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La musique du New-Age

 

 

 

par Bernard Maurin

 

 

 

TOUTE idéologie, toute doctrine, toute religion (vraie ou fausse) a sa musique. Cela semblera un truisme à beaucoup. Dire qu’un « do » « n’est ni catholique ni protestant », comme je l’ai entendu, me semble relever d’un positivisme à la Auguste Comte, qui choquera le bon sens. Bien sûr, en lui-même, un « do » n’est ni catholique ni protestant, mais il y a une manière catholique ou protestante (ou musulmane, ou marxiste,… ou New-Age) d’assembler non seulement des « do » ou des « ré », mais des rythmes et des couleurs instrumentales.

En tant que « mouvement spirituel », le nouvel âge a forgé sur mesure sa propre musique. Et tous ses thèmes connus (« méditation », relaxation de l’âme et du corps contre l’agressivité de la vie moderne, « paix intérieure », harmonie avec la nature,…) vont se retrouver en musique. Malgré son éclectisme – car, de fait, la musique du nouvel âge, si tant est qu’elle en soit une, est essentiellement éclectique –, il y a des constantes dans la musique du New-Age. De même que ce mouvement se veut éclectique dans son attitude par rapport aux différentes religions, qu’il entend dépasser et fusionner, de même en est-il pour sa musique. Éclectique, donc, mais avec des constantes.

Au fil des écoutes de ces types de musique (baptisées « musique cosmique », « pour la relaxation, pour la méditation ») on trouve des analogies parfois avec Ravel, parfois avec la musique ancienne, souvent avec l’Orient (Proche ou Extrême), parfois encore avec une variété d’un genre assez sirupeux (type Franck Pourcel ou Borelly), plus rarement avec un rock très, très adouci. Ceci pour l’éclectisme.

Pour ce qui est des constantes, on ne sera pas surpris de voir privilégier tout ce qui favorise le calme, la détente, voire même une certaine spiritualité. C’est-à-dire, musicalement parlant :

— le retour de la primauté accordée à la mélodie sur les autres composantes musicales (harmonie, rythme, orchestration…), primauté qui avait été abolie au profit de l’harmonie depuis le XVIIe siècle, puis du rythme et du timbre au XXe siècle. Il est d’ailleurs significatif qu’un disque de compilation se réclamant ouvertement du New-Age s’intitule « mélodies » ;

— des accords s’étirant lentement, peu précipités, qui s’étalent souvent sur de longues « plages », favorisant ainsi le repos intellectuel et la « méditation », le tout non dépourvu d’un certain côté hypnose ;

— une grande douceur dans le traitement du paramètre rythme, qui est un peu l’élément « mâle » de la musique. Pas de danger de tueries ou d’agressions collectives après un concert public New-Age (on voit la différence avec le rock !) ;

— des couleurs instrumentales douces, chantantes ; on ne sera donc pas surpris de voir la priorité accordée aux instruments à vent. Et pas n’importe lesquels : hautbois, cor anglais, flûte japonaise shakuhachi, flûte orientale ney, clarinette. Pas d’instrument trop passionné – violon en solo, guitare électrique – et un vibrato discret pour les vents.

Tout ceci donnant un caractère très soft à la musique, diamétralement opposé en cela au caractère hard du rock, c’est le cas de le dire.

 

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Détaillons un peu les points suivants, sans toutefois rentrer dans trop de technicité, avant d’en tirer des conclusions quant au rôle de la musique, à son influence sur les passions de l’âme, et à sa nocivité, intrinsèque ou non.

 

1°) Primauté de la mélodie : ce qui est en soi un point indiscutablement positif, ceci notamment pour deux raisons : Aristote classe les paramètres de la musique en fonction des puissances de l’âme (intelligence, volonté, sens, passions), de la façon hiérarchique suivante : mélodie, rythme, harmonie. On dira, bien sûr, que l’harmonie au sens antique est une harmonie d’intervalles (les accords n’existent pas encore), et n’a pas grand’chose à voir avec notre science moderne des accords. N’importe, retenons cette hiérarchie. On rappelle que, dans notre musique occidentale, l’harmonie a pris le dessus au début de l’époque baroque, au XVIIe siècle. L’importance de la mélodie continuera globalement de régresser au profit des autres paramètres, ceci surtout au XXe siècle. Certes, cette restitution de la primauté mélodique est surtout un vœu pieux, ne correspondant pas à une véritable réalité musicale (à moins de retourner à la monodie ! Notons au passage que le grégorien et les autres musiques monodiques reviennent à la mode). Sans doute, le New-Age n’est pas seul à préconiser cette primauté de la mélodie (certaines musiques de variété, également). Il n’empêche, prenons acte de ce point positif pour les deux raisons précitées : hiérarchie des paramètres musicaux en fonction des puissances de l’âme et inversion certaine dans notre récente histoire musicale (XVIIe-XXe siècle).

 

2°) Utilisation de longs accords stables, créant une sorte de béatitude, de passivité, de réceptivité sûrement, d’engourdissement sans doute. J’ai entendu une pièce « pour la méditation » entièrement construite sur un seul et même accord. Cela donne une autre conception du temps musical, beaucoup plus étale (orientale !), beaucoup moins dramatique, dialectique ai-je envie de dire, comme l’était notre temps musical depuis Beethoven surtout. Notons tout de même que cette lente stagnation d’accords est parfois utilisée dans la musique classique : au début de L’Or du Rhin, Wagner utilise un seul et unique accord progressivement généré, pendant plusieurs minutes, ce qui est très long en musique (plusieurs pages). Mais Wagner s’y entendait, justement, en « hypnose » !

3°) Rythmes et orchestrations : traités très soft, comme on l’a déjà dit. N’y revenons pas. Notons seulement que l’ensemble de ces points est en opposition radicale avec une autre musique actuelle, très massivement consommée, le rock, dont je suppose que le lecteur connaît le caractère satanique.

Voilà les premières remarques qu’un observateur extérieur peut faire à l’approche de cette musique. Mais la musique « cosmique » est en fait, quoique diamétralement opposée au rock, elle-même extrêmement dangereuse. C’est ce que nous allons voir dans un second temps.

 

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Ici, laissons parler leurs auteurs. Je partirai du Guide des musiques nouvelles pour le voyage intérieur de Ralph Tegtmeier, aux éditions le Souffle d’Or (1988 pour l’édition française, 1985 pour l’édition allemande).

 

Quel est donc le but fondamental de cette musique ?

« Comme nous l’avons déjà signalé plus haut, la musique, et plus particulièrement la musique “cosmique”, nous offre l’occasion de faire passer momentanément l’intellect au second plan. Malheureusement, il arrive trop souvent que nous laissions passer cette chance » (p. 41).

« … La musique est de nature à nous libérer de nos mécanismes mentaux axés sur la logique et le rendement, ce qui explique qu’elle ait le pouvoir de guérir ( !) et de détendre : en effet, le stress et la maladie sont sans doute bien souvent le résultat de notre obsession du rendement et de notre incapacité à lâcher prise. A la lumière des caractéristiques de la “musique cosmique” évoquées plus haut, il ne fait aucun doute que ce genre de musique est plus que toute autre apte à nous faciliter ce lâcher prise » (p. 66).

« Évidemment, elle peut être utilisée comme musique de fond apaisante pendant le travail et l’étude, mais là n’est pas sa véritable fonction. Ce qu’elle veut, c’est que l’auditeur se donne entièrement à elle [je souligne], qu’il se laisse guider par elle afin de découvrir les univers intérieurs qu’elle lui révèle – et qui en réalité ne sont autres que les siens propres ! » – (Grâce à saint Pie X, nous savons ce que c’est : l’immanence moderniste !) « Ce n’est pas sans raison que nous parlons de musique cosmique, puisqu’elle nous conduit vers notre propre cosmos intérieur, un cosmos chatoyant de mille reflets, ne connaissant pas plus de limites que l’univers extérieur et représentant une source de puissance et de vie » (p. 84). Cette dernière phrase sent la gnose ou le panthéisme.

« (…) La musique cosmique est quelque chose de très naturel, d’inhérent à la nature humaine et elle éveille en l’homme des sensations et des émotions qui vibrent juste en dessous de la surface de cette cuirasse, de cette carapace que la civilisation, la société, l’éducation, la lutte pour la vie, l’état de l’histoire nous ont obligés d’endosser » (p. 84). Cette dernière phrase rappelle à la fois Rousseau et Marx.

Les pages 54-55 détaillent les particularités de la « musique cosmique » : elle « n’obéit pas à des règles et à des lois rigoureuses, vise de manière générale à susciter chez l’auditeur une impression de “grand espace”, (…) entend délibérément activer et harmoniser certains centres énergétiques de notre corps ou “chakras”,(…) entend souvent se substituer ou proposer une alternative constructive à la consommation de drogues hallucinogènes. D’ailleurs, pourquoi le cacher, bien des représentants de la “musique cosmique” doivent une bonne partie de leur inspiration initiale à des drogues psychédéliques ». Sans commentaires !

Il est inutile de poursuivre. Nous en savons assez. Le but de cette musique est donc de faire de ses utilisateurs un bétail doux, poli et tranquille, comme disait Saint-Exupéry,… en attendant que vienne Maytreya – le grand instructeur mondial !

 

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Depuis la Grèce antique au moins, et pour notre civilisation occidentale, on savait les influences de la musique sur l’âme humaine. Le démon, pour installer son empire, ne néglige rien, surtout pas la musique. Le Bon Dieu non plus n’a pas négligé la musique dans la lente élaboration de sa liturgie, puisque le chant grégorien est la source de toute notre musique occidentale. Marxisme et libéralisme, rock et New-Age, Gog et Magog : le démon se sert parfois d’outils opposés, mais qui concourent au même but. La musique n’est pas anodine.

Adveniat regnum tuum : sans doute alors, une musique chrétienne sera-t-elle restaurée. Travaillons-y et prions.

 

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 20

p. 118-121

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