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Mgr Salvador L. Lazo

 

 

 

Nous publions ici deux textes [1] pour faire connaître à nos lecteurs Mgr Lazo, évêque Philippin qui a récemment rejoint la Tradition catholique de manière franche et sans ambages. Il semblerait, en lisant certaines des phrases qui suivent, que Mgr Lefebvre est revenu parmi nous. Puisse l’attitude loyale et courageuse de cet évêque servir d’exemple à d’autres membres de la hiérarchie catholique !

Le Sel de la terre.

 

 

 

Discours de Mgr Salvador L. Lazo

à Écône le 27 juin 1996

 

Je parle ici [en anglais] parce que ce prêtre va traduire ce que je m’apprête à dire. Je ne connais pas le français ; néanmoins vous pourriez être intéressés de savoir pourquoi je suis venu jusqu’ici. La raison, la voici : Le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X [2] m’aperçut un jour avec l’abbé Morgan au prieuré de Manille, alors qu’il allait sortir. J’étais assis et parlais avec un des Pères – je crois bien que c’était l’abbé Morgan –, et il me dit : « Que diriez-vous de venir me rendre visite en Suisse ? » Je me gardai de donner une réponse trop catégorique, je dis simplement : « C’est peut-être à envisager. » Puis quelque temps après, le Supérieur général a renouvelé son invitation. Je lui dis : « J’aimerais bien voir la Suisse, seulement je suis trop vieux pour ça. » Mais voilà qu’avant de reprendre ses affaires pour quitter le prieuré, il me demanda : « Peut-on prendre une photo ? J’aimerais avoir une photographie de nous deux. » D’accord, ai-je dit, et donc nous nous sommes assis, et on prit une photographie. Le lendemain, elle était développée, et elle était entre les mains du Cardinal [3].

Cette photo dut lui rappeler certaines choses parce qu’il arriva que, quelques jours plus tard, le curé de la paroisse où je réside à Quezon-City vint me rendre visite ; je lui demandai la raison pour laquelle il me rendait visite. Il me dit : « Je suis juste venu pour une visite amicale. » (…) Mais avant de partir, il me rappela qu’à force d’aller trop souvent au prieuré, je pourrais bien me convertir et entrer dans la Fraternité Saint-Pie X. Une fois mon visiteur parti, (…) je n’ai pas suivi le conseil du cardinal et, quelques jours plus tard, je retournai au prieuré et je continuai mes rapports de sympathie avec les pères du prieuré. Ce fut le début de mon retour à la messe tridentine.

Vous savez, j’ai été ordonné en 1947 et, en 1947, il n’était pas question de Novus Ordo, et donc je disais la messe traditionnelle qui était la messe tridentine, mais, en 1962, commença le concile et je fus nommé supérieur du séminaire [4]. Aussi mon évêque alla à Rome pour assister au concile Vatican II. Quatre ans après, il revient de Rome et se met à déclarer : « A partir de maintenant, nous aurons une nouvelle messe. La messe en latin va être remplacée. » Et nous, pour nous montrer obéissants, nous disons : « Entendu. Rome a parlé, le débat est clos. » Donc nous avons essayé d’appliquer le Novus Ordo quand il est arrivé de Rome. Mais vous savez, il y avait quelque chose de très… de très…; nous nous sentions mal à l’aise avec ça parce qu’en fait nous n’avions pas d’explication du remplacement de l’ancienne messe par une nouvelle.

Nous avons continué à dire la nouvelle messe – le Novus Ordo Missæ. Je pris ma retraite d’évêque en 1993, parce que j’avais atteint la limite d’âge. J’avais soixante-quinze ans. Aussi je me préparai à quitter le diocèse, en dépit de diverses tentatives pour me garder afin de collaborer avec mon successeur. Mais je ressentais un étrange appel venant d’ailleurs, aussi je décidai que, malgré toutes ces tentations pour me garder dans le diocèse, j’irai à Manille et commencerai une nouvelle vie.

Je quittai donc le diocèse le 16 juillet 1993. Je commençai à vivre avec ma sœur et à faire quelques arrangements dans ma vie. Et puis, un jour, un ami des prêtres du prieuré [5] vint me rendre visite avec quatre jeunes filles. Ils étaient chargés de livres et de magazines ! Je leur dis… : « Je sais, messieurs et mesdemoiselles, que ce n’est pas une simple visite. — Oh ! nous voulons simplement devenir amis avec vous. — Oh ! alors, si c’est le cas, je veux bien jouer à votre jeu. » Or, quand ils se présentèrent, ils parlèrent du prieuré. « D’où venez-vous ? » leur demandai-je. « Nous venons du prieuré. » Ce nom n’est pas en usage aux Philippines. Pour les établissements de ce type, nous utilisons le mot « maison catholique paroissiale » ou le mot « couvent », couvent catholique. Aussi, quand ils dirent : « Nous venons du prieuré », je me suis rappelé avoir lu une plaquette offerte par le P. Pinon, un dominicain, et dont le titre était : « Pourquoi la messe tridentine a-t-elle été supprimée ? » Je lus avec une grande avidité cette plaquette, et ensuite, bien sûr, je la passai à un prêtre. Et lorsque nous nous revîmes, je lui demandai : « Que pensez-vous de cette plaquette ? — Oh ! dit-il, je pensais bien en somme qu’il y avait quelque chose comme ça derrière. » Voilà comment les choses ont commencé.

Et donc, au moment où les délégués des pères du prieuré annonçaient leur départ, ils dirent : « Monseigneur, nous vous laissons ces livres », parce qu’ils étaient chargés de livres. Parmi eux, il y avait l’Apologie de Mgr Lefebvre de Michael Davies, Cranmer’s Godly Order, John XXIII’s Council, et The New Order of Mass, la Lettre ouverte aux catholiques perplexes de Mgr Lefebvre, J’accuse le concile par Mgr Lefebvre et The Mouth of the lion par le Dr White et beaucoup d’autres. Cependant, je me demandai pourquoi ils avaient laissé ces livres. Je me mis pourtant à lire et mon premier livre fut l’Apologie de Mgr Lefebvre par Michael Davies. J’y trouvai un très grand intérêt et je lus sans arrêt, sans arrêt. Je pense que c’est là le début de ma conversion.

Cependant, j’avais l’impression qu’on me provoquait, (…) et pourtant, je me disais : peu importe qu’ils me provoquent pour m’amener à eux – jusqu’à preuve du contraire, j’ai mon Dieu et ma conscience. Si je veux rejoindre les fidèles de la messe tridentine, je le ferai par conviction et non pas parce que j’ai peur de l’abbé Morgan ou de qui que ce soit. Oui, j’allais devenir un catholique traditionaliste par conviction que la vraie messe est la messe décidée par Pie V au concile de Trente. Et donc je continuai, en dépit de l’avertissement, d’éviter le prieuré des pères, parce qu’ils avaient peur que je devienne schismatique – ils avaient peur que je devienne excommunié, aussi ça n’a pas été bien difficile d’être inclus dans ce groupe d’amis. Et je continuai jusqu’au jour où je décidai de dire aux pères… : « Vous savez, j’ai oublié la messe tridentine. » Je leur demandai, aux prêtres du prieuré, de m’apprendre à dire la messe !

Ce qui me surprenait, c’est que, pendant mes vingt-cinq ans comme évêque du diocèse, je n’avais pas entendu parler le moins du monde du débat en cours. C’était un secret très bien gardé. Mes supérieurs, qui étaient des ennemis de l’Église ne voulaient pas que les évêques en entendent parler, et encore moins les prêtres. Quand je décidai de rejoindre les rangs de ceux qui étaient dans le mouvement traditionaliste, comme je voulais qu’ils déclarent tous la bonne nouvelle, je fis la chose suivante. Aidé par quelques amis, je fis quelques reprints, par exemple, l’étude d’Ottaviani et quelques autres, et nous les avons donnés et distribués aux membres de la conférence épiscopale des Philippines (…).

Si je n’ai pas pu me convertir plus tôt à la Tradition, c’est parce que, au moment où ça a été abandonné, je ne comprenais rien à ce que les ennemis de l’Église avaient fait à l’Église catholique. Je ne me rendais pas compte que le Novus Ordo était l’invention du cardinal Montini [6] et de six protestants, et ces gens ont fait le Novus Ordo pour rendre les catholiques protestants après quelque temps, en cachant certaines des doctrines qu’ils détruisent dans les prières de la sainte messe.

Par conséquent, puisque c’était la raison pour laquelle j’étais informé si tard des changements, je me dis : « Ça n’arrivera plus. Je veillerai à ce que tous les évêques des Philippines soient informés de sorte qu’ils ne puissent jamais plus dire : “Nous n’avons pas été mis au courant de l’histoire du Novus Ordo Missæ.” » Et donc, en l’espace de cinq semaines, nous l’avons donné à tous les membres de la hiérarchie, y compris certains prêtres, parce que nous projetons de débarrasser le monde de ça, parce que nous voulons qu’ils sachent que l’unique culte agréable à Dieu est la messe tridentine et pas le Novus Ordo.

Il y a environ un an que je dis la messe tridentine et je suis très heureux de vous informer que le nombre de nos traditionalistes augmente, sans doute non pas à pas de géants mais régulièrement. Disons aussi qu’il y a beaucoup de gens très zélés pour l’esprit de la messe tridentine et nous les soutenons dans l’espoir qu’ils construiront un avenir meilleur à partir de maintenant. De sorte qu’il n’y ait pas trop à attendre pour voir nos catholiques philippins prendre conscience qu’ils assistent à une messe qui est un repas et non un sacrifice, qu’ils assistent à une messe qui se préoccupe du social et non du culte envers Dieu. Voilà pourquoi nous essayons d’ouvrir les yeux de nos compatriotes qui sont très, très loyaux envers leurs évêques. La psychologie du philippin, c’est : quoique le père ait dit, vrai ou faux, on fera tout son possible pour lui plaire. Et ça a été jusque-là un obstacle pour l’expansion de la messe tridentine parmi nos fidèles parce que nous sommes une minorité et même jusqu’ici je suis le seul évêque des Philippines qui ai fait le pas, peut-être parce que je suis à la retraite et n’ai pas à penser à un diocèse (…). Mais peu importe, nous voulons que tout notre peuple apprenne très vite que la messe catholique, (c’est) la messe tridentine, et c’est ce que nous essayons de faire ces temps-ci au milieu de notre peuple. Ainsi notre peuple des Philippines ne manquera pas à cause de l’hésitation de la part de nos supérieurs et de nos guides spirituels de reconnaître qu’il a fait une erreur en acceptant le Novus Ordo. Le Novus Ordo n’est pas la messe, c’est un repas. La messe est un sacrifice, le renouvellement du sacrifice du calvaire, et ça, ce n’est pas dans le Novus Ordo Missæ.

Voilà je suis très reconnaissant pour l’invitation que m’a faite le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X car cela m’a donné l’occasion d’expliquer le travail que nous faisons aux Philippines si bien qu’avant longtemps, la messe tridentine sera la messe qu’on dira dans toutes les paroisses du pays.

Je suis très… je voudrais exprimer ma reconnaissance aujourd’hui pour tout cela et à tous les prêtres et à toute la communauté qui me fournit une occasion d’exprimer en peu de mots les sentiments que j’ai dans le cœur ; et avec confiance, mes Frères et mes Sœurs, intensifions nos prières de sorte qu’il ne soit pas trop éloigné le jour où, ensemble, nous adorerons Dieu dans le contexte d’une messe tridentine. Que Dieu vous bénisse !

Conférence donnée aux U.S.A.

le jour de la Toussaint 1996 *

Pourquoi je suis devenu traditionaliste

 

Vous allez peut-être me demander pourquoi je suis devenu catholique traditionnel. Eh bien, voici, c’est parce que j’ai rejeté la nouvelle messe ! « Pourquoi avez-vous rejeté la nouvelle messe ? » Je l’ai fait pour plusieurs raisons. La première lorsque les évêques du Concile ont réformé la liturgie, les Maçons avaient en vue d’éteindre la lumière de la foi. Il fallait souffler la lumière de la messe. Mais le peuple a pour la messe une telle inclination et il l’aime tellement ! Que faire alors pour le tromper ? Ils ôtèrent l’ancienne messe, mais lui donnèrent un substitut, la messe de Paul VI. Voilà pourquoi il nous arrive d’entendre aux Philippines : « La nouvelle messe est un fantôme de messe catholique. C’est un truquage. » Voilà ce que disent les gens ! Cela vient du peuple ! Ceux qui ne suivent pas les évêques les yeux fermés se forment eux-mêmes et lisent. Certains sont arrivés à la conclusion que ce n’est pas la vraie messe, mais un repas, un récit, un mémorial.

La grande idée que cache la nouvelle messe est de donner à la longue aux catholiques l’état d’esprit protestant. On ne leur parlerait plus des vérités catholiques mais on leur rappellerait la valeur de l’homme, comme dans les sectes protestantes. Ce fut l’œuvre d’Hannibale Bugnini que l’on appelle quelquefois « Cannibale Bugnini » à cause de tout ce qu’il a fait à la liturgie. Alors, qu’est-ce que les réformateurs ont fait à la messe ?

 

Une messe inacceptable

 

1) On commence la messe de saint Pie V avec le Judica me en esprit de pénitence pour préparer nos cœurs par un acte de repentir. Il faut éveiller et approfondir l’esprit de pénitence. On dit : Judica me, jugez-moi, ô Dieu… Mais cela a été retiré de la nouvelle messe. Pour la même raison lors des enterrements selon le nouveau rite, on ne nous rappelle plus que nous sommes pécheurs, nous sommes canonisés ! C’est l’impression qu’on en retire. Le Judica me est un psaume qui souligne l’état de pécheur de l’homme, on l’a enlevé.

2) Les oraisons qui enchâssent avec tant de beauté les vérités de notre religion, les mystères de la rédemption, les actes héroïques de nos saints, ainsi que les fins dernières, la mort, le jugement, le ciel et l’enfer, ont été également supprimés. Qu’a-t-on à la place ? Les réformateurs, conduits par Bugnini et les six protestants, ont ôté ce qui déplaisait aux oreilles protestantes et ont mis à la place les notions protestantes et les valeurs humaines, ainsi, ces prières sont devenues celles du culte de l’homme, non plus celles du culte de Dieu. On prie ainsi l’homme à la place de Dieu. C’est pourquoi le prêtre se retourne pour devenir un président. Il se tient, non plus devant un autel, mais devant une table, comme pour prendre un repas. C’est du protestantisme.

3) Ensuite, les prières de l’offertoire indiquent de façon parfaitement nette la nature sacrificielle de la messe. Elles ont été enlevées. La nouvelle messe parle juste des « fruits du travail de l’homme » et de choses semblables. On a délibérément enlevé l’idée du sacrifice.

4) Après cela nous entrons dans la consécration. Les protestants ne croient pas en la transsubstantiation, alors, pourquoi faire la génuflexion après une consécration qui n’en est pas une ? Depuis le début, la nouvelle messe est une tricherie, un moyen de tromper.

5) Venons-en au respect pour le saint Sacrement. Même s’il y a le saint Sacrement, où mettent-ils le tabernacle ? Pas au centre de l’autel ! On l’a vu à la sacristie ou même sur un tas d’immondices. Cela s’est souvent produit. Le Seigneur a été mis de côté afin que nous ne pensions plus à lui.

6) Il y a grande controverse à propos des paroles de la consécration. Si l’on dit que le sang de Jésus-Christ est répandu « pour beaucoup », on reprend les paroles du Christ. Si l’on dit « pour tous », on change les paroles du Christ. Peut-on changer ces paroles ? Et pourtant, c’est ce qu’a fait l’officielle commission liturgique de la nouvelle Église.

7) Et qu’ont-ils fait de la bulle de 1570, Quo Primum, dans laquelle saint Pie V décide que la messe qu’il établit est valable à perpétuité ? Il y a de nombreuses manières de célébrer la nouvelle messe. Il semble que le pape saint Pie V avait prévu une crise comme celle-ci et, voici, nous l’avons.

8) Quelle explication théologique peut-on donner à la soi-disant valeur enrichissante de la nouvelle messe ? Elle n’a aucun fondement dogmatique. Quand on lit la vie des saints, on voit que des millions sont allés au ciel. C’est grâce à la messe traditionnelle qu’ils ont saintement vécu. A-t-on lu quelque part que la nouvelle messe produise des saints ? Que produit-elle, en réalité ? Des églises vides, des religieuses quittant leur couvent, des prêtres abandonnant leurs vœux, et un peuple laïc désorienté. Ils ont passé l’Église au bulldozer, quelle tragédie ! J’ai vu une photo de Paul VI la tête dans les mains, avec la légende « auto-démolition de l’Église ». L’Église est détruite depuis l’intérieur, mais par qui ? Par les chefs spirituels qui sont supposés l’édifier et la faire grandir. Ce sont eux les vrais agents du démon dans la destruction de l’Église. Et si vous leur demandez : « Qu’allez-vous faire maintenant ? L’Église est en pleine destruction ! » Ils ne répondent rien. Ils sont même heureux d’atteindre leur but, la destruction de l’Église. Exposer les catholiques aux nouveaux enseignements qui les mènent à leur damnation éternelle, voilà l’effort concerté de l’Église post-conciliaire.

9) Dans la messe dite de saint Pie V, on a le Memento des morts. En entendez-vous parler dans la nouvelle messe ? Il semble qu’ils n’y croient plus. Pourtant le purgatoire est l’une des vérités du dépôt de la foi. C’est pourquoi nous avons une messe pour les défunts. Je ne sais pas ce que pensent les gens. Ils donnent une grosse offrande afin que le sacrifice de la messe soit offert pour le repos éternel de leurs défunts, mais qu’arrive-t-il ? C’est le pique-nique entre amis. Est-il justifié de garder les honoraires de la messe dans ces conditions ? Rendez l’argent ! Les prêtres n’ont pas accompli les conditions qui justifiaient l’offrande. N’ont-ils pas, eux aussi, un contrat à respecter ? Sinon, il faut restituer.

10) Venons-en à la communion dans la main. L’un de ceux qui voulaient la communion dans la main déclarait qu’il était plus naturel de manger avec la main. Pour çà, c’est naturel ! Mais que dire de la désacralisation ? Un homme éminent qui demeure près de chez moi demanda longtemps qu’on l’autorisât à être ministre de l’eucharistie. Ce lui fut refusé. Mais quand cela fut accordé aux religieuses, il vint les voir, leur donna de l’argent et leur dit : « confiez-moi ce ministère. » On le lui confia et, après quelque temps, on apprit que cet homme donnait la sainte comunion et que, au lieu de dire : « Le corps du Christ », il disait : « Vous êtes belle ma chérie ». La jeune fille était choquée comme le serait, je le pense, toute jeune fille honnête. Voilà jusqu’où s’étend le manque de respect ! Et cela continue.

11) Vous avez également noté qu’à la nouvelle messe le dernier Évangile a disparu. Cela est dû à ce qu’il proclame la divinité de Jésus-Christ, mais, pour les réformateurs, Jésus-Christ n’est pas Dieu. Ils disent que c’était un homme, un homme bon, brillant, mais probablement pas Dieu. Et ainsi on a enlevé cet Évangile pour raccourcir la messe.

12) Les prières de Léon XIII à la fin de la messe ont également été enlevées parce que la nouvelle messe n’aime pas l’idée de convertir les communistes.

Voici les raisons pour lesquelles j’ai décidé d’abandonner la nouvelle messe.

Combien de conséquences celle-ci a eues ! Des milliers de prêtres ont abandonné leur prêtrise, des milliers de religieuses sont sorties de leur couvent, les laïques ont vu qu’il manquait quelque chose à la messe et n’y vont plus. Nous avons entendu parler d’églises et de paroisses fermées. Hier, quelqu’un m’a dit : « Ici, deux cents églises ont été fermées. » C’est vrai. Cela n’arrive pas qu’aux États-Unis, mais aussi en Europe.

Je suis allé à Rome récemment et j’ai dû me frotter les yeux en entrant dans les grandes basiliques. Les foules ne les visitent pas pour le culte de Dieu, mais pour connaître l’histoire des peintures, certes pas pour s’agenouiller et adorer, même à Saint-Pierre. Cela arrive vraiment, mes biens chers frères, je suis heureux que vous ne soyez pas en leur compagnie. Un des prêtres du séminaire de la Fraternité à Winona, me disant au revoir, ajouta : « Monseigneur, vous n’êtes pas seul, nous sommes avec vous. » C’est bon de le constater entre nous tous, mes biens chers frères !

 

Les sacres de 1988

 

Qu’en est-il du problème des sacres épiscopaux de 1988 ? Le droit canon lui-même détermine que l’excommunication ne s’applique pas. Mais l’Église conciliaire continue à nous dire de ne pas assister aux messes célébrées par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, pour ne pas devenir schismatiques. Être schismatique, c’est se damner. J’espère que vous ne vous croyez pas schismatiques ! Vous venez à ces messes, parce que l’excommunication n’est pas valable. Revenez, revenez à la messe de saint Pie V ! C’est la messe de tous les temps ! Lisez des livres qui en parlent. Cette messe a fait les grands saints comme saint Thomas d’Aquin, saint Albert le Grand, la sainte Vierge, les vierges, des milliers de saints à travers les siècles de l’Église. On vous demande pourquoi vous allez à la messe. « Parce que je veux être proche de Dieu, je veux enrichir mon âme. » Entendez-vous des gens dire la même chose lorsqu’ils vont à la nouvelle messe ?

On nous demande souvent : « Mais pourquoi avez-vous quitté l’Église ? Il faut être humble et conserver l’unité dans l’obéissance ! » Certainement, c’est une bonne chose d’être obéissant. Saint Thomas nous le dit. Mais il dit également qu’on n’a pas toujours à obéir, notamment qu’on ne peut obéir lorsqu’il s’agit de commettre un péché. On doit même attirer l’attention du supérieur, même en public s’il le faut, pour éviter un dommage.

Ainsi, je n’obéis pas à l’Église conciliaire, et mon raisonnement est le suivant : je sais que l’Église conciliaire a planifié ses propres réformes liturgiques. Les intentions des réformateurs sont maçonniques et, par conséquent, la tendance de ces réformes est de détruire l’Église, ce qui est évident partout aujourd’hui. Par conséquent, je retire mon obéissance. « Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes. » C’est ce que nous enseigne l’Écriture sainte. C’et pourquoi je suis revenu à la messe traditionnelle et j’espère que, à ma mort, on célébrera pour moi la messe de saint Pie V, la messe de tous les temps.

 

Éteindre le feu

 

Je voulais ajouter autre chose à propos de ma découverte de ce qui n’allait pas dans la nouvelle messe. Lorsque vous voyez une maison en feu, vous croisez-vous les bras ? Vous apportez votre aide, n’est-ce pas ? J’ai donc essayé d’aider ces évêques. Je leur ai envoyé des choses à lire, par exemple la brochure L’Intervention du cardinal Ottaviani. Je le leur ai donné parce que je pense que c’est à ce niveau d’idées que doit se livrer la bataille. Ce sont les idées qui combattent les idées, c’est pourquoi ma campagne consiste à distribuer gratuitement des photocopies qui expliquent aux gens pourquoi il y a une crise dans l’Église et pourquoi nous avons à nous réformer.

Nous distribuons des photocopies. Quelqu’un nous a acheté un multicopieur, mais nous sommes souvent à court d’encre ou de papier. Nous avons également à l’étude la construction d’une maison d’études qui enseignera la théologie vraiment catholique, la morale, le droit canon, la liturgie et le dogme. Nous avons trouvé l’endroit mais il faut un gros investissement et nous n’avons pas l’argent. Mais c’est le travail de Dieu et Dieu nous aidera à accomplir ce qu’il veut.

 

 

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Quelques livres qui ont éclairé Mgr Lazo

 

• Mgr Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Paris, Albin Michel, 216 p., 75 F.

• Mgr Lefebvre, Le Coup de maître de Satan (sur l’obéissance), Martigny, Éd. Saint-Gabriel, 48 p., 30 F.

• Mgr Lefebvre, C’est moi l’accusé qui devrais vous juger (commentaire de l’enseignement des papes sur les erreurs modernes, à commencer par la franc-maçonnerie), Bitche, Fideliter, 340 p., 95 F.

• Cardinaux Ottaviani et Bacci, Bref examen critique de la nouvelle messe, (une étude théologique à la portée de tous), Angers, Ass. Noël Pinot, 25 F.

• J. Ploncard d’Assac, L’Église occupée (un livre de base, documenté et facile à lire), Chiré, DPF, 275 p., 110 F.

• J. Ploncard d’Assac, Le Secret des francs-maçons, Chiré, DPF, 262 p., 105 F.

• G. Virebeau, Les Papes et la franc-maçonnerie (contient toutes les condamnations des papes contre la franc-maçonnerie), Paris, 47 p., 36 F.

• Ralph Wiltgen, Le Rhin se jette dans le Tibre (le journal des manœuvres progressistes au Concile), Bouère, DMM, 284 p., 154 F.

 

Disponibles à notre procure – paiement à la commande – port : + 20%.


Annexe :

L’Église romaine en face de la Révolution

par J. Crétineau-Joly

 

 

Nous venons d’entendre Mgr Lazo raconter comment il a été instruit et prémuni contre les erreurs modernes par la lecture de bons livres. Or, parmi les documents qui donnent « de précieux enseignements sur les causes et les origines de la grande crise religieuse et politique que nous su­bissons aujourd’hui », comme dit Mgr Lefebvre dans la préface que nous reproduisons ci-après, il y a L’Église romaine en face de la Révolution, de J. Crétineau-Joly. Mgr Lazo n’a pas pu lire ce travail qui n’a pas été traduit en anglais. Mais il convient de l’ajouter à la liste des ouvrages qui expliquent en profondeur les maux dont l’Église et l’occident chrétien souffrent depuis deux siècles, parce qu’il n’hésite pas à désigner les causes réelles du mal.

Le Sel de la terre.

 

 

Préface de Mgr Lefebvre

 

L’opportune réédition de L’Église romaine en face de la Révolution survient à un moment difficile et douloureux de l’histoire chrétienne. Publié à Paris en 1859, cet ouvrage capital de ce grand écrivain catholique et français qu’était J. Crétineau-Joly retrace la lutte exemplaire et victorieuse des papes contre la révolution française et européenne depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la veille de l’encyclique Quanta cura et du concile Vatican I qui marqueront la réaffirmation solennelle de la pensée catholique.

Sans trêve, ni repos, leurs Saintetés Pie VI, Pie VII, Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI et Pie IX résisteront à la révolution satanique des sociétés secrètes, pourchasseront ses œuvres de mort, dénonceront ses hérésies.

Le jansénisme gallican s’allie à l’illuminisme et au protestantisme pour imposer aux peuples chrétiens un despotisme éclairé – athée, rationaliste, individualiste. Les sociétés de pensée et la franc-maçonnerie sont les instruments de multiples complots souterrains et du maniement de l’opinion publique. Clément XII (In eminenti du 28 avril 1738) et Benoît XIV (Providas du 18 mai 1751) avaient déjà condamné et prohibé la société dei Liberi muratori et autres groupements subversifs. Avec la proclamation des droits de l’homme et bientôt le culte de la « déesse raison », les clubs sont passés à l’action ouverte, violente, pour désagréger l’antique civilisation chrétienne. La chute des trônes est une condition nécessaire pour abattre les autels. La tête de Louis XVI tombe, jetée en défi à l’Europe entière. Louis XVI est martyrisé, victime de sa foi chrétienne, pour avoir refusé la constitution civile du clergé, œuvre d’un jansénisme qui n’est que le masque de l’athéisme. Plus tard, Charles X devra abdiquer devant l’émeute libérale parce qu’on a répandu le bruit du « roi-prêtre », du souverain clérical, jésuite, alors qu’il n’est que le protecteur de la religion et l’adversaire de la licence.

Les massacres de Septembre, les noyades de Nantes, les tueries de Lyon, les colonnes infernales sont le lot de la Terreur révolutionnaire qu’accompagnent les mascarades antireligieuses.

Avec le concordat de Bonaparte, la religion catholique est restaurée, la liberté du culte assurée malgré les tentatives d’asservissement que tentent les révolutionnaires sous l’habit de l’Empire.

Après Waterloo, une équipe de prêtres renégats, défroqués et politiciens, supplie les alliés d’imposer à la France une dynastie nouvelle qui – surtout – ne soit ni catholique, ni française ! Combien de clercs dévoyés en effet tout au long des conspirations, des émeutes, des massacres !

Lamennais, avant de sombrer, sous l’influence de la Charbonnerie, écrira avec sa clairvoyance : « Toujours et nécessairement, la révolution commence par l’Église, passe ensuite par l’État et, à son tour, s’achève dans l’Église. C’est ainsi qu’on a vu naître et s’établir dans l’Europe, avec des gouvernements despotiques et républicains, les religions nationales ou civiles qui ne sont qu’un athéisme déguisé. »

Le libéralisme a son mot d’ordre : « Pas de libertés pour les ennemis de la liberté ! » Il étend les ramifications de la Charbonnerie à tout le continent. La Révolution commencée en France est devenue européenne. Il fallait que le pays de saint Louis et de sainte Jeanne d’Arc se renie, que la France « fille aînée de l’Église » soit la « mère de la Révolution ». 1830 est une étape, la monarchie française n’est plus catholique. 1848 qui suit, proclame : « Ni Dieu, ni maître ». Le libéralisme touche aux conséquences extrêmes de sa logique avec le communisme.

Les saints-simoniens ont inventé un nouveau culte : « Le nouveau christianisme. » La nouvelle religion est née, celle de la liberté de pensée, du culte de l’homme et de la « femme-Messie », la religion de la démocratie.

Mais comme Crétineau-Joly y insiste à juste titre (et son ouvrage constitue à cet égard un document irremplaçable), le but suprême de la Révolution dont le secret est réservé à quelques initiés de la Haute Vente, c’est que :

 

…Le pape, quel qu’il soit, ne viendra jamais aux sociétés secrètes : c’est aux sociétés secrètes à faire le premier pas vers l’Église, dans le but de les vaincre tous deux. Le travail que nous allons entreprendre n’est l’œuvre ni d’un jour, ni d’un mois, ni d’un an ; il peut durer plusieurs années, un siècle peut-être ; mais dans nos rangs le soldat meurt et le combat continue.

Nous n’entendons pas gagner les papes à notre cause, en faire des néophytes de nos principes, des propagateurs de nos idées. Ce serait un rêve ridicule, et de quelque manière que tournent les événements, que des cardinaux ou des prélats, par exemple, soient entrés de plein gré ou par surprise dans une partie de nos secrets, ce n’est pas du tout un motif pour désirer leur élévation au siège de Pierre. Cette élévation nous perdrait. L’ambition seule les aurait conduits à l’apostasie, les besoins du pouvoir les forceraient à nous immoler ; ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre, comme les Juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins… (Instruction de la Haute Vente datant de 1819).

 

Ainsi l’infiltration de l’Église est l’objet d’un plan systématique et de longue haleine, fixé il y a cent cinquante-sept ans, car : « Il faut décatholiciser le monde… La révolution dans l’Église, c’est la révolution en permanence ! » (Lettres de « Nubius », agent de la Haute Vente).

Ce programme satanique s’accomplit aujourd’hui, au lendemain du concile Vatican II. P. J.-B. Buchez, fondateur de la Charbonnerie française n’écrivait-il pas à ses adeptes de « l’Atelier » et de la « société diablement philosophique » : « La crise de la société ne se terminera que le jour où seront catholiques les révolutionnaires et révolutionnaires les catholiques ? »

L’Europe chrétienne, le monde, sont à la veille de passer sous le joug du communisme athée, sous la dictature totalitaire soviétique qu’Alexandre Soljenitsyne dénonce en vain à un Occident en proie à la décadence libérale, prêt à tous les abandons, à toutes les trahisons, à tous les reniements. Déjà le maire de Rome communiste n’exige-t-il pas d’être reçu à son heure par Paul VI ?

Que les jeunes catholiques et français lisent attentivement L’Église romaine en face de la Révolution ; ils y trouveront nombre de précieux enseignements sur les causes et les origines de la grande crise religieuse et politique que nous subissons aujourd’hui.

Et avec la grâce de Dieu, la prédiction de Joseph de Maistre pourra s’accomplir : « La Révolution française fut commencée contre le catholicisme et pour la démocratie ; le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. »

Prions et agissons pour qu’advienne le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ !

 

† Marcel Lefebvre,

Écône, le 16 septembre 1976.

 

J. Crétineau-Joly, L’Église romaine en face de la Révolution, t. I,

 Cercle de la Renaissance française, Paris, 1976.

Les deux tomes de l’ouvrage complet sont disponibles au prix de 160 F., à la procure du Couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé.


[1] — Le style parlé de ces conférences, prononcées en anglais, a été conservé pour ne pas dénaturer la pensée de l’auteur.

[2] — Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X depuis juillet 1994.

[3] — Le cardinal Jaime Sin, archevêque de Manille.

[4] — Petit séminaire pour garçons d’environ quinze ans.

[5] — Le nom de cet ami est M. Jun Malaya.

[6] — Il faut sans doute lire Mgr Bunigni. (NDLR.)

* — Extraits de la conférence dont le texte intégral a été publié dans Le Combat de la foi 116, 25 décembre 1996, p. 2-8.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 21

p. 158-162

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