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Le père Habra

 

 

 

Dans notre numéro 11 (Hiver 1994-1995, p. 194-195) nous avons publié deux recensions d’ouvrages du père Habra, prêtre catholique oriental, grand connaisseur de la patristique grecque, que Dieu a rappelé à lui en septembre 1994. Lecture et Tradition de mars-avril 1996 présente cet auteur, avec une réserve qu’il nous semble utile de faire connaître à nos lecteurs.

Le Sel de la terre.

 

 

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AUSSI une réserve est à faire avant de clore ce témoignage. (Que, près du Très-Haut, le Père à présent me le pardonne, pour l’amour de la vérité et la gloire de Dieu ! Et qu’il m’aide à faire à mon tour ce qu’il n’a cessé ici-bas cependant de m’encourager à mettre au jour !) Une réserve, oui. Pourquoi, connaissant si bien la patristique grecque et ses racines dans la philosophie antérieure, en particulier de Platon, refusait-il d’approfondir un peu plus ce patrimoine grec et la raison de sa fécondité avant de devenir romain et bien plus tard scolastique, et matière au siècle passé à l’admirable leçon du Syllabus ? Oui, pourquoi ce refus de compléter Platon par son indispensable complément, au risque de révéler au passage – et d’un mot d’autant plus cruel qu’il était chaque fois d’autant plus immérité – sa parfaite et regrettable ignorance de ce qu’il prétendait opposer à Platon ?

D’où ce risque qu’il convient de dire au lecteur manquant d’information, de se laisser prendre à son tour au mépris d’autant plus injustifié de ce dont l’ensemble seul forme ce qu’on appellera justement la philosophia perennis, la « philosophie éternelle » que Bergson, la redécouvrant, appellera de surcroît « la métaphysique naturelle de l’esprit humain » – contrepoison de tous les temps aux erreurs de tous les temps.

Autrement dit, sensible à bon droit à l’héritage à coup sûr unique de Platon (après toutefois l’expérience unique aussi de la vie et de la mort de Socrate), pourquoi refuser curieusement, quitte à s’en tenir à d’injustes citations, à mieux connaître l’autre colonne de cette philosophia perennis que compose, avec Platon, Aristote ? Aristote, seul contrepoids aux dérives du néoplatonisme qui perdurent dans le schisme dit « orthodoxe » en particulier, et dans la fameuse pensée dite « moderne », avec les mêmes « mystères » au sens « gnostique » (dont le New Age est une dernière incarnation) auxquels les conquêtes romaines devaient s’affronter, dès l’an 60 avant notre ère et que le Moyen Age verra, comme en tout temps, reparaître : le panthéisme, le naturalisme et l’occultisme. A la patristique grecque ancienne, qu’ils n’ignoraient aucunement, saint Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin surent, pour la suite des temps, ajouter, pour la restaurer, l’accord profond de Platon et d’Aristote, accord appuyé sur l’exactitude des textes, par exemple pour déjouer les fausses interprétations d’Avicenne et d’Averroès, et accord confirmé désormais par l’approfondissement de la révélation chrétienne que cet accord attendait, ainsi que le reconnaîtra au second siècle saint Justin « philosophe et martyr ».

L’excuse à reconnaître volontiers au père Habra – et qu’il avouait parfois –, c’est d’avoir éprouvé à divers titres une sorte de rivalité entre Orient et Occident, qu’un meilleur approfondissement des deux traditions lui eût permis de surmonter comme illusoire à tout coup, et dans les deux camps.

 

 

Extrait de l’article signé M.A. V.-V., Lecture et Tradition, mars-avril 1996, p. 42.


 

Tiré de La Grande vie du Christ

de Ludolphe le Chartreux. XVe s.


Informations

L'auteur

Docteur en physico-chimie, Marie-Claire van Ossterwyck-Gastuche (1926-2016) a fait carrière dans la Recherche et l’enseignement supérieur.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 21

p. 185-186

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