Saint Thomas
contre-révolutionnaire
Abbé Juan-Carlos Ceriani
Introduction
"Il fut un temps où la philosophie des Évangiles gouvernait les États. Alors cette force, caractéristique de la sagesse du Christ et de sa divine vertu, avait pénétré les lois, les institutions et les coutumes des peuples, elle avait imprégné toutes les couches sociales et toutes les manifestations de la vie des nations... Ainsi organisée, la société produisit un bien–être supérieur à tout ce que l'on put imaginer. On en conserve encore la mémoire et celle–ci restera gravée dans un nombre incalculable de monuments relatant ces épopées et qu'aucun artifice de ses adversaires ne pourra jamais détruire ou assombrir."
Ainsi s'exprime, avec nostalgie et tristesse, Léon XIII dans son encyclique "Immortale Dei". Et un peu plus loin, il ajoute :
"Mais le désir pernicieux et déplorable de nouveauté, qui surgit au XVIème siècle et qui perturba tout d'abord les choses de la religion, vint par voie de conséquence troubler la philosophie et par celle–ci toute l'organisation de la société civile. À partir de là, et comme coulant de source, dérivent les plus récents postulats d'une liberté sans frein, inventés durant les grandes perturbations du XVIIIème et lancés depuis comme principe et base d'un droit nouveau qui était jusqu'alors inconnu et qui diverge non seulement du droit chrétien, mais aussi, en plus d'un point, du droit naturel."
Face au droit antique, au droit chrétien s'élève donc un droit nouveau. Nous assistons à l'affrontement de deux formes de pensée, de deux visions du monde, de deux civilisations. Nous assistons et sommes (ou devons être) acteurs des dernières batailles de la grande guerre qui oppose les deux cités, l'ordre social chrétien et l'ordre social révolutionnaire, le droit chrétien et le droit nouveau.
Les principes de ce droit révolutionnaire viennent de la Réforme ; ils s'imposent par la Révolution française et la Déclaration des droits de l'homme les codifie.
Parmi ces principes, le premier, fondamental, est le suivant : tous les hommes, étant de même nature, sont semblables et, de ce fait, égaux entre eux.
Ce postulat est l'axe autour duquel tourne tout le système révolutionnaire et constitue l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme : «Tous les hommes naissent et demeurent égaux en droits».
Mais de quelle égalité s'agit–il ? D'une égalité purement arithmétique : individualisme radical, absolu, sans limites.
Individualisme pour lequel seule la quantité existe, et est digne de considération par opposition à la qualité.
Individualisme qui ne sait que compter et qui compte tout le monde comme un ; qui ne sait qu'additionner et soustraire, et qui additionne et soustrait en confondant tout : la vertu et le vice, l'intelligence et l'idiotie, la compétence et l'inutilité, le plus et le moins, l'être et le néant, Dieu et la créature.
Les conséquences de ce principe suprême ne sont autres qu'une inversion totale des valeurs et une révolution complète de l'ordre juridique et social.
En effet, lorsque le droit nouveau affirme que "les hommes naissent et demeurent égaux en droits", il condamne les inégalités. Lorsqu'il affirme que "les hommes naissent et demeurent libres" (précisément parce qu'ils sont égaux), il condamne toutes les subordinations.
Alors que : qui dit autorité, ordres, obéissance, etc, dit nécessairement inégalité et subordinations.
Donc le nouveau droit, dans son égalitarisme, condamne les principes directeurs de l'ancien ordre juridique et social. Ainsi, c'est la société elle–même qui se voit sacrifiée : l'autorité, la foi et la hiérarchie supprimées, la société va à sa ruine.
Né de la doctrine révolutionnaire, le droit nouveau est son image achevée : ennemi, comme elle, de la famille, de l'autorité paternelle, de toute autorité humaine, de l'autorité divine.
"Vous serez comme des dieux", telle est la formule de la première révolution de l'ange et de l'homme contre Dieu. Depuis Adam, c'est la formule de toutes les révolutions : "Vous serez comme des rois" disent les aristocrates révolutionnaires contre leurs souverains, "vous serez comme des nobles" crient les révolutionnaires bourgeois contre les classes supérieures, "vous serez comme des riches" hurlent les révolutionnaires socialistes contre la classe moyenne.
L'égalitarisme conduit ainsi à une destruction totale de la société. Les différentes étapes ne seront rien d'autre que la réalisation de ce plan démoniaque.
Perdus par cette fausse philosophie, beaucoup de nos contemporains affirment et soutiennent la parfaite égalité de tous les hommes en droits et hiérarchies. Ils proclament que l'inégalité de droits et de pouvoirs ne doit pas exister, que tous les hommes sont par nature égaux entre eux et, donc, ils soutiennent que l'on ne doit ni honneur, ni respect à ceux qui sont investis d'une quelconque autorité.
De ces principes naissent la rébellion des enfants face à leurs parents, des sujets face aux gouvernants, des élèves face aux professeurs...; d'eux se déduisent toutes les doctrines erronées qui tendent à niveler par le bas les relations des hommes entre eux.
VÉRITABLE ET FAUSSE ÉGALITÉ
Contre cet égalitarisme, la doctrine catholique s'élève avec toute sa force et sa clarté :
"La société humaine, telle que Dieu l'a établie, comprend des éléments inégaux, comme sont inégaux les membres du corps humain : les rendre égaux est impossible et de là naîtrait la ruine de cette même société. L'égalité des divers membres sociaux consiste en ceci seulement : tous les hommes tirent leur origine de Dieu créateur, ils ont été rachetés par Jésus–Christ et doivent être jugés et récompensés ou châtiés par Dieu selon l'exacte mesure de leurs mérites. Ainsi il est conforme à l'agencement divin qu'il y ait dans la société humaine des princes et des vassaux, des patrons et des ouvriers, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants, des nobles et des gens de condition modeste ; lesquels, tous unis entre eux par le lien d'amour, doivent s'entraider afin d'atteindre leur fin ultime dans le ciel et ici sur terre leur bien–être matériel et moral." Léon XIII, Encyclique "Quod Apostolici Muneris" et Saint Pie X, Motu Proprio "Motu proprio sur l'action populaire chrétienne".
L'Église n'a jamais cessé d'enseigner au monde la véritable égalité entre les hommes :
a) L'Égalité d'origine :
Tous les hommes descendent d'un même Dieu créateur.
b) L'Égalité de nature :
Tous les hommes ont une âme également spirituelle et immortelle, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu et rachetée par Notre–Seigneur Jésus–Christ.
c) L'Égalité de destin
Tous les hommes sont également atteints par la mort. Ils ont un même enfer à craindre et un même ciel à mériter.
En contrepartie, il est certain ainsi que l'Église reconnaît et respecte toutes les supériorités légitimes. Dieu a créé l'homme pour vivre en société. Toute société a besoin d'une autorité. De ce fait, l'égalité sociale entre les gouvernants et les gouvernés est impossible : les uns ont le droit de commander et les autres le devoir d'obéir. Cette inégalité émane de la nature des choses. On ne peut pas la détruire sans tomber dans l'anarchie.
Il est sûr aussi que l'Église ne détruit pas, car elle ne peut pas le faire, les inégalités des conditions sociales. Les hommes vivent en société avec des possibilités inégales : les uns sont forts, les autres faibles ; les uns sont intelligents, les autres sans talent; les uns vertueux, les autres vicieux. Ces inégalités physiques, intellectuelles et morales sont des faits évidents qui résistent à tous les efforts des révolutionnaires pour prouver l'égalité entre tous les hommes. Ainsi de ces inégalités émanent les inégalités des conditions sociales.
Une société civilisée ne peut subsister sans la diversité des conditions. Imaginons un instant ce qui se produirait si tous étaient ingénieurs et aucun médecin ; ou tous professeurs : à qui enseigneraient–ils ? ou tous avocats et qu'il n'y ait aucun balayeur ou éboueur : qui nous éviterait de mourir de la peste ou mangés par les rats ?
Voyez où nous conduit la chimère de l'égalité absolue !
Les sophistes modernes auront beau dire et beau faire, ils ne pourront jamais détruire les inégalités sociales. Celles–ci ont leur origine dans la nature même des choses... Abolies un jour, elles renaissent le lendemain...
Seule l'Église établit la véritable égalité, la seule possible : l'égalité face à Dieu, l'égalité face à la loi, l'égalité d'admission à tous les emplois et postes selon les dons et vertus de chacun.
Saint Thomas d'Aquin étudie ce thème intéressant avec sa profondeur et clarté habituelles. Il le fait dans deux articles de sa magnifique Somme théologique, articles que nous avons appelés contre-révolutionnaires, vu leurs caractéristiques.
LA DISTINCTION DES CHOSES
Saint Thomas ne se demande pas s'il existe ou non des êtres distincts car, pour lui, c'est un fait. En effet l'univers est constitué par une multitude d'êtres, différents les uns des autres et admirablement hiérarchisés. Il y a une très grande variété d'espèces et une grande distinction entre les individus d'une même espèce. Limitons–nous à l'espèce humaine, les différences de santé, de beauté, de talent, de vertu, de sainteté sont énormes entre les uns et les autres.
Voici ce que se demande le Docteur angélique :
Quelle est la cause efficiente, la finalité et le fondement de la distinction entre les êtres ?
Il répond ainsi à ces trois questions :
1) La véritable cause efficiente de la multiplicité et de la distinction entre les êtres est Dieu qui, avec sa sagesse, a fait librement les êtres différents en entité et perfection.
La distinction des choses ne peut s'attribuer à la matière seule, car la matière elle–même a été créée par Dieu (I, q.44, a.2) et il faut ainsi ramener à une cause supérieure toute distinction qui puisse procéder de la matière. On ne peut pas non plus attribuer la distinction des choses à des causes secondaires, car la création est une action exclusive de Dieu et, en outre, parce que de cette façon l'ensemble des êtres ne viendraient pas de l'intention du premier agent, mais de la combinaison de beaucoup de causes, c'est–à–dire du hasard, ce qui est inadmissible.
C'est pour cela que le saint docteur affirme : "la distinction et la multiplicité des choses proviennent de l'intention du premier agent, qui est Dieu" (I, q. 47, a.1).
2) La finalité de la distinction des choses de l'univers est la manifestation de la bonté et de la perfection de Dieu.
"Dieu donna la vie aux choses pour leur communiquer sa bonté et la représenter par leur intermédiaire. Et comme cette bonté ne pouvait se représenter convenablement en une seule créature, il en fit de nombreuses et de diverses afin que ce qui manquait à chacun pour représenter la bonté divine fût complété par les autres" (I, q. 47, a.1).
La bonté et la perfection de Dieu sont telles qu'une seule représentation, aussi parfaite qu'elle soit, ne peut le représenter. Beaucoup de créatures représenteront beaucoup mieux la perfection divine. Le contraste et la gradation des êtres permettent de se forger une idée approximative des perfections divines. Les imperfections et les différences entre les choses créées ont le même effet harmonique que les combinaisons de graves et d'aigus, de silences et de sons, d'ombres et de couleurs en musique et peinture.
Cette raison nous donne la clé pour résoudre la troisième question :
3) Le fondement de la distinction des choses se trouve dans les limites de celles–ci pour manifester la bonté et la perfection de Dieu.
"La bonté qui est, en Dieu, simple et uniforme est, chez les créatures, multiple et divisée. Ainsi, la bonté de Dieu est partagée et représentée d'une façon plus parfaite par tout l'univers ou son ensemble qu'elle ne le serait par une seule créature" (I, q. 47, a.1).
Donc, et en résumant, Dieu crée pour manifester sa bonté et sa perfection. Cette manifestation se réalise par l'intermédiaire des créatures, lesquelles, en étant limitées, doivent être multiples et distinctes pour obtenir le but recherché.
Ainsi l'immense variété des minéraux, les différentes classes et types du règne végétal, les innombrables spécimens du règne animal, les diverses races humaines et (comme nous l'enseigne la foi) les myriades d'anges manifestent les infinies perfections de Dieu, sans pouvoir les épuiser ; le ciel et la terre chantent la gloire de Dieu !
L'INÉGALITÉ DES CHOSES
Après avoir étudié ce qui est relatif à la distinction entre les créatures, l'ange d'Aquin passe à l'analyse de leur inégalité.
En se référant non plus à la simple variété des êtres, mais aux grades distincts de perfection qui se notent en eux, le saint docteur conclut : "ainsi, comme la divine sagesse est la cause de la distinction des choses avec comme objectif la perfection de l'univers, il en est de même pour l'inégalité car l'univers ne serait pas parfait s'il n'y avait en toutes choses qu'un seul degré de bonté" (I, q. 47, a.2).
Comment cela s'explique–t–il ? Dieu, cause de l'inégalité ! Comment saint Thomas d'Aquin peut–il affirmer semblable chose ? Son article est réellement contre–révolutionnaire !
Tandis que tous les coryphées de la révolution prêchent l'égalité absolue, saint Thomas affirme non seulement l'inégalité, mais aussi que celle–ci est causée par Dieu.
Comment l'explique–t–il ? Quelle raison brandit–il ?
En partant du fait que Dieu a établi la distinction des choses, il montre que, dans cette distinction intrinsèque, il y a deux types différents de distinction : la distinction matérielle ou numérique et la distinction formelle ou spécifique. Ce n'est pas la même différence qui existe entre deux chiens gardiens de troupeau et celle qui existe entre ces deux chiens et un homme par exemple. Les premiers se différencient seulement numériquement, car ils ont la même forme spécifique ; le second, lui, se distingue d'eux formellement, car il a une autre forme. De ces deux distinctions, la plus importante est la formelle.
Or cette distinction formelle ou spécifique exige l'inégalité.
En effet comment faire que deux choses soient spécifiquement distinctes ? Grâce à l'ensemble des différences spécifiques qui font que les choses ne sont pas seulement la même chose (c'est–à–dire qu'elles soient distinctes) mais qui les font aussi inégales, non égales (c'est–à–dire qui diffèrent en nature ou en espèce).
Par conséquent, de même que Dieu veut la distinction des êtres pour la perfection de l'univers et la manifestation de sa gloire, de même il veut aussi l'inégalité de ces êtres et en est à l'origine.
Ainsi nous voyons que, dans les choses de la nature, les espèces apparaissent ordonnées graduellement : les éléments ou corps simples, les corps composés, les plantes, les animaux et les hommes. Dans chacun de ces genres, on trouve certaines espèces plus parfaites que d'autres en exceptant l'espèce humaine qui n'admet pas de sous–espèces inférieures.
Les êtres créés par Dieu sont donc non seulement distincts entre eux, mais aussi inégaux. Cette distinction et cette inégalité sont voulues par Dieu pour manifester sa bonté et sa perfection et afin que tout cela aboutisse à son honneur et à sa plus grande gloire.
Cette distinction et cette inégalité naturelles sont celles qui fondaient le droit chrétien et sur lesquelles se basaient les principes directeurs de l'ordre social quand "la philosophie de l'Évangile gouvernait les États "
Toutes les distinctions et inégalités sociales, physiques, intellectuelles et morales sont voulues par Dieu et s'articulent pour arriver à la perfection de la société politique, à la sanctification des âmes, au salut des hommes et à la gloire de Dieu.
L'INÉGALITÉ ET LE PÉCHÉ
En prenant en compte que l'inégalité peut être non seulement de nature, mais aussi de forme, quantité ou qualité (c'est–à–dire que deux choses d'une même nature peuvent être distinctes non seulement numériquement — comme deux gouttes d'eau absolument identiques —, mais aussi inégales par leur forme, quantité ou qualité), saint Thomas affirme que, dans l'état d'innocence originelle, l'inégalité aurait existé aussi entre les hommes.
L'inégalité n'est pas le fruit du péché originel.
Il est certain que le péché originel (et plus encore les péchés personnels) augmente et approfondit les inégalités. Mais, même sans le péché, elles existeraient. Même s'il n'y avait pas eu le péché, il y aurait des différences entre les hommes : différence de sexes, différence relative au corps et à l'âme. Physiquement, les uns seraient plus robustes que les autres et distincts en stature, beauté et complexion. Moralement, les uns auraient plus de vertus, plus de savoir ou de sagesse, une meilleure compréhension, plus de volonté (I, q 96, a.3).
Cette inégalité s'étendrait aussi au pouvoir ou à la soumission des uns vis-à-vis des autres : les uns commanderaient et les autres obéiraient.
Il ne s'agirait pas d'un pouvoir d'asservissement, mais de direction et de gouvernement.
Le pouvoir d'asservissement existe quand on soumet quelqu'un pour sa propre utilité. Au contraire le pouvoir de gouvernement des personnes est pour le bien propre du gouverné (I, q.96, a.4).
Selon cette seconde contrainte, le pouvoir aurait existé bien avant le péché originel parce qu'il n'y aurait pas d'ordre dans la multitude si les uns n'étaient pas gouvernés par d'autres plus sages.
La raison de ceci réside dans le fait que l'homme est naturellement social et que la société ne se conçoit pas sans une autorité qui la représente et la dirige.
Il serait contraire à l'ordre même de la nature que celui qui possédât sur les autres une supériorité de savoir, de sagesse, de vertu et de sainteté, ne l'exerçât pas pour le bien de tous. Il a fallu arriver au XXème siècle pour assister au déprimant spectacle de voir les ineptes et les corrompus gouverner. Et cela grâce au suffrage de la majorité ! Parce qu'ils n'ont pas accepté les lois de la nature même, les hommes se voient de toutes sortes de manières soumis à d'autres hommes différents d'eux... supérieurs non en science et vertu mais en ignorance et désordres moraux !
Instructif châtiment que celui que Dieu applique par l'intermédiaire de la nature elle–même qui voit ses lois violées.
LA LIBÉRATION DE LA FEMME
En même temps que nous affirmons l'égalité entre l'homme et la femme, égalité de création, d'élévation à l'ordre surnaturel, de rédemption, d'incorporation au corps mystique et d'appel à la bienheureuse vie éternelle, nous devons aussi enseigner leur inégalité quant aux forces physiques et spirituelles qui sont complémentaires entre elles et sont ordonnées à la vie matrimoniale, en vue de la procréation et de l'éducation des enfants.
D'autre part, cette même société matrimoniale exige aussi des inégalités de hiérarchie et de gouvernement, car toute société requiert une autorité. La nature donne à l'homme plus de capacités pour gouverner qu'à la femme, car c'est lui la tête de la femme et le chef de la famille. Cette doctrine est enseignée par saint Paul et saint Pierre et nous est révélée dans le récit même de la création (I Co 11/3 et 8/10, Eph 5/22–24, Col 3/18, I Tim 2/11–15, I Pi 3/1–6, Ge 2/18–24).
Cette inégalité et soumission de la femme par rapport à l'homme existait aussi dans l'état de justice originelle avant le péché.
Cette sujétion se fit pénible et devint un châtiment à cause du péché. "Il dit ainsi à la femme : je multiplierai tes travaux, etc" (Genèse).
Malheureuses sont les familles dans lesquelles, inversant l'ordre voulu et établi par Dieu, les femmes gouvernent.
Quel triste paradoxe ! on prêche l'égalité révolutionnaire et on termine en soumettant celui qui naturellement est inégal, et dont l'inégalité nourrit le droit et le devoir de gouverner.
"Ce n'est pas ceci, dit Pie XI dans son Encyclique Casti Connubii, la véritable émancipation de la femme, ni la très digne liberté, si conforme à la raison, qui appartient en droit à la noble et chrétienne charge des époux ; car c'est la corruption du caractère propre de la femme et de sa dignité de mère, c'est le bouleversement de toute la société familiale qui prive le mari de son épouse, les enfants de leur mère et tout le foyer du gardien qui veille sans relâche. Plus encore, cette fausse et anti-naturelle égalité de la femme et de l'homme tourne au désavantage de celle–ci, car si la femme descend de son siège, réellement royal, auquel l'Évangile l'a élevée dans les murs du foyer, elle tombera rapidement dans la servitude, très réelle, même si cela ne semble pas être, de l'antiquité, et elle se verra réduite à être un simple instrument dans les mains de l'homme, comme ceci se produisait chez les païens."
CONCLUSION
Une société bien ordonnée ne peut pas exister sans la diversité et la hiérarchie des conditions sociales.
L'Église ne trompe pas le peuple avec l'attrait de l'égalité absolue des dons physiques, intellectuels et moraux, des conditions sociales et des biens. L'Église ne trompe pas la femme avec le mensonge de la libération féminine, basée sur une égalité anti-naturelle. Ces égalités sont impossibles.
Ils ont beau dire et faire, les révolutionnaires ne pourront jamais mettre fin aux inégalités naturelles.
La sainte Église est la seule qui établit la véritable égalité. Seul le Christianisme rend égaux les hommes en leur enseignant leur origine commune, leur nature créée et rachetée de la même façon, leur destin également éternel de félicité ou de malheur.
Les révolutionnaires s'attribuent avec aplomb l'invention et la défense de l'égalité. C'est la stratégie éternelle de Satan. Revendiquer pour lui–même et les siens le prestige des mots, tandis qu'il travaille pour annihiler les idées exprimées par ceux–ci.
Les révolutionnaires parlent beaucoup d'égalité, et ils n'aspirent qu'à la plus absolue et injuste domination où quelques–uns exerceront un gouvernement tyrannique sur la grande masse des soumis par la force et la crainte.
L'Église catholique parle peu de l'égalité, mais elle la pratique. La réalité exprimée par ce mot ne manque jamais au cours des siècles réellement chrétiens, quand le droit catholique régnait et que "la philosophie des Évangiles gouvernait les nations".
Cette réalité qui correspond au mot égalité manque réellement au sein des sociétés qui apostasient le christianisme et adopte le nouveau droit.
Si, aujourd'hui, nous nous sommes occupés de l'égalité, ce n'est que pour revendiquer ce que Jésus–Christ nous a légué, pour rendre aux mots leur juste valeur et le concept exact qu'ils renferment, et leur rendre le brillant obscurci par le nuage de l'erreur et la poussière de la fausse philosophie.
L'égalité nous appartient parce qu'elle est, dans la sainte Église de Dieu, le patrimoine vivant de Jésus–Christ.
Si nous voulons que le monde marche pour elle et avec elle vers le bien commun social, tournons –nous vers Jésus–Christ : nous resterons égaux seulement en Lui, pour Lui et avec Lui.
Informations
L'auteur
L'abbé Juan Carlos Ceriani a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).
Le numéro

p. 44-53
Les thèmes
trouver des articles connexes
Télécharger le Pdf ici :
.
