontificale. La modestie de l’évêque n’osa se charger d’une fonction qui lui paraissait difficile ; il sentait que le royal catéchumène avait autant besoin des exemples d’un saint que des leçons d’un docteur : aussi confia-t-il le roi aux soins d’un prêtre savant et pieux nommé Vaast [7].
Vaast, vraisemblablement originaire d’Aquitaine, avait quitté son pays pour se livrer, avec plus de sécurité, aux austérités de la mortification et de la pénitence. Il vivait depuis quelques années dans la solitude, quand il fut signalé à l’évêque saint Ours qui l’ordonna prêtre, afin de rendre ses vertus profitables à un plus grand nombre d’âmes [8].
Accompagné de saint Vaast, Clovis s’avançait vers la ville de Reims, où l’attendait Clotilde qui s’y était transportée et qui, dans une entrevue secrète avec saint Remi, s’était entendue sur les moyens à employer pour achever l’œuvre de Dieu. Chemin faisant, le roi des Francs s’entretenait avec l’apôtre de Jésus-Christ, comme le serviteur de la reine Candace s’entretenait avec l’apôtre Philippe qui lui révélait le sens des Écritures.
Quel admirable spectacle se produisit alors ! A chaque pas que fait Clovis, la foi descend dans son âme, et bientôt instruit de la véritable science, il sera digne de recevoir la régénération baptismale de la main du pontife qui siège à Reims.
La Providence a confié à deux saints la mission de sauver cette grande âme : saint Vaast conduit son roi aux sources de la vie et saint Remi est appelé à les faire couler dans son âme [9]. Le roi devra donc à l’un et à l’autre et la lumière de la foi et la grâce du baptême. Le seuil qui conduit à la lumière éternelle s’ouvre devant lui, il va le franchir, entraînant à sa suite ce peuple adopté par Dieu, qui sera désormais une nation sainte, une nation dont le zèle apostolique est destiné à porter jusqu’aux extrémités du monde le flambeau de la foi [10]. (…)
Clovis arriva bientôt à Reims, et son entrée dans la ville fut celle d’un conquérant. Il venait, en réalité, de remporter une double victoire, en triomphant des Alemans et en renonçant à l’idolâtrie.
La nouvelle du serment qu’il avait prononcé sur le champ de bataille s’était répandue au loin, et ceux qu’elle avait le plus réjouis étaient les Gallo-Romains. Clovis se trouva en présence de Clotilde et de saint Remi, qui s’avançaient au-devant de lui. Il reconnaissait en son épouse celle qui avait touché le ciel par ses prières et ses larmes, et rappelé sous les drapeaux des Francs la victoire qui semblait les abandonner. En s’approchant d’elle, il dit : « Clovis a vaincu les Alemans, mais vous avez vaincu Clovis. » Clotilde, toujours modeste, offrait, dans le secret de son cœur, un si bel éloge à celui qui avait conduit toute chose, et répondit : « C’est au Dieu des armées qu’est due la gloire de ce double triomphe [11]. »
L’évêque de Reims, à son tour, félicita d’abord Clovis de sa grande victoire et de son noble serment, puis il lui découvrit les desseins de Dieu et les devoirs du premier roi chrétien. A cette heure solennelle, le génie de l’illustre pontife, dirigé par la sainteté, dépose dans l’âme du roi le germe de cette grandeur qui va inspirer la plus belle époque de sa vie. Pouvait-il agir autrement, ce pontife prédestiné, qui s’était préparé par les austérités et la prière à la mission sublime que le ciel lui confiait ?
Cependant l’inquiétude se peignait parfois sur les traits de Clovis. Remi, le remarquant, comprit que le cœur de son roi était tourmenté par une crainte ou un regret. Il pria et attendit. Un jour enfin, Clovis, prenant la parole : « Saint pontife, lui dit-il, je veux être chrétien, je veux recevoir le baptême, et remplir mon serment fait au Dieu de Clotilde : il m’a donné la victoire. Mais serai-je seul admis à renoncer aux idoles de ma nation ? Chef des Francs, j’en ai partagé les erreurs ; puis-je espérer que mes fidèles soldats me suivront dans les voies de la vérité que vos enseignements m’ont révélée ? N’en viendront-ils pas, au contraire, à m’abandonner ? Laissez-moi m’assurer de leurs sentiments ; je leur dirai ce que vous m’avez dit vous-même, et peut-être qu’ils seront convaincus comme moi. »
L’évêque y consent. Clovis ordonne alors à ses guerriers de s’assembler, comme ils avaient coutume de le faire quand ils se préparaient au combat.
L’armée entière obéit, et son noble chef, prenant la parole, leur dit : « Fils des Francs, vaillants compagnons de mes exploits, vous vous souvenez des dangers de la dernière bataille : nous faiblissions devant des soldats innombrables, lorsque le Dieu tout-puissant est venu nous secourir. J’ai juré de le servir désormais ; voulez-vous comme moi, dédaignant des divinités impuissantes, adorer le Dieu qu’adorent Clotilde et les chrétiens, celui dont Remi est le ministre ? » Soudain un cri d’approbation interrompt ces paroles, et les soldats répondent en grand nombre : « Nous renonçons à nos dieux mortels, et nous sommes prêts à servir le Dieu de Clotilde, celui dont Remi proclame l’immortalité [12]. »
Saint Remi, en apprenant cette démonstration solennelle au champ de Mars, se réjouit grandement de ce miracle de la grâce, que Dieu opérait en faveur de ce peuple généreux ; il s’empressa, aidé de saint Vaast encore à Reims, et de Solemne, évêque de Chartres [13], de faire entendre dans les rangs de l’armée les enseignements de la foi, avec toute la clarté et la précision que demandent les paroles destinées aux guerriers [14].
Sans doute, une partie de la nation franque avait déjà reconnu le christianisme, ou du moins s’ébranlait pour entrer dans l’Église. Car d’un côté l’empire romain entendait depuis trois siècles annoncer la transformation surnaturelle que la grâce opère dans les âmes qu’elle conduit à la vérité et à la vertu.
Dans ces dispositions, Clovis laissait voir la générosité de sa foi naïve et ardente. Quand saint Remi lui racontait l’histoire du Sauveur, il s’abandonnait à la noblesse et à la sensibilité de son cœur. S’il lui montrait Jésus souffrant, humilié, et conservant, malgré ses souffrances et ses humiliations, sa douceur et sa bonté, les yeux du chef franc se mouillaient de larmes. Mais son indignation éclatait au souvenir du peuple déicide qui l’avait crucifié. Un jour, abandonnant son âme à ses généreux élans, il interrompit le récit de la passion, par ce cri : « Oh ! que n’étais-je là avec mes Francs pour le sauver [15] ! »
Après avoir consulté ses guerriers, Clovis, arrêté par un dernier scrupule de conscience, veut consulter aussi l’oracle de la chrétienté gauloise.
Dans la lettre de l’évêque saint Nicet ou Nicétius [saint Nizier] à la reine Golosuinte [Chlodoswinde], plus d’une fois publiée et commentée, nous lisons cette phrase, à propos de la conversion de Clovis : Humilis ad limina Martini cecidit, et sine mora se baptizari permisit. « Il alla se prosterner humblement sur le tombeau de saint Martin ; après quoi il permit qu’on le baptisât sans délai. » Quelques critiques, Adrien de Valois, le père Daniel et d’autres, ont cru que l’auteur de cette lettre voulait simplement dire par là que le roi des Francs avait reçu le baptême à Saint-Martin de Tours, et c’est cette interprétation malheureuse qui a fait laisser dans l’ombre un fait d’une importance capitale. Mais il est évident que saint Nicet, qui vivait au VIe siècle, n’aurait pu commettre une erreur aussi grossière [16]. Il savait parfaitement que Clovis avait été baptisé à Notre-Dame de Reims, comme l’attestent un acte de Louis le Pieux rapporté dans Flodoard et d’autres documents dignes de foi. D’un autre côté, les mots limina Martini sont formels et n’ont jamais désigné autre chose que la basilique particulière du saint élevée sur sa dépouille mortelle ; on disait de même limina Apostolorum pour désigner le tombeau de saint Pierre et de saint Paul. Il n’y a donc pas à en douter : Clovis, encore païen, alla saluer le palladium de la nation, qui était le corps de saint Martin, et demander à l’apôtre des Gaules une inspiration suprême. C’est là, devant ce sépulcre vénéré, fréquenté alors par des milliers de pèlerins, que, touché définitivement de la grâce, frappé à son tour par ce rayon lumineux qui avait renversé Paul sur le chemin de Damas, et qui peut-être lui révélait dans un mystérieux pressentiment le brillant avenir de sa race et de son royaume, il s’agenouilla vaincu et se releva victorieux. Sur cet autel (l’autel national par excellence), il cueillit la palme du néophyte, comme il devait revenir, un jour, y prendre les insignes de l’autorité impériale. Et c’est ainsi que, par une merveilleuse disposition de la Providence, saint Martin, le premier fondateur de la France catholique, jaloux d’affirmer sa prérogative de protecteur de la patrie, lui donna le premier roi très chrétien.
Mais voici que le jour solennel où Clovis doit recevoir le baptême est enfin arrivé. Tout est préparé.
Dans la nuit de Noël de l’an 496, saint Remi, le grand évêque de Reims, après avoir longtemps prié dans l’église Sainte-Marie, se rendit auprès du roi pour lui donner ses dernières instructions, et le préparer immédiatement au saint baptême [17].
Le néophyte couronné s’avança à la rencontre de l’évêque, l’embrassa et le conduisit près de la reine Clotilde, qui, depuis quelques heures, était en prières dans l’oratoire dédié à saint Pierre, prince des apôtres. On disposa des sièges pour le roi, la reine, les clercs qui avaient accompagné le pontife, et un certain nombre de serviteurs du palais, seuls témoins de cette scène imposante. Remi résuma les instructions évangéliques des jours précédents.
Or, pendant qu’il parlait, une lumière céleste éclata soudain dans l’église, effaçant la lumière des cierges allumés, et une voix se fit entendre, disant : « La paix soit avec vous. C’est moi, ne craignez point, persévérez dans mon amour. »
Après ces paroles, la lumière surnaturelle disparut et un parfum d’une suavité délicieuse se répandit dans l’enceinte de la chapelle.
Le roi et la reine se précipitèrent aux genoux du saint pontife, en versant des larmes d’émotion et de joie [18] ; et tandis qu’ils étaient ainsi prosternés devant lui, l’homme de Dieu, illuminé de l’esprit prophétique, leur prédit les grandeurs et les prospérités du royaume des Francs : « Apprenez, mon fils, que le royaume des Francs est prédestiné de Dieu à la défense de l’Église romaine, qui seule est la véritable Église du Christ ; ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes de la terre, et il embrassera toutes les limites de l’empire romain, soumettant tous les autres royaumes à son sceptre ; il durera jusqu’à la fin des temps ; il sera victorieux et prospère tant qu’il restera fidèle à la foi romaine, et qu’il ne commettra pas un de ces crimes qui ruinent les nations ; mais il sera rudement châtié chaque fois qu’il se montrera infidèle à sa vocation [19]. »
Le lendemain fut un grand jour pour l’Église et pour la France : l’heure de Dieu était marquée pour la fête de Noël, l’an 496. Ce jour fut celui de la naissance chrétienne de la France, fille aînée de l’Église. Dieu prépara cette naissance, et il l’accompagna de miracles qui rappelèrent ceux de la prédication des apôtres. Par une prédestination spéciale, Jésus-Christ se choisit un prince parmi les gentils, il forma un peuple tout exprès pour protéger et défendre son Église contre les attaques des bandes hérétiques et l’inondation des hordes païennes.
« Quand le temps fut arrivé, dit Bossuet, que l’Empire romain devait tomber en Occident, Dieu, qui livra aux barbares une si belle partie de cet Empire, et celle où était Rome, devenue le chef de la religion, destina à la France des rois qui devaient être les défenseurs de l’Église [20]. »
Au jour de Noël (496), fixé pour l’imposante cérémonie du baptême du roi des Francs, le cortège se dirigea vers l’église dédiée à la bienheureuse Vierge Marie, avec la croix et les Évangiles, au chant des hymnes et des litanies. La rue par où les Francs devaient passer était jonchée de fleurs [21], tapissée d’étoffes peintes et ornée de guirlandes. Saint Remi tenait le roi par la main ; sur leurs pas se pressaient plus de trois mille guerriers [22] francs, puis encore plusieurs milliers de femmes et d’enfants, tous portaient l’habit de catéchumènes ; et enfin, un peuple immense de chrétiens, voulant être témoins de la grande alliance qui allait se stipuler entre les Francs et les Gaulois, dans l’unité de la foi, par les mains de la religion. Le bonheur était dans tous les cœurs ; des larmes de joie coulaient de tous les yeux ; de joyeuses acclamations sortaient de toutes les bouches. Dans l’intérieur de l’église, les plus doux parfums répandaient dans l’air une odeur délicieuse, la cire embaumée brûlait et éblouissait les yeux par d’innombrables lumières. Le baptistère surtout étincelait de feux et de fleurs.
Ravi, transporté de ces pompes chrétiennes, l’auguste néophyte demande à l’évêque de Reims : « Est-ce là, mon père, le royaume de Jésus-Christ, où vous avez promis de m’introduire ? — Non, mon fils, ce n’est que l’entrée du chemin pour y arriver. » Quand ils furent arrrivés au baptistère, le prêtre qui portait le saint chrême, nécessaire pour la bénédiction des fonts et pour l’onction royale, se trouva arrêté par la foule. Saint Remi, élevant alors les yeux vers le ciel, se met à prier en silence ; aussitôt une colombe, blanche comme la neige, descend et apporte, suspendue à son bec, une ampoule que l’on trouva remplie de l ’huile sainte, nécessaire en ce moment [23]. « Une odeur délicieuse s’en exhale, les assistants en sont embaumés et une joie immense se répand dans leur âme. » Le saint évêque prend l’ampoule miraculeuse, et répand le saint chrême sur l’eau baptismale, pendant que la colombe reprenait son vol et disparaissait. Transporté de joie à la vue d’un si grand miracle, le roi renonce à Satan et demande le baptême une dernière fois.
Au moment où saint Remi va réaliser les désirs de Clovis, il lui dit : « Courbe docilement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré [24]. »
Cette exhortation était tout à la fois un acte d’humble repentir qu’il imposait au païen, et une invitation à réparer, par les œuvres de l’avenir, celles du passé.
Quand le roi des Francs eut achevé sa profession de foi, le pontife, poursuivant les cérémonies du sacrement, accompagna la triple immersion baptismale de l’invocation des trois personnes de la très sainte Trinité, puis il le confirma et le sacra avec l’huile sainte.
Le testament de saint Remi ne laisse pas le moindre doute sur la confirmation et le sacre de Clovis ; le grand évêque dit expressément : « J’ai élevé cette famille au rang suprême de la majesté royale, baptisée et tenue sur les saints fonts, marquée des sept dons de l’Esprit-Saint, et sacré son chef roi par l’onction du saint chrême [25]. »
Alors, debout, la main étendue, Clovis et les Francs, régénérés avec lui, jurèrent de rester fidèles au Dieu de Clotilde. Le Seigneur reçut le serment de la patrie : un lien d’amour unissait à jamais au Christ le royaume très chrétien.
La France catholique, telle qu’elle devait toujours subsister dans le plan divin, était présente à ce baptême solennel : le roi, la reine, des princesses, des seigneurs, des évêques, de simples guerriers ; le pape y envoya une lettre apostolique [26] ; le Seigneur y manifesta sa puissance par des prodiges, et le ciel, avec ses anges, sembla se mettre pour toujours au service de la France.
Dans les annales du règne du premier de nos rois, les interventions divines semblaient nécessaires pour confirmer la bonne nouvelle dans des âmes païennes et barbares : aussi Dieu les multipliait… Durant le trajet de Tolbiac à Reims, saint Vaast rendit la vue à un pauvre aveugle… Jésus-Christ, pour sacrer le roi de France qu’il devait appeler un jour le fils aîné de son cœur, envoie la sainte ampoule, et la colombe, céleste messagère qui planait sur le Jourdain [27].
Le prologue même de la loi salique ne constate-t-il pas l’origine toute providentielle de la France, quand il affirme qu’elle a été constituée par Dieu (auctore Deo condita), et met sur les lèvres de la patrie ce cri d’amour et de reconnaissance qui devait retentir tant de fois, dans la suite des temps : « Vive le Christ qui aime les Francs ! »
Pendant de longs siècles aussi, Noël ! Noël ! fut le cri de joie préféré des Français. Ils se souvenaient de l’hymne que saint Avit, évêque de Vienne, soumis à la domination arienne de Gondebaud, envoya au royal néophyte. En voici quelques strophes :
« Une nouvelle lumière a brillé dans notre Occident, elle a resplendi le jour où nous célébrions la nativité du Sauveur (…) Le Noël du Seigneur est aussi le Noël des Francs ; vous êtes né au Christ le jour où le Christ est né pour nous (…). Si votre lumière est plus bienfaisante pour ceux qui sont plus rapprochés, elle n’est pas sans se projeter sur les plus éloignés. Qu’à jamais l’éclat de votre diadème réjouisse ceux qui sont autour de vous ! Qu’il protège ceux qui sont au loin [28] ! »
Parmi les assistants au baptême de Clovis se trouvaient les deux sœurs du roi, Alboflède et Landehilde [Lanthilde] qui furent dans l’Église ce même jour [29]. Landehilde abjurait l’arianisme ; Alboflède renonçait au paganisme et aux plaisirs de la terre.
Les évêques des Gaules étaient aussi au baptistère de Reims ; ils ont fait le royaume de France, a dit le protestant Gibbon, et Joseph de Maistre, commentant cette parole dans le style qui lui est propre, ajoutait : « Les évêques ont construit cette monarchie, comme les abeilles construisent une ruche. » Ils ont façonné l’âme de la France en la pliant aux préceptes de l’Évangile ; ils lui ont fait ce tempérament généreux qui devait la rendre capable de si grandes choses ; et jusque dans ces temps reculés, où s’élaborait lentement notre civilisation chrétienne, on retrouve partout la main et le cœur des évêques.
Avec les évêques des pays conquis, d’autres encore étaient présents à cette imposante cérémonie. N’était-ce pas le baptême de l’Europe chrétienne ? Groupés autour du baptistère, ils formaient comme une armée qui devait conquérir à Clovis tous les cœurs, immortaliser son nom et le rattacher aux origines chrétiennes de la monarchie française. (…)
Ainsi, parmi toutes les nations chrétiennes, la France est aimée d’un amour spécial, elle a reçu une vocation glorieuse entre toutes, il n’est pas sur la terre de peuple qui porte sur son front, plus visiblement que le peuple franc, le sceau de sa mission divine. C’est la fille aînée de l’Église, le refuge des papes, l’épée de la justice éternelle dans le gouvernement des choses de ce monde : c’est la tribu de Juda du nouvel Israël.
La tribu de Juda, par une destinée glorieuse, est choisie de Dieu pour devenir l’épée de Jacob et le bouclier d’Israël ; et le patriarche, saisi d’un transport prophétique, s’écrie sur son lit de mort : « Juda, tes frères te loueront, ta main sera sur la tête de tes ennemis, les enfants de ton père s’inclineront devant toi. » Car le Seigneur lui confia la garde de son peuple avec la défense des lieux saints et, tout en réservant à Lévi la majesté du sacerdoce, il remit à Juda le glaive des combats, en lui disant :
« Va, ceins tes reins, je t’ai posé comme une ville forte, une colonne de fer, un mur d’airain ; j’ai établi au milieu de toi mon testament ; protège mon sanctuaire, afin que mon nom ne soit pas blasphémé parmi les nations. » Telle fut la mission de Juda, et Juda resta fidèle à sa vocation. Jacob, devançant du regard ce merveilleux avenir, avait dit avec raison de son fils : « Juda est comme un jeune lion. Mon fils, tu t’es élancé sur ta proie et, dans ton repos, tu dors comme le lion et comme la lionne. Qui osera le réveiller ? »
Cependant, l’arche du testament ne repose plus sur la montagne de Sion, et le glaive de Juda s’est brisé entre les mains du dernier descendant de David. Le temple de Sion est ruiné, et ses rues sont désertes. De la ville des prophètes le signe de l’alliance a passé à la cité des pontifes, et Rome chrétienne vit les peuples de la terre se presser autour des sept collines, comme jadis les tribus d’Israël montaient vers Jérusalem et son temple béni de Dieu.
Mais, si Rome est la Jérusalem des temps chrétiens, la France sous la loi nouvelle est, dans le peuple de Dieu, la tribu de Juda ; dans le camp du nouvel Israël, c’est la milice prédestinée pour servir d’épée et de bouclier à l’Église et à son auguste chef. Parmi les peuples catholiques, la France est le soldat toujours prêt à tirer le glaive et à verser son sang pour le Christ et l’Évangile.
« Voulant se servir de la France, dit Mgr Pie, pour en faire son apôtre et le défenseur de son Église, Notre Seigneur Jésus-Christ se l’est réservée d’une manière particulière, comme il s’était réservé la tribu de Juda dans son ancien peuple. »
L’histoire et l’étude de notre caractère national prouvent clairement que telle a été la pensée de Dieu. « Ô peuple des Francs, s’écrie l’illustre évêque de Poitiers dans un autre discours, remonte le cours des siècles, consulte les annales de tes premiers règnes, interroge les gestes de tes ancêtres, les exploits de tes pères, et ils te diront que, dans la formation du monde moderne, à l’heure où la main du Seigneur pétrissait de nouvelles races occidentales, pour les grouper, comme une garde d’honneur, autour de la seconde Jérusalem, le rang qu’il t’a marqué, la part qu’il t’a faite, te placent à la tête des nations catholiques. »
L’établissement du peuple juif dans la Terre promise a quelque chose de plus grandiose, de plus terrible que la fondation de la nationalité française. Mais combien cette dernière est plus gracieuse et plus touchante, dans tout ce qui la prépare, l’amène, la constitue !
Le 25 décembre 496, Clovis devient réellement roi ; il règne sur toute la Gaule septentrionale. Désormais la monarchie chrétienne est fondée, et, peu à peu, elle s’étendra sur toutes les provinces de la Gaule, et la France sera le plus beau royaume après celui du ciel.
Extrait de Klein abbé Jean-Baptiste, Clovis fondateur de la Monarchie française, Lyon, Emmanuel Vitte, 1896.
Chronologie Vie et règne de Clovis
466 — Naissance de Clovis, fils de Childéric Ier, roi des Francs saliens de Tournai.
481 — Avènement de Clovis, il hérite de la « Belgique Seconde », petit pays situé entre la mer du Nord, l’Escaut et le Cambrésis.
484 — Alliance avec les rois Francs (Rhénans et de Cambrai).
486 — Victoire de Soissons contre Syagrius : expansion du royaume de Clovis à toute la Gaule du Nord.
Épisode célèbre du vase de Soissons.
490 — Raids victorieux contre les Wisigoths (Saintonge en 494, Bordeaux en 498) ; début des offensives contre la Germanie rhénane et transrhénane.
493 — Pacte de non-agression avec les Burgondes, concrétisé par une alliance matrimoniale : Clovis épouse Clotilde, princesse Burgonde catholique, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes.
496 — Victoire de Tolbiac contre les Alamans : expansion du royaume à la Haute-Rhénanie ; Clovis fait le vœu de se convertir au christianisme s’il est vainqueur.
25 décembre : Baptême de Clovis à Reims par l’évêque saint Remi. Clovis devient le premier souverain catholique de l’Occident.
500 — Pacte d’alliance avec la Gaule de l’Ouest (les Armoricains).
Victoire de Dijon contre les Burgondes : réconciliation et pacte d’alliance pour lutter contre les Wisigoths.
507 — Victoire de Vouillé contre les Wisigoths : expansion du royaume de Clovis à l’Aquitaine.
508 — Clovis consacré Consul aut Augustus par l’empereur d’Orient Anastase.
Paris capitale du royaume.
511 — Juillet : premier concile des Gaules à Orléans : Clovis désigné Rex gloriosissimus, fils de la sainte Église, par tous les évêques présents.
27 novembre : mort de Clovis. Il est enterré à la basilique des Saints-Apôtres à Paris (colline Sainte-Geneviève), aujourd’hui « rue Clovis » entre l’église Saint-Étienne-du-Mont et le lycée Henri IV.
Tirée du dossier de presse : Mémoire du baptême de Clovis, Reims, 1995.
[1] — Ne pas confondre l’abbé Jean-Baptiste Klein avec l’abbé Félix Klein dont l’abbé Emmanuel Barbier dit qu’il « donna de l’encyclique Rerum novarum une idée au rebours de ce qu’elle est » et pour qui « les encycliques de Léon XIII préparaient l’alliance tant souhaitée entre la démocratie et la papauté », Barbier Abbé Emmanuel, Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France du concile du Vatican à l’avènement de S.S. Benoît XV (1870-1914), Bordeaux, Imprimerie Cadoret, 1924, Table analytique, p. 53.
[2] — Nous avons hésité à donner le récit du baptême écrit par Kurth (Clovis, 2e éd., Paris, Victor Retaux, 1901 ; réédition chez Taillandier, 1978). Ce dernier écrivain est beaucoup plus « scientifique ». Cependant, même si son livre est très intéressant, il nous semble que Kurth est trop impressionné par l’hypercritique. C’est ainsi qu’il doute de l’authenticité du petit testament de saint Remi, que la critique moderne a fini par accepter comme authentique.
[3] — On trouve plus souvent l’orthographe « Alamans ». Mais dans le récit d’Hincmar que nous donnerons dans le prochain numéro, on trouvera l’orthographe « Alemans ». (NDLR.)
[4] — Quelques historiens mettent dans la bouche de Clovis un discours homérique : rien de moins vraisemblable. Grégoire de Tours prête à Clovis ce discours, trop long, ce semble, pour la circonstance :
« Jésus-Christ, vous que Clotilde appelle le Fils du Dieu vivant, s’il est vrai que vous protégez ceux qui vous invoquent et donnez la victoire à vos serviteurs, j’implore votre assistance. Si vous me faites triompher de mes ennemis, si vous étendez sur moi cette puissance dont votre peuple reconnaît l’effacité, je jure de croire en vous et de me faire baptiser en votre nom. J’ai prié mes dieux : ils ne m’ont point écouté. J’en ai la preuve. A vous de m’arracher au péril ! »
[5] — Grégoire de Tours, Historia ecclesiastica Francorum, lib. II, cap. XXX.
[6] — Baronius, Annales ecclésiastiques, t. VIII, p. 629.
[7] — Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. Ier.
[8] — Baronius, Annales ecclésiastiques, t. VIII, p. 629. Le dévouement de saint Vaast, le premier maître spirituel de Clovis, parut si beau à saint Remi qu’il ne voulut point laisser dans l’ombre l’homme que la Providence elle-même avait choisi. D’après l’histoire de ces temps, saint Remi, obéissant à une inspiration divine, le consacra évêque et le plaça sur le siège d’Arras. Ce choix si sage produisit les plus grands biens : la parole évangélique du nouveau pontife, l’exemple de sa sainteté, les nombreux miracles qu’il opéra, répandirent la foi et convertirent un grand nombre d’infidèles. Sa charité répara les désastres produits par les dévastations des barbares. Il mourut vers 540, après trente-huit ou quarante années d’épiscopat (Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. Ier, et Bollandistes, Acta sanctorum, 27 novembre et 6 février).
[9] — Hincmar, Vita sancti Remigii, et FLODOARD, Histoire de l’Église de Reims.
[10] — Alcuin, Vie de saint Vaast, § 7. – Baronius, Annales ecclésiastiques, t. III, p. 629.
[11] — Vie des pères martyrs et principaux saints, 1er octobre, par Godescard.
[12] — Grégoire de Tours, Historia ecclesiastica Francorum, lib. II, cap. XXXI. – Aimoin, De Gest. Franc, lib. I, cap. XVI.
[13] — Sigebertus, in Chron. an. 490. – Baronius, t. VIII, p. 630.
[14] — Apertis et brevibus verbis instruxit (Hincmar, Vit. Sancti Remigii, cap. XXXV.)
[15] — Aimoin, lib. I.
[16] — Voici le passage de cette lettre : Audisti ab avia tua domina bonæ memoriæ Rodhilde (Clotilde) qualiter in Franciam venerit, quomodo dominum Clodeveum ad legem catholicam adduxerit, et, cum esset homo astutissimus, noluit acquiescere antequam vera cognosceret. Cum ista quæ supra dixi probata cognovit, humilis ad domini Martini limina cecidit, et baptizari se sine mora permisit (…). (Excerpta ex epistola Nicetii episcopi Trevirensis ad Chlodosindam, Éd. Migne, col. 1167).
[17] — Hincmar et Grégoire de Tours.
[18] — « Rex itaque ac regina pedibus se sancti Sacerdotis prosternunt, et cum magno pavore ac gemitu consolationem ejus requirunt », écrit Hincmar. (NDLR.)
[19] — Voici le texte de ce passage important, tiré du récit d’Hincmar, que nos lecteurs trouveront dans le numéro 19 de la revue : « Qualiter scilicet successura eorum posteritas regnum esset nobilissime propagatura atque gubernatura, et sanctam Ecclesiam sublimatura omnique Romana dignitate regnoque potitura, et victorias contra aliarum gentium incursus adeptura, nisi forte a bono degenerantes viam veritatis relinquerent, et diversos vitiorum fuerint secuti anfractus, quibus negligi Ecclesiaslica solet disciplina, et quibus Deus offenditur ; ac per hoc regna solent subverti atque de gente in gentem transferri. » (NDLR.)
[20] — Bossuet, Politique tirée de l’Écriture sainte, liv. VII, a. VI, propos. 14.
[21] — L’auteur a transcrit distraitement le texte d’Hincmar : « Plateæ sternuntur. » Ce dernier décrit ainsi la scène car il place le baptême à Pâques. Mais il est clair que si l’on place le baptême à Noël, selon les meilleures sources et selon l’abbé Klein lui-même, les rues ne pouvaient être jonchées de fleurs. (NDLR.)
[22] — Trois mille hommes, dit Grégoire de Tours, et six mille au témoignage du [pseudo-] Frégédaire, sans compter les femmes et les enfants, furent baptisés avec Clovis.
[23] — Hincmar, archevêque de Reims (806-882), ne s’est pas contenté de mentionner le miracle de la sainte ampoule, dans la Vie de son prédécesseur saint Remi ; il l’affirma avec plus de solennité encore lorsqu’en 869, présidant au couronnement de l’empereur Charles le Chauve, à Metz, il disait : « Nous avons conservé jusqu’à ce jour quelques parcelles du chrême apporté miraculeusement du ciel au saint évêque Remi, le jour où il baptisait le premier roi chrétien des Francs. » Flodoard (894-966), dans son Histoire ecclésiastique de Reims, n’est pas moins explicite ; il constate que la tradition est fermement établie. Il serait facile de montrer, par des témoignages nombreux, qu’il n’y a pas eu de protestation, jusqu’au moment où l’on a douté de tout, et où ce miracle ne pouvait pas plus trouver grâce qu’une foule d’autres, par lesquels s’était affirmée cette prédilection particulière que Dieu a de tout temps montrée pour les Francs.
[24] — On ne s’explique pas pourquoi certains historiens ont dénaturé la pensée de saint Remi en lui faisant appeler Clovis « fier Sicambre », par un pléonasme sans art ni beauté.
[25] — Voir le texte de ce testament dans les « Documents ». (NDLR.)
[26] — Que nos lecteurs se reportent à ce que nous disons dans l’introduction à la lettre d’Anastase II à Clovis, dans la partie Documents de ce numéro. (NDLR.)
[27] — Cette analogie est marquée sur un rétable de l’église Saint-Remi, à Reims.
[28] — Saint Avit deVienne, lettre XLI ; PL, t. 59, col. 237.
[29] — Landehilde avait déjà reçu un baptême valide chez les ariens. Elle fut donc seulement confirmée, comme le précise saint Grégoire de Tours. Alboflède, encore païenne, fut baptisée. Elle mourut peu après. (NDLR.)
Informations
L'auteur
L'abbé Jean-Baptiste Klein, auteur de l'ouvrage Clovis, fondateur de la Monarchie française (Lyon, Viie, 1896), ne doit pas être confondu avec l'abbé démocrate-chrétien Félix Klein (1862-1953).
Le numéro

p. 8-20
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