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Jeanne d’Arc,

une sainte charismatique

de l’histoire de France

 

Note d’histoire chrétienne

 

 

 

par l’abbé Nicolas Portail

 

 

 

« ITEM en celui temps avoit une Pucelle, comme on disoit, sur la rivière de Loire, qui se disoit prophète et disoit : “Telle chose adviendra pour vray”. Et estoyt du tout contraire au régent de France et à ses aydes. »

Ainsi Jeanne d’Arc fait son entrée dans l’historiographie française par l’intermédiaire du journal d’un bourgeois de Paris [1]. Le sceau surnaturel, que la voix populaire lui décerna dès son apparition sur la scène publique au printemps 1429, fut confirmé dès le mois de juillet suivant par Jean Gerson, doyen de la faculté de théologie de Paris, alors exilé à Lyon [2]. D’autres approbations ecclésiastiques suivront, couronnées par le décret de canonisation du 16 mai 1920 : visions célestes, prophéties, miracles, mission de par le roi du ciel, tout converge pour faire de l’épopée de sainte Jeanne d’Arc une intervention charismatique [3] de Dieu dans la guerre de Cent Ans [4].

Les charismes surnaturels de la « bergère de Domrémy » ont connu de nombreuses études, particulièrement en vue de prouver la réalité de leur existence. Par contre, il ne semble pas que leur véritable essence ait été envisagée avec toutes les distinctions et particularités inhérentes à ces grâces extraordinaires [5].

Après avoir mis en évidence, selon la classification des charismes donnée par saint Thomas, ces inspirations divines dans la geste de Jeanne d’Arc, cette brève recherche veut présenter une forme très spéciale de charisme, mal connue de la théologie catholique, mais indispensable pour avoir l’intelligence plus profonde du rétablissement de Charles VII sur son trône royal.

Jeanne d’Arc apparaîtra alors comme authentique « charismatique », chargée, par des grâces purement gratuites, de conduire ses compatriotes vers Dieu : œuvre au service du bien commun de l’Église.

 

 

*

  

 

 

— I —

 

Le surnaturel dans la vie de Jeanne d’Arc

 

 

L’existence de la fille de Jacques et Isabeau d’Arc fut bouleversée par la réception des « voix » d’origine surnaturelle, à partir de 1425. Elle a treize ans [6]. Désormais les contacts entre Jeanne et le ciel sont fréquents, quelles que soient les situations où se trouve la jeune fille – chevauchées, combats, interrogatoires, prison –, et ne cessent que le jour de sa mort, le 30 mai 1431. Les voix sont doublées par des visions de l’archange saint Michel et des saintes Marguerite et Catherine. Saint Gabriel vient visiter Jeanne au moins une fois, le 3 mai 1431 [7].

Une véritable amitié se forme entre Jeanne et ses amis, « et, quand ils s’éloignaient de moi, je pleurais et j’aurais bien voulu qu’ils m’emportassent avec eux ». Jeanne peut les toucher, les embrasser. Cette intimité surprend et même scandalise les juges de Rouen : l’archidiacre Jean de Chatillon considère ainsi « qu’il n’y a pas d’exemple que les saints et les saintes aient coutume de faire ainsi en leurs apparitions miraculeuses [8] ».

Or le phénomène est plus connu qu’il semble le dire.

 

Visions corporelles

 

Ces manifestations surnaturelles entrent dans le genre des apparitions et elles sont de type corporel, car ce sont bien les sens extérieurs qui les perçoivent : « de mes yeux corporels aussi bien que je vous vois », dit Jeanne pour les deux saintes ; quant aux anges, « je les ai vus, de mes yeux [9] ».

Les anges, esprits purs, revêtent pour l’occasion un corps artificiel qu’ils ont formé à partir de la matière. Dans l’Ancien Testament déjà, Abraham, Lot, Tobie avaient eu de telles apparitions. Sous l’ère de la grâce nouvelle, de tels phénomènes veulent inaugurer le commerce familier des hommes et des esprits célestes qui sera le lot de la béatitude. Avec les formes corporelles, les anges produisent des sons, le « parler et langage d’anges » que Jeanne « crut assez tôt et eut cette volonté de croire [10] ».

Les âmes séparées des morts, de leur côté, peuvent apparaître miraculeusement aux vivants grâce à la vertu divine. La gloire accordée à leurs esprits leur permet de former, comme les anges, des corps artificiels, avec cette différence qu’ils reproduisent leurs traits humains réels. Ces corps sont l’image du corps glorieux qu’ils recevront à la résurrection générale. L’apparence sensible du corps est présente, mais non la substance. Jeanne d’Arc se refusa d’ailleurs toujours d’affirmer qu’il y a de vrais corps avec de vrais membres [11].

A l’instar des corps glorieux, ces corps « fantastiques [12] » possèdent le pouvoir de se révéler aux yeux des mortels qu’ils veulent, restant invisibles aux autres dans le même temps [13].

Parfaitement connues de la théologie médiévale, ces voix et visions corporelles ont indéniablement accru en Jeanne d’Arc sa vie mystique. Mais elles mettent surtout en relief les charismes que la sainte reçut dans le même temps pour toute l’Église [14].

 

Charismes

 

Les grâces gratis datae sont destinées au bien universel de l’Église, en premier lieu, et non pas à la perfection spirituelle de la personne qui en est dépositaire. Elles ont pour but de faire coopérer à l’œuvre de la rédemption pour amener le prochain vers Dieu. Le Docteur angélique les a étudiées en se fondant sur la liste des charismes donnée par saint Paul en 1 Co 12, 8-10 [15].

Sainte Jeanne d’Arc fut nantie de tels dons divins, ses contemporains le signalèrent à l’envi. « Il y eut naguère, il y a dix ans, une vierge du nom de Jeanne, réputée, disait-on, tant pour son esprit prophétique que pour son pouvoir de faire des miracles [16]. »

 

Foi, sagesse

 

Pour servir au salut du prochain, les charismes de foi et de sagesse confèrent la plénitude de la connaissance des choses de Dieu.

 

Le charisme de foi donne la certitude des choses invisibles que la lumière surnaturelle fait connaître au charismatique. Cette certitude est indispensable pour enseigner autrui avec pleine sécurité et elle permet d’user des connaissances reçues sans attendre le jugement de l’Église : celui-ci est superflu pour la Pucelle d’Orléans qui en appellera constamment à Dieu de ses voix [17].

Le « bon conseil, confort et bonne doctrine qu’il (l’archange) m’a faits et dits » imposèrent peu à peu cette assurance surnaturelle que Jeanne compare à l’évidence sensible : « Aussi bien que je vous vois [18]. » « Et si j’étais en jugement et voie le feu allumé, et les bourrées prêtes, et le bourreau prêt à bouter le feu et que je sois dedans le feu, je n’en dirais pour tout autre chose et soutiendrais ce que j’ai dit du procès jusqu’à la mort [19]. »

Ce charisme est donc la source en Jeanne de cette belle confession : « Je crois fermement ce que mes voix m’ont dit, que je serai sauvée, aussi fermement que si j’y étais déjà. 

— Cette réponse est de grand poids.

— Aussi, je la tiens pour un grand trésor [20]. »

 

Le charisme de sagesse concerne la connaissance des choses purement divines, obtenue par révélation. Il assista Jeanne visiblement lorsque les juges l’entraînèrent sur le terrain de la doctrine catholique par des questions d’une rare complexité, ainsi qu’en ont témoigné les assistants [21].

Ainsi inspirée, cette paysanne qui ignore jusqu’à la signification des mots « concile » ou « abjurer », instruit les révérends théologiens sur le Corps mystique : « Et m’est avis que c’est tout un de Notre Seigneur et de l’Église, et qu’on n’en doit point faire de difficulté. Pourquoi fait-on difficulté que ce soit tout un [22] ? » Et sur l’état de grâce : « Si je n’y suis, Dieu m’y mette, et si j’y suis, Dieu m’y tienne [23]. »

 

Science, glossolalie, interprétation des Écritures

 

Par contre, le charisme de science, qui confère une connaissance accrue des choses humaines et de la nature, est absent de la vie de Jeanne d’Arc. Tel que le conçoit saint Thomas, cette connaissance est au service du charisme de sagesse en permettant, par l’abondance des exemples et des effets naturels connus, de mettre en évidence les causes divines agissantes dans ce bas monde. Sainte Jeanne d’Arc n’en eut pas besoin, de même que des charismes des langues et de l’interprétation des saintes Écritures – il eût fallu auparavant qu’elle sût lire [24] ! –, car ces trois dons sont destinés essentiellement à la prédication de la vérité surnaturellement reçue [25]. La mission de Jeanne ne consistait pas en cela.

 

Prophétie

 

L’acte d’accusation, lu à Jeanne les 26 et 28 mars 1431 [26], contient les reproches de « pseudo-prophétesse », « divinatrice découvrant les mœurs, la vie, les faits secrets de plusieurs personnes venues en sa présence, et qu’elle n’avait ni vues ni connues auparavant, en se vantant de les connaître par révélation » (art. 17), de « connaître l’avenir et d’avoir connu le passé, ainsi que les choses présentement occultes ou cachées » (art. 33). Le charisme de prophétie a joué un rôle déterminant dans la geste de la Pucelle [27].

Les prophéties sont « les connaissances de ce qui est loin » de l’esprit humain, c’est-à-dire non seulement des événements futurs contingents, mais aussi des mystères divins qui transcendent les forces de l’intellect créé, et même toutes choses lointaines, cachées à la perception immédiate des sens. D’une certaine manière, le charisme de sagesse peut se trouver englobé dans cette définition [28].

Sainte Jeanne se révèle par une brillante connaissance prophétique, s’exerçant sur tous les domaines. Le 12 janvier 1429, elle annonce au sieur de Baudricourt la piteuse défaite de 7 000 Français devant 1 500 Anglais, dite « journée des harengs », grâce à sa vue à distance [29]. De même, elle indique la présence d’une épée, enterrée derrière l’autel de l’église dédiée à sainte Catherine de Fierbois, et elle reconnaîtra, sans les avoir jamais vus, le sire de Baudricourt et le roi Charles VII [30].

Sa connaissance de l’avenir surprend les hommes les plus avertis. Elle prédit l’issue des batailles : prise du pont des Tourelles devant Orléans, victoire de Patay, entrée dans la ville pourtant hostile de Troyes et tant d’autres encore [31].

Elle assure les particuliers de leur sort à venir, comme le duc d’Alençon au siège de Jargeau : « Jeanne me dit (…) que je me retire en cet endroit, et que si je ne me retirais, “cette machine – en me montrant une machine qui était dans la ville – te tuera.” Je me retirai et, peu après, en cet endroit d’où je m’étais retiré, quelqu’un fut tué, qui s’appelait Mgr du Lude [32]. » Jeanne prophétise aussi pour son propre sort. Le 6 mai 1429, elle annonce que « le sang me sortira du corps au-dessus de mon sein » ; et cela arriva exactement le lendemain à l’assaut des Tourelles. A la Pâque 1430, « étant sur les fossés de Melun, il me fut dit par mes voix de sainte Catherine et sainte Marguerite, que je serais prise avant qu’il fût la Saint-Jean et qu’ainsi fallait que ce soit et que je ne m’ébahisse pas et prenne tout en gré et que Dieu m’aiderait ». Elle fut capturée à Compiègne le 23 mai suivant. Après son évasion manquée et les terribles blessures consécutives au saut depuis la tour de Beausevoir, elle est assurée de sa guérison. A plusieurs reprises, enfin, elle annonce sa délivrance prochaine, comme les 1er et 3 mars 1431, « par grande victoire », et elle conseille à ses juges : « Reparlez-m’en dans trois mois. Je vous en répondrai. » Elle fut brûlée le 30 mai 1431 [33].

Cependant, les événements concernant le royaume de France forment la matière la plus remarquée de ses prophéties. La France restera au roi Charles VII contre vents et marées : « Seraient-ils 100 000 “godons” de plus qu’ils ne sont à présent, ils n’auront pas le royaume [34]. » A l’avance, les étapes de la libération sont annoncées : la levée du siège d’Orléans ; le sacre, certain d’ores et déjà, du dauphin à Reims qui fait entreprendre la campagne de l’été 1429 ; la conquête définitive des villes alors sur le chemin : « Je vous promets et certifie sur nos vies que nous entrerons à l’aide de Dieu en toutes les villes qui doivent être du saint royaume, et y ferons bonne paix ferme, qui que vienne contre [35]. » Orléans débloquée le 8 mai, Auxerre, Troyes, Châlons-sur-Marne libérées du 30 juin au 14 juillet, le roi sacré à Reims le 17, prouvent abondamment la sûreté des visions prophétiques de la jeune Lorraine. En prison à Rouen, elle clôt le cycle de ses prédictions en annonçant sa certitude de la libération de Compiègne avant la Saint-Martin d’hiver – le siège par les Anglais fut effectivement levé le 25 octobre 1491 –, et la perte d’un plus grand gage encore « qu’ils ne firent devant Orléans, et ils perdront tout en France ». Paris revenait en effet aux mains des Français le 13 avril 1436. Désormais tout le programme annoncé dans sa lettre du 22 mars 1429 au roi d’Angleterre et au duc de Bedford, régent du royaume de France, était accompli [36].

Cette abondance de prophéties portant sur l’avenir contingent et libre ne pouvait provenir que de Dieu seul, auquel Jeanne, jusqu’au bout, rapporta constamment ses visions [37].

 

Mécanisme de la prophétie

 

Le mode de transmission de cette connaissance surnaturelle dans l’esprit du prophète se faisait en deux étapes que Jeanne expose avec grande simplicité : « La première fois, j’eus grand doute si c’était saint Michel. Et à la première fois j’eus grand peur. Je le vis maintes fois avant de savoir que c’était saint Michel [38]. »

Les visions corporelles sensibles sont bien distinguées de leur connaissance intellectuelle qui est donnée par la lumière surnaturelle proprement prophétique, toujours spirituelle. La vision procure de nouvelles images au prophète, matière qui nécessite donc en plus un éclairage pour en juger sûrement. Sans lui, il n’y a pas vraiment de prophétie [39]. Jeanne en sera privée en particulier à propos de son sort personnel. Ses voix l’assurent de sa délivrance et ajoutent : « Prends tout en gré, ne te chaille de ton martyre. Tu t’en viendras enfin au royaume du paradis. » Et cela – avoue-t-elle ingénuement – me le disent mes voix simplement et absolument, c’est à savoir sans faillir. J’appelle cela martyre pour la peine et adversité que je souffre en la prison, et je ne sais si j’en souffrirai de plus grande, mais je m’en attends à Notre Seigneur. » Il manque le jugement surnaturel qui lui permettrait de voir en « martyre » sa mort prophétisée [40].

Une même carence de lumière surnaturelle empêcha Jeanne de saisir que, lorsqu’à Beaumanoir les voix annonçaient qu’elle dût voir le « roi des Anglais », il ne s’agissait que d’être mise au pouvoir de ceux-ci et non de réellement connaître Henri VI [41].

Il faut en dire autant de « bouter les Anglais hors de France ». Cette révélation faite à Jeanne indiquait qu’elle serait bien l’instrument de cette libération, mais non directement dans ses effets. « Elle se dépensa pour la restauration de ce royaume de France qu’elle avait souvent prédite. N’a-t-elle pas chassé et rempli d’effroi les impudents ennemis du royaume ? N’a-t-elle pas, par ses saintes objurgations, réveillé les paresseux et les lâches, pour repousser par les armes les féroces ennemis du royaume ? Et depuis lors, le courage et la puissance de nos adversaires épuisés n’ont-ils pas cessé de faiblir ? » explique Guillaume Bouillé dans la préface de son codicille [42].

 

Prophéties conditionnelles

 

Deux annonces irréalisées sont inexplicables. Jeanne, en effet, se présenta comme libératrice du duc d’Orléans, incarcéré en Angleterre, puis de Paris [43]. De fait, la réalisation de ces prophéties restait suspendue aux causes secondes libres qui pouvaient défaillir. Il s’agit de prophéties comminatoires ou de promesses [44].

« Si j’avais duré trois ans », reconnaît-elle dans sa prison, alors le duc aurait été libéré. De même, le 8 mai, avait-elle prévu devant Orléans une victoire éclatante pour les Français, mais les Anglais refusèrent le combat en se défilant. Enfin les assauts sur Paris, au début de septembre 1429, furent freinés puis empêchés par le roi de France et ses conseillers. Les hommes manquèrent à Dieu, comme déjà le soulignait Jean Gerson, par l’ingratitude, l’incroyance et le blasphème [45]. Et la pauvre Pucelle d’Orléans de demander, du fond de sa captivité, surabondance de signes pour que les hommes se convertissent [46].

 

Discernement des esprits, les miracles

 

Lié à la prophétie, le discernement des esprits [47] permet de connaître les secrets des cœurs, cachés à tout esprit créé, quel qu’il soit, même celui des anges. Jeanne usa de cette grâce tout spécialement pour dévoiler les fausses apparitions revendiquées par Catherine de la Rochelle. Celle-ci voulait accroître le prestige de Jeanne qui n’avait assurément pas besoin de ce trouble-fête : « Je répondis qu’elle retournât à son mari, faire son ménage et nourrir ses enfants [48]. » Mais surtout, elle révéla à Charles VII la teneur de sa prière secrète, faite le 1er novembre 1428 en la chapelle du château de Loches. Aussi « le roy, cognoissant qu’elle disoit la vérité, adjousta foy en ses paroles et crut qu’elle estoit venue de par Dieu et eut grand espérance qu’elle luy ayderait à recouvrer son royaume et se delibera soy ayder d’elle et croire en son conseil et toutes ses affaires [49] ».

 

Le charisme des miracles s’inscrit dans cette même ligne de fournir des signes pour accréditer la mission de Jeanne d’Arc. Dunois relève ainsi qu’à son arrivée devant Orléans « aussitôt, et comme du moment même, le vent, qui était contraire et qui empêchait absolument que les navires ne remontent (…), changea et devint favorable ». De même, Jeanne calma son cheval instantanément en le menant devant un calvaire [50]. Mais surtout – ce miracle est même rapporté par Benoît XV – un enfant mort sans baptême ressuscita à Lagny de par ses prières, « avec les autres pucelles ». Baptisé, « il mourut ensuite et fut inhumé en terre sainte [51] ».

Assurément, les signes dispensés par ces charismes de prophétie, discernement des esprits et miracles, prouvèrent la mission de sainte Jeanne. Cependant, il faut reconnaître que celle-ci ne se laisse pas cerner ni expliquer par les charismes jusqu’ici exposés à travers la théologie de saint Thomas. Comme cette mission échappe, de plus, à toute explication rationnelle et naturelle, il paraît nécessaire d’étudier dans une autre direction le rayonnement charismatique de la Pucelle d’Orléans.

 

 

— II —

 

Un chef charismatique ?

 

 

Il y a un abîme entre la prétention de Jeanne d’Arc à être un « chef de guerre » pour battre les Anglais et ce qu’elle reste jusqu’à la fin : une simple paysanne, bonne chrétienne certes, mais gardant la sensibilité et la faiblesse d’une jeune fille de dix-sept ans devant les événements terribles qu’elle va vivre [52].

 

Une jeune fille de Lorraine, comme les autres

 

Jeanne, que les villageois de Domrémy appellent volontiers « Jeannette », n’est pas l’aventurière, dure à la peine, que la vie aux armées demandait. Au contraire, ses réactions devant la souffrance et la mort dévoilent toute son incapacité foncière devant la tâche à réaliser. Le 7 mai, lorsqu’elle se « sentit blessée, elle eut peur et pleura, et fut consolée comme elle disait » mais, devant un surcroît de souffrance, malgré l’huile et le lard appliqués sur la plaie, elle « se confessa à moi, pleurant et se lamentant », avoue Jean Pasquerel [53].

Les épreuves morales, ou leurs perspectives, la touchent tout autant. Ainsi le 5 mai, toujours devant Orléans, à la réception de son troisième message, les Anglais l’injurient : « Ce sont nouvelles de la p… des Armagnacs ! A ces mots, Jeanne commença à soupirer et à pleurer d’abondantes larmes, invoquant le roi du ciel à son aide. » De même en mai 1431, insultée par Jean d’Estivet de « p…, paillarde (…) », « elle en fut irritée si bien qu’elle eut de nouveau la fièvre et tomba malade [54] ». Après son abjuration, alors que les Anglais l’obligent à reprendre son habit d’homme, « je la vis éplorée – témoigne frère Isambart de la Pierre –, le visage plein de larmes, défigurée et outragée de telle sorte que j’en eus pitié et compassion [55] ». L’annonce de sa mort prochaine la fera « abjurer » et signer la cédule que lui présente Jean Massieu : « J’aime mieux signer qu’être brûlée [56]. » Se reprenant, grâce à l’intervention de ses voix, elle ne peut s’empêcher d’être horrifiée à nouveau lors de l’annonce, cette fois-ci définitive, de sa mort prochaine : « Hélas ! me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement, qu’il faille que mon corps net en entier, qui ne fut jamais corrompu, soit aujourd’hui consumé et rendu en cendres [57] ! »

Cette répugnance devant sa mort, Jeanne la connaît aussi devant le sang répandu des autres. Le soir de la victoire des Tourelles, elle, « émue de pitié, commença à pleurer beaucoup sur l’âme de Classidas et des autres qui étaient là, noyés en grand nombre ». Ces lamentations s’étaient déjà produites à la prise de la bastide de Saint-Loup [58].

Inversement, les sentiments de joie savent l’emporter comme en ce jour mémorable du sacre royal où, « embrassant Charles VII par les jambes », agenouillée devant lui, elle pleure « à chaudes larmes », répétant que le plaisir de Dieu est réalisé [59].

Cette sensibilité de Jeanne s’exprime jusque dans les larmes de sa prière fervente et dans ce contact avec ses voix qu’elle reçoit si affectueusement, qu’elle ne laisse pas échapper sans grande tristesse [60].

Visiblement, c’est contre son gré qu’elle s’est rendue en France et y mène les armées du roi. S’il ne tenait qu’à elle, Jeanne reviendrait dans sa famille reprendre ses emplois passés au lieu de poursuivre une vie de camp à laquelle rien ne la prédisposait [61].

 

Le chef de guerre

 

Paradoxalement, cette jeune fille, qui reste incapable du métier des armes est pourtant le général de Charles VII le plus craint de ses ennemis. Sa capture déclenche l’enthousiasme chez les Anglais, mais ceux-ci, extrêmement prudents, n’osèrent rien tenter d’important avant d’en être définitivement débarrassés. Ce n’est que le 2 juin 1431 que le siège de Louviers sera projeté, trois jours après le bûcher de Rouen [62]. Et c’est avec raison ; car cette petite jeune fille connaît une métamorphose inexplicable à certains moments de sa chevauchée. Alors elle apparaît digne des plus grands stratèges comme des entraîneurs d’hommes les plus vigoureux.

C’est ainsi que Jeanne d’Arc accapare les décisions et l’organisation de la campagne militaire. Elle signifie à Charles de ne pas attaquer avant son arrivée à Chinon ou, inversement, elle pousse le duc d’Alençon à l’assaut de Jargeau bien qu’il trouve cela prématuré : « Avant, gentil duc, à l’assaut ! (…) N’ayez doute, l’heure est prête quand il plaît à Dieu [63]. »

Mais, plus que cela encore, cette jeune analphabète impose une nouvelle conception de la guerre, un nouveau style du type de la « guerre éclair », moderne, « conception simple, voire expéditive, ce qui ne veut pas dire, tant s’en faut, inefficace », commente Philippe Contamine [64].

Son premier principe est politique : « La paix avec le duc de Bourgogne se trouvera par le “bout de la lance [65]”. » Il faut donc foncer à Reims, passant par la Champagne bourguignonne.

La mise en pratique de cette guerre sur le terrain exige quelques reconnaissances militaires de la place forte dont il faut s’emparer. Puis une occupation rapide et par surprise du faubourg avec installation de l’artillerie. Après bombardement concentré – un jour et une nuit à Jargeau –, les assaillants intiment l’ordre aux adversaires de se retirer tout de suite. S’ils refusent, c’est l’assaut furieux, « populaire », le minimum de prisonniers étant fait. A Paris comme à Orléans, Jeanne use de cette conception toute révolutionnaire de la guerre de siège qui fait fi des terrassements et d’un long blocus en règle, comme des coups de mains par ruse et des détours. Le rôle de l’artillerie devient prépondérant, pour commotionner les assiégés, alors que tous les jeux « courtois » des rançons, échanges de prisonniers, délais et trêves honorables sont abolis [66]. Il est proprement impossible que cette paysanne lorraine ait pu changer, par elle-même, les règles d’un jeu si délicat !

Il n’en n’est pas moins inconcevable qu’elle brille dans les opérations tactiques, donnant les ordres décisifs comme pour l’assaut de la bastide des Augustins et du pont des Tourelles devant Orléans, le 6 mai, ou bien commandant l’avant-garde à Patay, le 19 juin [67]. A Troyes, c’est encore elle qui ordonne la composition des fagots pour combler les fossés lors de l’assaut qu’elle décrète le 10 juillet : la ville ébranlée demande composition [68].

Jeanne d’Arc est enfin un grand entraîneur d’hommes, communiquant l’enthousiasme, au point que les soldats continuent à la suivre sans solde, à partir de Gien, le 29 juin 1429 [69]. Une admiration sans borne de la part de ces rudes guerriers fait que la présence seule de Jeanne d’Arc fait tomber la bastide de Saint-Loup ; à Jargeau, une pierre a brisé sa chapeline, mais elle, se relevant : « Amis, amis, sus, sus ! Notre sire a condamné les Anglais. A cette heure, ils sont nôtres ; ayez bon cœur ! » « Et, à l’instant, la ville fut prise », commente le duc d’Alençon [70].

Cette transformation est trop contre nature [71] pour être expliquée autrement que par une aide particulière divine qu’il faut bien appeler un charisme, celui de gouvernement.

 

Aspects du charisme de gouvernement

 

Il est aisé de découvrir, chez la Pucelle d’Orléans, la trace d’une motion purement surnaturelle, accordée pour l’utilité commune et non pour la perfection personnelle de Jeanne, poussant la sainte à accomplir de tels faits d’armes. Guillaume Bouillée l’avait déjà relevé, en 1450, lorsqu’il écrivait que « Jeanne se disait envoyée par Dieu pour sauver le royaume, pour délivrer Orléans de ses ennemis et pour faire couronner le roi, qui depuis si longtemps avait été chassé et banni de son royaume. Tout cela concernait le bien public [72] ».

Ordonné au bien commun, ce charisme est, aux dires mêmes de Jeanne, une grâce : « N’était la grâce de Dieu, je ne saurais rien faire [73]. » Sujettée dans la raison, cette grâce a des effets sur l’intelligence de Jeanne en tout premier lieu. Elle permet la bonne réception des voix et de leur « conseil [74] », lui livrant « des nouvelles de son Seigneur » et des ordres formels : venir en France pour accomplir sa mission, peindre un étendard de telle manière, prendre habit d’homme, répondre hardiment aux juges [75], etc. « Rien au monde de ce que j’ai fait par mes actions ne l’a été fors par commandement de Dieu [76]. » La volonté est alors comme entraînée « contre » elle-même ainsi que le décrit Dunois : « Elle se retirait à part et priait Dieu ; et, sa prière faite à Dieu, elle entendait une voix qui lui disait : “Fille-Dé (Dieu), va, va, va, je serai à ton aide, va”. Et, ce qui est plus fort, en répétant ainsi les paroles de sa voix, elle-même exultait de merveilleuse façon, levant ses yeux vers le ciel. » Plus laconiquement, Jeanne commentera devant ses juges : « Si la voix me l’a défendu, que voulez-vous y redire [77] ? » Alors, elle n’agit visiblement plus seule : « Il semblait à tous être grande merveille comment elle pouvait se tenir si gentiment à cheval comme elle faisait. A la vérité, elle se maintenait aussi hautement en toutes manières comme eût su le faire un homme d’armes suivant la guerre dès sa jeunesse. » Cette endurance se continue en sa prison : « Je serai morte si ce n’est la révélation qui me conforte chaque jour. » Elle peut alors, commente Guillaume Bouillée, « persévérer durablement dans les belles actions [78] ».

Cette action de la grâce respecte cependant la nature libre de l’être humain. Sainte Jeanne d’Arc n’est pas réduite à être un robot, exécuteur sans âme, instrument dominé despotiquement. « Il est besoin de s’aider », commente-t-elle au lendemain de Jargeau, lointain écho de la fameuse réponse au dominicain Seguin de Poitiers : « En nom Dieu, les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire [79]. » Jusque devant Reims, où Charles VII craint une opposition à son armée sans machines de siège ni artillerie, « Jeanne disait au roi d’avancer hardiment et de ne douter de rien, car, s’il voulait avancer courageusement, il recouvrerait tout son royaume ». Cette hardiesse se retrouve dans toutes les réponses du procès : sainte Catherine « m’a dit plusieurs fois que je réponde hardiment aux juges de ce qu’ils me demanderont touchant mon procès [80] ».

Le charisme agit alors en fortifiant ou infusant les vertus nécessaires pour gouverner de telles entreprises : la prudence humaine qui accueille les avis célestes et les applique scrupuleusement [81], et suppose donc l’humilité, l’obéissance, la force, la sincérité et la charité que Guillaume Bouillée dénombre chez Jeanne d’Arc [82]. Une vie profondément religieuse paraît indispensable : en plus de la fréquentation des sacrements, la prière tient un grand rôle pour faire accepter par les autres sujets les avis des voix, pour recevoir le courage de réaliser leurs demandes, même au sein des plus grosses mêlées comme devant les Tourelles où Jeanne « se retira seule en une vigne, assez loin de la foule des hommes. Et en cette vigne elle resta en oraison l’espace de la moitié d’un quart d’heure. Puis elle revint de cet endroit, saisit aussitôt son étendard en main et se plaça sur le rebord du fossé et, à l’instant qu’elle fut là, les Anglais frémirent et furent terrifiés [83] ».

Les ordres divins sont parfois laconiques en eux-mêmes et demandent une certaine ingéniosité humaine pour être compris, comme en la nuit du 4 mai 1429 où la Pucelle se lève brusquement : « En nom Dieu, mon conseil m’a dit que j’aille contre les Anglais, et je ne sais si je dois aller à leur bastide ou contre Falstoff qui doit les ravitailler [84]. » Il y a même de lourds silences du « conseil » que Jeanne appelle alors par la prière [85].

 

Ni dons ni vertus

 

Ces aspects du phénomène charismatique, constaté en sainte Jeanne, empêchent d’y voir la simple œuvre des dons du Saint-Esprit venant renforcer les vertus surnaturelles du sujet. En effet, outre que ces œuvres réalisées sous l’influence du charisme sont en lien étroit avec les visions prophétiques, et donc purement charismatiques, le côté transitoire et limité d’une telle motion s’oppose à la stabilité du don ou de la vertu, acquis définitivement par l’esprit. Le charisme particulier de Jeanne d’Arc n’est conféré que pour la mission militaire reçue. Aussi, consultée sur d’autres affaires importantes, elle ne pourra qu’avouer son ignorance au comte d’Armagnac qui lui demande lequel des papes est l’authentique successeur de Pierre, ou qu’alléguer son impuissance à la duchesse Bonne de Visconti qui veut être remise en la possession de son duché de Milan, ou aux Capitouls de Toulouse qui la consultent sur les inconvévients du changement de monnaie et les moyens d’y remédier [86].

 

Charisme de gouvernement et bien commun

 

De fait, le charisme de gouvernement n’est pas totalement inconnu dans l’Église. Saint Paul en donne quatre appellations : pasteur, ministre, président, don de gouvernement [87]. Les théologiens ne savent guère les expliquer, privés qu’ils sont d’exemples concrets à étudier. En règle générale, ils y voient des grâces réservées aux membres de la hiérarchie ecclésiastique pour la bonne direction des églises paroissiales (pasteur), l’administration des biens offerts par les fidèles (gouvernement) ou la gérance du temporel des communautés (ministres, président), parfois aussi pour le soin fortiter et suaviter des âmes (gouvernement). Saint Thomas ne reconnaît pas en ces dons des charismes [88].

Il paraît pourtant difficile, voire impossible, d’interpréter autrement l’aide divine accordée à sainte Jeanne d’Arc pour mener sa mission à bien. De plus, rien dans les définitions respectives du charisme et du gouvernement ne peut s’y opposer, bien au contraire. Le gouvernement a pour but de diriger la société gouvernée vers son accomplissement ultime. Il n’a en vue que le bien commun. Les charismes de même, par leur essence, visent le bien commun de l’Église [89]. Il y a une convergence donc entre gouvernement et grâce gratis data, et, si celle-ci existe pour faciliter l’œuvre d’enseignement de l’Église, il est très concevable qu’elle aide aussi son gouvernement.

Une objection cependant ne manque pas de se faire jour. Les charismes sont ordonnés au bien commun de l’Église, de l’ordo ecclesiasticus, dit saint Thomas. Or la mission de Jeanne d’Arc visa seulement l’ordre temporel du royaume de France, un bien commun certes, mais autre que celui de l’Église. Ainsi s’explique qu’elle ne fit aucune part de ses visions aux instances ecclésiastiques mais uniquement à la hiérarchie laïque chargée de gouverner le royaume, Baudricourt et Charles VII [90].

Le R.P. Calmel a déjà répondu, à propos d’une autre question, en soulignant toute l’ampleur de la mission de Jeanne d’Arc : il s’agit de « la reconnaissance pratique, effective, par le moyen du sacre, des droits du Seigneur sur le royaume de France. C’est parce qu’elle a défendu explicitement la régence du Seigneur sur une patrie chrétienne que Jeanne d’Arc a défendu la foi [91] ». Le bien commun temporel des nations n’est réel qu’en tant qu’il est ordonné à faciliter celui de l’Église, qu’en tant qu’il dispose les conditions facilitant le salut des âmes. Dès lors, Dieu règne sur les peuples et leurs gouvernements, les princes ne sont que ses lieutenants. Ainsi s’exprime la jeune fille dans sa lettre au roi d’Angleterre : « Car vous ne tiendrez pas le royaume de France de Dieu, le roi du ciel, Fils de sainte Marie ; mais le tiendra le roi Charles, vrai héritier ; car Dieu, le roi du ciel, le veut [92]. » Son étendard, fait sur demande céleste, exprime cette même vérité : le champ semé de fleurs de lys représente la maison royale de France ; Dieu tenant le monde et entouré de ses anges est le « roi du ciel » et de la terre [93]. Avec cet étendard en mains, Jeanne prendra d’assaut les redoutes anglaises et assistera à la cérémonie du sacre où il fut « plus porté en l’église de Reims, au sacre, que ceux des autres capitaines (…). Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur [94] ».

Assurément, la mission de la Pucelle d’Orléans relève de la politique, mais cette politique est sacrée, car chrétienne. A ce stade de la réflexion, le sacre royal prend toute son importance : Jeanne se refuse à appeler roi Charles VII jusqu’au 17 juillet, car il n’est encore que le « gentil dauphin » et non ce personnage sacré, aux pouvoirs thaumaturgiques mystérieux, serviteur de Dieu sur terre car investi par la grâce de son Église. Cette conception veut briser la progressive « laïcisation » que la royauté connaît depuis un demi-siècle : l’ordonnance de Charles VI, en 1403, déshérite son fils ; le droit coutumier français assure la dévolution automatique de la couronne selon Jean de Terre-Rouge, écrivant vers 1418-1420. Le sacre n’est plus qu’une formalité cérémonielle : la couronne échappe à l’Église comme au roi. L’épopée de Jeanne d’Arc bouscule cette nouvelle mentalité et son triomphe dénonce sa clairvoyance en matière politique [95].

Dès lors pourquoi s’adresser aux ecclésiastiques ? Si Jeanne ne sépare pas les deux pouvoirs, spirituel et temporel, qu’elle unit dans le cœur de l’Église, elle ne les confond pas pour autant. Les seigneurs de ce monde sont aptes à discerner la véracité de la mission divine de Jeanne qui concerne le « saint royaume » dont ils sont les administrateurs [96].

Rien d’étonnant à ce qu’elle soit portée par ce charisme de gouvernement, si bien accordé à cette mission de sanctification du pouvoir royal. C’était là, comme elle l’affirmera devant ses juges de Rouen, soutenir l’Église de toutes ses forces [97].

Le charisme du gouvernement a donc habité Jeanne de façon toute particulière, ordonnant toutes les actions de sa mission à la défense du bien commun de l’Église dans le royaume de France, la plaçant sous la motion étroite du Saint-Esprit : « Je vous apporte meilleur secours qu’il ne vous en est venu d’aucun soldat ou d’aucune cité : c’est le secours du roi des cieux. Il ne vient pas par amour pour moi, mais de Dieu lui-même, qui, à la requête de saint Louis et de saint Charlemagne, a eu pitié de la ville d’Orléans (…). » Et Dunois de commenter : « Il me semble que Jeanne et aussi ce qu’elle a fait en guerre et en bataille étaient plutôt de Dieu que des hommes [98]. »

 

 

*

  

 

 

« Quant à mes dits et faits, je les ai faits de par Dieu. Et je n’en charge personne, ni mon roi ni autre ; et s’il a quelque faute, c’est à moi et non autre [99]. »

Le charisme de gouvernement, à travers l’histoire de sainte Jeanne d’Arc, s’impose avec un puissant relief. Il mériterait quelques études doctrinales ou théologiques plus détaillées.

Quant à la « sainte de la patrie », il reste encore à cerner la profonde transformation personnelle que la grâce opéra en elle pour l’élever au sommet de la vie mystique dans les « nuits de la foi » qu’elle connut en sa prison jusqu’au couronnement exceptionnel que le Seigneur lui ménagea sur son bûcher. A elle s’applique à la perfection ce commentaire de saint Augustin : « Lorsque Dieu a voulu, il a délivré des flammes les trois jeunes hommes (Dn 3, 24-93)). S’ensuit-il qu’il a abandonné les Maccabées dans les flammes (2 M 5) ? Il a délivré publiquement les uns, mais il a couronné secrètement les autres [100]. »

 


[1] — Cité dans André Vauchez, « Jeanne d’Arc et le prophétisme féminin des XIVe et XVe siècles », dans Jeanne d’Arc, une époque, un rayonnement. Colloque d’histoire médiévale, Orléans, octobre 1979, p. 165.

[2] — Jean-Baptiste Monnoyeur, Traité de Jean Gerson sur la Pucelle, Paris, 1930.

[3] — Le mot est employé ici dans le sens que lui donne la théologie : les charismes sont des grâces gratis datæ, c’est-à-dire que Dieu donne gratuitement à certaines âmes choisies par lui, pour le bien commun du corps mystique. (NDLR.)

[4] — Acta canonizationum quibus Benedictus Papa XVdie 16 maii 1920, beatae Joannae de Arc sanctorum coelitum honores decrevit… Insulæ Liri, 1937, p. 374-391.

[5] — Une thèse fort bien documentée fait cependant exception : abbé Hyacinthe Chassagnon, Les Voix de Jeanne d’Arc, Lyon, 1896-1898, 386 pages.

[6] — Procès de condamnation, 21 février 1431, p. 7. Les références du procès sont tirées de l’édition de Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, Paris, 1932. D’autres éditions plus scien­tifiques existent, mais aucune dans un texte plus savoureux.

[7] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 9 mai, p. 217. Voir aussi le 22 février : l’ange venant deux ou trois fois par semaine, p. 13 ; le 23 février : les apparitions se manifestent trois fois par jour et plus souvent encore, p. 21 ; le 27 février : description des deux saintes.

[8] — Abbé Hyacinthe Chassagnon, Les Voix de Jeanne d’Arc, p. 98 ; Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 129-130 ; 2 mai, p. 210.

[9] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 27 février, p. 33 ; 17 mars, p. 120.

« L’apparition dit la relation de ce qui est vu au voyant, alors que la vision est la relation inverse. L’objet apparaît, le sujet voit. » Saint Thomas, Com. in Is 1, n° 1.

[10] Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 15 mars, p. 117. Sur les anges : Somme théologique I, q. 51, a. 2 et 3.

[11] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 1er mars, p. 54 ; 3 mars, p. 61-62. 4 Sent., D. 45, q. 1, a. 1, sol. 3.

[12] — Au sens étymologique du mot : phantasma, en latin, désigne les images corporelles qui sont l’objet propre de la connaissance sensible. Ces corps n’ont du corps réel qu’ils représentent que l’image sensible, le phantasma. (NDLR.)

[13] — Suppl. 85, a. 3.

[14] — Saint Jean de la Croix conseille de fuir ces visions corporelles « sans vouloir les examiner si elles sont bonnes ou mauvaises : car tant plus elles sont extérieures et corporelles, tant plus il y a de doutes si elles viennent de Dieu ». Montée du carmel, livre 2, ch. 11.

[15] — I-II, q. 111, a. 4 et 5. C. G. III, c. 154.

[16] — Jean Nider O.P., Formicarium, 1439, q. 4 – dans Philippe Contamine, De Jeanne d’Arc aux guerres d’Italie, Orléans, 1994, p. 55.

[17] — P. Doncoeur et Y. Lanhers, L’Enquête ordonnée par Charles VII en 1450 et le codicille de Guillaume Bouillé, Paris, 1956, p. 88, 90.

[18] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 141 ; 27 février, p. 35.

[19] — P. Doncoeur, La Minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle, Melun, 1952, p. 267, le 23 mai 1431. Effectivement, elle confesse dans son bûcher : « Les voix que j’ai eues étaient de Dieu. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par le commandement de Dieu ! Non, mes voix ne m’ont pas déçue. Les révélations que j’ai eues étaient de Dieu », Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 31 mai, p. 272, 273.

[20] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 1er mars, p. 56.

[21] — Frère Ysambert de la Pierre, frère Lavenu, Jean Massieu, etc. Voir Doncoeur-Lanhers, L’Enquête ordonnée par Charles VII en 1450 et le codicille de Guillaume Bouillé, p. 36, 43, 53.

[22] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 121 ; Doncoeur-Lanhers, L’Enquête …, p. 53, 85.

[23] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 121 ; 24 février, p. 26. Le même charisme lui fait répondre très prudemment sur la question des visions corporelles des saints et des anges, Robert Brasillach. Le Procès de Jeanne d’Arc, 3 avril, p. 62.

[24] — (…) « Cette pauvre fille fut élevée dès son enfance parmi les bouviers, puis parmi les soldats, au milieu desquels elle ne pouvait en aucune façon s’instruire », dans le Codicille de Guillaume Bouillé, Doncoeur-Lanhers, L’Enquête …, p. 86.

[25] — II-II, q. 176-177.

[26] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 26 mars, p. 141, 155 ; 28 mars, p. 165.

[27] — Deux lieux importants sur la prophétie chez saint Thomas : II-II, q. 171-174 et De veritate, q. 12.

[28] — II-II, q. 171, a. 2, De verit., q. 12, a. 2.

[29] — Chassagnon, Les Voix de Jeanne d’Arc, p. 278.

[30] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 27 février, p. 39 ; 22 février, p. 14, 16, 39.

[31] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, Paris, 1953 : « En nom Dieu, on entrera cette nuit en la ville par le pont » rapporte Jean d’Aulon, p. 165 ; « le gentil roi aura aujourd’hui plus grande victoire qu’il n’eût jamais et m’a dit mon conseil qu’ils sont tous nôtres » et « en nom Dieu, avant trois jours, je vous introduirai dans la cité de Troyes, par amour, ou par force, ou par courage », rapporte Dunois, p. 134-136.

[32] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 151.

[33] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 181-182 ; Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 27 février, p. 43 ; 10 mars, p. 80-81 ; 3 mars, p. 74 ; 1er mars, p. 56 ; 14 mars, p. 106.

[34] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 187 et Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 121.

[35] — Aux Troyens, le 4 juillet 1429. Régine Pernoud et M.V. Clin, Jeanne d’Arc, Paris, 1986, p. 382.

[36] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 1er mars, p. 52-53 ; 3 mars, p. 74 ; 14 mars, p. 103 ; 26 mars, p. 159. « Lettre au roi d’Angleterre » dans Pernoud-Clin, Jeanne d’Arc, p. 379-380.

[37] — Par exemple le 2 mai, en réponse à l’article 6 de l’admonition publique, elle s’en « rapporte à mon juge, c’est à savoir Dieu », Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 215.

[38] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 15 mars, p. 117.

[39] — Ainsi le pharaon a besoin de Joseph pour interpréter ses rêves, Balthazar fait venir Daniel pour décrypter la mystérieuse phrase inscrite sur les murs de son palais. La vision, ou réception, de ces images et espèces nouvelles peut se faire de façon corporelle par les sens extérieurs comme chez Jeanne d’Arc, ou de façon imaginative sur les sens internes, ou même de façon purement intellectuelle. Mais la lumière prophétique est, dans tous les cas, uniquement intellectuelle. Saint Thomas, Com. in Is 1, n° 1 ; De verit. q. 12, a. 7 ; II-II, q. 173, a. 2. Bien d’autres fois, la prisonnière du château de Rouen avouera ne pas saisir les visions reçues, lorsqu’elle est encore mal réveillée ou bien en plein interrogatoire. Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 23 février, p. 22-25.

[40] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 14 mars, p. 106. Cette incompréhension est d’autant plus étonnante que, par ailleurs, la Pucelle a bien le pressentiment de sa fin : « Je sais bien que les Anglais me feront mourir parce qu’ils croient après ma mort gagner le royaume. » Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 187. Elle parlera encore de « déception » de ses voix le matin de son supplice, Dieu prolongeant cette « nuit » dans la lumière prophétique jusqu’aux flammes du bûcher, Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, p. 260.

[41] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 14 mars, p. 103, 112. Henri VI séjourna à Rouen du 29 juillet 1430 à décembre 1431. Il a pu rencontrer son auguste prisonnière sans que cela soit rapporté. Chassagnon, Les Voix de Jeanne d’Arc, p. 319.

[42] — Doncoeur-Lanhers, L’Enquête…, p. 68.

[43] Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 22 février, p. 16 ; 12 mars, p. 92-93 ; Chassagnon, Les Voix de Jeanne d’Arc, p. 317-318.

[44]De verit., q. 12, a. 10, ad 1. Jonas connut le même « désagrément » lorsque, après avoir prophétisé la ruine de Ninive dans les quarante jours, il vit la pénitence de ses habitants faire se retourner l’oracle divin conditionnel.

[45] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, Paris, 1975, p. 107 ; Pernoud-Clin, Jeanne d’Arc, p. 121-125 ; Monnoyeur, Traité de Jean Gerson, p. 29, 33-34.

[46] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 16 avril, p. 197.

[47] — I-II, q. 111, a. 4.

[48] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 8 mars, p. 71-73.

[49] — « Confidence de Charles VII », dans J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc dite la Pucelle, Paris, 1841-1849, t. 4, p. 258.

[50] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 129, et Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 130-131.

[51] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 3 mars, p. 70-71. Notre-Dame-de-Lagny est peut-être un sanctuaire à répit. Voir M. Rebouillat, « Les Sanctuaires de Bourgogne dits “à répit” », dans La Piété populaire de 1610 à nos jours, Paris, 1976, t. 1, p. 173-193.

[52] — « Quant au fait d’être chef de guerre, j’en ai autrefois répondu ; si j’étais chef de guerre, c’était pour battre les Anglais. » Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 26 février, p. 177.

[53] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 182.

[54] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 180, 205-206, 268.

[55] — Id., ibid.

[56] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 24 mai, p. 237.

[57] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 234-235.

[58] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 182, 180.

[59] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 147.

[60] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 168 : témoignage de son page, Louis de Coutes. Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 13 mars, p. 98 ; 17 mars, p. 129-130.

[61] — A la voix pressante de saint Michel, « je répondis que j’étais une pauvre fille qui ne savait monter à cheval ni mener la guerre », Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 22 février, p. 14. Son extrême simplicité et son ignorance la rendaient en sus impropre à faire carrière dans le milieu de la cour, même si elle réussit à apprendre à signer son nom ! « Et plaise à Dieu, mon Créateur, que je puisse maintenant me retirer, laisser les armes et m’en aller servir mon père et ma mère en gardant mes brebis avec ma sœur et mes frères qui se réjouiraient tant de me revoir », Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 137.

[62] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 179-280 et Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 194. Les témoignages de Jean Riquier et Jean Toumouillé se corroborent parfaitement. Le premier dit ainsi : « Les Anglais la craignaient tellement qu’ils n’osaient pas, pendant qu’elle était vivante, mettre le siège devant Louviers, et qu’il fallait leur complaire, qu’on ferait rapidement un procès contre elle et qu’on y trouverait l’occasion de sa mort », Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 194 et 193.

[63] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 150. « Gentil sire, ne tenez pas tant de si interminables conseils ! », P. Doncoeur, La Chevauchée de Jeanne d’Arc, 1429, Paris, 1929, p. 272.

[64] — Philippe Contamine, De Jeanne d’Arc aux guerres d’Italie. Figures, images et problèmes du XVIe siècle, Orléans, 1994, p. 86.

[65] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 3 mars, p. 72.

[66] — Philippe Contamine, De Jeanne d’Arc aux guerres d’Italie…, p. 77-92.

[67] — P. Doncoeur, La Chevauchée de Jeanne d’Arc, 1429, p. 130-138, 166-168.

[68] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 105, 149-150.

[69] — « Tous les chevaliers, écuyers, gens de guerre et du commun ne refusaient pas d’aller servir le roi pour ce voyage en compagnie de la Pucelle, disant qu’ils iraient partout où elle voudrait aller », Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 141.

[70] — Voir « Jeanne au combat », dans Action Familiale et scolaire, nº 84, août 1989, p. 13-28. Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p.170, 151.

[71] — Au sens de miracle contre nature : De potentia 6, a. 2, ad 3.

[72] — Doncoeur-Lanhers, L’Enquête…, p. 74.

[73] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 24 février, p. 25.

[74] — C’est continuellement que Jeanne s’en réclame, avant comme pendant sa captivité.

[75] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 1er mars, p. 50-53 ; 27 février, p. 42 ; 23 février, p. 29,37 ; 23 février, p. 22.

[76] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 27 février, p. 37-38.

[77] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 134-135 ; Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 23 février, p. 23.

[78] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 97 ; Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 1er mars, p. 57 ; Doncoeur-Lanhers, L’enquête…, p. 77.

[79] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 152 et 108.

[80] — Témoignage de Simon Charles, Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 105 ; Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 13 mars, p. 95 ; 23 février, p. 22.

[81] — La Pucelle et ses soldats « font ce qui est en eux ; on ne voit pas qu’ils tentent Dieu plus que de raison. On constate que la Pucelle ne s’entête point dans ses propres sentiments et qu’elle ne dépasse point les ordres et inspirations », Monnoyeur, Traité de Jean Gerson, p. 28.

[82] — Doncoeur-Lanhers, L’Enquête…, p. 74-82.

[83] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 132.

[84] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 159.

[85] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 22 février, p. 17 ; 3 mars, p. 73 : pour l’attaque de Paris et de la Charité-sur-Loire.

[86] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 116.

[87] — Ils sont signalés dans trois listes différentes, 1 Co 12, 28-30 ; Rm 12, 6-8 ; Ep 4, 11.

[88] — Cornelius a Lapide, Commentaria in Scripturam sacram, Paris, 1880, t. 18 (aux lieux scripturaires) ; Drach, La Sainte Bible avec commentaires, Épîtres de saint Paul, Paris, 1871, p. 202. Fillion et la Bible de Pirot-Clamer sont très succincts à ce sujet.

[89] — I, q. 105, a. 1 ; I-II, q. 111, a. 5, ad 1.

[90] — F.M. Lethel, « La Soumission à l’Église militante : un aspect théologique de la condamnation de Jeanne d’Arc », dans Jeanne d’Arc, une époque, un rayonnement, Paris, 1979, p. 181-191.

[91] — R. Th. Calmel, « Sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre », dans Itinéraires, nº 179, janvier 1974, p. 163-164.

[92] — Pernoud-Clin, Jeanne d’Arc, p. 379.

[93] — Pierre Marot, Jeanne d’Arc, pour aider à connaître la Pucelle et sa mission, Domrémy, 1993, p. 36.

[94] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 17 mars, p. 131.

[95] — G. Peyronnet, « Charles VII et le toucher des écrouelles », dans Jeanne d’Arc, une époque, un rayonnement, Paris, 1979, p. 201-202. Charles VII se rend dès le 21 juillet à Saint-Marcoul pour toucher les écrouelles.

[96] — Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et ses témoins, p. 142.

[97] — « Quant à l’Église, je l’aime et la voudrai soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne », proclame-t-elle le 17 mars (Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, p. 121) et le 26 mai, contre l’article 3 de l’acte d’accusation : « Je le nie, et affirme que, à mon pouvoir, j’ai soutenu l’Église » (ibid., p. 145).

Les Anglais tenteront par tous les moyens d’effacer cet échec en faisant sacrer Henri VI à Paris le 1er décembre 1431, après avoir tenté de discréditer Charles VII par le procès de Jeanne d’Arc comme en témoigne la prédication de Guillaume Erard au cimetière de Saint-Ouen, le 24 mai 1431 : « Jamais il n’y eut en France tel scandale qu’au sujet de cette Jeanne qui a été sortilège, hérétique, schismatique, et le roi qui l’a aimée l’est aussi, pour avoir voulu recouvrer son royaume par telle femme hérétique ! Ah, noble maison de France, qui as toujours été protectrice de la foi, as-tu été ainsi abusée de t’adhérer à une hérétique et schismatique ! C’est grand pitié ! Ô Jeanne, ton roi, qui se dit roi de France, en adhérant et en croyant à toi, est devenu hérétique et schismatique. » Et Jeanne de répondre : « Par ma foi, sire, révérence gardée, car je vous ose bien dire et jurer, sur peine de ma vie, que c’est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et qui mieux aime la foi et l’Église, et n’est point tel que vous dites ! » Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, p. 228-229. Jean Massieu et Guillaume Manchon, notaires au procès, soulignent que celui-ci ne visait que « l’honneur du roi » à travers sa servante. Doncoeur-Lanhers, L’Enquête…, p. 48, 52.

[98] — Régine Pernoud, Vie et mort de Jeanne d’Arc, p. 131-132.

[99] — Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, 24 mai, p. 230 – Voir aussi au 1er mai, p. 204.

[100] — Saint Augustin, Commentaire sur le psaume 148, nº 11.

Informations

L'auteur

L'abbé Nicolas Pinaud a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 21

p. 42-60

Les thèmes
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