+ IIe congrès théologique de Sì Sì No No
à Rome, Janvier 1996
Le deuxième congrès théologique que nous annoncions dans notre numéro 15 s’est déroulé à Rome au mois de janvier (le premier congrès s’était déroulé à Rome en décembre 1994 pour le dixième anniversaire de la mort de don Putti et le vingtième anniversaire de la fondation de la revue Sì Sì No No). Les Publications du Courrier de Rome viennent d’en publier les Actes [1].
Nous ne relaterons pas tout ce congrès et nous ne ferons pas une recension complète de ces Actes dont nous recommandons la lecture à nos lecteurs. Notre intention est simplement de signaler quelques éléments qui ont davantage attiré notre attention.
Nous avons retenu de l’intervention de l’abbé Simoulin sur « La Lettre des évêques à Jean XXIII [2] » que la proposition qui revenait le plus souvent parmi les souhaits des futurs pères conciliaires était la définition de la médiation universelle de la très sainte Vierge Marie (311 évêques la proposaient, Actes, p. 93). Après celle-ci, l’une des propositions qui revenait le plus souvent était celle de la condamnation du communisme (258 évêques, Actes, p. 99). L’abbé Simoulin a également signalé que les pères parlaient d’œcuménisme, non pas dans le sens conciliaire, mais dans un esprit missionnaire. Il n’y a pas de propositions sur les religions non chrétiennes (question qui sera traitée au concile dans la déclaration Nostra Ætate). Seulement 22 évêques avaient abordé la question de la liberté religieuse.
La lettre des évêques donne donc de l’épiscopat une autre image que celle qui sera donnée par le concile. Il nous semble que l’on peut voir ici un argument supplémentaire pour dire que le concile ne représente pas le magistère ordinaire universel de l’Église. Le magistère ordinaire universel (infaillible) est celui de l’Église dispersée, comme il fut rappelé par les interventions de l’abbé Marcille et du père Pierre-Marie. Visiblement les deux (le magistère de l’Église dispersée qui se manifeste par la lettre aux évêques, et le magistère conciliaire) ne coïncident pas dans le cas présent.
L’abbé Lovey fit une intervention sur les schémas préparatoires dont nous avons retenu principalement que le Secrétariat pour l’unité des chrétiens avait préparé, en face des principaux schémas de la Commission théologique, des sortes de contre-schémas (voir Actes, p. 119). L’abbé Lovey décrivit de façon intéressante les manœuvres (le complot ?) des progressistes pour obtenir l’élimination des schémas doctrinaux. On voit intervenir Mgr Suenens, le père Chenu, les évêques hollandais, le père Congar [3]. On sait que la manœuvre aboutit lors de l’ouverture du concile.
Le professeur Dörmann, souffrant, ne put venir. Mais il fit lire son intervention, traduite en italien, par le professeur Pasqualucci. Le professeur Dörmann y faisait l’analyse du livre du cardinal Wojtyla paru en 1972 : Aux Sources du renouveau [4]. Il a montré qu’on peut y trouver déjà toute la nouvelle théologie du futur pape, avec son dogme fondamental de la « rédemption universelle ». On lit par exemple dans ce livre : « Dieu ne forme pas autrement son Peuple qu’en choisissant, appelant, amenant à Lui tout homme, chacun en particulier, de la façon qui lui est seule propre, et unique [5]. » « C’est pourquoi il se crée un lien profond et jusqu’à une identité élémentaire entre les principales directions de l’histoire et de l’évolution du monde et l’histoire du salut [6]. » Le cardinal expose que cette nouvelle théologie est un « enrichissement de la foi », qui manifeste, selon le professeur, « un changement substantiel de la foi traditionnelle ».
Comment justifier un tel enrichissement de la foi qui est comme une nouvelle révélation, une nouvelle Pentecôte ? La réponse ne nous a pas paru claire. Le cardinal s’appuie sur un certain principe de complémentarité de la foi, qu’il expose ainsi : « Il faut donc affirmer que la complémentarité [des expressions postconciliaires [7]] de la foi n’est pas une addition automatique des données du magistère du concile à tout ce qui, jusqu’à présent, représentait l’expression de l’enseignement de l’Église ; elle n’est même pas ce qui, dans le langage scolastique le plus strict, est appelé juxtapositio, parce que l’intégration de la pensée de Vatican II à toutes les précédentes formulations de l’Église s’est déjà faite sur la base de la succession historique des documents. Mais la complémentarité c’est, en revanche, quelque chose de plus : une cohésion organique qui se réalise, simultanément, dans la pensée et dans l’action de l’Église comme communauté de croyants. C’est-à-dire qui se réalise de telle sorte que, d’une part, nous retrouvons et, pour ainsi dire, “relisons” le magistère du dernier concile dans la totalité du magistère précédent de l’Église, et que, de l’autre, nous retrouvons la totalité du magistère précédent dans celui du dernier concile, dans le contexte duquel, en quelque sorte, nous le relisons [8]. »
Ainsi le dogme préconciliaire et le magistère conciliaire doivent s’adapter l’un à l’autre. Mais lequel est doué de l’autorité suprême en cas de conflit ? Il semble bien, nous dit le professeur Dörmann, que ce soit le magistère du concile : « Toutes les objections qui sont faites à l’enseignement du Concile et à sa réalisation post-conciliaire du fait de l’immutabilité du depositum fidei sont donc dès l’abord éliminées. Elles se heurtent au “respect” exigé envers le “magistère du Concile” [9]. » « A la place du “magistère précédent de l’Église”, continue le professeur Dörmann, surgit le nouveau “magistère du Concile”. Ce qui veut dire que le Concile est une “nouvelle Pentecôte”, naissance de la nouvelle Église de Vatican II [10]. »
Le professeur Pasqualluci terminait sa traduction par une liste des principales erreurs que l’analyse du professeur Dörmann a mises en évidence dans les écrits du pape actuel. Il nous paraît instructif de la reproduire : « 1 – Le Concile Vatican II a été une nouvelle Pentecôte dont la doctrine a enrichi le dogme de la foi de nouveaux contenus. 2 – La foi en Dieu qui a créé le monde “ex nihilo”, professée par les chrétiens dans leur Credo, est en réalité commune à presque toutes les religions. 3 – La religion catholique peut être mise sur le même plan (niveau) que les autres, parce qu’elle a en commun avec elles le fondement, donné par la foi en un Dieu créateur. 4 – L’humanité possède dans les religions non catholiques une foi en Dieu créateur qui est la même que celle professée par l’Église, par laquelle l’humanité coïncide dans la foi avec l’Église, et l’Église avec l’humanité. 5 – L’humanité a reçu la Sainte Trinité, qui s’est révélée par un acte en soi salvifique. Le Dieu créateur en lequel croit l’humanité se révèle donc dans la Sainte Trinité par une action salvifique qui ne se distingue pas de sa Révélation, il en est aussi l’acte même. Ainsi tout le genre humain vient à être transformé par cet acte en peuple de Dieu, et à chaque homme est communiquée la nature divine. 6 – Puisque tout le genre humain a été transformé en Peuple de Dieu par l’autorévélation de la Sainte Trinité, la grâce a été donnée à chaque homme indistinctement, sans lui demander ni repentir, ni adhésion à la vraie foi, ni rectitude de vie, donc sans lui demander une conversion au Christ. 7 – La grâce est donc un don concédé indistinctement à tous, par le seul fait d’être homme. 8 – La sainte Église englobe tous les hommes, à l’intérieur et à l’extérieur de ses limites visibles. 9 – L’humanité est l’authentique Église invisible. 10 – Le Fils de Dieu, au moyen de l’incarnation, s’est uni formellement à chaque homme. 11 – Le Fils de Dieu étant uni à l’homme grâce à l’incarnation, chaque homme réalise la dignité surnaturelle conférée par l’autorévélation de la Sainte Trinité, qui a transformé l’humanité en peuple de Dieu (voir nº 5). 12 – Chaque homme a été objectivement racheté par Notre Seigneur, vu qu’il s’est formellement incarné
