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La perfection chrétienne

 

 

 

par le frère Th.-M. Thiriet O.P.

 

 

 

A la demande du pape Urbain IV, saint Thomas d’Aquin, alors à l’apogée de son génie, composa sur les quatre Évangiles une chaîne formée des textes des pères grecs et latins, qui reçut bientôt le nom de Catena aurea, Chaîne d’or. Ce travail a servi de base au livre du père Thiriet dont nous donnons ici un extrait.

Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

 

 

— I —

 

La générosité

 

 

 

« A QUICONQUE vous demande, donnez. » (Mt 5, 44)

 

Les préceptes précédents avaient pour objet de nous prémunir contre le mal, et de faire servir le mal au bien. « Mais il ne suffit pas d’éviter le mal, dit saint Augustin, ce serait trop peu pour vous de ne faire que cela, il faut de plus faire le bien [1]. » Nous ne nous trouvons pas toujours en face du mal, et il faut que nous soyons toujours disposés à faire le bien. C’est pourquoi le Sauveur nous donne un précepte général qui fournira un motif aux défenses antérieures et sera comme le principe des préceptes subséquents : à l’égard du prochain, le chrétien a le devoir de pratiquer la générosité, et une générosité sans bornes. A quiconque vous demande, donnez.

 

Le premier mouvement de l’homme n’est pas de donner, mais au contraire de se renfermer avec ce qu’il possède afin d’en jouir à l’aise : l’homme vit habituellement sous la loi de l’égoïsme. Instinctivement on s’éloigne de ceux qui viennent demander. Notre Seigneur veut qu’au contraire le premier mouvement de son disciple soit de donner à celui qui lui demande, et que quiconque lui demande reçoive quelque chose de lui. A la loi de l’égoïsme il substitue la loi de la générosité. Demander est de la part du prochain un acte d’humilité et de confiance par lequel le prochain se met en contact avec vous, par lequel il vous traite comme une providence ; il faut répondre par une disposition de générosité et de grandeur.

 

Il vous donne ce précepte dans l’intérêt du prochain, et aussi dans votre propre intérêt. Il est plus heureux de donner que de recevoir (Ac 20, 35) : cette parole du Sauveur, qui nous a été rapportée par saint Paul, a été dite par lui probablement plusieurs fois. Saint Paul la cite comme une parole connue. La grande joie de Notre Seigneur sur terre a été de donner. En donnant, nous lui ressemblons et nous ressemblons à son Père. C’est en donnant que nous devenons vraiment les maîtres de ce qui est dans nos mains. « Tout nous vient de Dieu, tout est à Dieu, tout vous a été donné par Dieu pour en faire bon usage : quand vous vous servez de vos biens pour autrui, ils sont vraiment à vous [2]. »

 

Il faut, si vous voulez être les enfants du Père céleste, qu’il y ait dans votre cœur une source de bonté inépuisable. « Ce n’est pas assez de bien vouloir, dit saint Ambroise, il faut le bien faire ; et ce n’est pas assez du bien faire, il faut que le bien procède d’une source bonne ; car le Seigneur aime celui qui donne joyeusement (2 Co 9, 7). Et si vous le faites de mauvais gré, quelle récompense aurez-vous ? C’était d’une façon générale que l’apôtre saint Paul disait : Si je le fais de bon cœur, j’en aurai ma récompense ; mais si je ne le fais qu’à regret, je ne fais qu’un travail matériel, je ne suis qu’un manœuvre. » (1 Co 9, 17) Le mot de libéralité, disait Sénèque, vient de ce que les actes de cette vertu procèdent d’une âme libre [3].

 

Il faut donner à tous : Jésus-Christ l’a dit : Donnez à quiconque vous demande. « Toutefois, remarque saint Augustin, il n’a pas dit : donnez-lui tout ce qu’il vous demande, afin que vous donniez tout ce que vous pouvez donner honnêtement et justement. Il faut donner ce qui ne pourra nuire, ni à vous, ni à autrui. Et quand la justice vous oblige à refuser à quelqu’un ce qu’il vous demande, faites-lui connaître cette justice elle-même, afin que vous ne le renvoyiez pas les mains vides [4]. »

 

« Il y a une aumône, dit saint Jérôme, que vous pouvez toujours faire sans craindre d’épuiser votre trésor, et en l’augmentant toujours, c’est l’aumône de la vérité [5]. » Quand on a le bonheur de posséder ce trésor, qu’on aime sincèrement la vérité, comme on aime à la répandre ! Et l’on a une véritable puissance pour cette œuvre.

 

D’autres fois, à celui qui vient à vous, il faut donner la vérité sur lui-même. « Celui-là, dit saint Augustin, n’est pas toujours votre ami, qui vous épargne, ni votre ennemi, qui vous frappe. Les blessures de l’ami sont meilleures que les baisers de l’ennemi. Il est meilleur d’aimer avec sévérité que de tromper avec douceur [6]. » Que la charité soit toujours réglée par la charité elle-même ; qu’elle agisse et ne s’arrête que dans la mesure où la charité l’exige.

 

A celui à qui vous ne pouvez faire l’aumône matérielle, donnez au moins une bonne parole, une parole qui sente la bienveillance. « A celui qui vous demande, ne dites jamais de paroles dures, des paroles de ce genre : c’est un oisif, c’est un imposteur. N’examinez pas de trop près : si nous examinons trop curieusement, nous ne donnerons jamais. Abraham accueillait tous ceux qui se présentaient, et à cause de cette large hospitalité, il eut la gloire de recevoir les anges. Ne jugeons pas trop sévèrement les autres, de peur que Dieu ne nous juge sévèrement ; ce n’est pas sur la vie de ceux que vous assistez que Dieu vous jugera, mais sur votre bonté d’âme : qu’elle soit dans votre cœur et vous posséderez tout bien [7]. »

 

« Ne tournez pas le dos à celui qui veut vous emprunter. » (Mt 5, 42)

Le prêt a toujours été regardé comme une œuvre de miséricorde. Celui qui sait avoir compassion et prêter est agréable à Dieu, a dit le psalmiste. Même à notre époque où la richesse est sollicitée en tant de manières à rapporter des fruits, le riche pourrait faire souvent œuvre de sagesse et de bonté en faisant à quelque honnête travailleur une avance qui le tirerait d’embarras. Dans nos préoccupations de placements lucratifs, le précepte d’aider nos frères par le prêt gratuit n’est-il pas trop oublié ? Et que dire de ceux qui spéculent sur les embarras de leurs frères, profitent de leurs besoins pour leur imposer des taux usuraires, et hâtent la ruine de ceux que Jésus-Christ recommandait de sauver. Ils ressemblent aux vampires qui se nourrissent de la substance des morts.

 

Le prêt de la charité doit être fait avec un désintéressement complet. « Si vous ne prêtez qu’à ceux dont vous espérez recevoir le même service, quel mérite aurez-vous ? Les pécheurs prêtent aux pécheurs pour recevoir des services pareils. » (Lc 6, 34)

 

La bonté n’est complète que quand elle n’exige aucun retour : c’est alors qu’elle produit au-dehors tous ses fruits et qu’au-dedans elle élève à toute sa grandeur. « Faites du bien et prêtez sans en rien attendre, disait le Sauveur : votre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-Haut. » (Lc 6, 35) « Quand nous faisons le bien aux autres, ne croyons pas, dit saint Jean Chrysostome, que nous ayons rendu service à Dieu ; car c’est nous qui nous sommes enrichis [8]. » Nous nous sommes rapprochés de la ressemblance de Dieu. « Celui qui répand ses bienfaits, dit Sénèque, imite les dieux ; mais celui qui revendique le prix de ses bienfaits ressemble aux usuriers [9]. »

 

Rappeler son bienfait à celui que l’on a obligé, c’est une manière d’en réclamer le prix. « Voici, disait Sénèque, la loi qui doit régir les rapports du bienfaiteur et de l’obligé : celui-là doit aussitôt oublier son bienfait, celui-ci doit s’en souvenir toujours. Celui-là ne doit même pas le dire à d’autres : que le bienfaiteur se taise, c’est à celui qui a reçu le bienfait de parler [10]. »

 

« Donnez, et il vous sera donné. On versera en votre sein une bonne mesure, pressée, entassée, débordante. Car on vous mesurera avec la même mesure avec laquelle vous aurez mesuré. » (Lc 6, 38) Mais n’y a-t-il pas contradiction entre ces deux paroles : on versera en votre sein une mesure débordante, et : on vous mesurera avec la même mesure avec laquelle … « C’est l’apôtre saint Paul, nous dit saint Cyrille, qui résoudra cette contradiction : nous faisons des semailles dans la vie présente, et celui qui aura semé avec parcimonie récoltera peu : celui qui aura semé dans les bénédictions, moissonnera dans les bénédictions (2 Co 9, 6) [11]. » Nous faisons des semailles, et ce que nous aurons semé se multipliera ; et plus les semailles auront été abondantes, plus la récolte sera riche. Si nous avons beaucoup, faisons de tout ce que nous avons une semence qui fructifiera. Et quel est celui qui serait assez pauvre pour ne pouvoir rien semer ?

 

 

 

*

  

 

 

— II —

 

La ressemblance avec Dieu

 

 

« S

OYEZ donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48)

 

Jésus-Christ nous appelle à une perfection infiniment supérieure à tout ce qui avait précédé ; le motif qu’il nous donne de pratiquer cette perfection est sublime : il faut que nous, enfants de Dieu, nous ressemblions à notre Père céleste.

 

Ayant été consacrés à Dieu, il faut nous rendre dignes de celui à qui nous appartenons. « Nous sommes consacrés à Dieu, dit saint Jean Chrysostome ; notre bouche a été vouée à la louange de Dieu. Pourrait-on laisser souiller un vase d’or destiné au service du roi ? Vous faites cela, quand vous faites servir votre bouche à l’injure. »

 

« Vous êtes devenus les compagnons des Chérubins et des Séraphins, vous leur êtes associés dans nos saints mystères. Si dans le palais du roi, un homme de la maison du roi se mettait à frapper l’un de ses compagnons, tous verraient là une injure faite à eux et au roi. Et vous qui êtes avec les anges au service du roi des rois, vous ne craindriez pas de jeter l’injure à l’un de vos compagnons. Vous avez été honoré du baiser du Seigneur, et vous vous abandonneriez à la grossièreté ! Non, respectez davantage en vous votre dignité de chrétien [12]. »

 

Mais Jésus-Christ veut nous conduire plus loin que cette consécration à Dieu, il veut nous conduire à la ressemblance avec Dieu : tel est le motif qu’il nous donne quand il nous impose le précepte d’aimer nos ennemis, motif qui se retrouve au terme de tous les préceptes de la Loi nouvelle.

 

« Si quelqu’un, dit saint Grégoire de Nysse, nous demande de définir ce qu’est la vie chrétienne, je répondrai qu’elle n’est autre chose que l’imitation de la nature divine (…). Et par là il est facile de comprendre combien il importe de mettre sa vie en conformité avec son nom (…). Si un artiste avait été invité par une cité à reproduire l’image du souverain, et qu’il en eût donné une image hideuse, il y aurait contre lui un mouvement général d’indignation, car à cause de lui le souverain serait tourné en ridicule par ceux qui ne le connaissent pas. Si un chrétien appelé par sa profession à reproduire l’image de Dieu s’abandonne à une vie indigne, quelle idée donnera-t-il de son Dieu ? Il sera cause que son nom sera blasphémé parmi les nations (…). Sans doute, nous ne pouvons lui ressembler en sa nature, mais nous pouvons lui ressembler dans ses actes [13]. »

 

Quel honneur pour nous d’arriver à la ressemblance avec celui qui est la perfection, la beauté infinie, d’être ses enfants et des enfants dignes de lui !

 

Déjà les païens avaient entrevu cette vérité que la perfection de l’homme consistait à imiter Dieu : mais en quoi consistait cette imitation ? Ils ne pouvaient guère le dire, n’ayant de Dieu qu’une idée très imparfaite.

 

Dieu avait dit autrefois à son peuple : Vous serez saints parce que je suis saint (Lv 19, 2). Cette sainteté consistait surtout dans la séparation d’avec les peuples idolâtres. Maintenant que le Sauveur nous appelle à la perfection complète, nous devons ressembler à Dieu dans ses perfections intimes, et les plus intimes de ses perfections sont sa bonté et sa miséricorde. Nous lui ressemblerons si nous l’imitons dans sa bonté et sa miséricorde, et ce sont là les perfections de Dieu qu’il est le plus facile à l’homme d’imiter. Nous ne pouvons l’imiter dans sa puissance, mais nous pouvons l’imiter dans sa bonté ; et si nous l’imitons dans sa bonté, dans cette bonté qui est infinie, ce sera une preuve, dit Rémi d’Auxerre, qu’il nous enveloppe de sa toute-puissance : nous serons vraiment parfaits comme le Père céleste est parfait [14].

 

Saint Luc devait exprimer ainsi la pensée du Sauveur : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Lc 6, 36)

 

L’exercice de la miséricorde résume toutes les vertus dont nous avons parlé jusqu’ici. « Qui supportera les injures des faibles dans la mesure où cela est utile à leur salut ? Qui préfèrera subir l’injustice d’autrui plutôt que de rendre la pareille ? Qui aura la volonté de donner à quiconque demande, d’aimer ses ennemis, de faire du bien à ceux qui haïssent, de prier pour ceux qui calomnient ? Qui peut faire cela sinon celui qui est entièrement et parfaitement miséricordieux ? Cette seule vertu étant pratiquée, toute misère est détruite [15]. » La miséricorde résume et couronne toute vertu : on peut donc l’appeler le sommet et le lien de la perfection ; elle a une gloire plus grande que celle-là, celle de nous amener à la ressemblance avec Dieu. « Quand vous aurez commencé à aimer, disait l’auteur de la lettre à Diognète, vous serez l’imitateur de sa bonté. Et ne soyez pas étonné que l’homme puisse ressembler à Dieu ; il le peut, Dieu le voulant ainsi. Le bonheur n’est pas de dominer son prochain, d’être riche ; ce n’est pas par là que l’homme pourrait ressembler à Dieu, ce n’est pas en cela que consiste la grandeur de Dieu. Mais celui qui prend sur lui la charge du prochain, qui donne aux indigents ce qu’il a reçu de Dieu, celui-là devient le Dieu de ceux qu’il oblige, celui-là est l’imitateur de Dieu. Tout en habitant sur terre, vous contemplerez alors Dieu qui gouverne toutes choses, vous commencerez à parler des mystères de Dieu [16]. »

 

« La miséricorde nous fait aimer comme Dieu, d’un amour désintéressé, généreux, et qui ne se laisse ébranler par rien. » « Cet amour, dit saint Jean Chrysostome, n’est créé par rien de terrestre : il descend du ciel. Il n’est pas étonnant qu’il n’ait pas besoin d’être entretenu par aucun bienfait, puisqu’il ne se laisse ébranler par aucune offense. Dans cet amour, saint Paul souhaitait d’être anathème pour ses frères : quel père a jamais accepté cela ? Un père outragé cesse d’aimer ; lui, il allait au-devant de ceux qui voulaient le lapider (…). La femme, à cause des querelles de son mari, finit par l’abandonner. On voit des enfants supporter avec peine la longue vie de leur père. Les amitiés humaines ont besoin d’être entretenues par des bienfaits ou un commerce de tous les jours. Ici rien de pareil [17]. » L’amour spirituel persévère malgré les ingratitudes ; il n’a pas besoin pour subsister de reconnaissance ; il n’aspire qu’à se donner.

 

Quand nous aimons ainsi, non seulement nous ressemblons à Dieu en aimant comme Dieu, c’est Dieu lui-même, la beauté infinie que nous aimons. « Dieu, par tous ces préceptes, veut nous amener à l’aimer toujours davantage ; et plus nous l’aimerons, plus nous recevrons sur nous le rayonnement de sa gloire, parce que nous serons toujours dans la présence du Père [18]. » Ah ! vivre dans la présence du Père, agir devant lui et pour lui, recevoir sur nous le rayonnement de sa sainteté et de sa gloire, quelle joie !

 

Nous pouvons avoir plusieurs motifs d’aimer nos ennemis, de prier pour eux : nous pouvons nous dire que peut-être nous les avons offensés, nous pouvons nous dire que leurs offenses ne nous atteignent pas et ne font du mal qu’à eux ; un motif résume et dépasse tous les autres : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48). En votre qualité d’élus, de saints, de bien-aimés de Dieu, disait saint Paul, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, de patience, vous supportant et vous pardonnant comme le Père vous a pardonné (Col 3, 12-13).

 

« En aimant vos ennemis, c’est donc à vous plus qu’à eux que vous rendrez service, dit Jean Chrysostome, puisqu’en le faisant vous devenez semblable à Dieu. Vous avez certainement rendu service à votre frère, ce service qu’il se sente aimé d’un de ses conserviteurs ; et quel bien cela peut lui faire ! Mais le service que vous vous êtes rendu à vous-même est plus grand ; vous êtes devenu semblable à Dieu », vous être entré en partage de la grandeur de Dieu.

 

« Ne dites pas qu’il est mauvais, qu’il vous a fait du mal ; il n’y aura que plus de grandeur à l’aimer. Ah ! ne soyez donc pas une âme mesquine [19]. »

Si c’est un honneur pour nous, l’honneur suprême, de ressembler à Dieu, c’est une joie pour Dieu d’avoir des enfants qui lui ressemblent, et il est bien juste de tenir compte de cette joie. « S’il est doux et glorieux pour les hommes d’avoir des enfants qui leur ressemblent, dit saint Cyprien, s’ils se réjouissent alors d’être pères, combien plus grande est la joie de Dieu quand il voit une âme naître à la vie de l’esprit et que ses actes et ses paroles célèbrent la noblesse de Dieu [20]. »

 

« Comme notre Maître, dit saint Jean Chrysostome, faisant un retour sur les paroles du Sauveur, comme notre Maître excelle à mettre en relief les choses qui élèvent et consolent les âmes, et comme il passe rapidement sur les choses attristantes ! En tout ce discours il ne fait mention de l’enfer qu’une fois ! Quand il détourne du mal, c’est plutôt en exhortant qu’en menaçant ; d’autres fois il montrera le châtiment du péché dans le péché lui-même, comme quand il dit du regard mauvais : C’est déjà l’adultère dans le cœur ; et quand il dit de celui qui renvoie sa femme, Il la rend adultère : il suffit de faire apparaître le péché aux âmes élevées pour leur montrer un châtiment suffisant à détourner du péché. Il les prend par l’honneur, et prenant les païens et les publicains comme terme de comparaison, il leur montre qu’il veut les conduire plus haut. Et à la fin, il les ramène toujours à la récompense et à l’espérance [21]. »

 

Ne serons-nous point touchés de cette délicatesse avec laquelle il nous épargne la perspective du châtiment, et à cause de cette délicatesse, à cause de l’éminente dignité de celui qui nous enseigne, ne devons-nous point redouter ce châtiment comme devant être terrible ? Si la loi qui a été donnée aux Juifs par le ministère des anges est demeurée ferme, dit saint Paul, et si toute transgression de cette loi a reçu un châtiment, comment éviterons-nous le châtiment, si nous négligeons une doctrine si salutaire, qui ayant été annoncée d’abord par le Seigneur même, a été ensuite confirmée parmi nous, par ceux qui l’ont entendue de sa propre bouche, auxquels Dieu a rendu témoignage par tant de signes et de choses merveilleuses, et par l’effusion de son Esprit ? (He 2, 2-4)

 

Répondant à l’invitation de notre Maître, ordonnons notre vie dans la véritable sagesse. « Nous aurons déjà sur terre l’avant-goût de ces récompenses éternelles, dit saint Jean Chrysostome, quand vivant avec les hommes comme des anges, exempts de passions et de troubles, nous irons à travers le monde semblables à des puissances célestes, et ensuite avec les anges, nous arriverons à la possession de ces biens ineffables que nous espérons de la munificence de Notre Seigneur Jésus-Christ à qui soit la gloire, l’empire et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, et maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles [22]. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Jésus enseignant.

Gravure du XVe siècle


[1] — Saint Augustin, de serm. Dom., in m., l. 1, c. 29, n. 67.

[2] — Saint Jean Chrysostome, in 1 Ep., ad Cor., Homil. 10, n. 3.

[3] — Saint Ambroise, de Offic., l. 1, c. 30, n. 143, Senec. de Vit. beat., c. 21.

[4] — Saint Augustin, ut supr., c. 20, n. 67.

[5] — Saint Jérôme, h. l.

[6] — Saint Augustin, Ep. 98, ad Vincent., c. 2.

[7] — Saint Jean Chrysostome, in Ep. ad Hebr., Homil. 11, ad fin.

[8] — Saint Jean Chrysostome, Homil. 17, in Gen., n. 7.

[9] — Sénèque, de benef., l. 3, c. 15.

[10] — Idem, ibidem, l. 2, c. 11.

[11] — Saint Cyrille, Cat .Græc., PP.

[12] — Saint Jean Chrysostome, Homil. 14, in  Ep. ad Ep., n. 4.

[13] — Saint Grégoire de Nysse, De profess. christiana.

[14]Ipse perfectus est omnipotens ; homo autem ut ab omnipotente adjutus. Remig. Cat. aur.

[15] — Saint Augustin, de serm. Dom., in m., l. 1, n. 80.

[16] — Epist. ad Diognet., n. 10.

[17] — Saint Jean Chrysostome, in Ep. ad Coloss., Homil .1, n. 3.

[18] — Saint Irénée, C. hær., l. 4, c. 13, n. 3.

[19] — Saint Jean Chrysostome, in Ep. ad Hebr., Homil. 19, n. 2.

[20] — Saint Cyprien, de zelo et livore.

[21] — Saint Jean Chrysostome, Homil. 18, in Mt., n. 6.

[22]Ibidem, ad finem. Il est facile de retrouver dans les deux rédactions du sermon sur la montagne de saint Matthieu et de saint Luc, l’une plus longue, l’autre plus brève, le but qu’ils poursuivent. Saint Matthieu écrivant pour les Juifs rapporte toutes les paroles dans lesquelles Jésus-Christ oppose la Loi nouvelle à la Loi ancienne ; saint Luc, écrivant pour les païens convertis, va droit au cœur de son sujet, et montre toute la Loi chrétienne concentrée dans l’amour.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 20

p. 1-10

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