Consécration de la France
à saint Michel
Si la France peut à juste titre se glorifier d’avoir édifié le plus beau sanctuaire en l’honneur du prince des anges, la consécration qu’elle lui fit d’elle-même, le 19 mai 1912, l’honore bien davantage. Objet, depuis sa naissance, des prévenances particulières de l’archange saint Michel, la fille aînée de l’Église voulut en des heures particulièrement sombres témoigner publiquement de son attachement au champion des droits de Dieu. Face à l’adversaire, le diable, elle résistait ferme dans la foi, fidèle au mot d’ordre du premier pape.
L’initiative de cet acte, unique dans l’histoire à notre connaissance, revint au gardien du mont Saint-Michel, Monseigneur Joseph Guérard, évêque de Coutances et Avranches, qui, lors des fêtes de clôture du XIIe centenaire de l’apparition de l’archange sur le mont Tombe, prononça, le 16 octobre 1909, une première consécration. Plusieurs évêques l’adoptèrent aussitôt dans leurs diocèses. Et c’est finalement d’un commun accord que tous les évêques de France, sans exception, résolurent de faire un même jour cette consécration dans leurs diocèses respectifs : le 19 mai 1912, fête nationale de la bienheureuse Jeanne d’Arc.
Malheureusement cette consécration ne fut pas ratifiée par les autorités civiles et deux ans après éclatait la guerre de 14-18.
Le Sel de la terre.
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O GLORIEUX saint Michel, permettez que nous vous apportions l’hommage de notre reconnaissance, de notre vénération, de notre amour.
Commis par l’Éternel à la garde du droit, vous avez rejeté dans les abîmes Satan et ses suppôts, inclinant votre épée devant l’Homme-Dieu et la Vierge qui devait enfanter et devenir la reine des anges.
Le peuple élu vous vit à sa tête lorsqu’il errait dans le désert, et vous fûtes, dans son exil, son esprit et sa force.
Sur le berceau de l’Église, héritière de la synagogue, tendrement vous avez veillé. Votre devise devint sa devise, et, depuis deux mille ans, rien de grand ne s’est opéré dans son sein en dehors de votre intervention féconde.
Baptisée la première des nations, dans le sang du Christ, la France vous aima la première. Aussi vous êtes-vous ingénié à faire d’elle, à votre image et à votre exemple, le bon sergent de Dieu. Des champs de Tolbiac aux sommets du Mont Tombe, des sommets du Mont Tombe aux vallons de Domrémy, des siècles reculés aux temps où languit notre vie, vous avez écrit les meilleures pages de notre histoire.
Ajoutez encore à vos bienfaits, ô bon et puissant archange, et prenez officiellement sous votre garde tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nos personnes et nos biens, nos familles et nos paroisses, nos évêques et nos prêtres.
Cette consécration solennelle, nous la voudrions nationale, et nous renouvelons, autant qu’il est en nous, le pacte séculaire qui lie la France au prince des anges.
Nous vous saluons, nous vous bénissons, nous vous acclamons, mais, de grâce, défendez-nous dans le combat.
Les ténèbres du doute et de l’erreur nous envahissent de toutes parts : archange de lumière, dissipez nos ténèbres !
Les volontés fléchissent et les courages chancellent : archange victorieux, ranimez nos ardeurs et communiquez-nous la flamme qui fait les âmes justes et les peuples vaillants !
Les cœurs s’attachent à la chair et au sang : ô séraphin sublime, arrachez-nous à la fange et portez-nous à Dieu !
Veillez tout spécialement sur nos foyers, où la foi et l’innocence subissent de si rudes assauts, et commandez à Satan d’y respecter la paix et la vertu.
Ô saint Michel, gardez l’Église et sauvez notre patrie bien-aimée, protégez son clergé et ses fidèles, convertissez ses fils égarés.
Que le Cœur Sacré de Jésus, que Marie Immaculée vous envoient vers nous, avec la bienheureuse Jeanne d’Arc ; et que le règne de Dieu s’établisse sur nous et sur le monde à jamais, pour qu’à jamais, ô grand prévôt du paradis, nous soyons associés à vos triomphes ! Ainsi soit-il !
Extrait de La Semaine religieuse de Coutances et Avranches, 1912, p. 352 et 353, cité par Vincent Klee, La Consécration nationale de la France à saint Michel,
19 mai 1912, Taipei, Archivum angelicum, 1989, p. 11 à 15.
Oraison carolingienne
Cette oraison, dite parfois de saint Louis, retrouvée par le cardinal Pitra, était la prière favorite du père de Foucauld. Elle est tirée d’un missel du IXe siècle et remonterait au VIIe siècle (Pitra cardinal, Vie de saint Léger, Introduction, p. XXII).
Le Sel de la terre.
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OMNIPOTENS sempiterne Deus, qui ad instrumentum divinissimæ tuæ voluntatis per orbem et ad gladium et propugnaculum Ecclesiæ sanctæ tuæ, Francorum imperium constituisti, cœlesti lumine, quæsumus, filios Francorum supplicantes semper et ubique præveni, ut ea quæ agenda sunt ad regnum tuum in hoc mundo efficiendum videant et ad implenda quæ viderint, caritate et fortitudine perseveranter convalescant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
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DIEU tout-puissant et éternel, qui avez établi l’empire des Francs pour être dans le monde l’instrument de vos divines volontés, le glaive et le bouclier de votre sainte Église, nous vous en prions, prévenez toujours et partout de votre céleste lumière les fils suppliants des Francs, afin qu’ils voient ce qu’ils doivent faire pour établir votre règne en ce monde et que, pour accomplir ce qu’ils auront vu, ils croissent en charité et en force avec persévérance. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

