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Luce Quenette
(20 juin 1904 – 13 juin 1977)
par Louis Medler
LE 13 juin 1977 – il y a maintenant vingt ans – Luce Quenette quittait cette terre.
En la saluant dans la revue Itinéraires – à laquelle elle avait collaboré pendant une dizaine d’années – Jean Madiran déclarait :
De tous les auteurs qui écrivent ici, elle a été assurément l’un des plus contestés ; ce qui est bien la preuve qu’elle n’écrivait pas pour ne rien dire, et que ce qu’elle disait ne passait pas inaperçu [1].
Luce Quenette fait effectivement partie de ces écrivains qui laissent difficilement indifférent, et les anciens lecteurs d’Itinéraires se souviennent certainement des articles enflammés qu’elle y fit paraître dans les années 1970 pour défendre la messe traditionnelle et l’éducation catholique ou pour attaquer les modes impies [2].
Nous voudrions, dans ces pages, rendre hommage à cette grande combattante de la foi, cette résistante de la première heure à la vague d’apostasie conciliaire.
Mais derrière la combattante d’Itinéraires, il y avait l’éducatrice de la Péraudière, l’école qu’elle avait fondée en 1945. Et l’éducatrice elle-même (que ses anciens élèves appellent familièrement « mademoiselle Luce ») avait peine à dissimuler le professeur de littérature, épris de poésie et de théâtre, qu’elle était presque depuis son enfance.
Ces trois personnages furent indissociablement unis en Luce Quenette : on ne peut comprendre la combattante d’Itinéraires en faisant abstraction des compétences littéraires et de l’expérience pédagogique qu’elle mit au service de son combat.
— Le professeur de littérature,
— l’éducatrice,
— la combattante,
telles seront donc les trois parties de cette étude.
Mais nous espérons surtout faire apercevoir le travail de la grâce dans une âme qui fut une âme de feu.
— I —
Professeur de littérature
Née à Saint-Étienne, baptisée dans la même ville (20 et 30 juin 1904), Luce Quenette aimait rappeler que son père était d’origine lorraine. Mais celui-ci était parti très jeune en Argentine pour créer et exploiter une mine de nickel, et, de retour en France, avait épousé une stéphanoise : Jeanne Crozat. Le ménage vint s’installer près de Lyon, à Sainte-Foy, peu après la naissance de leur aînée, Luce.
Bien qu’atteint déjà par le tramway, Sainte-Foy ne fait pas encore, à l’époque, une seule agglomération urbaine avec Lyon : c’est un village de paysans, vignerons, fermiers. Luce et son petit frère Jean sont occupés aux travaux extérieurs dans tous leurs moments libres – mais leur père tient aussi beaucoup à les faire lire. On peut dire que, dès sa naissance, tout oriente Luce Quenette vers la littérature. C’est sa propre enfance qu’elle raconte lorsqu’elle confie :
J’ai connu une petite fille qui aimait beaucoup les belles histoires. Ses parents avaient le goût du beau et voulaient développer en l’enfant l’amour de l’art ; mais ils voulaient autant garder son cœur bien pur. Par suite, ils avaient résolu d’éviter à leur fille toute lecture non seulement mauvaise, mais niaise et de ne lui donner que du « bien écrit » que la petite goûtait déjà, à huit ans, dix ans, comme d’instinct. Assurément Madame de Ségur enchantait cette enfance, mais papa ne craignait pas de proposer les bons auteurs difficiles : Corneille, Joseph de Maistre, Homère, Molière, Balzac, Musset, Louis Bertrand, René Bazin, le Quo Vadis de Sienkewicz, la George Sand des romans berrichons [3]. Papa proposait à maman, mais maman marquait les passages que l’enfant lirait avec profit, puis épinglait ensemble les pages défendues ; au-delà de l’épingle recommençait le permis ; le livre était remis en toute paix à la jeune lectrice qui rend témoignage que, non seulement elle ne déplaça jamais une épingle, mais n’en eut jamais la tentation.
C’était fermé et nul n’aurait pu ouvrir sur ce qui ne la regardait pas. Mais les chefs-d’œuvre étaient ouverts ; et, qu’elle était heureuse, cette fille de dix ans, puis cette adolescente, de s’avancer dans la poésie que nul ne lui fermerait jamais [4] !
Luce est élève de la petite école libre de Sainte-Foy, tenue par deux religieuses Saint-Joseph « décostumées » (l’anticléricalisme de l’époque, en lutte contre les congrégations religieuses, l’oblige), aidées de quelques jeunes filles. L’une d’entre elles attire tout particulièrement son attention :
La maîtresse des toutes petites était une très jeune fille. Mince, droite, gracieuse, aux traits réguliers dont l’expression me frappait. Expression que je cherchais attentivement, depuis que j’étais écolière, sur tous les visages des personnes enseignantes. Il faut expliquer cela, et par plusieurs mots qui, dans ma tête, n’en faisaient et n’en font qu’un, l’expression « qui-sait-faire-la-classe ». Je suis sûre que les enfants ont plus ou moins cette intuition et jugent vite, d’après ce certain signe, leurs professeurs. Ceux qui ont la vocation le reconnaissent consciemment du premier coup. Je l’avais vu tout de suite sur le frais et cependant grave visage de mademoiselle Jeanne-Marie Bouteille [5].
C’est ainsi que Luce, à dix ans, prend conscience de sa vocation d’enseignante. Retenons au passage ce nom de Bouteille : nous le retrouverons quelques dizaines d’années plus tard.
En octobre 1915, Luce change d’école et rentre en classe de 5e au cours Jay, avenue de Saxe, à Lyon. Elle s’y lie d’amitié avec une jeune fille née exactement le même jour qu’elle : Hélène Giroud [6]. L’épreuve sera terrible lorsque, le 29 juillet 1922, Hélène meurt très rapidement, d’une embolie pulmonaire. Peu après, c’est la mort de M. Quenette. Ces deux deuils font considérablement mûrir la jeune fille, qui se réfugie dans la prière. Elle se dévoue aussi à la Croisade Eucharistique, sous la direction du P. Perroy (jésuite) [7].
Dès ses dix-sept ans, elle est revenue à l’école libre de Sainte-Foy pour donner quelques cours de littérature aux élèves passant « le brevet ». Mais, pour consacrer sa vie à l’enseignement, elle doit poursuivre ses études et elle s’inscrit à la Faculté catholique de Lyon.
Deux professeurs de philosophie se partagent les faveurs des étudiants : le père Auguste Valensin (jésuite), disciple de Blondel, et dont les élans romantiques attirent en masse les auditrices mondaines [8] ; le professeur Henri Ollion [9], austère, antilibéral (ami de Joseph Rambaud et de La Critique du libéralisme de l’abbé Barbier), mais marqué par ce cartésiano-thomisme dont Étienne Gilson fera brillamment le procès quelques années plus tard.
Luce a déjà eu, en terminale (dans son cours catholique de l’avenue de Saxe), un professeur bergsonien qui a su enthousiasmer ses élèves pour le philosophe juif. Or le jour du bac, elle est précisément interrogée sur Bergson : « Croit-il à la vérité ? » demande l’examinateur. « Bien sûr, répond-elle dans un élan de jeune naïveté, on ne peut philosopher sans croire à la vérité. » — « Vous faites erreur, mademoiselle, répond l’examinateur. Bergson n’y croit pas. »
Elle aura son bac malgré tout, mais lorsque, à peine de retour, elle voit le professeur de philo se précipiter sur elle (sa meilleure élève) pour lui demander comment s’est passé l’examen, elle répond évasivement et s’échappe : elle veut être seule, pour réfléchir à son aise.
A la catho, elle est résolue à échapper au bergsonisme, et elle se passionne pour le cours du professeur Ollion (elle en gardera, malgré son invincible attachement à saint Thomas, une certaine indulgence pour Descartes – compris à la façon de Bossuet). Mais sa matière de prédilection, bien plus que la philosophie, c’est la littérature. Son moyen d’expression privilégié est toujours celui de l’art et de la poésie.
Elle est nommée professeur de littérature à Moulins (dans l’enseignement catholique, bien sûr) puis, en 1930 à Néris-les-Bains.
Une de ses élèves, Suzanne de Pas raconte :
J’étais alors pensionnaire en Bourbonnais – octobre 1930. La directrice annonce : « Vous allez avoir un nouveau professeur de littérature, mademoiselle Luce Quenette. » Grand émoi parmi les élèves de ma classe de 3e ! Et je n’étais pas la moins intriguée : comment sera-t-elle ? Intéressante ? gaie ? sévère ?
La voilà qui passe dans la cour : démarche jeune et alerte, abondante chevelure blonde, sourire en nous voyant à la fenêtre. Avis général des élèves : elle est très sympathique.
Les cours de littérature de ma classe lui sont donc confiés. Inoubliable ! Le Moyen Age est étudié avec un intérêt croissant et nous sommes enthousiasmées particulièrement par la Chanson de Roland, les fabliaux, puis la Ballade des Pendus de Villon [10].
Luce Quenette revient ensuite dans la région lyonnaise, où elle enseigne la littérature et la philosophie dans différents pensionnats.
C’est en 1934 que, consciente des déficiences de nombreuses institutions pourtant catholiques, elle décide de fonder elle-même une école avec une de ses anciennes élèves, Annie Martin.
Le petit cours de la Merci s’ouvre cette année-là à Grenoble, avenue Viallet. Quelques jeunes filles seulement, au début, auxquelles Luce Quenette donne des cours de littérature contemporaine (sur Mauriac, Jacques Chardonne, Pierre Benoit, etc.) et de catéchisme.
C’est par elle – témoigne une élève de l’époque – que s’éclaire pour moi le mystère de la grâce, habitation de la Sainte Trinité dans l’âme. J’avais cependant été Croisée convaincue et même apôtre dans la Croisade Eucharistique, mais l’explication ne m’avait pas été donnée d’une façon assez claire auparavant. Elle me fait comprendre aussi la valeur de la messe à laquelle nous assistons tous les matins [11].
L’école se développe un peu les années suivantes. Sur l’atmosphère qui y règne nous avons le témoignage non pas d’une élève mais de l’amie d’une élève ; jeune secrétaire d’une femme d’affaires, elle visite une fois l’école et se trouve aussitôt adoptée comme si elle était de la maison :
Mademoiselle Luce m’accueillit avec une bienveillance qui disait son zèle apostolique et sa sympathie envers tous les « enfants », car il faut bien avouer que j’étais alors terriblement enfant. Au lieu du restaurant féminin, je déjeunais maintenant à midi, avenue Félix Viallet. Il y régnait une humeur de franche et énergique gaieté. Mademoiselle Luce était gaie et pleine d’un esprit de grand comique – ses plaisanteries et ses improvisations étaient éblouissantes. (…)
Mais bien sûr, il y avait les choses sérieuses. D’abord les enfants et les cours, et même les cours pour les jeunes filles : cours de philosophie, des conférences de catéchisme, des exhortations, ou explications de textes littéraires, et bien que je ne fusse pas élève, j’étais invitée chaque fois que nos incessants déplacements me permettaient une période un peu stable. Jamais je n’avais entendu parler ainsi ni des auteurs, ni des textes, cela dépassait tellement en intelligence et en clarté, en esprit religieux tous les cours que j’avais eus jusqu’alors !
Et l’on entendait les tout petits du jardin d’enfants réciter : « Jeanne était au pain sec, dans le cabinet noir… » ou bien quelque élève plus grand apprendre avec zèle de grandes tirades de Péguy.
Il y avait aussi, chaque été, une distribution des prix qui étonnait, dans de si jeunes classes. On donna, une fois, Les Femmes Savantes avec un Chrysale qui devait avoir dix ans, mais un petit comédien né. Une revue dont le thème était : « Saint Louis part pour la croisade » le texte était inédit, il va sans dire. Les costumes assez hâtivement faits, mais l’entrain et la conviction irréprochables. Une fois, ce fut la « Grande Mademoiselle [12] » qui chantait :
« Je suis la Grande Mademoiselle
Fille de Gaston d’Orléans
« Et les complots donnent des ailes,
A mon furibond tempérament,
« J’ai tiré du canon
En plein Paris sur mon cher prétendant,
« Il ne saurait dire non
A l’explosion de mes doux sentiments !
« A tous les partis je plais
Depuis les bottes au feutre empanaché ! »… (le reste : perdu !)
Il y eut une revue, il y eut beaucoup d’autres fêtes, plus tard. (…).
Bientôt le bel appartement de l’avenue fut trop étroit et l’on chercha une maison pour y dormir, les cours restant en pleine ville. On trouva une petite maison au bord de l’Isère, elle était accessible et paraissait pourtant déjà à la campagne. Il y avait un jardin minuscule plein d’arbustes mal entretenus qui fournirent des récréations presque champêtres aux grandes. On y fut donc, partant le soir, qui en voiture, qui à pied, emportant toutes choses nécessaires, souvent encombrantes et surtout facilement oubliées. Déjeuner à midi ici, dîner là le soir complique la vie quand on fournit tout.
Dans nos allées et venues, les unes ou les autres achetaient les journaux : Je suis partout, Gringoire, l’Action Française et quelquefois L’Humanité « pour voir » où en était le degré de haine. Mais dans le cas de l’Huma, nous avions notre petite ruse : nous prenions le journal au kiosque le matin et nous le rendions le soir, ainsi il repartait dans les invendus, la bonne femme vendeuse y gagnait et le journal y perdait ! Nous mesurions l’avance du danger, la misère de l’armée, l’influence grandissante des francs-maçons (Gringoire publiait des listes). Nous pensions aux affaires de la France et Mademoiselle Luce faisait prier tous les jours pour la patrie. Nous récitions aussi tous les jours, l’oraison à Notre-Dame de La Merci :
« O Dieu, qui par la très sainte Mère de votre Fils avez daigné enrichir votre Église d’une nouvelle famille destinée à délivrer les fidèles chrétiens de la puissance des païens, faites que, vénérant avec piété l’institutrice d’une si grande œuvre, nous soyons par ses mérites délivrés de nos péchés et de la captivité du démon. Par Notre Seigneur Jésus-Christ, Amen [13]. »
Le cours fondé par Luce Quenette est en effet placé sous la protection de Notre-Dame de la Merci, honorée par l’invocation : « Notre-Dame de la Merci, délivrez les captifs », les premiers captifs étant, bien sûr, les pauvres pécheurs.
Cependant la Merci grandit, le nombre d’élèves croît d’année en année et il faut, en 1938 déménager pour s’installer au Mas Saint-Ferjus (faubourg de Grenoble).
A la rentrée 1942, un collège pour garçons se joint à la première fondation. La guerre perturbe évidemment la vie scolaire (alertes nocturnes, rationnement, épidémie de méningite) et il faut des trésors d’ingéniosité pour réussir à nourrir tout le monde, mais la gaieté de la directrice donne du courage à tous.
Pour la rentrée de septembre 1944, quelques deux cent cinquante élèves sont incrits. Mais la rentrée n’aura pas lieu : le 21 septembre Luce Quenette et Annie Martin, accusées d’« intelligence avec l’ennemi », sont arrêtées et incarcérées à Grenoble. Mi-octobre, elles sont transférées au fort Barraux (37 km au nord de Grenoble). Elles ne sont libérées que le 11 novembre, mais avec défense d’enseigner (et interdiction de séjour dans plusieurs départements jusqu’au procès).
Qu’à cela ne tienne ! Dès décembre, Luce Quenette enseigne semi-clandestinement une dizaine d’élèves en Haute-Savoie à Chamonix.
En mars, puis en juin, elle est appelée à comparaître en cour de justice. Principal chef d’accusation : elle a fait prier les enfants pour le Maréchal Pétain. Elle est condamnée avec mademoiselle Martin à dix ans d’indignité nationale : suppression du droit de vote mais, surtout, interdiction d’enseigner. Quant au mobilier de l’école de la Merci il est pour la plus grande partie confisqué, volé.
L’interdiction de séjour dans le département du Rhône a cependant été levée : dès le mois d’août, Luce Quenette sillonne les monts du Lyonnais à bicyclette et en auto-stop pour trouver où fonder (clandestinement), une nouvelle petite école. La fondation se fera finalement à Montrottier, au lieu dit « La Péraudière [14] ».
— II —
L’éducatrice
Tels sont donc les événements extérieurs. Mais le plus important c’est l’évolution intérieure que connaît Luce Quenette en cette année 1945 et qu’elle-même désignera plus tard comme sa « conversion ».
Pourtant elle est, depuis son enfance une jeune fille pieuse, fort attachée à la messe et à l’oraison ; elle essaie de progresser dans les voies de la vie intérieure. On possède le texte écrit d’une méditation qu’elle fit en juin 1923 (à dix-neuf ans) à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur, sur l’Évangile de la Samaritaine (Jn 4) :
Mon Dieu, je vous ai aimé bien tard. Cette parole ne m’est vraiment intelligible que cette année. Que j’ai cru à la philosophie, Jésus, que j’ai disserté selon l’homme, mais j’ai encore soif. Je comprends un peu maintenant l’orgueil de la science humaine. Je suis lasse des raisonnements humains et de la sagesse humaine. Je viens à vous, mon Dieu, donnez-moi à boire, donnez l’Esprit-Saint, qu’il m’accompagne dans l’ordre de la charité (…). Aujourd’hui, jour béni de votre Cœur Sacré, faites-moi songer à la soumission que l’Esprit-Saint veut de moi, au recueillement nécessaire dans mon pauvre sanctuaire. Ainsi soit-il [15].
Le collège de la Merci, qu’elle dirige, est résolument catholique.
Pourtant, après l’épreuve de 1945 et le mûrissement qui la suit, Luce Quenette juge sévèrement son œuvre :
Notre cœur n’a pas toujours habité Nazareth. Nous n’avons pas toujours estimé la petitesse du grain de sénevé jeté en terre. Nous avons autrefois, nous aussi, rêvé de grandes belles maisons catholiques, et trois cents élèves ne nous faisaient pas peur, ni une belle installation, ni une certaine réussite de gloire, ni même une publicité distinguée auprès des familles. Et ce n’est pas la piété que nous nommions d’abord dans nos « dépliants » pour attirer la confiance. L’instruction religieuse s’inscrivait dans les « précisions » du programme. La croix n’était pas royale et première. Nous avions de « belles » ambitions humaines, et il y avait autour de nous, dans la patrie déjà si désolée, encore assez de chances entretenues, de patrimoine respecté pour nous donner apparemment raison [16].
De fait, le collège de la Merci, à Grenoble, connut une certaine réussite de gloire – d’autant plus qu’il allait dans le sens de la rénovation nationale entreprise par le Maréchal Pétain.
Avant même le collège de garçons, Luce Quenette avait fondé, en mai 1940, un groupe de garçons auxquels elle donna le nom de « compagnons de Saint Ferjus » : ils s’engageaient à se dévouer pour la France, à éloigner d’eux « tout, jusqu’aux moindres apparences qui ne seraient pas nationales » (jusqu’aux mots de consonances non françaises) et à « faire revivre, avec toute l’ing éniosité possible, tous les usages, chansons, coutumes, vertus, habitudes, rêves français [17] ». Cette compagnie, bien sûr, est catholique : on y parle de la prière et de l’imitation du Dieu incarné – mais c’est la gloire de la France qui semble mise au premier rang.
Les statuts de cette organisation avaient été soumis au Maréchal Pétain qui envoya son approbation et ses encouragements, le 23 janvier 1941.
Dès le 15 juin 1940, Luce Quenette avait emmené, dans le vieux car de l’école, les douze premiers « compagnons » faire leur premier camp dans les bois d’Auvergne. Uniforme coloré : culotte brune en signe de pauvreté, chemise sport bleu France, foulard et fourragère feu en signe d’ardeur. Le curé de la Chaise-Dieu accueille avec enthousiasme ces jeunes campeurs qui s’engagent à ne jamais omettre, dans leur prière du soir, la prière « pour le chef de l’État [18] » (prière qui vaudra à Luce Quenette les poursuites pour « intelligence avec l’ennemi »).
Voilà l’esprit que Luce Quenette fait régner à la Merci. On y trouve des principes chers à son âme, qu’elle développera à la Péraudière : l’esprit de pauvreté, par exemple. Mais « ce n’est pas la piété qui est nommée d’abord pour attirer la confiance ».
L’épreuve de 1945, puis la crise dans l’Église amèneront la conversion complète :
L’angoisse de la mort a serré nos cœurs. Où que nous portions nos regards, nous voyons la désolation. Quotidie morior. Nos assurances humaines meurent chaque jour.
(…) Alors la croix « s’invente »[19] et s’exalte à nos yeux. La vie cachée, absolument fidèle, prend son prix. Notre-Dame de la Sainte Espérance parvient à nous convertir. Le grain veut bien mourir pour porter des fruits. Plus le monde va confortablement, richement à la perdition, plus nous sentons en nous l’amour de tout ce qu’il hait. Et que « la grâce nous suffit [20] ».
Cette conversion, c’est le type, le modèle de celle que Luce Quenette veut susciter dans l’âme des enfants qui lui sont confiés. Si l’on cherche la pédagogie de Luce Quenette, son art d’éducatrice, il est là tout entier.
« Le plus important, c’est la conversion du cœur » : tels sont les neuf premiers mots du règlement de l’école qu’elle fonde à La Péraudière, dans les monts du Lyonnais.
Sa méthode ? Prendre au sérieux les enfants. Et les plonger dans le sérieux du surnaturel. Plutôt qu’un exposé théorique, donnons quelques exemples concrets de ce sens surnaturel et de ses fruits. Commençons par le témoignage d’un élève des années 1950 :
J’allais sur mes dix ans. (…) Mes parents m’avaient placé dans un bon pensionnat à Lyon où mon humeur sauvage, ma physionomie revêche, mes entêtements me faisaient passer pour un type bizarre, dont on ne peut rien tirer. Au-dedans je bouillais d’impatience. Quelle impatience ? Celle de revoir les champs et les bois de mon père, la ferme, les bêtes, les nuages qui courent sur notre domaine, mes collections de cailloux, de plantes, mes images d’animaux. Hors ces trésors, tout me paraissait irréel, sans intérêt. Tout, sauf la répétition de chant grégorien à la chorale du pensionnat. (…)
Ma mère se désespérait.
C’est alors qu’on lui parla de La Péraudière, une école en pleines montagnes du Lyonnais, à cinq kilomètres de tout village et qu’on disait saine et favorable.
J’étais furieux, c’était donc encore la pension, mais bien plus loin de mon paradis. Tous mes piquants dehors, je fus présenté à la direction. Il faisait grand vent, la campagne de collines rondes et de bois m’apparaissait secouée et poussiéreuse. La voix qui me parlait, m’interrogeait, classait mes faiblesses, mes lacunes, était bienveillante et ferme, mais je m’obstinais à ce qu’elle restât sans visage et, le nez à terre, triste, non résigné, j’entrai dans ma nouvelle vie. (…)
Il y avait un mois que j’étais à La Péraudière, le cœur changé, mais encore amer, quand l’« autorité » me fit appeler.
Et cette autorité m’adressa des paroles étonnantes. Étonnantes pour un sauvage comme moi, car j’avais la conviction que les professeurs et les directeurs ne pensent qu’aux programmes, qu’ils sont étrangers au cœur et à la vie ; étant les artisans des sanctions et des examens, associés aux parents, ils ne savent que dire « apprends, apprends pour avoir une bonne situation plus tard ». Je supposais ce but hautement moral, mais affreux, car la vie qu’il impose détruit tout amour, tout secret bonheur et il me fallait contre lui lutter de toutes mes forces pour me sauver du désespoir. (…)
Et voici que l’autorité de la Péraudière parla :
« Ta mère, mon enfant, m’a dit que tu n’étais heureux qu’à la ferme, dans vos bois et vos prés et que, apprenant que ton frère aîné préfère l’industrie et renonce au domaine, tu avais dit « tant mieux » ; est-ce vrai ? On se plaint que tu rôdes autour des vaches, que tu sens le fumier en vacances, que ta chambre, toujours en désordre, est un musée de science naturelle, que tu suis à la piste le jeune renard, que tu élèves un petit putois, et que tu trépignes de colère quand ton père veut faire couper un hêtre dans la forêt.
« S’il en est ainsi, mon enfant, c’est que tu as la vocation de la terre. Les plus sûres vocations viennent de l’enfance. Réfléchis, es-tu résolu, quoi qu’il en coûte à être paysan ?
« — Oui, fis-je, illuminé, et ça ne me coûte rien du tout.
« — C’est ce qui te trompe, mon petit. Une vocation est un appel délicieux qui vient du ciel pour nous faire remplir notre devoir sur la terre, mais c’est aussi l’appel de la croix. Dans notre vocation, nous trouvons les plus grandes joies et les souffrances les plus utiles. Les professeurs qui sont ici ont résolu tout jeunes de faire la classe en pleine campagne pour sauver des garçons et les mettre à leur place dans le monde. Ils trouvent à leur tâche joie et peine. Si tu as résolu d’entrer dans cette voie paysanne, nous t’élèverons pour cela seul, mais dans le travail. Tu dois aimer la terre en chrétien, pour en instruire les autres. Tu ne seras jamais trop cultivé, trop savant, trop muni de poésie, d’histoire. Surtout, tu ne seras jamais trop muni de doctrine catholique, de beauté latine, de français correct. Ton intelligence et ton cœur sont en friche, les sillons de ton champ plein d’épines et de mauvaises herbes. Prends ta vie résolument et au travail ! »
Le regard distrait, je répondis un « oui » stupide, parce que j’étais tout appliqué, en garçon authentique, à cacher ma joie – je voulais me sauver pour penser tout seul et je filais dans le « vallon » de la Péraudière, un tout petit vallon qui nous est cher à tous, près d’un petit ruisseau. Ébloui, les forces les plus secrètes et les plus hautes de ma nature comme tendues et nourries, je répétais cette parole miracle : « Si tu veux vraiment être paysan, nous t’élèverons pour cela seul [21]. »
Un autre élève, un peu antérieur, raconte un départ en vacances :
Mademoiselle Luce vint nous dire au revoir, puis elle me prit à part pour un petit entretien. Je donnerais cher pour me souvenir de ce qu’elle me dit alors. Ce que je sais, c’est qu’elle me parla comme personne ne m’avait jamais parlé. Jamais je n’aurais pensé qu’un professeur pût vous dire des choses aussi profondes et montrer un tel intérêt pour un élève. Si bien que moi, qui étais toujours pressé de partir en vacances, je quittai ce collège avec regret. Résultat incroyable de ces paroles, qui achevèrent de m’attacher à sa personne [22].
Autre témoignage : cette lettre adressée le 25 mai 1960 à mademoiselle Quenette par un élève ayant quitté La Péraudière l’année précédente :
Chère Mademoiselle,
Veuillez tout d’abord m’excuser de l’énorme retard que j’ai pris pour vous écrire. Et vous remercier de toute l’attention que vous m’avez portée, durant ces deux dernières années. En effet je n’oublierai jamais le court séjour à Montrottier, pendant lequel vous m’avez transformé. Je n’étais préoccupé que de plaisirs, et vous, mademoiselle Luce, vous m’avez donné la lumière avec une douceur que je ne comprends pas encore, et je me demande si j’ai bien répondu à toute l’affection que vous m’avez témoignée.
Une chose encore, la plus importante, que je n’oublierai pas, c’est cette petite mais solide foi que vous m’avez fait acquérir.
J’espère que là-haut tout va bien, malgré la sécheresse qui a dû faire des ravages. Quant à vous, n’êtes-vous pas trop fatiguée [23] ? (…)
On pourrait multiplier les exemples ; citons-en encore deux. Le premier est rapporté par Luce Quenette elle-même (qui s’efforce de dissimuler son propre rôle sous l’anonymat d’une troisième personne) :
Je me souviens qu’un dimanche de printemps, un père exaspéré et une mère en larmes poussèrent dans notre cour un gamin au rire faux : « renvoyé de partout » gémissaient-ils. Nous l’avons emmené seul, et une voix sévère lui a dit : « Crois-tu en Dieu ? — Oui. — Alors, pourquoi n’as-tu pas peur ? Regarde ta vie. Tes péchés sont dans ton rire. Tu ne penses tout de même pas sauver ton âme en tuant ta mère ? L’enfer est pour tes semblables, le crois-tu ? — Oui. » – Les yeux s’emplirent de crainte et de raison, il dit : « C’est vrai. » — « Alors, va leur dire que ton cœur est changé. Nous t’essaierons huit jours. Tu te confesseras de tous tes péchés. On verra après. » Il est resté cinq ans, et c’est à celui qui lui tint ce rude langage qu’il a attaché son cœur fortement. Il lira ces lignes et je sais bien ce qu’il nous écrira tout de suite [24].
Dernier témoignage, porté, cette fois-ci, par un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X :
Inscrit à la Péraudière en septembre 1967 seulement, j’ai eu le temps d’être une victime du dernier concile. Dans mon école d’origine, j’ai vu les religieux quitter leur soutane pour endosser un simple blouson de nylon gris – et remplacer leur bel autel de marbre par une simple table de bois. Mais ce n’était là que les signes visibles du reniement intérieur à leur vocation et des bouleversements opérés dans l’âme de leurs élèves. En effet ces clercs de Saint Viateur à Vourles dans le Rhône avaient réussi à me faire entrer dans « l’inévitable conflit de génération » : pour être moderne et pour faire jeune, il fallait se sentir en « rupture » avec ses parents, jugés tout à fait inaptes à comprendre les nouveaux problèmes. (…) J’allais peu à peu renoncer à l’idée d’une vie consacrée à Dieu : vocation qui avait pourtant germé en moi dès mon plus jeune âge grâce à la piété et à l’exemple de mes parents. En me voyant pour la première fois, mademoiselle Quenette avait été frappée par la tristesse de mon visage. Triste, je ne pouvais que l’être, on m’avait arraché mon âme : je n’avais plus confiance en mes parents, je me sentais infidèle à l’appel de Dieu.
A la Péraudière, on me rendit mon âme : on me fit découvrir le rôle providentiel de mes parents dans toute mon existence. J’ai réappris à aimer mes parents en les regardant comme le grand don de Dieu et le guide le plus sûr de ma vie. A la Péraudière, on ressuscita ma vocation : on me fit découvrir les moyens si puissants que sont les sacrements pour me hisser à la hauteur d’une perfection à laquelle Dieu lui-même m’avait choisi. (…)
Parfois, j’ai entendu parler « d’autoritarisme » pour qualifier la méthode éducative pratiquée dans cette école. Ma réponse consiste à dévoiler des faits directement constatés. Pendant des années, j’ai eu l’honneur d’essuyer la vaisselle que mademoiselle Quenette lavait elle-même. Il a fallu que surviennent les fatigues mortelles de sa dernière maladie pour qu’elle consentît à céder à mademoiselle Hélène cette bien modeste besogne. En vérité nous n’avons jamais vu mademoiselle Quenette qu’occupée à de « petites choses ». C’est qu’elle avouait elle-même sa préférence pour « l’obscur devoir quotidien ». (…) Il me semble que l’ambition de mademoiselle Quenette était de faire de nous des chefs, mais selon le modèle de l’Évangile : « Que le premier parmi vous se fasse le serviteur des autres. » Et en toute vérité, mademoiselle Quenette aurait pu ajouter : « Je vous ai donné l’exemple pour que vous fassiez comme j’ai fait. » (…) Ce matin, en gravissant les lacets qui conduisent à la Péraudière, je pensais en moi-même : « Percher une école sur les Monts du Lyonnais, c’est déjà établir tout un programme de vie. » En effet, mademoiselle Quenette, en nous parlant de la fondation de cette œuvre, affirmait avoir choisi délibérément un lieu retiré loin des facilités de la ville, dans un cadre austère et pauvre où la nature semble être restée vierge. Pour ma part, je suis arrivé à la Péraudière avec un certain complexe de mon origine bien modeste et surtout paysanne. Mais peu à peu, cette école m’a ouvert au charme de la campagne ; ma propre famille devint l’objet de privilèges, (…) quel bouleversement de valeurs dans ma pauvre tête [25] !
Cependant, si les enfants sont à convertir, mademoiselle Luce constate rapidement que les parents, eux aussi, ont bien souvent besoin de se convertir en éducateurs chrétiens, tant le modernisme pédagogique a pénétré même chez les meilleurs.
C’est pour combattre ce modernisme pédagogique chez les parents de ses élèves qu’elle fonde en septembre 1967 la Lettre de la Péraudière [26]. A peu près à la même époque, Jean Madiran lui demande sa collaboration pour la revue Itinéraires :
Il m’a fallu une dizaine d’années, raconte-t-il, pour comprendre quel écrivain elle était, quel devoir nous avions de l’imprimer et de la faire connaître au public ; et pour que je l’en persuade. Je ne sais pas si je l’en ai jamais véritablement persuadée ; mais elle consentit à une collaboration régulière quand je lui donnais l’assurance expresse que cette collaboration servait le bien commun intellectuel et moral des lecteurs de la revue [27].
— III —
La combattante
Le combat public de Luce Quenette, c’est dans Itinéraires principalement qu’il sera mené. Non que sa Lettre de la Péraudière manquât de combativité, mais elle n’était pas, dans son intention, destinée au public ; elle appartenait à la catégorie qu’elle appelait « lettre d’ami, de direction intime ».
La collaboration de Luce Quenette à Itinéraires coïncide à peu près avec l’apogée de la revue : autour de Jean Madiran, des talents aussi divers que le P. Calmel, Louis Salleron, Marcel de Corte, Gustave Corçao, Luce Quenette dénoncent sans répit les destructeurs de l’Église et n’oublient pas le premier responsable : le pape Paul VI. Madiran résumera ce combat dans la Lettre à Paul VI : « Rendez-nous l’Écriture, le catéchisme et la messe [28]. », Itinéraires est également au premier rang des défenseurs de Mgr Lefebvre, face à la “condamnation sauvage” qui le frappe en 1976 [29].
Le ton changera malheureusement peu à peu au cours des années 1980 et tendra à s’amollir, surtout à l’égard du souverain pontife. Les causes de cette lente évolution sont diverses : disparition de plusieurs combattants, d’abord (le P. Calmel, Henri Rambaud, Luce Quenette, Gustave Corçao…) ; avènement du pape Jean-Paul II, ensuite, dont la puissance de séduction touchera même certains rédacteurs d’Itinéraires ; fondation, enfin, du quotidien Présent (1982) qui orientera de plus en plus Jean Madiran vers les préoccupations politiques. Tout porte à croire que Luce Quenette désapprouverait aujourd’hui plusieurs options du journal Présent [30] mais il est incontestable qu’elle noua, dans les années 1960 et 1970, une grande amitié avec Jean Madiran, qui persévéra jusqu’à sa mort [31].
Grande amitié avec le père Calmel également, qui fit plusieurs séjours à la Péraudière [32]. Il y avait parenté spirituelle entre ces deux âmes éprises, l’une comme l’autre, de sainteté et de poésie et ardemment préoccupées de l’éducation des enfants.
Le combat de Luce Quenette fut d’abord, et dès le début des années 1960, contre le modernisme pédagogique. Mais il se doubla tout naturellement d’un combat pour la messe traditionnelle dès que celle-ci fut attaquée. Pour mademoiselle Quenette, les deux combats étaient inséparables, car l’éducation catholique découle du saint sacrifice ; elle les mènera donc indissociablement jusqu’à sa mort, en 1977. Pour la clarté de l’exposé, nous les distinguerons cependant ici.
Face à Rousseau, le combat de l’éducation
Face au modernisme pédagogique, Luce Quenette rappelle inlassablement (et surtout illustre, par des exemples toujours nouveaux) deux vérités fondamentales :
— une vérité d’ordre naturel, d’abord : l’existence, la nature et les devoirs de l’autorité ;
— une vérité d’ordre surnaturel ensuite : l’existence du péché originel et, en conséquence la nécessité de la Croix.
Sur ces deux points, Luce Quenette connaît l’adversaire : Jean-Jacques Rousseau. Les « nouveautés » pédagogiques sont vieilles de deux siècles, répète-t-elle ; elles datent de l’Émile. C’est Jean-Jacques qui, en minant l’autorité et en niant le péché originel, a inoculé le double poison du libéralisme et du naturalisme qui contamine même, à leur insu, beaucoup de parents catholiques. On peut dire que Luce Quenette est en quelque sorte l’anti-Rousseau et, de ce point de vue, son livre L’Education de la pureté sera un véritable manuel de désintoxication de ce double poison.
• Le poison du libéralisme
Le poison du libéralisme, d’abord, qui pousse à la démission de l’autorité parentale ou à la mauvaise conscience. Nous sommes dans les années 1960-1970, les mirages de l’autodétermination, de la « pédagogie non directive », etc. brillent de leurs pleins feux. Beaucoup de parents, découragés, baissent les bras. Luce Quenette jette alors tout son talent dans le combat. Talent d’observation, d’abord ; de description ensuite. Avec un sens psychologique remarquable, elle sait voir et, surtout, sait faire voir à travers quelques exemples vécus, toute la bêtise et la nocivité de ces démissions parentales :
— Celui-ci, me dit une jeune maman, ce Robert de trois ans, c’est notre gangster, il est effrayant, il fait marcher tout le monde, et il ne cède jamais.
— Mais vous le corrigez ?
— Bien sûr, son père le rosse, c’est sans résultat. Il fait même comme s’il ne sentait rien !
Je restais seule, un instant, au jardin, près de la table garnie de boisson et de petits fours. Robert s’en vient à petits pas, la tête atteint juste le bord de la table, la petite main se lève, saisit un gâteau.
— Robert, dis-je, laisse ce gâteau !
— Non ! répond une voix décidée, tranquille.
Mais maman accourt : « Robert, veux-tu demander ! »
— Non ! dit Robert.
— Alors, n’en prends qu’un [33] !
En 1966, Luce Quenette décrit ainsi la situation :
Rousseau est véritablement le grand maître de la pédagogie contemporaine. De nombreux parents m’expriment leurs poignantes inquiétudes et leurs invraisemblables difficultés ; ils sont « pris » de partout. (…)
D’où l’affreuse tentation de « laisser faire ». Après tout, « les autres » laissent bien faire. Et leurs gosses « ne s’en portent pas plus mal ». Le mien me dit : « Pourquoi tu nous laisses pas sortir avec les filles, y paraît que ça nous habitue à pas faire les godiches. » Et la fille : « Maman, la maîtresse porte une mini jupe, les autres regardent tous les films à la télé, je suis maligne, moi, quand je dis que mon père m’a envoyée coucher ! », etc.
J’ai démonté un jeune garçon de treize ans en lui disant : « Tu as trouvé le truc, n’est-ce pas, avec tes parents ? selon le cas, tu dis : “Les parents de Lucien, de Guite, la mère de Toto… leur laissent bien faire, eux…” ou l’autre formule : “le père curé un tel a dit…” ; les voilà intimidés, ils crient, mais au bout de X jours ils sont d’accord. »
Ils sont d’accord… la mort dans l’âme, aux prises avec leur conscience, coincés entre leur christianisme encore vivant et Jean-Jacques Rousseau, qu’ils appellent « l’évolution, la mise à jour, la compréhension des jeunes, la peur des complexes, la perte de contact… » quand ce n’est pas les rancœurs de leur propre jeunesse :
« Je ne veux pas que les miens endurent ce que j’ai enduré : mon père si dur, ma mère si stricte… les filles, cet inconnu, la radio bouclée, les offices, les chapelets et pour finir… les promenades dans le jardin du carmel quand on allait voir la tante [34]. »
Elle confirme son analyse en citant plusieurs exemples :
– Un père et une mère sortent en sanglotant du cabinet du psychiatre qui a examiné leur enfant vicieux.
« Qu’avez-vous, mon Dieu ? » demande l’élève-éducatrice de qui nous tenons le récit. Réponse : « C’est notre autorité, a dit le docteur, notre sévérité qui a mis notre enfant dans cet état. »
– Jacques a volé du saucisson à l’école. Le maître le dit aux parents. La mère, vindicative, au père : « Tu vois, il en a besoin, je te l’ai toujours dit ! »
– Une mère très pieuse déclare avec désolation que son fils, douze ans, n’a pas été se confesser une seule fois pendant toutes les vacances. Moi : « Il est bien désobéissant ! » Elle : « Comment, désobéissant ? Je ne lui en ai jamais parlé. Et sa liberté ? Je ne lui dis jamais rien de ses devoirs religieux [35]. »
Face au rousseauisme régnant, Luce Quenette s’emploie donc à rappeler les devoirs de l’autorité en général et des parents en particulier : ils sont responsables de l’éducation de leurs enfants et leur démission en ce domaine serait, à leur égard, la pire des cruautés : la cruauté des faibles.
Mais l’autorité ne risque-t-elle pas d’engendrer la révolte ? A cette objection, Luce Quenette apporte deux réponses complémentaires :
— d’abord la faiblesse elle-même génère bien plus souvent la révolte et cela parce qu’elle ne peut jamais être totale : il y aura toujours quelque chose qu’on ne pourra accorder à l’enfant gâté. Et, à ce moment-là, il se révoltera d’autant plus facilement qu’on ne lui a pas appris auparavant à se gouverner ;
— d’autre part, les parents coupables de faiblesse sont souvent, en même temps, ceux qui punissent le plus maladroitement leurs enfants :
J’en ai vu de ces parents sublimes, pudiquement opposés à verges, soufflets, privations, martinet, prêts au martyre plutôt que de toucher un cheveu de leur progéniture et, tout d’un coup exaspérés, l’endurance démantelée, se jeter sur l’intouchable insolent et le rosser exactement comme il ne faut jamais le faire [36].
C’est en effet une règle absolue que la punition, pour porter du fruit, ne doit jamais être le défoulement de la colère. Il faut au contraire s’attacher à montrer son caractère raisonnable au puni. Sinon, elle révolte l’enfant et, de surcroît, enferme l’éducateur dans une mauvaise conscience qui l’incitera à de nouvelles faiblesses là où, précisément, il faudrait être ferme. Luce Quenette résume très précisément, en seize mots, les funestes conséquences de ces punitions-défoulement : « Après, remords, dégoût de soi-même, révolte haineuse du battu, désolation et surtout désarroi des intelligences [37]. »
Car la fermeté doit être intelligente et, surtout, surnaturelle. Nous arrivons ici au deuxième poison qui vicie l’éducation actuelle : le naturalisme.
• Le poison du naturalisme
Le naturalisme, c’est-à-dire l’oubli du péché originel, de notre fin surnaturelle et de la nécessité de la croix.
Nous nous trompons sans cesse sur l’essentiel : nous agissons comme si nous ne voulions pas obtenir des vertueux, des forts, des êtres supérieurs aux tentations, des ouvriers des moissons du Seigneur : mais comme si nous voulions des malins, des avertis, des blasés, des jeunes gens à qui « on ne la fait pas », qui savent tirer leur épingle du jeu, comme si la vie était un jeu ! qui sauront « rouler » afin de ne pas être roulés, enfin des heureux de ce monde [38].
Et ailleurs :
Beaucoup de parents très bons, dont les intentions d’amour étaient édifiantes, ont manqué l’éducation de leurs enfants, parce que eux-mêmes croyaient au bonheur, pensaient qu’en travaillant beaucoup, en s’aimant beaucoup, en aimant beaucoup leurs enfants, ils y arriveraient, au bonheur ; même un bonheur modeste, avec une simple maison, et une simple voiture – et ils ont excité leurs enfants vers ce but : si tu veux être heureux, travaille, et les mots fatals, situation, position, sont revenus, bandant les jeunes volontés vers des illusions épuisantes – demandant pour la terre plus d’efforts et de renoncements que Dieu n’en demande pour le ciel. Et les jeunes, que leur baptême avait préparés à une tout autre voie, ont contesté l’absurde souffrance sans fin qu’on leur imposait, loin de la vocation chrétienne qui parlait en eux et dont on étouffait la voix [39].
L’éducation chrétienne préserve du péché. L’éducation moderne de l’enfant gâté le préserve du sacrifice. L’une apprend la vertu, la maîtrise de soi, la fuite des occasions dangereuses, l’obéissance inconditionnée à la loi de Dieu dans la souffrance et l’usage de la croix. Contre une telle éducation, le péché est, autant qu’il se peut, rendu impuissant.
Ce n’est pas cette préservation que choisissent d’ordinaire bien des familles dites chrétiennes. C’est l’autre. On préserve l’enfant de toute souffrance et même de la prière. On l’entoure de plaisirs, plaisirs non vicieux sans doute, mais peu contrôlés : beaucoup d’auto, beaucoup de nourriture, beaucoup de convoitises des yeux et des oreilles par radio, télévision, cinéma, villégiatures ; participation aux plaisirs analogues des grandes personnes. Confort. Jouets très chers et très variés. Éducation fermée sans doute, mais fermée à la peine et ouverte à la sensualité. On ne cesse de le « comprendre » sans le soumettre. On admire ses initiatives, ses boutades, on intervient au bord des punitions, des humiliations et des afflictions physiques. Le premier remède, quand il est furieux, c’est-à-dire « nerveux » ( !), c’est de « ne pas le contrarier ». On le met, à l’intérieur de la famille dans le « douillet bouillon » de la non-résistance au mal. Les vices germent à l’insu des parents, contenus par la faiblesse de son âge et « par la modération que la satisfaction donne à ses désirs », par la gentillesse et les divertissements [40].
Ces deux composantes du modernisme pédagogique : le libéralisme et le naturalisme, Luce Quenette les poursuivra ensuite dans son livre (le seul qu’elle publia de son vivant) : L’Education de la pureté. Un ouvrage qui, de ce fait, offre un contenu beaucoup plus riche que ce que son titre pourrait laisser supposer.
• Le livre « L’Éducation de la pureté »
C’est Jean Madiran qui demanda à Luce Quenette d’écrire sur l’éducation de la pureté. Cette étude parut d’abord dans Itinéraires puis fut réunie en un volume en 1974 [41]. Le sujet était d’actualité à cause de l’introduction des « cours de sexualité » à l’école. Là encore, c’était une victoire de Jean-Jacques Rousseau. Jusqu’à lui, personne ne s’était soucié spécifiquement de « l’éducation de la pureté ». Seuls les théologiens moralistes abordaient la question dans leurs ouvrages, et la résolvaient rapidement d’après les principes de la morale chrétienne. Avec Jean-Jacques, elle devient un thème littéraire. Il est le premier à écrire des pages et des pages pour essayer de résoudre une fausse alternative, à savoir « s’il convient d’éclairer les enfants de bonne heure sur les objets de leur curiosité, ou s’il vaut mieux leur donner le change par de modestes erreurs ». Il conclut enfin : « Si vous n’êtes pas sûrs de faire ignorer à votre élève jusqu’à seize ans la différence des sexes, ayez soin qu’il l’apprenne avant dix [42]. »
A partir de la fin du XIXe siècle, ce thème envahit les ouvrages de pédagogie catholique : la vicomtesse d’Adhémar, l’abbé Fonssagrives et d’autres auteurs libéraux se font les champions de ce qu’ils appellent « l’éducation de la pureté », c’est-à-dire une « initiation scientifique [qui] devance l’époque de la puberté et paraisse en quelque sorte naturelle à l’enfant [43] ».
Les anti-libéraux réagissent en s’appuyant sur l’autorité d’un grand maître de la jeunesse : le père Timon-David. L’abbé Barbier lance dans la bataille sa revue La Critique du libéralisme, et c’est l’occasion d’une belle controverse avec l’abbé Fonssagrives. « Nous en avions bien assez du modernisme théologique, du modernisme exégétique, du modernisme social sans qu’on vienne nous prêcher aussi le modernisme pour nos enfants [44]. »
En 1911, un article de l’Osservatore Romano donne raison, sur ce sujet, aux anti-libéraux. Le cardinal Vivès déclare, non sans humour :
L’Université grégorienne n’a cessé de combattre le libéralisme sous toutes ses formes ; chacun sait ses victoires contre le libéralisme philosophique, le libéralisme biblique et le libéralisme théologique ; on ne saurait douter que les mêmes victoires ne l’attendent contre le libéralisme pédagogique, à moins qu’un jour l’Église ne publie un décret en deux articles dont les termes seraient les suivants :
— article 1er : l’homme est rétabli dans sa primitive intégrité ;
— article 2e : le péché originel est aboli avec toutes ses conséquences.
L’encyclique Divini Illius Magistri (31 décembre 1929) règle définitivement la question en condamnant comme « un genre de naturalisme souverainement périlleux » la formule de l’initiation “préventive”.
Cela n’empêche pas toute la littérature « éducation de la pureté » de l’entre-deux guerres et de l’après-guerre de prôner cette méthode.
L’étude de Luce Quenette, si elle reprend le titre « Éducation de la pureté » qui, jusqu’ici, a surtout été le drapeau des libéraux, rompt totalement avec leur manière de voir. Pourtant, elle ne connaissait rien de la controverse qui, au début de ce siècle avait opposé libéraux et anti-libéraux sur ce sujet. Elle explique dans son avant-propos qu’à l’origine ses principes sur la question n’étaient ni clairs ni formulés : guidée par l’inspiration et l’expérience, elle n’avait jamais éprouvé le besoin de ces « initiations », mais elle n’en était pas résolument ennemie. C’est le concile de 1962 et la débacle consécutive qui la plongent dans les enseignements de Pie XI et Pie XII. Par fidélité à sa vocation d’éducatrice, par docilité à la grâce, elle renoue, sans l’avoir cherché, avec la tradition anti-libérale du début du siècle, celle de l’abbé Barbier et du père Timon-David – c’est-à-dire, en fait, avec la Tradition catholique tout court.
Le titre de son ouvrage est paradoxal. Car on s’aperçoit vite, en la lisant, qu’il n’y a pas fondamentalement pour elle une éducation spécifique de la pureté. Il y a une éducation catholique, surnaturelle, qui est celle de toutes les vertus.
Certains critiques se laissèrent abuser par le titre et insinuèrent que Luce Quenette apportait décidément trop d’attention à ce sujet, alors que « les péchés de l’esprit sont bien plus graves que ceux de la chair ». Lorsqu’après la mort de Luce Quenette, Itinéraires lui consacra un numéro spécial, le père abbé d’une célèbre abbaye bénédictine (aujourd’hui ralliée à Vatican II) envoya un article qui se terminait, bien sûr, par un bel éloge de Luce Quenette mais débutait par des critiques à ce sujet. Sans doute n’avait-il pas pris le temps de lire attentivement les écrits en question. (L’article, finalement, ne parut pas.)
Mgr Lefebvre, lui, ne s’y était pas trompé ; il affirmait du livre de Luce Quenette :
On y retrouve toute la foi et l’expérience de cette éducatrice exceptionnelle. On ne peut qu’en recommander la lecture à tous les éducateurs, aux parents, aux prêtres. Ils y découvriront la vraie spiritualité chrétienne, le sens de la croix et surtout la valeur irremplaçable de la vraie messe [45].
Le sens de la croix : le chapitre central du livre a en effet pour titre « La Croix, loi de vie ». Car Luce Quenette a bien vu que la difficulté principale, pour les parents, ne concerne pas spécialement l’éducation de la pureté. Elle vient de ce que beaucoup n’ont plus assez la vision chrétienne de l’éducation en général.
Son livre n’est donc absolument pas un recueil de recettes pédagogiques ou de conseils du genre : à tel âge, il faut dire ceci de telle façon, etc. Cette question, elle ne l’aborde presque pas tant elle veut convaincre ses lecteurs que là n’est pas l’essentiel. Il ne s’agit même pas d’une démonstration, bien que tout soit ordonné vers un but très précis : plus encore que convaincre, l’auteur veut convertir, convertir à la véritable éducation, convertir à la croix, et pour cela, il ne suffit pas d’éclairer, il faut aussi enflammer. D’où le style, tantôt lyrique, parfois épique, tout à coup violemment satirique –, toujours poétique. Luce Quenette n’est pas seulement un bon professeur de lettres, – sachant utiliser et commenter à propos dans son ouvrage tel passage de la littérature classique ou de la littérature enfantine (tout un chapitre sur la pédagogie de la comtesse de Ségur) – elle est aussi un auteur de talent qui sait faire vivre tout ce qu’elle dit.
Le douloureux combat pour la messe
L’autre grand combat de Luce Quenette, ce fut celui de la messe. Elle y batailla vraiment à l’avant-garde et y souffrit beaucoup : la vision de la destruction du saint sacrifice l’angoissait littéralement. Et pourtant, par la permission de Dieu, c’est dans ce combat même qu’elle fit connaissance de deux personnes dont la rencontre fut non seulement un réconfort et une consolation, mais même parmi les joies les plus hautes de sa vie : M. l’abbé Michel Bouteille et Mgr Lefebvre.
• A l’avant-garde, dans l’angoisse
Jean Madiran témoigne :
Tout au long de l’année 1969, avec une terrible impatience, Luce Quenette nous pressait de faire le possible et l’impossible pour écarter la menace de la nouvelle messe annoncée. On verra, lui disions-nous, attendez, il y aura une lettre des cardinaux (on en espérait huit, ou douze, pour commencer, et pour entraîner le ralliement d’une quarantaine ou d’une soixantaine d’autres ; il y en eut deux en tout et pour tout, Ottaviani et Bacci, honneur à eux). — Je ne peux pas attendre, répondait-elle ; les enfants ne peuvent pas attendre : c’est maintenant, c’est aujourd’hui qu’il faut leur dire, pour la vie entière, où est la vraie messe. C’est tout de suite qu’il faut les protéger, qu’il faut les tenir rigoureusement à l’écart d’eucharisties dérisoires, qu’on dirait calculées pour inculquer les réflexes et les attitudes de l’impiété…
Une responsabilité analogue, une responsabilité de formation et d’éducation fera dire un peu plus tard à Mgr Lefebvre : — Je ne peux pas faire un séminaire, je ne peux pas former des prêtres avec la nouvelle messe [46]…
Le 9 mai 1969, Luce Quenette écrivait à son ami Pierre Tilloy :
Aujourd’hui, mon angoisse est au plus haut point. La conduite de Paul VI est effrayante. On nous annonce le bouleversement de la messe, la disparition de nombreuses fêtes, la suppression des plus vénérables prières. Qu’allons-nous devenir ? Les prêtres fidèles vont-ils se croire obligés de suivre ? Ce sera la destruction définitive du trésor de la liturgie, de la foi ; la subversion légalisée jusque-là. (…) C’est tellement effrayant que je ne sais pas vous parler d’autre chose [47].
Et le 7 juillet :
Paul VI non seulement permet, soumet le Corpus Christi aux caprices sacrilèges d’évêques hérétiques, mais encore nous impose cet effroyable Ordo Missae. Je tremble avec vous pour nos prêtres fidèles. Enfin ! vont-ils refuser ? (…) Seul le Courrier de Rome semble dire non. S’ils transigent, en effet, ce sera la prédication de l’hérésie. J’ai espoir en leur sainteté, en leurs souffrances. Je suis bien prête à vivre de la foi seule, mais les enfants, les familles !
A cette lettre du 7 juillet, Luce Quenette ajoutait en dernière minute ces mots de soulagement :
Je reçois une excellente lettre du père Calmel. Refus absolu de l’Ordo Missae. « Si Paul VI ne change pas d’idée, écrit-il, je suis persuadé que son précepte serait nul et non avenu. Le refus du Courrier de Rome est la seule attitude chrétienne et sacerdotale et ses arguments irréfutables [48]. »
Sans attendre, elle se jette dans le combat. Dans la Lettre de la Péraudière de juillet 1969 elle fustige avec ironie l’attitude de l’Una Voce française qui, au lieu de combattre le nouvel ordo, rend grâces à Dieu de ce qu’il n’abolisse pas complètement le grégorien :
L’édifiant bulletin Una Voce dit :
« C’est donc l’ordinaire de la messe qui a été modifié. Mais les parties chantées de cet ordinaire ont été maintenues – les parties du propre qui se chantent subsistent. Ainsi, le répertoire grégorien est sauf. Dieu soit loué ! »
Dieu soit loué, en effet, de nous permettre de souffrir pour le centre et la clé de notre foi. Mais nous ne souscrivons pas aux termes choisis pour cette douloureuse action de grâces.
Voyons bien clairement ce qui nous est accessible dans cette situation. La conclusion d’Una Voce appelle deux réserves :
D’abord, 1°) quand, après le récit d’un événement, on précise que telle partie est sauve et non telle autre, c’est qu’on vient de raconter un naufrage, un désastre, un massacre, un accident d’avion. Grâce à Dieu, dans ce naufrage, nous dit-on, le grégorien émerge – il y a donc eu catastrophe. Convient alors de ne pas dissimuler le deuil, la supplication, la douleur.
2°) Cette conclusion de l’admirable entreprise d’Una Voce, je crains qu’elle ne soit que conclusion des chanteurs sacrés. Car enfin, le grégorien, c’est l’ornement magnifique de l’ordinaire de la messe – l’ordre de la messe. Le roi est essentiel au vêtement royal – la tête à la couronne. Entre les deux, s’il faut choisir, dans le tremblement de terre, je choisis le roi, je choisis la tête.
Il est à déplorer en effet que, dans bien des cas, de courageux catholiques réunis en courageuses scholas, en arrivent à cet arrangement avec le curé du lieu : « Nous lui disons que nous chantons en latin, que nous tenons le propre en grégorien ; quant à lui, qu’il fasse ce qu’il veut qu’il vernaque à son aise, qu’il choisisse le canon qui lui plaît ! Nous, on lui fiche la paix, il nous rend la pareille. »
C’est cela, pauvres catholiques : il vous laisse l’ombre et exécute la proie !
Mais que faire ? dira Una Voce.
Je n’en sais rien de rien.
Vous voulez qu’on abandonne encore ce qu’on nous laisse ?
Jamais de la vie ! Mais je veux que nous n’en prenions pas notre parti, que nous ne nous rassurions pas dans l’euphorie d’un chant bientôt étranger au sacrifice [49].
Et commencent, dans la Lettre et dans Itinéraires, les pressantes exhortations aux parents pour qu’ils n’emmènent pas leurs enfants aux nouvelles messes. Le fondement de l’éducation, c’est la messe, affirme Luce Quenette ; vous ne pouvez éduquer catholiquement vos enfants en acceptant la nouvelle messe.
« Certains l’ont trouvée, dans ce combat, brutale, tranchante, trop absolue » raconte Pierre Tilloy ; mais il ajoute que, pourtant, elle savait s’adapter à ceux à qui elle parlait, pour amener les cœurs, progressivement, au refus absolu [50].
Très tôt, dès 1972, elle fait partie de ceux qui affirment que l’assistance à la nouvelle messe est en soi, objectivement (sans juger les consciences individuelles) matière à péché mortel. Sur ce point, particulièrement, elle est jugée excessive, mais elle revient régulièrement à la charge, exhortant, suppliant ses lecteurs de renoncer définitivement à la nouvelle messe.
Elle se plaint en 1974 :
Cela fait quatre ans et demi que nous entendons dire que cette messe est mauvaise, dangereuse, source d’hérésie, dégradante et dégradée, mais qu’on y peut aller car, tout en étant mauvaise, elle est bonne.
Les savants très malins peuvent continuer à établir de telles nuances, mais celui qui instruit les simples et les enfants ne voit que piège dans ces nuances vieillies qui disent oui et non en même temps, et, pour en finir, sous le même rapport [51].
La revue Itinéraires n’a pas, au début, prononcé un rejet absolu et définitif du nouvel Ordo missae. La consigne donnée par Jean Madiran était : « Sous réserve [52] ».
Mais en 1974, Luce Quenette montre qu’on ne peut plus s’en tenir à cette seule réserve :
Quand le Novus Ordo entreprit sa fatale carrière, la formule pratique et prudente de conduite fut donnée par Jean Madiran : « Sous réserve, pas plus. »
Sous réserve, parce que équivoque. Sous réserve parce qu’on voulait bien, par habitude de déférence, voir venir les fruits. Mais « sous réserve » n’a de sens que s’il y a cheminement de la raison, éclairée par la foi, vers la lumière, vers le jugement formulé. « Sous réserve » a le sens de : « En attendant, provisoirement. » Or, voilà quatre ans que le Novus Ordo engendre la corruption de la foi, des prêtres, et de sa propre composition, la pourriture spirituelle incluse se révèle, se répand, comme nous l’avions tous prévu.
Même si cette messe mauvaise est valide, elle a engendré l’invalidité. Personne ne l’a mieux montré que le père Calmel « c’est le rythme d’une progression implacable [53] ».
La nouvelle messe est donc mauvaise.
Et l’on trouve encore étonnant, imprévu, forcé, que le père Vinson (ni seul, ni insolite) nous déclare : c’est un péché de la célébrer, c’est un péché d’y assister. Il ne dit pas : un tel fait un péché mortel en célébrant, en assistant, ce qui serait juger du for interne connu de Dieu seul, mais : — La nouvelle messe célébrée, écoutée est matière de péché grave. Nécessairement, évidemment, puisqu’elle est mauvaise. Mauvais dans l’ordre spirituel, religieux, moral, qu’est-ce ? sinon le péché.
Il n’y a pas d’autre mal moral, religieux, à plus forte raison surnaturel, qui ne soit péché ou occasion de péché. Et l’occasion de péché acceptée comme telle est déjà péché [54].
Luce Quenette avait d’ailleurs aidé le P. Vinson dans la rédaction de sa brochure sur La Nouvelle messe et la conscience catholique [55]. Elle appréciait beaucoup ce prêtre à cause, précisément, de sa sainte intransigeance sur ce point.
• L’abbé Michel Bouteille
En 1971, Dieu envoie à mademoiselle Luce un grand réconfort, comme pour la récompenser de sa fidélité absolue à la vraie messe : monsieur l’abbé Michel Bouteille. Ce prêtre est le frère de la jeune fille qui a révélé à Luce Quenette sa vocation d’enseignante : mademoiselle Jeanne-Marie Bouteille (voir début de cet article). Cela fait cinquante ans qu’elles se sont perdues de vue ! Mais l’abbé Bouteille, précisément, est resté fidèle à la messe catholique. Il a, dès 1965, été écarté du petit séminaire d’Oullins (où il était professeur) à cause de ses idées trop traditionnelles. Or Jeanne-Marie Bouteille lit, dans le Combat de la Foi (de l’abbé Coache) qu’une certaine Luce Quenette a fondé une école à Montrottier – à vingt-cinq kilomètres du village de Duerne, où l’abbé Bouteille s’est retiré avec ses sœurs. Elle se souvient avoir connu une petite fille de ce nom. Décision est prise de rendre visite.
L’abbé Bouteille sera aumônier de la Péraudière de 1972 jusqu’à sa mort, le 5 janvier 1988. Entre temps, c’est Luce Quenette qui aura quitté la terre le 13 juin 1977, non sans un dernier témoignage à la messe traditionnelle dans son testament, qui s’achève ainsi :
Je veux être enterrée dans le cimetière de Longessaigne ; je demande, j’exige une messe de funérailles selon le rite de saint Pie V en entier, en latin et en chant grégorien, chantée par nos élèves. Cette messe sera dite par un prêtre ami, de votre choix, qui s’engage à cette messe traditionnelle. Si, par une trahison imprévisible, on se permettait de contrevenir à cette volonté expresse, je veux qu’en pleine église même, vous fassiez enlever mon corps et le porter en terre sans entendre cette messe nouvelle que je refuse. Des messes traditionnelles seront dites ensuite chez nous pour le repos de mon âme.
Ce testament fut écrit le 2 février 1971 car pendant une dizaine d’années, Luce Quenette eut à subir de terribles assauts de maladie. A l’angoisse que lui causait la crise dans l’Église s’ajoutait la souffrance corporelle, une faiblesse parfois extrême, qu’elle offrait à la Reine des martyrs (« Reine des martyrs » : c’était, dans les litanies de la sainte Vierge, son invocation préférée envers Notre-Dame).
Jean Madiran raconte :
En 1971 son médecin lui avait offert le choix : six mois de vie sans intervention, ou bien cinq années au prix d’une intervention chirurgicale qui serait terrible. Elle avait accepté les cinq années de souffrances et d’affaiblissement continuel, et il y en eut six, pour continuer à guider « les siens », cela désignait toujours ceux de La Péraudière, sa famille spirituelle, l’œuvre qu’elle avait fondée pour l’instruction chrétienne des enfants il y a trente et un ans [56].
En plus de La Péraudière (pour les garçons), Luce Quenette avait aussi fondée l’école de la Providence, à Malvières, pour les jeunes filles [57]. En octobre 1969, juste après l’ouverture de cette école, elle écrivait : « Il y a si longtemps qu’une volonté de Dieu me donne d’élever des garçons que j’avais oublié la douceur d’une classe de filles bien sages [58]. » Mais elle continua à s’occuper surtout de la Péraudière, ne faisant que de passagères visites à Malvières.
• Monseigneur Lefebvre
La dernière grande grâce que reçut mademoiselle Luce, ce fut une longue conversation avec Mgr Lefebvre le 12 juin 1977, veille de sa mort. Elle entra en agonie quelques heures seulement après ce dernier entretien.
Depuis toujours, elle était liée de cœur à l’évêque fidèle : elle le rencontra pour la première fois le 18 août 1970, à Fribourg. Puis il vint plusieurs fois à la Péraudière. Le 13 juin 1971, six ans exactement avant la mort de mademoiselle Luce, Monseigneur était à la Péraudière pour la Fête-Dieu [59]. Pendant une quinzaine d’années il y revint régulièrement tous les deux ans pour donner la confirmation (il devait y passer une dernière fois le 19 mars 1991, mais son ultime maladie l’en empêcha).
Au lendemain de la suspense a divinis de Monseigneur, mademoiselle Luce écrivait :
Le plus pressant devoir pour chacun de nous qui voulons le salut de l’Église, c’est de prier, faire prier, souffrir, offrir, faire des sacrifices par l’intercession de Notre-Dame montée au ciel afin que le bien immense qui s’accomplit par l’œuvre et la suspense a divinis de Mgr Marcel Lefebvre se soutienne, s’étende, se fortifie [60].
Elle s’enthousiasme pour « ce que pourrait faire de merveilles l’idée si ingénieuse de l’apostolat par des prieurés que l’évêque installe çà et là » – « pourvu – ajoute-t-elle – que la formation au séminaire soit absolue, avant tout intelligente, et que le dégoût du libéralisme soit infiltré dans l’intelligence, la volonté et le sang de ces jeunes clercs [61] ».
A la fin de sa vie, Luce Quenette avait la hantise du libéralisme.
Le père Sausin en porte témoignage dans une lettre sur Luce Quenette qu’il adressa le 4 juillet 1977 à M. Auguy (Chiré) et que celui-ci publia dans sa revue Lecture et Tradition [62] :
(…) Vous avez diffusé Le Libéralisme est un péché. Je crois que c’est une orientation pour notre prière. Mademoiselle Luce avait tellement vif le sentiment du danger, je dirai la hantise du libéralisme.
Permettez-moi de vous citer ce passage d’une lettre qu’elle m’écrivit le 20 octobre 1976 : « Dieu veuille que nous soyons fidèles à la grâce, fermes dans la discipline, car je tremble toujours que quelque souffle de libéralisme nous atteigne. »
La veille de sa mort, elle eut la grâce de recevoir Mgr Lefebvre, une telle rencontre est toujours une grâce – je crois que ses ultimes paroles au prélat d’Écône, reflétaient encore une hantise du libéralisme.
Comme elle a raison, comme il faut suivre ses leçons !
C’est là tout le sens du magnifique combat que vous livrez à Chiré ! Pour nous, auxquels le bon Dieu a fait la grâce de rester fidèles, au milieu de l’effondrement général, pour nous auxquels le bon Dieu a confié dans nos écoles ou dans nos chapelles « sauvages », ces catholiques, enfants ou adultes, qui veulent tenir, qui font des efforts magnifiques même – je le constate tous les jours, ici, à Doué –, nous ne pouvons pas ne pas percevoir ce souffle du libéralisme, qui compromet ces efforts.
Cher ami, je sais quelle place mademoiselle Quenette tenait à Chiré. Gardons son souvenir, mais mieux qu’une image, prions-la afin qu’elle nous aide. Comme elle, tremblons toujours que quelque souffle de libéralisme nous atteigne.
On nous enseignait autrefois qu’il fallait faire son salut avec crainte et tremblement. A plus forte raison le salut des autres.
Bien amicalement vôtre in Xto Rege et Domina.
Philippe Sausin, O. Praem.
*
Vingt ans après son décès, peut-on tenter un rapide bilan de l’œuvre de Luce Quenette ?
Son œuvre, ce sont d’abord les deux écoles qu’elle a fondées et dirigées. Toutes les deux vivent encore, modestement, petitement, pauvrement – comme le voulait leur fondatrice. Certains prêtres la virent fondatrice de communauté religieuse (le P. Calmel, notamment, l’encouragea dans ce sens). Elle savait, elle, que ce n’était pas sa voie. – D’autres viendront, d’autres fonderont, disait-elle, ce n’est pas notre affaire [63]. Elle ne se cachait pas que son œuvre n’aurait sans doute qu’un caractère transitoire. Mais, préoccupée seulement de faire au jour le jour la volonté de Dieu, elle ne se souciait pas de l’avenir. Son rôle hic et nunc, elle le savait, était de fonder, une, deux, petites écoles, « petites, pauvres et persécutées [64] », à l’existence précaire – non une belle congrégation définitivement établie. A leur place, ces deux écoles ont contribué au salut de quelques centaines d’enfants, et aidé à l’éclosion de plusieurs dizaines de vocations sacerdotales ou religieuses – leur fondatrice n’en désirait pas plus.
Car son œuvre, c’est aussi un témoignage. A l’époque de mai 1968, de la révolution pédagogique, du rousseauisme triomphant, dans un monde dominé par l’argent, la technique, l’audiovisuel et la luxure, Dieu a choisi ce qu’il y a de plus faible aux yeux du monde – une pauvre école de campagne, d’une cinquantaine d’élèves et, qui plus est, dirigée par une femme – pour faire resplendir l’absolu de l’éducation. Luce Quenette – qui, depuis sa « conversion » de 1945 ne cherchait plus qu’à s’ensevelir dans l’humilité – a, malgré elle, brillé non aux yeux du monde mais à ceux des catholiques fidèles et désemparés. Face à la subversion elle a rendu témoignage à la véritable éducation catholique – renouant, sans même le chercher, par simple fidélité à la grâce, avec les méthodes d’un grand éducateur du XIXe siècle : le P. Timon-David.
Un membre de la Fraternité Saint-Pie X, ancien élève de la Péraudière, pouvait écrire il y a quelques années :
Je viens de lire ces derniers mois l’œuvre du père Timon-David. J’y ai retrouvé point par point la doctrine de Luce Quenette. Et plus encore : les mêmes objections à cette même doctrine. (…) Si j’avais quelque moment, il me plairait de faire le plus strict parallèle entre le règlement de la Péraudière et la méthode d’éducation de Timon-David, la précision en serait étonnante… Le seul et grand mérite de mademoiselle Luce est d’avoir prouvé à l’aube du XXIe siècle que cette éducation est encore tout à fait possible – en la réalisant [65].
Voilà qui permet de comprendre pourquoi Mgr Lefebvre, en nommant M. l’abbé Laurençon à l’école Saint-Michel de Châteauroux (c’est-à-dire en débutant l’œuvre scolaire de la Fraternité Saint-Pie X), lui écrivait : « Vous prierez mademoiselle Quenette de vous venir en aide et de vous assister [66]. »
On peut sans doute résumer l’âme de mademoiselle Luce par cette prière qu’elle fit en 1972 à Martel (lieu de la victoire sur l’Islam, en 733) :
Mon Dieu, mon pays est livré à la barbarie. J’arracherai les enfants aux monstres, je couperai la corde du Grappin. Je veux, j’exige, je réclame l’absolue bonne messe, le catéchisme de la foi, l’Écriture sans une ombre. Je serai, sans concession, votre pieu, votre hache, votre marteau infatigable et martelant [67].
*
• Luce Quenette n’a publié qu’un seul livre de son vivant : L ’Éducation de la pureté, Bouère, DMM, 1974.
• La liste des articles de Luce Quenette parus dans Itinéraires figure dans le nº 226 de cette revue, p. 82-86. Tout ce numéro 226 est consacré à Luce Quenette.
Mattathias venge l’honneur de Dieuen exterminant un juif idôlatre (1 M 2,23) |
[1] — Jean Madiran, Itinéraires, nº 215 (juillet-août 1977), p. 17.
[2] — En 1969, le Père abbé de Fontgombault (Dom Roy) demanda à Luce Quenette d’écrire contre l’indécence des modes. - « Comptez que je n’y irai pas de main morte » promit-elle. Ce fut dans Itinéraires n° 139 (janvier 1970), l’article intitulé « Minettes, gaminettes », où elle déploya une ironie féroce contre la mini-jupe (article partiellement reproduit dans Itinéraires n° 226). Le coup porta : « On m’a dit que quelques jolies dents grinçaient quand je parlais de mode. Tant pis et tant mieux » conclut-elle quelques mois plus tard (Lettre de la Péraudière, n° 42, juin 1972).
[3] — Il faut souligner : la George Sand des romans berrichons. De George Sand en général, Luce Quenette dira franchement qu’elle est « une gredine pècheresse, vilaine libérale à pipe narguilé », mais elle ajoute que, cependant « son oeuvre champêtre ne porte trace d’aucune turpitude révolutionnaire, d’aucun snobisme passionnel, d’aucun relent romantique », même s’il manque à son oeuvre tout l’ordre de la grâce (Itinéraires nº 176, septembre-octobre 1973, p. 65). Nous ne nous pencherons pas, dans cet article, sur le contenu de l’enseignement littéraire de Luce Quenette. Qu’il suffise de dire que, face à la destruction systématique de l’enseignement de la littérature française, elle affirma haut et clair la nécessité de plonger les élèves dans les chefs d’oeuvres classiques. Elle appréciait beaucoup Corneille, Bossuet (qu’elle faisait longuement étudier à ses élèves) et même Molière (dont elle signalait pourtant certaines tendances naturalistes). Elle se plut dès sa jeunesse à jouer des pièces de Molière, et s’employa à initier ses élèves au théâtre. Prise par son devoir d’état d’éducatrice puis par le combat contre le modernisme, elle a laissé peu d’articles de critique littéraire, mais ils valent la peine d’être lus : voir par exemple son article sur Joinville (Itinéraires nº 147, novembre 1970, p. 13-41) ou celui sur Claude Franchet (Itinéraires nº 176, septembre-octobre 1973). (NDLR.)
[4] — Luce Quenette, L’Éducation de la pureté, DMM, Grez-en-Bouère, 1974, p. 205 et 206.
[5] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 57 (septembre 1974), p. 7.
[6] — Tante de l’actuel directeur de La Péraudière.
[7] — Prédicateur célèbre à Lyon, le P. Henry Perroy (1872-1962) eut brusquement la voix brisée lors d’une prédication sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, en 1923. Il se consacra, dès lors, à l’organisation de la Croisade eucharistique dans le diocèse, contribuant à la sanctification de milliers d’enfants, jusque dans les milieux les plus hostiles (un garçon mourut dans une cave où ses parents l’avaient enfermé, roué de coups, pour qu’il n’allât pas à la messe). Sur cet apostolat, voir Luce Quenette, L’Éducation de la pureté (DMM, Grez-en-Bouère, 1974), p. 105-110. Le P. Perroy exerça une profonde influence sur Luce Quenette.
[8] — Le père Auguste Valensin, ordonné prêtre en 1910 (avec dispense papale, car son père est un juif converti) fut professeur à Lyon de 1920 à 1934. Ami de Teilhard de Chardin, défenseur de Blondel (qui avait dirigé sa licence de philosophie), il est mort en 1953.
[9] — Surnommé « Zeus » par ses étudiants, sans doute à cause de sa majestueuse sévérité, le professeur Henri Ollion est mort en 1946.
[10] — Suzanne de Pas, « Souvenirs » dans Coursière (bulletin des anciens élèves des écoles de Luce Quenette), vol. 3, p. 12 (nº 26, mars-avril 1993).
[11] — Ibid, p. 12-13.
[12] — Surnom de la duchesse de Montpensier (1627-1693), fille de Gaston d’Orléans (frère de Louis XIII) ; elle participa à la Fronde avec ardeur. (NDLR.)
[13] — Lucie Griot, Souvenirs, dans La Lettre de La Péraudière nº 161 (août 1987), p. 15-17. Sur Notre-Dame de la Merci, voir un missel au 24 septembre.
[14] — L’école sera clandestine jusqu’en 1954, mais Luce Quenette réussit finalement à faire supprimer l’interdiction d’enseigner grâce à l’intervention d’une compagne de prison. Sur cette période, voir Lettre de la Péraudière nº 192 (janvier-février 1993), p. 1-6 ; nº 193 (mars-avril 1993), p. 6-10 ; Itinéraires nº 226 (septembre-octobre 1978), p. 55-65.
[15] — Texte publié par la Lettre de la Péraudière nº 188 (mai-juin 1992).
[16] — Luce Quenette, « Conseils pour une école » Itinéraires nº 157 (novembre 1971), p. 65-66.
[17] — Lettre de la Péraudière nº 182 (avril-mai 1991), p. 4-6.
[18] — Ibid.
[19] — Allusion à la fête de « l’invention » de la sainte croix, c’est-à-dire sa découverte (invenio, ire : trouver). (NDLR.)
[20] — Luce Quenette, « Conseils pour une école » Itinéraires nº 157.
[21] — Olivier Dugon, Entre Paysans nº 17, p. 15 et sv.
[22] — Cité dans la Lettre de la Péraudière nº 192 (janvier-février 1993), p. 2.
[23] — Lettre publiée dans Coursière, vol. II, p. 9 (nº 14, mars-avril 1991).
[24] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 5 (juillet 1968), p. 7-8 (article sur « l’éducation de l’adolescent », repris dans Itinéraires nº 128 de décembre 1968, p. 53-71).
[25] — Témoignage publié dans Coursière, vol. I, p. 4-5 (décembre 1988).
[26] — Six numéros paraîtront jusqu’en février 1968. Une nouvelle numérotation débutera avec le numéro de mars 1968.
[27] — Jean Madiran, Itinéraires nº 215 (juillet-août 1977), p. 17.
[28] — Jean Madiran, « Lettre à Paul VI » du 27 octobre 1972, publiée dans Itinéraires nº 169 (janvier 1973).
[29] —Itinéraires fait paraître en décembre 1976 un n° spécial hors-série sous ce titre : « La condamnation sauvage de Mgr Lefebvre ».
[30] — Entre autres : l’étrange papolâtrie (qu’elle soit réelle ou seulement tactique) qui s’emploie à dissimuler tous les aspects révolutionnaires du pontificat de Jean-Paul II ; l’encouragement positif à regarder la télévision, régulièrement dispensé par les « critiques-télé » ; la place accordée à la BD (et pas toujours la meilleure) par Présent-jeunesse, etc.
[31] — Ce qui n’empêchait pas Luce Quenette de donner clairement son avis quand elle n’était pas d’accord avec la façon dont Jean Madiran menait le combat, et même, si nécessaire, de le faire savoir dans la Lettre de la Péraudière. Cf. Lettre de la Péraudière nº 11 (février 1969), p. 1-7.
[32] — Notamment aux carêmes 1969, 1970 et 1971. Il fit également un long séjour à la Péraudière en septembre-octobre 1970. Sur le père Calmel, voir les témoignages de Luce Quenette cités dans Sel de la terre 12 bis, p. 31-34.
[33] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 17 (août-septembre 1969).
[34] — Étude de Luce Quenette parue en 1966 dans la revue Entre Paysans, et reprise dans la Lettre de la Péraudière nº 83 (septembre 1978).
[35] — Ibid.
[36] — Luce Quenette, L’Éducation de la pureté, DMM, Grez-en-Bouère, 1974, p. 188.
[37] — Ibid.
[38] — Luce Quenette, article écrit en 1960 et reproduit dans la Lettre de la Péraudière nº 190 (septembre-octobre 1992).
[39] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 12 (mars 1969).
[40] — Luce Quenette, article de 1960, reproduit dans la Lettre de la Péraudière nº 190.
[41] — Éd. Dominique Martin Morin.
[42] — Jean-Jacques Rousseau, Émile, livre 4e.
[43] — Abbé Fonssagrives, Conseils aux parents et aux maîtres sur l’éducation de la pureté, 1909.
[44] — Abbé Emmanuel Barbier, « L’éducation de la pureté » dans La Critique du libéralisme, tome 5e, p. 160-161 (n° 51, du 15 novembre 1910).
[45] — Mgr Marcel Lefebvre, lettre du 17 juillet 1989, citée dans Coursière , vol. 1, p. 38 (nº 5, septembre-octobre 1989).
[46] — Jean Madiran, Itinéraires nº 226 [nº spécial sur Luce Quenette], septembre-octobre 1978, p. 9.
[47] — Cité dans Itinéraires nº 226, p. 32-33.
[48] — Ibid., p. 33-34.
[49] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 16 (juillet 1969).
[50] — Voir Itinéraires nº 226, p. 42.
[51] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 56 (juin 1974).
[52] — Itinéraires nº 139 (janvier 1970), p. 28.
[53] — P. Calmel, Itinéraires, nº 167 (novembre 1972), p. 2.
[54] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 56 (juin 1974).
[55] — Le P. Vinson en a porté publiquement témoignage dans sa Simple Lettre nº 98 (mai-juin 1996).
[56] — Jean Madiran, Itinéraires nº 215 (juillet-août 1977), p. 15-16.
[57] — École aujourd’hui transférée à Saint-Franc (73360), en Savoie.
[58] — Lettre de la Péraudière nº 18 (octobre 1969).
[59] — Il avait déjà rendu visite à l’école deux mois auparavant, les 20 et 21 avril 1971.
[60] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 68 (août 1976). On remarquera l’expression : par la suspense (et non : malgré la suspense). C’est que cette mesure, tout injuste qu’elle est – explique Luce Quenette – a le grand avantage de clarifier la situation, de déchirer le voile et, même, de désigner publiquement en Mgr Lefebvre l’évêque autour duquel les catholiques fidèles pourront se regrouper. (Nul doute qu’elle aurait porté un jugement analogue sur “l’excommunication” de 1988).
[61] — Luce Quenette, Lettre de la Péraudière nº 69.
[62] — Lecture et Tradition, nº 67 (octobre-novembre 1977).
[63] — Voir « Conseils pour une école », dans Itinéraires nº 157 (novembre 1971), p. 92.
[64] — Ibid., p. 71.
[65] — Abbé Nicolas Pinaud, Coursière nº 21 (mai-juin 1992), vol. 2, p. 70.
[66] — Témoignage de M. l’abbé Pierre-Marie Laurençon reproduit dans Coursière, vol. 1er, p. 5.
[67] — Cité dans Itinéraires nº 226, p. 106-107. Corde, pieu, hache, marteau sont des allusions aux armes employées dans ce combat de Charles Martel.
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