La démocratie
et le mensonge
par le Padre Muñoz
Nous traduisons ici un article tiré du bulletin du Padre Muñoz : Oasis de Jesus Sacerdote 89 de avril-juin 1997. (O.J.S., Lista de Correos, 08310 Argentona [Barcelona], Espagne.)
Il est clair que cette analyse s’applique à la démocratie moderne, fondée sur les « droits de l’homme sans Dieu ». Il ne faudrait pas en déduire que toute démocratie est condamnable.
Le Sel de la terre.
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« VOUS savez que ceux que l’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent et que les grands parmi eux abusent contre elles de leur autorité » (Mc 10, 41-42).
Ces paroles de Jésus s’appliquent bien à la démocratie qui, au nom des droits de l’homme, tyrannise les peuples avec ses mensonges et ses tromperies. Voyons-en quelques-uns :
1er : Pour la démocratie, il n’existe pas de vérité absolue. C’est la majorité qui la crée. Par conséquent, si la majorité approuve l’avortement, automatiquement il devient bon et légal, même si cela va à l’encontre de la loi naturelle qui est le reflet de la loi divine. Un grand mensonge.
2e : Lors des élections, pour attirer les voix, tous les partis promettent des avantages matériels tout en sachant qu’ils ne pourront pas réaliser leurs promesses. Parfois, ils jurent et multiplient les engagements que jamais ils ne pactiseront avec le parti opposé. Puis, ils font et défont les alliances selon leur convenance, quitte à contredire les programmes annoncés, trompant ainsi les électeurs qui avaient mis leur confiance en eux. C’est, disent-ils, le jeu démocratique qui – nous le voyons – est un jeu de tromperies et de mensonges.
3e : Supposons que, dans un pays, 60 % des citoyens votent et 40 % s’abstiennent. Le parti A obtient 30 %, le parti B 19 % et le parti C 51 % des bulletins exprimés. Démocratiquement, ce dernier a obtenu la majorité, alors qu’en réalité il n’a eu que 31 % des voix des électeurs, puisque 69 % du pays n’a pas voté pour lui. Pourquoi dire qu’il a la majorité ? Autre grand mensonge.
4e : Lorsque les élections approchent, les médias (télé, radio, presse…) organisent des enquêtes et des sondages pour connaître l’opinion des citoyens. En réalité, c’est pour téléguider et manipuler l’opinion publique et ceci grâce aux techniques les plus avancées de la psychologie des masses. Quelqu’un a dit que ces enquêtes sont des « machines à fabriquer les mythes », moi, je dirai des « machines attrape-nigauds [1] ». Autre grand mensonge.
5e : La démocratie plaide en faveur des droits de l’enfant et elle le tue avant la naissance par l’avortement ;
— en faveur des droits de la famille et elle la détruit par le divorce ;
— en faveur des droits des travailleurs et elle provoque les grèves qui enfoncent l’économie ;
— en faveur de la dignité humaine et elle l’abrutit par ses politiques permissives en matière sexuelle, approuvant le nudisme et les vices les plus répugnants comme l’homosexualité et la pédérastie, lesquels ont transformé nos sociétés modernes en d’immondes lupanars et les nations en de repoussants cloaques comme Sodome et Gomorrhe [2] ;
— en faveur de la paix et de la cohabitation au sein du pays et elle fomente les haines indigènes, la désunion entre les peuples ; elle est également impuissante face au terrorisme ;
— en faveur de la liberté des personnes et elle les dégrade avec des lavages de cerveaux qui offensent la liberté de pensée de chacun ;
— en faveur de la culture et elle l’abrutit par les divertissements et le sport [3] ;
— en faveur du bien-être du peuple et elle l’asphyxie par des impôts intolérables qui vont jusqu’à s’introduire dans le sanctuaire de la propriété privée. On dit que le communisme opprime et que la démocratie pressure. C’est exact [4] !
La démocratie a créé un nouveau lexique qui change le sens de beaucoup de mots. Ainsi le libertinage s’appelle liberté ; l’indécence s’appelle nudité ; la lâcheté, tolérance ; l’indifférence, sérénité ; l’impunité des assassins, les Droits de l’homme ; l’ambition politique, l’esprit de service ; l’assassinat des enfants, interruption de grossesse ; les grossièretés et la mauvaise éducation, personnalité ; le fornicateur et l’adultère, petit ami ; la révolte contre les parents, conflits de génération ; l’euthanasie, la mort digne, etc. C’est la Babel du XXe siècle ! C’est une société de mensonges [5] !
6e : La démocratie proclame à tout vent que le peuple est souverain et que rien ne peut se faire sans le peuple ou contre le peuple, mais quand les gouvernements démocratiques doivent prendre de grandes décisions ils ne se préoccupent pas du peuple, par exemple : l’entrée dans le Marché commun, Maastricht, l’Otan, etc., qui ont des effets désastreux et alarmants. Autre mensonge du système démocratique.
7e : Calderon de la Barca dans son magistral Grand théâtre du monde nous montre que, dans ce monde, tous doivent jouer le rôle qui leur a été dévolu. La démocratie a voulu l’imiter, mais sans succès, car tout se finit en pure comédie. Quelques acteurs sortent au début, d’autres disparaissent de la scène ; certains jouent le rôle principal, d’autre celui de l’opposition ; parfois ils se battent entre eux devant les yeux étonnés des spectateurs… Mais, une fois la comédie terminée, ils vont tous prendre un café ensemble tout en commentant les incidents de la représentation et en se moquant de l’imbécillité du peuple souverain. Pur mensonge !
8e : Venons-en au plus grand mensonge, le plus grand de tous et dont dérivent les autres mensonges. Quel est-il ? Je vous l’ai exprimé par ces mots : le peuple est souverain, c’est-à-dire que le pouvoir a ses racines et son origine dans le peuple. Le pouvoir de légiférer, de juger et de condamner, pouvoir qu’ensuite il délègue, par les élections, à un parti politique qui gouverne en son nom. Ce que le peuple dit et approuve est bon et vrai, ce qu’il condamne est mauvais. Ceci est donc bien une fausseté et une tromperie.
Philosophiquement, aucun individu n’a en lui-même l’autorité et le pouvoir de gouverner. Tous les hommes par nature sont égaux, c’est-à-dire que personne ne naît avec le pouvoir de commander aux autres. Et, si nous ne le possédons pas, nous ne pouvons ni le donner, ni le déléguer à autrui selon l’aphorisme latin : « Nemo dat quod non habet », « On ne donne pas ce qu’on ne possède pas. » Nous sommes tous une somme de zéros, et même si on additionne les individus d’un pays, la somme totale sera des millions de zéros. On ne résout pas non plus le problème en disant que l’origine du pouvoir résulte d’un « pacte social », c’est-à-dire d’un compromis ou d’un accord de la société, car ceux qui ont fait ce pacte sont des zéros comme tous les autres.
Théologiquement, nous savons que « toute autorité vient de Dieu » (Rm 13, 1) qui l’a de lui-même, car il est source et origine du pouvoir comme l’a enseigné Jésus-Christ à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait pas été donné d’en-haut » (Jn 19, 11). A ce sujet, Léon XIII écrivait : « En ce qui concerne l’origine du pouvoir politique, l’Église enseigne précisément que le pouvoir vient de Dieu » (Diuturnum Illud).
N’importe quelle autorité (roi, président…) peut être choisie par héritage, nomination ou suffrage populaire, mais ce n’est pas le peuple, c’est Dieu qui lui donne le pouvoir et l’autorité. C’est pourquoi, celui qui gouverne le fait au nom de Dieu et doit respecter sa loi et sa volonté. Il possède alors l’autorité et nous devons lui obéir comme au représentant de Dieu. Nos rois catholiques jusqu’à Franco inclus, ont voulu exprimer ceci en faisant frapper sur la monnaie : « Roi (chef) d’Espagne par la grâce de Dieu » c’est-à-dire, par délégation de Dieu. Ceci a disparu des monnaies « démocratiques ». De même, la couronne royale était surmontée de la croix pour indiquer que le roi se soumettait à Dieu comme à l’unique Souverain, croix qui est toujours conservée mais comme élément de décoration.
Conclusion
— Le mensonge nous rapproche du diable qui est le « père du mensonge » et « l’homicide » (Jn 8, 44), comme la vérité nous rapproche de Dieu qui est « la vérité » (Jn 14,6). La démocratie est un système politique basé sur le mensonge et, en cela, elle est diabolique. Comme le diable « ment et tue », elle trompe et elle assassine avec l’avortement.
Les démocrates : 1) ont refusé au Christ, Dieu et Seigneur, le droit de régner sur les peuples ; 2) sont « des charlatans, médecins inutiles ; si au moins ils se taisaient! » (Jb 13, 4-5).
Le catholique qui connaît ces vérités ne peut être démocrate sous peine de s’aligner et de se soumettre à Satan. Et qui se soumet au diable ne pourra pas régner au ciel avec le Christ.
— Nous, nous voulons servir et nous soumettre à Dieu, créateur, souverain, Seigneur de l’univers, début et fin de notre existence, bonté et beauté infinies, et source de notre félicité éternelle. Que la Vierge Immaculée nous délivre de la démocratie ! L’Esprit-Saint dit : « Hors du ciel les chiens, sorciers, fornicateurs, idolâtres et tous ceux qui aiment le mensonge et le pratiquent ! » (Ap 22, 15.)
C’est pourquoi, moi, je ne suis pas démocrate !
La tentation du Christ, d’après une gravure du XVe siècle |
[1] — Il est curieux que les sondages et enquêtes aient coutume de se tromper largement. Je me souviens du célèbre Bernard Nathanson tristement connu comme le « roi des avortements » et qui fut directeur du St Luke’s à New York. « Je suis responsable – confessa-t-il – de 75 000 avortements… j’en ai fait 5 000 de mes propres mains. » Eh bien, ses mains tachées de sang lui montraient fréquemment des membres tordus de douleur et il entendait leurs cris innocents. C’était un cauchemar, surtout la nuit, qui lui ôtait le sommeil. A la fin, repenti, il décida de changer de vie. Et pour réparer tant de crimes, il se consacra à parcourir le monde en donnant des conférences pour la vie et contre l’avortement. Un jour à Barcelone il confessa honorablement comment les enquêtes étaient falsifiées pour que la société américaine – le pays de la démocratie – acceptât l’avortement. Écoutons-le : « Les enquêtes étaient une autre tactique en faveur de l’avortement… En 1968 nous savions que seulement 1 % de la population américaine était partisane de l’avortement libre et nous avons publié le chiffre de 25 % ; plus tard, nous avons donné le résultat de 50 % et, quelques mois après, celui de 75 %. ll était étonnant de voir comment la réalité s’adaptait peu à peu aux enquêtes, car il y a beaucoup de gens sans références qui veulent toujours être avec la majorité et avoir des opinions plus avancées. Je me rends compte que ces mêmes tactiques utilisées aux États-Unis s’emploient dans les autres pays. » Combien de gens stupides la démocratie crée-t-elle !
[2] — Le 17 mars 1997, lorsque les homosexuels virent que, pour un ballottage de voix à la Chambre des députés, ceux-ci n’avaient pas légalisé leurs couples, il menacèrent ces « messieurs » de révéler publiquement qui, parmi eux, étaient comme eux… Que de putréfaction dans la démocratie !
[3] — Quand un club de football comme celui de Barcelone pour engager un joueur – Ronaldo – paye la bagatelle de 2 500 millions de pesettes, seulement parce qu’il sait diriger un ballon avec ses pieds, alors que l’Espagne compte plus de deux millions de chômeurs, et que personne ne proteste contre ce gaspillage, cela démontre le degré de stupidité auquel la démocratie nous a conduits. Quelle culture démocratique !
[4] — La politique des rois catholiques était bien différente ! Une de leurs premières dispositions au moment d’accéder au trône fut de supprimer beaucoup de contributions à leur peuple. De même, à l’époque de Franco, n’existaient ni la TVA, ni la déclaration personnelle de revenus, ni tant d’impôts… Ils n’étaient pas démocrates !
[5] — Saint Pie X dans Notre charge apostolique jette à terre ce vocabulaire démocratico-œcuménique : « La doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de charité n’est pas dans la tolérance des opinions erronées, aussi sincères soient-elles, ni dans l’indifférence théorique et pratique face à l’erreur ou au vice où nous voyons tomber nos frères, mais dans le zèle que nous mettons pour le perfectionnement intellectuel et moral du prochain, non moins que dans le zèle que nous mettons pour son bien-être matériel. »
Informations
L'auteur
Le révérend père Pedro de la Inmaculada Muñoz Iranzo fut ordonné prêtre le 31 mai 1952, au cours de la plus grande cérémonie d’ordination sacerdotale de tous les temps : 819 diacres, en grande partie espagnols, furent ordonnés prêtres par 21 évêques sur 21 autels répartis dans un grand stade, à l’occasion du 35e Congrès eucharistique.
De tous ces prêtres, seul le père Muñoz resta fidèle à la messe de son ordination.
Le numéro

p. 208-212
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