DOCUMENTS
pour servir à l’histoire de la France chrétienne
Prologue de la loi salique
VIe siècle
Lors du concile d’Orléans, en 511, l’alliance entre l’Église et l’État dans la jeune monarchie franque s’était affirmée d’une manière solennelle pour la prospérité commune de l’État et de l’Église [1]. La loi salique, révisée alors par Clovis dans le sens chrétien, n’est pas moins explicite.
La rédaction de ce prologue, si l’on en croit Godefroid Kurth, daterait de 555-557 [2]. Mais d’autres en retardent la rédaction jusqu’en 757-766.
Il serait difficile d’imaginer une profession de foi plus chrétienne et plus digne d’un grand peuple que cette page qui ouvre le recueil des quatre-vingt-un titres dont se compose la loi salique. Ce prologue semble affecter, dans ses premières lignes, une forme poétique et le texte d’un chant destiné à se graver dans toutes les mémoires. On admirera la mâle et simple beauté de ces paroles.
L’article le plus célèbre et le plus souvent cité de la loi salique est le VIe du titre LVIII, qui exclut les femmes du partage des terres patrimoniales : De terrâ vero Salicâ nulla portio hæreditatis mulieri veniat ; sed ad virilem sexum tota terræ hæreditas perveniat [3]. De là est venue cette maxime aussi ancienne que la monarchie elle-même : « Le royaume de France ne tombe pas de lance en quenouille » : Regnum Franciæ non cadit ad fusum e lancea [4].
Le Sel de la terre.
*
LA nation des Francs, illustre, fondée par Dieu son auteur, forte sous les armes, profonde en conseil, ferme dans les traités de paix, noble dans sa taille élancée, d’une blancheur et d’une beauté singulière, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, pure de toute hérésie, lorsqu’elle était encore sous une croyance barbare, avec l’inspiration de Dieu, recherchant déjà la clef de la science, aspirant à la piété, adopta la loi salique dictée par les chefs qui étaient alors les juges du peuple. On choisit entre plusieurs, quatre hommes : Wisogast, Bodogast, Salogast et Windogast, dans les lieux appelés Salaghève, Bodoghève,Windoghève [5]. Ils se réunirent en trois mals [6], discutèrent avec soin toutes les causes des procès, traitèrent de chacune en particulier et formulèrent le texte de la loi. Puis, lorsqu’avec l’aide de Dieu, Clovis le chevelu, le beau, l’illustre roi des Francs, eut, le premier de sa race, reçu le baptême catholique, tout ce qui, dans le pacte primitif, était jugé peu convenable, fut amendé avec clarté, et ainsi fut dressée cette constitution sainte.
Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’il garde leur royaume, qu’il remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce, qu’il protège leur armée, qu’il leur accorde l’énergie de la foi, qu’il leur concède par sa clémence, lui le Seigneur des seigneurs, les joies de la paix et des jours pleins de félicité ! Car cette nation est celle qui, brave et vaillante, a secoué de ses épaules le joug très dur des Romains, et c’est eux, les Francs, qui, après avoir professé la foi et reçu le baptême, ont enchâssé dans l’or et dans les pierres précieuses les corps des saints martyrs, que les Romains avaient brûlés par le feu, mutilés par le fer ou livrés aux dents des bêtes féroces [7].
[1] — Voir Le Sel de la terre
