La vocation
par l’abbé Guillaume Devillers
Nous donnons ici la traduction d’une étude écrite en latin par monsieur l’abbé Guillaume Devillers.
Le Sel de la terre.
VOICI encore une question bien embrouillée dans les temps modernes, non sans grand dommage pour les âmes. Tout le monde s’accorde sans doute à unir vocation et désir d’une vie plus parfaite. Mais ce désir est-il suffisant pour qu’il y ait vocation ? Comment savoir si je suis appelé ? Est-ce un péché de ne pas répondre à sa vocation ? Comment doivent se préparer les aspirants au sacerdoce ? Ces questions reçoivent, selon les auteurs, des réponses fort diverses. Or elles sont de la plus haute importance, puisque la vie consacrée sera toujours le trésor et la joie de la sainte Église sur la terre et pour l’éternité.
Nous essaierons ici d’y répondre en suivant la méthode et les principes de saint Thomas d’Aquin.
La question des états de perfection et de la répartition des offices ou charges hiérarchiques dans la sainte Église est admirablement traitée par saint Thomas [1]. Il nous reste à considérer ici ceux qui sont appelés à ces états de perfection ou offices, autrement dit : la vocation. A ce sujet, nous nous poserons neuf questions :
1 — Y a-t-il bien trois vocations principales : à la foi, à la vie religieuse et aux offices sacerdotaux ?
2 — La vocation sacerdotale consiste-t-elle dans l’appel de l’évêque ?
3 — Quelles sont les dispositions nécessaires au sacerdoce ?
4 — La sainteté de vie est-elle nécessaire avant l’entrée au séminaire ou au monastère ?
5 — Tous sont-ils appelés ?
6 — Y a-t-il péché à ne pas répondre à la vocation, c’est-à-dire à l’appel de Dieu ?
7 — La vocation peut-elle être perdue ?
8 — Les futurs prêtres doivent-ils étudier principalement dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin ?
9 — Quelle doit être l’intention de celui qui se prépare au sacerdoce ?
Article 1
Y a-t-il trois vocations principales : à la foi, à la vie religieuse
et aux offices sacerdotaux (ou ministère sacerdotal) ?
Objections :
1) Il semble qu’il y ait beaucoup plus de trois vocations. Car Dieu, qui gouverne tout l’univers, n’appelle pas seulement au sacerdoce et à la vie religieuse, mais aussi à de nombreux autres offices ou métiers, comme ceux de soldat, d’agriculteur, etc.
2) En outre, l’Apôtre ne nous dit-il pas que Dieu appelle les uns comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs ou docteurs (Ep 4, 11) ? Il y a donc plus de trois vocations.
3) De plus, l’épiscopat est un état de perfection, à la différence du sacerdoce. Il semble donc qu’il y ait une vocation spéciale à l’épiscopat.
4) Enfin la vocation est ordonnée à la perfection. Or, nous voyons, dans la vie des saints, que les uns atteignirent la perfection avec les vœux de religion, les autres sans les vœux. Il faut donc ajouter une vocation spéciale à la perfection sans les vœux.
Cependant : En lisant le saint Évangile, nous voyons que Notre Seigneur appelle d’une triple manière : tout d’abord, il appelle tous les hommes au salut et à la grâce : « Venez tous à moi (…) » (Mt 11, 28). Ensuite, Notre Seigneur appelle à l’état religieux par ces mots : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, et suis-moi » (Mt 19, 21). Enfin, certains sont appelés à l’apostolat et au sacerdoce : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19).
Réponse : Il faut noter que la vocation dont nous parlons ici est un appel de Dieu, c’est-à-dire une ordination spéciale, faite par Dieu, de la vie de l’appelé, ou la manifestation de cette ordination ou volonté divine. Or la fin de l’homme, dans l’état présent de l’humanité, est entièrement surnaturelle, et consiste dans le salut et la perfection de notre âme par l’union de charité avec Dieu. Un homme peut être ordonné à cette perfection de trois manières : à sa propre perfection par la foi et la vie chrétienne, à sa propre perfection par l’observation des conseils, et à la perfection du prochain et de toute la communauté (III, q. 65, a. 1) par le ministère sacerdotal. La première vocation est nécessaire à tous pour le salut, car c’est par elle que Jésus-Christ nous appelle à son éternité de gloire (1 P 5, 10). La deuxième vocation est nécessaire pour mieux atteindre cette même fin. La troisième n’est pas nécessaire pour tous mais seulement « pour ceux qui y sont appelés par Dieu comme Aaron ». Et ces trois vocations suffisent pour que les hommes puissent atteindre leur fin.
Solution des objections :
1) Les autres métiers ne concernent pas directement la fin surnaturelle de l’homme. C’est pourquoi ils ne requièrent pas de vocation spéciale en dehors de l’inclination de la raison naturelle. Cependant rien n’empêche d’appeler cette inclination « vocation naturelle ».
2) Tous les offices que saint Paul énumère ici appartiennent à l’Église enseignante, et sont contenus dans la vocation sacerdotale.
3) L’épiscopat est la plénitude et la perfection de l’ordre sacerdotal. Or le parfait et l’imparfait appartiennent à un même genre. C’est pourquoi nous incluons l’épiscopat et le sacerdoce dans un seul genre de vocation.
4) Tous les hommes ayant reçu la grâce du baptême sont appelés à la perfection chrétienne : « Soyez donc parfaits comme votre Père est parfait » (Mt 5, 48). Il n’y a donc pas lieu de parler d’une vocation spéciale à la perfection pour ceux qui ne font pas de vœux et n’embrassent pas un état de perfection [2].
Article 2
La vocation sacerdotale consiste-t-elle
dans l’appel de l’évêque [3] ?
Objections :
1) Saint Paul dit du sacerdoce dans l’épître aux Hébreux : « Nul ne s’arroge cet honneur, mais il est donné à ceux qui sont appelés par Dieu. » Il semble donc que la vocation ne consiste pas dans l’appel de l’évêque, mais bien plutôt dans l’appel de Dieu.
2) En outre, les évêques appellent et ordonnent parfois comme prêtres des personnes qui n’en sont pas dignes. Or, il est manifeste que les indignes ne sont pas appelés par Dieu. Donc la vocation ne consiste pas dans l’appel de l’évêque.
3) D’ailleurs, nous lisons dans les actes du pape Pie XI [4] : « C’est pourquoi, afin d’écarter de l’Église et du peuple chrétien de nombreux et très graves maux, ceux qui ont été établis par l’Esprit-Saint pour gouverner cette même Église de Dieu doivent apporter le plus grand soin à ne pas permettre l’accès d’un si grand ministère à ceux qui manquent d’une vraie vocation sacerdotale. A ceux-là, en effet, il faut appliquer ces paroles de Notre Seigneur : “En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans le bercail des brebis, et qui y accède d’une autre manière, celui-là est un voleur et un brigand” (Jn 10, 1). » Il est manifeste, d’après ces paroles, que la vocation sacerdotale précède l’appel de l’évêque, et, par conséquent, qu’elle ne fait pas la vocation, mais la suppose.
4) De plus, l’expérience montre que, la plupart du temps les jeunes gens ne sont pas conduits au sacerdoce par l’appel de l’évêque, mais bien plutôt par leurs parents, leur curé, leurs amis, ou même par la lecture de quelques bons livres. Et bien souvent les évêques confèrent les saints ordres sans presque connaître les ordinands.
5) Enfin la divine Providence s’étend non seulement aux choses surnaturelles, mais aussi à celles qui sont de l’ordre naturel. Or, la vocation naturelle à telle profession ou à tel office ne paraît pas consister en autre chose que dans une inclination de la raison naturelle, selon les goûts et capacités de chacun. Par conséquent, la vocation surnaturelle au sacerdoce consistera simplement dans une certaine inclination de la foi : tel jeune homme, réfléchissant à partir des vérités de foi, comprend qu’il pourra, par le sacerdoce, donner une plus grande gloire à Dieu.
Cependant : Le saint concile de Trente affirme sans ambages à propos du sacerdoce : « Sont dits appelés par Dieu, tous ceux qui sont appelés par les légitimes ministres de l’Église [5]. »
Réponse : La vocation sacerdotale établit le prêtre dans un état de dignité au-dessus des autres hommes, comme il ressort de ces paroles du rituel de l’ordination : Oportet sacerdotem præesse. Or, dans toute société bien constituée, établir quelqu’un dans un état de dignité appartient de droit, soit à l’ensemble de la communauté, soit à celui qui est chargé de la gouverner. Dans la sainte Église, ce soin du gouvernement a été confié par Jésus-Christ aux apôtres et à leurs successeurs les évêques. C’est pourquoi il ne peut y avoir de vocation sacerdotale vraie et certaine avant l’appel de l’évêque. Cela est d’ailleurs confirmé par un décret approuvé par saint Pie X le 20 juin 1912 : « Nul n’a aucun droit à l’ordination sacerdotale avant le libre choix de l’évêque [6]. »
Solution des objections :
1) Non seulement le choix des prêtres, mais absolument tout sans exception est gouverné par la divine Providence. Cependant celle-ci agit habituellement par l’intermédiaire des causes secondes. Et c’est pourquoi lorsque quelqu’un est appelé par l’évêque, c’est vraiment Dieu qui l’appelle. Ce qui nous est d’ailleurs signifié par ces paroles de Notre Seigneur à ses apôtres : « Qui vous écoute m’écoute » (Lc 10, 16).
2) Dieu utilise les créatures comme causes secondes sans que soit modifiée leur nature propre, qui est de fait faillible. C’est pourquoi, si l’évêque appelle au sacerdoce quelqu’un qui en est indigne, il n’y a sans doute pas de vraie vocation, surtout si cela arrive par suite d’un péché de simonie, ou si ledit appelé a trompé ses supérieurs sur ses véritables intentions et dispositions. Nous pouvons croire cependant que s’il se repent et fait pénitence, le Dieu infiniment miséricordieux ne lui refusera pas les grâces nécessaires pour vivre saintement dans le sacerdoce jusqu’à sa mort. A plus forte raison, si l’erreur fut sans faute du côté de l’appelé.
3) Ce qu’affirme ici le souverain pontife, c’est que nul n’est apte au sacerdoce s’il ne possède la vertu et la science requises. Cependant, cette aptitude n’est encore qu’une divine préparation ou commencement de vocation. Elle ne suffit pas. Elle constitue en quelque sorte la matière de la vocation, l’appel de l’évêque en étant comme la forme. C’est pourquoi, si un candidat est rejeté par l’autorité ecclésiastique, même de façon déraisonnable et injuste, en sorte que tout accès au sacerdoce lui soit rendu impossible, nous devons croire qu’il n’était pas vraiment appelé par Dieu, au moins de vocation conséquente [7].
4) Tout ce que fait l’inférieur est réputé fait par le supérieur dont il dépend. Ainsi le directeur de séminaire sage et prudent, nommé à ce poste par son évêque, peut décider, pour l’évêque, de qui sera reçu à l’ordination. Quant aux conseils des parents, l’inclination du cœur, et les autres facteurs de ce genre, ils peuvent être comme les divines préparations par lesquelles l’âme est acheminée vers la grâce du sacerdoce.
5) Même la vocation naturelle, si elle a pour objet un état de dignité, doit procéder de celui qui a la charge du gouvernement. C’est en effet au gouvernant qu’il appartient de nommer les chefs et juges du peuple. En outre, il est vrai que la créature rationnelle se gouverne elle-même par son intelligence et sa volonté, mais pas de manière suffisante. C’est pourquoi chacune de ces puissances a besoin d’être gouvernée et perfectionnée par l’intelligence et la volonté de Dieu et des supérieurs humains [8]. Aussi le désir de la perfection ne suffit-il pas, ni pour la vocation sacerdotale, comme il a été dit, ni même pour la vocation religieuse : il faut encore que le postulant soit accepté par les supérieurs, lesquels reçoivent de l’Église la mission de juger si les dispositions du candidat sont suffisantes [9].
Article 3
Peut-on dire que les dispositions spirituelles nécessaires
au sacerdoce sont au nombre de trois, à savoir :
l’intention droite, la sainteté de la vie,
et la science suffisante ?
Objections :
1) Il semblerait que cette énumération soit incorrecte. En effet, les décrets du Saint-Siège affirment fréquemment que nul ne doit être contraint de recevoir les saints ordres : Nullus tondeatur nisi legitima ætate et spontanea voluntate [10]. Or, celui qui sent de la répugnance pour le sacerdoce, ne s’en approchera que sous l’effet de la contrainte. En plus des dispositions mentionnées, il est donc nécessaire que le candidat se sente incliné à embrasser la vie sacerdotale.
2) En outre, l’apôtre n’affirme-t-il pas que « nul ne s’arroge cet honneur, sinon celui qui y est appelé par Dieu » (He 5, 4) ? Par conséquent, même si le candidat est suffisamment vertueux et savant, ce serait présomption de sa part que de s’approcher du sacerdoce sans s’y sentir explicitement appelé par Dieu. Il doit donc y avoir, en plus des dispositions précitées, une inspiration ou un appel explicite de Dieu dans le secret de l’âme.
3) Enfin, l’office du prêtre n’est-il pas de conduire les âmes à la perfection ? Et comment le fera-t-il si lui-même n’est pas parfait ? Car personne ne peut donner ce qu’il ne possède pas. Il semble donc nécessaire que tous les prêtres observent les conseils évangéliques, afin qu’ils parviennent plus facilement à la perfection.
Cependant : Notre thèse se trouve clairement affirmée par un décret approuvé par saint Pie X : « Pour que l’ordinand soit à bon droit appelé par l’évêque, rien d’autre n’est nécessaire que l’intention droite et l’idonéité. Laquelle consiste simplement dans les dons de la nature et de la grâce, et dans une probité de vie et de doctrine suffisamment constatée, en sorte que l’on puisse fonder de solides espérances que le futur prêtre soit en mesure d’accomplir droitement ses fonctions, et de garder saintement les obligations de son état [11]. »
Réponse : Lorsqu’il s’agit de la réception d’un pouvoir spirituel, les dispositions peuvent être nécessaires, soit pour la validité, soit pour la licéité. Pour la validité, il suffit que le sujet soit de sexe masculin et baptisé. Pour la licéité, sont requises en plus, l’intention droite, la sainteté de vie, et la science suffisante [12], afin que celui qui est établi chef de ses semblables dans les choses divines, s’approche des saints ordres avec une conscience pure de tout péché mortel, et que, par sa foi et sa doctrine, ainsi que par ses mœurs, il puisse recevoir le soin des âmes [13].
Solution des objections :
1) Il est tout à fait vrai que celui qui reçoit les saints ordres, de même que celui qui fait un vœu, doit le faire avec une volonté libre et bien ferme. Cependant, si la contrainte externe s’oppose à la liberté, il n’en est pas de même de l’absence d’inclination sensible. Bien plus, cette répugnance sensible, si elle est surmontée par le candidat, ne fait que manifester une plus grande fermeté de la volonté, et par conséquent une vocation plus certaine. Aucune inclination n’est donc requise en principe, en dehors de l’intention droite de suivre Jésus crucifié. Que le directeur spirituel se garde pourtant d’une vue trop simpliste des choses. Il aura bien besoin des lumières du Saint-Esprit pour discerner, par exemple, si une forte répugnance, accompagnée de trop durs combats pour garder la chasteté, ne devrait pas être interprétée comme l’indice d’une volonté partagée, et non vraiment décidée à renoncer au monde, à ses pompes et à ses œuvres [14]. Il devra surtout ne pas tromper le candidat en lui cachant les difficultés et dangers du sacerdoce.
2) Selon le cours habituel de sa Providence, Dieu appelle au sacerdoce, non pas directement, mais par l’intermédiaire de l’évêque [15]. Aussi, si tel ordinand, étant bien disposé, est légitimement appelé par l’évêque, il est tout à fait exempt du soupçon de présomption. En outre, cette « voie secrète de Dieu » serait bien difficile à discerner, car les pensées de l’homme sont souvent troublées par les fantaisies de son imagination, voire même par les insinuations et tromperies du démon. Cependant, il est vrai que, pour que quelqu’un renonce au monde et embrasse l’état sacerdotal, il est nécessaire qu’il reçoive de Dieu un secours spécial de la grâce, lequel est appelé parfois « vocation ». Nous en parlerons plus loin [16].
3) La sainte Église a recommandé bien souvent aux prêtres la vie commune, l’obéissance et la pauvreté. Et le Christ a institué l’ordre des évêques et des prêtres plutôt dans la parfaite pauvreté que dans la possession des biens communs ou privés, comme le dit saint Thomas [17]. Cependant, l’Église n’exige pas plus, pour conférer les saints ordres, que la parfaite et perpétuelle chasteté (dans l’Église latine). La raison en est que la cause principale dans le ministère sacerdotal est Dieu, dont la vertu infinie peut sanctifier les hommes, même si l’instrument, c’est-à-dire le prêtre humain, n’est pas saint. En outre, il semble qu’il n’est pas toujours très facile pour le prêtre d’observer la parfaite pauvreté et l’obéissance religieuse dans la pratique de ses obligations apostoliques. On peut encore ajouter que le religieux, par les vœux, s’oblige à tendre à la perfection. Or le prêtre est davantage tenu à être parfait, à cause de la grandeur du ministère qu’il a reçu, que le religieux en vertu de ses vœux : « Toutes choses étant égales, le clerc constitué dans les ordres sacrés pèche plus gravement, s’il fait quelque chose contraire à la sainteté, que le religieux qui n’a pas reçu les saints ordres [18]. » Quant au vœu de chasteté perpétuelle, il est exigé de celui qui désire se donner à l’œuvre de la rédemption, afin que le prêtre ne soit pas divisé dans son cœur : « Celui qui est sans femme se préoccupe des choses du Seigneur, et de comment il pourra plaire à Dieu. Celui qui vit avec une femme se préoccupe des choses du monde et de comment plaire à sa femme. Et il est donc divisé » (1 Co 7, 32).
Article 4
La sainteté est-elle une condition nécessaire
pour pouvoir entrer au séminaire ou au monastère [19] ?
Objection : Il semblerait que la sainteté de vie soit une condition nécessaire pour pouvoir entrer comme postulant dans un séminaire ou un monastère. Dieu, en effet, qui gouverne toutes choses avec sagesse et justice n’appelle à une fonction ou à un état que ceux qui en sont dignes. Or, le pécheur est évidemment indigne. Donc Dieu ne l’appelle pas.
Cependant : Nous savons que la sainte Église est depuis ses origines conduite et inspirée par l’Esprit-Saint. Or, c’est un usage constant dans l’Église de ne pas exiger la sainteté de vie. Pour l’entrée au séminaire, il suffit que le candidat montre des qualités et une volonté telles que l’on puisse espérer qu’il remplira les ministères ecclésiastiques avec fruit jusqu’à sa mort [20].
Réponse : Les séminaires ont été institués comme un lieu de formation, de façon à faciliter chez les jeunes gens l’acquisition de la science et de la sainteté sacerdotale, de même que la vie religieuse a pour but la pratique des vertus en vue de l’acquisition de la perfection chrétienne. C’est pourquoi l’entrée au séminaire ou au monastère ne présuppose pas la sainteté [21]. Cependant, le séminaire diffère du monastère en cela que les séminaristes sont destinés à recevoir les saints ordres, lesquels requièrent chez l’ordinand la sainteté de vie [22] ainsi que l’absence de certains défauts contraires à la dignité sacerdotale. Aussi l’admission au séminaire doit être refusée à deux sortes de candidats : premièrement, à ceux qui sont affectés, de façon irréparable de quelque défaut physique ou spirituel incompatible avec la grandeur du sacerdoce : déformation physique notable, infamie de droit ou de fait, mauvaise habitude de sodomie, drogues (surtout les drogues dures ou injectées), etc. Entrent également dans cette catégorie l’avortement et les autres irrégularités et empêchements prévus par le droit, au moins tant que les candidats n’ont pas été dispensés [23]. Deuxièmement, doivent être exclus des séminaires ceux qui, selon un jugement prudent, pourront difficilement persévérer dans la sainteté sacerdotale, soit à cause de mauvaises habitudes contractées, soit à cause de la faiblesse de leur volonté [24]. Pour les postulants à la vie religieuse, qui ne sont pas destinés au sacerdoce, on pourrait peut-être être moins exigeant, du fait que la vie religieuse protège mieux contre le monde et les occasions de péché.
La sainteté de vie est nécessaire avant que quelqu’un puisse être admis à recevoir les saints ordres [25]. La sainteté requise avant la profession religieuse est celle qui donne une certitude morale quant à l’observation de la règle et la persévérance future du religieux.
Solution de l’objection : Nul n’est digne de la vocation, comme le dit très bien sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Le chef divin n’appelle pas ceux qui en sont dignes mais ceux qu’il lui plaît. » C’est Dieu qui rend l’appelé digne, en le justifiant ; et cette justification peut avoir lieu après l’appel, selon ces mots de l’apôtre : « Ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés » (Rm 8, 30). Cette justification devra cependant être dûment constatée avant l’admission aux ordres sacrés ou à la profession. Agir autrement serait pécher contre la prudence et tenter Dieu.
Article 5
La vocation est-elle universelle ?
Tous les hommes sont-ils appelés [26] ?
