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Catéchisme de la médiation

universelle de Notre-Dame

 

 

 

par Filius Ancillae

 

 

 

Nous continuons la publication de ce catéchisme de la médiation uni­verselle de Notre-Dame, commencée dans notre numéro 20 [1].

Le Sel de la terre.

 

 

 

Article 2 : le témoignage

de l’Ancien Testament *

 

 

« Partout où dans les saintes Écritures est prophétisée la grâce qui doit nous adve­nir, partout aussi – ou peu s’en faut – le Sauveur des hommes y apparaît en compa­gnie de sa sainte Mère. » Saint Pie X [2].

 

— 20e question : Si la médiation universelle de Notre-Dame nous est af­firmée explicitement par la tradition orale, seconde source de la Révélation di­vine [3] peut-on néanmoins trouver dans les saintes Écritures des passages qui peuvent s’y rapporter de manière implicite ?

 

Réponse : Oui, 150extes qui évoquent le rôle de corédemptrice [4] que Dieu a dévolu à la Mère du Messie ; ce privilège marial sert en effet de fonde­ment à celui de médiatrice. Mais il existe aussi d’autres textes, qui peuvent illus­trer plus spécialement la médiation exercée par la Mère de Dieu et des hommes.

Avant d’exposer ces passages choisis de l’Écriture, il convient de faire un (trop) bref rappel des différents sens que peut revêtir celle-ci. Tout d’abord il faut distinguer entre, d’une part : le sens littéral (direct), qui ressort immédiate­ment des mots employés, et d’autre part : le sens spirituel (mystique), qui dé­couvre derrière les mots, la figure d’une réalité supérieure. A côté de ces deux sens essentiels de la sainte Écriture se place le sens accommodatice que le Saint-Esprit n’a pas voulu exprimer dans le texte sacré, mais que les hommes d’Église lui donnent pour illustrer leurs prières liturgiques, voire leurs prédications.

Pour établir solidement une vérité révélée, il faut s’appuyer sur le sens lit­téral, ou sur le sens mystique seulement si ce dernier est bien confirmé par d’autres textes probants de l’Écriture ou de la Tradition. Quant au sens accom­modatice, son emploi pour favoriser la piété est très légitime, mais il ne peut servir de preuve pour fonder le dogme [5].

 

— 21e question : Y a-t-il dans l’Ancien Testament quelque texte qui puisse être interprété au sens littéral en faveur de Marie corédemptrice et donc médiatrice ?

 

Réponse : Oui, il s’agit de la prophétie par Dieu lui-même à nos premiers parents en Gn 3, 15, plus connue sous le nom de « Protévangile ». En effet, c’est la première « bonne nouvelle » donnée à l’homme après sa chute : l’annonce d’une revanche future, totale et définitive sur Satan, écrasé sous un pied vainqueur.

Il faut cependant reconnaître que l’interprétation de ce verset donne lieu à de grandes controverses [6] et qu’il est bien malaisé de résumer cette question sans passer sous silence nombre d’explications qui ne sont pas sans valeur. Nous ne prétendons donc pas apporter ici une solution complète et définitive, tout en espérant que les nombreuses notes et remarques consacrées à ce seul verset intéresseront aussi bien les érudits que les simples fidèles. Ce Protévan­gile est en effet, de l’avis général, la révélation la plus importante, la plus riche et non la moins mystérieuse des prophéties de l’Ancien Testament.

La première difficulté est de savoir qui écrasera la tête de l’antique ser­pent. Ici, il semble que les commentateurs se répartissent en trois camps, qui correspondent à peu près à trois traductions différentes de ce verset, selon le texte hébreu, grec ou latin [7]. Après avoir dégagé les éléments intéressants de chacune de ces trois versions, nous essaierons de montrer ensuite qu’à l’instar des trois Évangiles synoptiques, elles ne doivent pas s’opposer entre elles, mais se compléter.

 

— 22e question [8] : Quelles sont ces trois versions différentes ?

 

Réponse :

• Tout d’abord le texte hébreu [9] : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête, et tu l’atteindras au talon [10]. »

Le vainqueur du démon nous apparaît donc ici, au sens littéral immédiat comme étant le lignage, la postérité d’Ève, appelée plus loin « la mère des vi­vants » (Gn 3, 20). C’est donc le genre humain en général et chacun de nous en particulier qui est appelé par Dieu à vaincre le démon dans une lutte sans merci et sans trêve entre le bien et le mal. Cette interprétation « collective [11] » est confirmée par la tradition juive [12] et chrétienne [13]. Bien plus, elle est reprise par Notre Seigneur lui-même : « Je vous ai donné pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, ainsi que toute puissance de l’ennemi, et il ne vous fera aucun mal [14] », et saint Paul : « Que le Dieu de la paix écrase bientôt Satan sous vos pieds ! [15] »

Au sens spirituel, il nous faut cependant remarquer que si Ève semble ici être la seule visée dans l’expression « la femme », l’article hébreu ici employé a un sens emphatique qui désigne une femme tout à fait particulière, hors du commun. Et c’est justement ce même article emphatique que nous retrouverons quand la sainte Écriture nous présentera par la suite la Mère du Messie, en Is 7, 14 et Mi 5, 2 [16]. Certains commentateurs [17] ont vu dans « la femme » l’Église et dans son lignage tous les élus, les vrais enfants de Dieu, ceux qui résistent au démon et le vaincront par leur foi [18]. On retrouve cette vision de l’Église mili­tante dans la femme de l’Apocalypse : « Alors le dragon (l’antique serpent), plein de fureur contre la femme, s’en alla faire la guerre contre le restant de son lignage, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui détiennent le témoignage de Jésus [19]. » La victoire finale sera remportée après le jugement dernier, quand la totalité des élus ne fera plus qu’une seule Église triomphante, et comblera ainsi les trônes laissés vacants par les anges rebelles, le lignage du serpent.

Au sens typique, la femme est la figure de Marie, la « nouvelle Ève [20] ». Toutes les deux ont été créées immaculées par Dieu dès le premier moment de leur existence. Toutes les deux étaient vierges quand elles ont rencontré un ange qui leur a proposé un choix déterminant pour le sort de l’humanité. Toutes les deux ont mérité d’être appelées « mère des vivants », la première pour notre vie naturelle, la seconde pour notre vie surnaturelle.

Enfin, la sainte Écriture nous présentant Jésus-Christ le Messie comme étant d’une part le fleuron et le chef de la race humaine [21] et d’autre part comme étroitement associé à sa mère dans la lutte rédemptrice [22], « rien n’em­pêche un exégète soutenant que “la femme” désigne Ève au sens littéral et Ma­rie au sens spirituel ou typique, d’affirmer en même temps que l’objet principal de l’annonce prophétique est plutôt la seconde que la première [23] ».

 

• Quel est le sens du texte grec des Septante [24] : « Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme et entre ta descendance et sa descendance ; celui-là (autos) te visera à la tête, alors que tu le viseras au talon [25] » ?

Le sens littéral de la prophétie n’est plus collectif mais bien messianique. La tradition juive l’avait aussi compris dans ce sens. Les scribes du Targum [26] de Jérusalem assuraient que ceux qui seraient blessés au talon par le serpent trou­veraient leur guérison aux jours du roi Messie [27]. Mais ce que l’exégèse rab­binique n’a pas su (ou voulu) voir dans les prophéties messianiques, c’est que le Sauveur attendu ne nous guérirait pas de la morsure du péché en venant comme un roi triomphant, mais comme une victime prenant nos péchés sur elle-même [28]. Sur l’ordre de Dieu, « Moïse fit un serpent d’airain et le plaça sur une perche et, si quelqu’un était mordu par un serpent, il regardait le serpent d’airain et il vivait [29]. » Figure que notre divin Maître interprète ainsi : « Et de même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle [30]. » C’est donc bien sur la croix que le Sauveur promis à nos premiers parents a porté le coup décisif à la tête de l’adversaire, en même temps que celui-ci le vi­sait au talon, c’est-à-dire à son point faible, dans sa nature humaine.

Au risque de surcharger notre déjà long commentaire, il nous faut placer ici une note de vocabulaire qui peut expliquer – ou compliquer – l’interpréta­tion de cette vraiment mystérieuse prophétie. Le même mot : zéra (hébreu), sperma (grec) et semen (latin), qui signifie littéralement « semence » et que nous traduisons dans un sens collectif par « lignage », « descendance », possède en fait un double sens : souvent collectif, mais parfois individuel. L’auteur du Penta­teuque l’emploie ainsi plusieurs fois dans un sens individuel [31]. De même, saint Paul utilise chacun de ces deux sens intentionnellement en parlant de la des­cendance d’Abraham [32]. Cette hypothèse d’un sens individuel nous permettrait de donner à cette prophétie un sens plus messianique et de traduire ainsi n’im­porte quelle des trois versions (hébreu, grec ou latin) : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ton rejeton et son rejeton [33]… » Cette traduction ex­pliquerait à la fois l’interprétation messianique de la tradition des rabbins et la version que les docteurs juifs d’Alexandrie nous ont transmise dans le texte grec des Septante.

Quoiqu’il en soit, la Tradition chrétienne [34] a repris à son tour et confirmé le sens messianique de Gn 3, 15. On remarquera surtout que de nombreux Pères ont tenu, comme l’écrivain sacré, à évoquer la Mère du Messie à côté de celui-ci dans ce combat capital. Citons au moins saint Justin (†~163) : « Il est né de cette Vierge, lui par qui Dieu terrasse le serpent [35] » ; et saint Irénée (†202) : « En vertu de cet oracle, celui qui devait naître de la Vierge (…) était annoncé comme visant la tête du serpent [36]. »

Ce qui nous permet de conclure avec le P. Galot S.J. [37] :

 

Ce n’est donc pas dans un sens typique que Marie est désignée ou évoquée dans l’oracle. C’est plutôt selon un sens littéral, car le texte même ne se comprend bien que si dans la femme est indiquée la mère de celui qui écrase la tête du serpent (…). Certes, pareil sens littéral n’est qu’implicite, exprimé en termes obscurs et volontairement in­déterminés ; mais soulignons que c’est le sens principal, car celle qui est principalement visée, selon l’intention ultime de l’auteur, c’est, par delà Ève qui s’efface, la cham­pionne de l’inimitié avec le démon, la mère du vainqueur. 

 

• Enfin, quel est le dernier sens de ce verset, selon notre version latine ?

En voici la traduction : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, et entre ton lignage et son lignage : elle (ipsa) t’écrasera la tête et toi tu viseras son talon [38]. »

Cette version est contestée par plusieurs commentateurs modernes, qui avancent que le « ipsa » (« elle », « celle-ci »), qui fait de la sainte Vierge celle qui écrasera la tête du serpent, n’est en fait qu’une erreur de copiste. D’autant que saint Jérôme a par ailleurs affirmé que le texte hébreu portait « ipse » (« lui », « celui-ci »), et que quelques manuscrits de la Vulgate ont le pronom masculin [39].

Sans rejeter cette accusation qui paraît disqualifier la traduction latine de ce verset selon notre version officielle et authentique de la Bible [40], il nous semble cependant nécessaire de citer ici quelques éléments du dossier pour sa défense.

En premier lieu, il convient de noter que le texte hébreu du Pentateuque (et du Pentateuque seulement) donne curieusement la même écriture conso­nantique pour les pronoms personnels masculin et féminin, à de rares excep­tions près [41]. La distinction n’apparaît que grâce aux points voyelles ajoutés par les docteurs de la Massore, aux alentours du VIIIe siècle de notre ère. Mais le pronom féminin (vocalisé ) est presque toujours écrit avec un waw, comme le pronom masculin, au lieu du yod attendu normalement [42]. Peut-on en tirer la conclusion que le même pronom personnel employé dans le texte hé­breu peut être rapporté aussi bien à un sujet masculin que féminin ? Peut-être. Le « ipsa » de la Vulgate s’en trouverait justifié.

D’autre part, il y a ce fait plus convaincant que sur les rares anciens ma­nuscrits hébreux conservés, on en trouve quelques-uns qui accordent à cet en­droit le pronom et le verbe au féminin [43]. On peut ajouter qu’au Ier siècle après Jésus-Christ, deux Juifs érudits, l’historien Josèphe et l’exégète Philon rapportent eux aussi cette traduction au féminin. Et c’est encore un pronom féminin que l’on trouve dans la version arabe de la Bible [44].

Enfin, il faut dire au sujet de saint Jérôme que ses contemporains comme saint Ambroise, saint Augustin, Rufin, citaient ce verset avec le « ipsa » [45] et que lui-même l’a employé en certains endroits de ses écrits [46]. Il est vrai que ces au­teurs ne se lançaient pas ensuite dans une exégèse littéralement mariale, mais celle-ci existait déjà au IVe siècle avec Prudence et probablement saint Éphrem [47]. Il faudra attendre le Moyen Age pour que cette interprétation mariologique soit communément admise, et finalement consacrée par le magis­tère officiel de l’Église [48] en particulier par Pie IX dans sa bulle dogmatique Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854 : « Ainsi la très sainte Vierge, unie étroite­ment et inséparablement avec lui (Notre Seigneur Jésus-Christ), fut, par lui et avec lui, l’éternelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête. »

Résumons donc avec le Dictionnaire Apologétique : « La leçon de la Vul­gate, qui se rapporte directement à la femme (…) doit être considérée comme une interprétation ancienne, d’ailleurs très fondée, qui a pénétré dans le texte [49]. »

 

— 23e question : Que faut-il penser de ces trois versions différentes ?

 

Réponse de Cornelius a Lapide : « Il ne faut en rejeter aucune, car toutes les trois sont véridiques [50]. » Mgr de Ségur le confirme : « Ces deux versions (latine et grecque) sont pleinement exactes, et l’une complète l’autre. C’est bien Marie qui écrasera la tête du serpent, mais elle ne le fera que par Jésus, avec Jé­sus, et en Jésus, dont elle sera la Mère et la compagne inséparable ; et c’est Jésus, le Christ et la vertu de Dieu qui seul triomphera de Satan, mais il ne le fera que par sa sainte Mère, avec elle et en elle. (…) Enfin cela est également vrai, proportion gardée, de chaque fidèle, membre de Jésus-Christ [51]. » Saint Louis-Marie Grignion de Montfort voit encore plus spécialement les esclaves de la sainte Vierge dans ce talon vainqueur :

 

Ils seront petits et pauvres selon le monde, et abaissés devant tous, comme le ta­lon l’est à l’égard des autres membres du corps ; mais en échange, ils seront riches en grâces de Dieu que Marie leur distribuera abondamment ; grands et relevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur zèle animé, et si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ [52]

 

Mais la leçon la plus importante à tirer de ces trois versions est qu’elles sont toutes formellement identiques dans le premier membre du verset, et que c’est là en fait que réside la base de notre interprétation mariologique. Comme le faisait remarquer d’emblée le Dictionnaire de Théologie Catholique [53], le débat se concentre sur l’interprétation de ces expressions : « la femme et son lignage ». Avec les Pères [54] et les Docteurs [55] de l’Église, il faut dire que, malgré le contexte immédiat, la femme dont il est question ici ne peut être principalement Ève. En effet, son lignage, depuis Caïn jusqu’à nos jours, s’est trop souvent rallié à celui du serpent ; où serait donc l’éternelle inimitié posée par Dieu lui-même ? De plus, « on ne voit pas, s’il s’était agi d’Ève repentante, pourquoi celle-ci eût été mise en vedette dans cette lutte contre le démon, alors qu’Adam, chef malheu­reux, chef quand même de notre race, aurait été laissé pour compte [56] ».

Quant au lignage, après tout ce que nous avons vu précédemment, il ne nous reste plus qu’à résumer avec le père Terrien :

 

Donc, puisque le semen du troisième chapitre de la Genèse est la descendance de la femme et que par cette descendance on doit entendre, avec Jésus-Christ leur chef, toute la race des hommes justes, puisque cette femme est Marie, le texte, au sens im­médiat et littéral [57] affirme la double maternité de la bienheureuse Vierge, sa maternité selon la nature et sa maternité selon la grâce. Il importe assez peu, je le répète, que les premiers hommes n’aient pas sondé toute la profondeur de cette prophétie. Le Nou­veau Testament nous a procuré la clef qui l’ouvre pour y faire entrer la lumière. Grâce à ces nouvelles clartés, Marie se montre à nous dans les faits, à l’origine des temps, ce qu’elle fut dans les conseils de Dieu, avant tous les temps : la Mère de Dieu fait chair et la Mère des hommes [58]

 

Cette clef du Nouveau Testament, ne serait-ce pas aussi ce mot solennel : « Femme » par lequel Notre Seigneur Jésus-Christ a ouvert et refermé sa vie publique ici-bas [59] ?

 

— 24e question : Finalement, que faut-il retenir au sujet de Marie dans le Protévangile ?

 

C’est que depuis la bulle dogmatique Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854, où le pape Pie IX a défini infailliblement l’Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie, en citant Gn 3, 15 comme argument scripturaire de l’Ancien Testament, il n’est plus possible à un catholique de remettre en cause le sens marial de ce verset [60].

On pourra encore discuter sur le sens des mots, par exemple, voir Marie surtout dans « la femme » ou plutôt dans « la descendance » ou encore dans celle qui écrasera la tête du serpent ; dans tous les cas, il nous faut conclure avec le magistère solennel de l’Église que la très sainte Vierge, unie au Christ « par un lien très étroit et indissoluble, faisant avec lui et par lui, sentir au serpent veni­meux l’effet de ses éternelles inimitiés, remporta sur lui le triomphe le plus complet (plenissime triumphans[61] ».

Nous laisserons à un éminent théologien – dont la doctrine fut louée par le pape Pie XII – le soin de tirer de ces trois derniers mots la conséquence ul­time en faveur de Marie Médiatrice :

 

L’association de Marie avec le Christ doit s’étendre aussi loin que le double rôle du Christ. C’est-à-dire, elle doit durer tant que durent les inimitiés du Christ contre le démon, et ces inimitiés sont éternelles, et jusqu’à ce que le Christ ait remporté sur le démon un triomphe complet. Ce double rôle du Christ ne s’acheva pas jadis avec l’œuvre de la Rédemption proprement dite. Il se continue jusqu’à la fin des siècles par la distribution des grâces, acquises dans la Rédemption. L’association de Marie avec le Christ ne doit donc pas s’arrêter à l’acquisition des grâces, elle doit aussi s’étendre à leur distribution. Autrement, la victoire que le Protévangile attribue à Marie ne serait pas complète [62].


[1] — Ce catéchisme paraît d’abord dans le bulletin Miles des chevaliers de Notre-Dame : Ordre des Chevaliers de Notre-Dame, Observance des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, 10 avenue Gustave Moussu, 37380 Saint-Laurent-en-Gâtines. La présente édition est légèrement corrigée et complétée.

* — Les figures de Notre-Dame dans l’Ancien Testament seront étudiées dans un numéro suivant (questions 25 à 29).

[2] — Encyclique Ad Diem illum, 2 février 1904.

[3] — Concile de Trente, 4e session, Dz 1501.

[4] — Le 22 janvier 1914, le Saint Office a approuvé et indulgencié l’invocation à « Marie, corédemptrice du genre humain ».

[5] — Pour plus de détails, voir Lusseau-Collomb, Manuel d’études bibliques, Paris, Téqui, 1941, t. I.

[6] — Encore récemment, au sujet de l’exégèse du pape Jean-Paul II sur ce verset et des différents commentaires qu’elle suscite, voir Courrier de Rome – Si si, no no, 181, juillet-août 1996.

[7] — Voir Cornelius a Lapide S.J. (†1637), Commentaria in Sacram Scripturam, Lyon, Éd. Pelagaud, 1840, t. I, p. 90 (sur Gn 3, 15).

[8] — Cette question a été exposée de manière abrégée dans le bulletin Miles nº 51.

[9] — Ainsi que deux autres versions araméennes : le Pentateuque Samaritain et la Peschitto (y ajouter la Néo-Vulgate).

[10] — Traduction Desclée de Brouwer, Bible de Jérusalem, Paris, 1975.

[11] — Sur cette interprétation, voir Pirot-Clamer, La Sainte Bible, Lyon, Letouzey, 1953, t. I, p. 139 s.

[12] — Par exemple le Targum de Jérusalem : « Quand les fils de cette femme observeront les préceptes de la loi, ils te frapperont à la tête par leurs bonnes œuvres. Mais s’ils abandonnent ces préceptes, alors tu t’appliqueras à les mordre au talon (…) » (voir Biblia Maxima Versonium, Lutetiae Parisiorum, 1660, t. I, p. 477).

[13] — Entre autres Pères et docteurs de l’Église : saint Jacques de Nisibe, saint Ephrem, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile, saint Grégoire de Naziance, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Grégoire le Grand, etc. Quelques références sont dans le DTC, t. VII, col. 852.

[14] — Lc 10, 19.

[15] — Rm 16, 20.

[16] — Voir F. Ceuppens O.P., De Mariologia Biblica, Marietti, Rome, 1951, vol. IV, p. 5.

[17] — Saint Augustin, saint Bède, saint Bruno d’Asti (voir DTC, VII, 852).

[18] — 1 P 5, 9 ; Ep 6, 16 ; 1 Jn 5, 4.

[19] — Ap 12, 17.

[20] — Pour le fondement traditionnel de ce titre, revoir les questions 12 et 13 dans Le Sel de la terre 20, p. 110-111.

[21] — Ps 46, 3 ; Col 1, 18 ; Ap 1, 5.

[22] — Lc 1, 26, 38 ; Lc 2, 34-35 ; Jn 19, 25 et 27.

[23] — DTC, t. VII, col. 852.

[24] — Et aussi de l’ancienne version latine, de quelques manuscrits de la Vulgate, et de la Chaldéenne. A noter que les Septante sont la plus ancienne version que nous ayons du Pentateuque (milieu IIIe siècle avant Jésus-Christ) et aussi, à ce qu’il semble, la plus fidèle dans son ensemble. Elle fut transmise par un groupe de docteurs juifs émigrés à Alexandrie.

[25] — Traduction sur le texte grec de Septuaginta, Stuttgart, Éd. A. Rahlfs, 1982.

[26] — Traduction paraphrasée de la Bible en araméen. (NDLR.)

[27] — « Medicinam adhibebunt calcaneo in diebus Regis Messiæ  » (suite du texte traduit plus haut, note 6, p. 150).

[28] — Is, tout le chapitre 53 ; Jr 11, 19. Ce que saint Paul a bien compris en disant : « Dieu a envoyé son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché et pour le péché » (2 Co 8, 3).

[29] — Nm 21, 9.

[30] — Jn 3, 14-15.

[31] — voir Gn 4, 25 ; 15 3-4 ; 21, 13 ; Lv 18, 21 ; 20, 3 (sens individuel).

[32] — En Ga 3, 16 (sens individuel) et plus loin en Ga 3, 29 (sens collectif).

[33] — Le « rejeton » du serpent pourrait être aussi l’antéchrist, le faux messie qui doit à la fin en séduire un grand nombre, la tête du « corps mystique » que Satan veut aussi se donner : « L’inique que le Seigneur fera périr d’un souffle de sa bouche, et qu’il écrasera [cette fois-ci définitivement] sous l’éclat de son avènement » (2 Th 2, 8).

[34] — Saint Justin, saint Irénée, saint Éphrem, saint Épiphane, saint Cyprien, saint Ambroise, saint Isidore de Peluse, pseudo-Jérôme, saint Sérapion, Chrysippe, saint Isidore de Séville, saint Léon, saint Bernard, etc. (Source : DTC, VII, 853 ; L’Ami du Clergé, 1950, p. 97).

[35] Dial. cum Tryph., 100 ; PG VI, 711.

[36]Adv. Hær., V, 21, 1 ; PG VII, 1179.

[37] — Voir son excellent argumentaire messianique de Gn 3, 15, dans Maria, Paris, Beauchesne, 1964, t. VII, p. 21 à 24.

[38] — Traduction du P. Dhorme. Sur le double sens du verbe hébreu « shûph » : « écraser » ou « viser » (qui peut expliquer la traduction de la Vulgate), on peut lire plus de détails dans l’article du P. Galot (op. cit., p. 25) qui cite lui-même le R.P. Lagrange.

[39] — Voir par exemple les notes des Bibles Crampon, Pirot-Clamer, Glaire.

[40] — « La Vulgate latine, usitée dans l’Église et déclarée authentique, c’est-à-dire officielle, par un jugement solennel du concile de Trente, a, pour le théologien, la valeur du texte inspiré primitif en tout ce qui regarde la foi et les mœurs, et tous les textes qu’elle contient constituent, sous ce rapport, des preuves théologiques certaines, à l’égal de l’original » (DTC, IV, 2100-2101, article « Écriture sainte »).

[41] — Le professeur J. Brinktrine affirme dans Virgo Immaculata, Rome, 1954, vol. III, p. 18, que les « anciennes époques sémites ne distinguaient pas strictement les formes masculin/féminin du pronom ».

[42] — awh au lieu de ayh. Ce qui fait dire au R.P. Hilaire de Paris O.M.C. (dans : Notre-Dame de Lourdes et l’Immaculée Conception, Lyon, Éd. Pélagaud, 1880, p. 371), que l’auteur sacré « plus d’une fois désigne une femme, comme Ève (Gn 3, 12 et 20), Rebecca (Gn 24, 44) et Thamar (Gn 38, 21-25) ou autre chose du genre féminin (Gn 17, 14), par le pronom masculin, pour mieux marquer une force virile et l’énergie, en bien ou en mal ». Toutefois, il faut remarquer que dans tous ces cas, le verbe hébreu correspondant reste conjugué au féminin ; peut-on, dès lors, en conclure que, par analogie, en Gn 3, 15 (qui porte le masculin, tant le pronom que le verbe), « Moïse aurait indiqué par le verbe et le pronom masculin l’action de la femme forte qui écrase la tête du serpent » ? L’argument (tiré, semble-t-il de Cornelius a Lapide) nous semble forcé.

[43] — C’est plus convaincant, parce que, dans ces textes, le verbe est également au féminin.

[44] — Voir le commentaire de Cornelius a Lapide, in Gn 3, 15 et Revue Biblique, 1897, p. 355.

[45]Ibidem. Cornelius ajoute saint Jean Chrysostome, mais le texte grec de son homélie XVII sur la Genèse semble infirmer cette allégation (voir PG 53, 143).

[46] — Voir Dom Quentin in Scuola Cattolica, juin 1924, p. 448.

[47] — Prudence (Cathemiron, liber III, PL 806 : (…) Quod modo cernua Femineis Vipera proteritur pedibus ». Saint Éphrem (Oratio ad s. Dei matrem, Omnia opera græce et latine, III, 547) : Salve pura, quœ draconis nequissimi caput contrivisti (« Pseudo-Éphrem » pour la critique moderne).

[48] — Déjà saint Pie V, en 1569, dans sa bulle Consuererunt Romani Pontifices, XVII, 9, écrit : « Maria quœ germine suo tortuosi serpentis caput obtrivit. »

[49] — DAFC, 4e édition, fascicule XIII, col. 118.

[50] — Cornelius a Lapide, S.J. (†1637), Commentaria in Sacram Scripturam, Lyon, Éd. Pelagaud, 1840, t. I, p. 90 (in Gn 3, 15).

[51] — Œuvres de Mgr de Ségur, La Sainte Vierge dans l’Ancien Testament, Paris, Éd. Tolra, 1893, 4e série, t. XV, p. 165-166.

[52] Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, Paris, Éd. Seuil, 1966, p. 51, nº 54 (Livre d’Or p. 53).

[53] — DTC, art. « Immaculée Conception », t. VII, col. 851.

[54] — Par exemple saint Épiphane (†403) : « Cette inimitié ne peut se comprendre parfaitement d’Ève, mais elle se réalisera pleinement dans le très saint et très excellent rejeton (semen), issu de Marie seule, sans le concours de l’homme » (Panarion, Hær, 78, n. 19 ; PG 42-728).

[55] — Par exemple saint Bernard : « De qui vous semble-t-il que Dieu parlait, si ce n’est d’elle, quand il disait au serpent : “J’établirai des inimitiés entre toi et la femme” ? Si vous hésitez encore à croire qu’il soit question de Marie, écoutez la suite : “Elle t’écrasera la tête…”. Or à qui pareille victoire fut réservée, sinon à Marie ? Oui, c’est elle évidemment qui a broyé sa tête venimeuse, quand elle a réduit à néant toutes les suggestions du malin Esprit qui puisaient leur source dans les appétits de la chair et dans l’orgueil de l’esprit » (Serm. Super Missus, n. 2, § 4).

[56] — Mgr Dubois, Petite Somme Mariale, Paris, Éd. Bonne Presse, 1957, p. 29.

[57] — Il nous faut ici préciser qu’à l’époque où le P. Terrien écrit ces lignes (1902), la distinction entre sens littéral immédiat et sens littéral plénier n’était pas encore bien définie. Le sens littéral plénier est tiré non seulement des termes tels qu’ils sont exposés par l’écrivain sacré, mais aussi des autres textes de la Révélation (écrite ou orale, scripturaire ou dogmatique) qui peuvent les expliciter ; voir Lusseau-Collomb, op. cit. ; Ceuppens O.P., De Mariologia Biblica, Rome, Marietti, 1951, vol. IV, p. 16 ; Bea dans Maria, t. VII, p. 34 ; etc. Sans rien amputer au raisonnement du P. Terrien, il nous faut donc ajouter cette précision du R.P. Hitz (CSSR) : « Que Yahveh, en parlant d’Ève, a surtout parlé de Marie qui vivait déjà dans sa lointaine aïeule. Ève occupe historiquement la première place ; elle est mentionnée au sens littéral immédiat. Marie, historiquement au second plan, est la première ontologiquement dans l’intention de Dieu. Elle est visée en premier lieu au sens littéral plénier. » Dans Études Mariales, Paris, Éd. Vrin, 1948, p. 75.

[58] — J.B. Terrien S.J., La Mère de Dieu et la Mère des hommes, d’après les Pères et la théologie, 8e édition, Paris, Éd. Lethielleux, 1950, 2e partie, t. I, chap. 2, p. 49.

[59] — A Cana : « Femme, qu’y a-t-il entre vous et moi ? » (Jn 2, 4), et au Golgotha : « Femme, voici votre Fils » (Jn 19, 26). A noter encore que saint Paul (Ga 4, 4) n’emploie que le mot « femme » pour évoquer la Mère du Rédempteur promis aux hommes.

[60] — Voir Courrier de Rome,ibid., p. 3a.

[61] Ineffabilis Deus, traduction de Maria,ibid., t. III, p. 757. Texte latin : Brév. Rom. Pie X, 14 décembre.

[62] — R.P. A. Plessis, S.M.M., docteur en théologie, Manuel de Mariologie dogmatique, Séminaire des Missions de Monfort, 1ere éd., 1947, p. 292 (mots soulignés par nous). Cette conclusion théologique est expliquée en détail par J. Bittremieux dans : De Mediatione universali B. Mariæ Virginis quoad gratias, Bruges, Beyaert, 1926, L. II, chap. IV, a. 1, p. 180-188.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 22

p. 148-157

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