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+ Maurice Allais

et la relativité

 

 

La théorie de la relativité a déjà fait couler des flots d’encre. Le jugement porté par Maurice Allais, prix Nobel de Sciences économiques (1988), mais aussi physicien passionné (et passionnant), semble digne d’être connu, surtout qu’il sera sans doute occulté par les media, malgré la personnalité de l’auteur.

Signalons à nos lecteurs que Georges Salet dans Crombette et le crombettisme a tenté une explication de la relativité d’Einstein à la lumière de la philosophie thomiste [1].

Par ailleurs il est maintenant bien établi que les éléments majeurs de la théo­rie de la relativité ont été trouvés par Henri Poincaré : voir les articles de Jules Leveugle parus dans la revue des poly­techniciens, La Jaune et la Rouge (nº 494, avril 1994, p. 29-51 et nº 499, novembre 1994, p. 7-16). Cela aussi a été bien oc­culté.

Le Sel de la terre.

 

 

*

 

 

 

Maurice Allais vient de publier, aux éditions Clément Juglar, un livre d’un in­térêt exceptionnel : L’Anisotropie de l’es­pace [2].

Livre très riche à un triple titre :

— par l’intérêt des expériences décrites (expériences dans les domaines de la gravi­tation et de la propagation de la lumière, faites par Maurice Allais lui-même, ou faites par d’autres savants et exploitées par lui) ;

— par les conclusions qu’en tire Mau­rice Allais et qui conduisent à rejeter des théories classiques (celle de la relativité en particulier) et qui en justifient d’autres (celle sur l’éther par exemple) ;

— par toute une série de remarques portant sur la philosophie des sciences et qui sont étagées par de nombreuses citations de savants des trois derniers siècles.

Nous nous bornons à donner ici quelques extraits de ce livre qui se rappor­tent, directement ou indirectement à la théorie de la relativité.

 

Résumé de la théorie

de la relativité restreinte

 

Le fondement même de la théorie de la relativité restreinte et générale repose au départ sur un triple postu­lat : le résultat considéré comme « négatif » de l’expérience de Michel­son, l’invariance de la vitesse de la lumière suivant sa direction, et l’im­possibilité de déceler par une expé­rience purement terrestre le mouve­ment de la Terre par rapport aux étoiles fixes. (p. 582).

 

Autre formulation de la théorie :

 

A) Tous les systèmes galiléens [3] (systèmes d’inertie) sont équivalents pour la formulation des lois phy­siques.

B) Dans le vide, la lumière se pro­page avec une vitesse constante c par rapport à n’importe quel système gali­léen, indépendamment du mouve­ment de la source [4].

 

Importance de la question

 

Il s’agit d’une théorie qui déborde très largement sur le terrain de la philoso­phie. Elle met à la casse en particulier les notions classiques d’espace et de temps par sa « conception d’un espace-temps où espace et temps sont indissociables » (p. 582).

D’où la remarque de Jacques Mari­tain dans son livre Réflexions sur l’intelli­gence :

 

(Dans la théorie de la relativité) les physiciens s’arrogent, avec une mer­veilleuse présomption, le droit de ré­viser les notions communes de l’es­pace, du temps, de la simultanéité, dont l’élucidation appartient à une science supérieure qui dépasse entiè­rement leur compétence ; c’est l’office du philosophe de dénoncer de tels empiètements [5].

 

Jugements sur la théorie

de la relativité

 

Après un travail de critique logique poursuivi durant tout le dernier siècle, la tempête arriva qui détruisit les conceptions (anciennes) d’espace, de temps et de matière pour faire place à une vision plus libre et plus aiguë des choses. Le bouleversement fut accompli essentiellement par le travail génial d’un seul homme : Albert Einstein [6].

 

Suivant la théorie d’Einstein, au­cune expérience purement terrestre, sans repères extérieurs, ne peut mani­fester la translation de la Terre. C’est le postulat, généralisation naturelle mais hasardeuse, du résultat douteux de Michelson. Sur son postulat, Ein­stein a fait des calculs, en partant de la célèbre transformation de Lorentz. L’audace de son génie a donné à ses formules des interprétations phy­siques, sans crainte de heurter la science admise. Il renversa la méca­nique de Galilée, et jusqu’aux concepts de temps et d’espace. Plus ses conclusions heurtent le sens commun, plus elles furent accueillies avec enthousiasme [7].

 

Ajoutons un jugement d’Élie Faure (1873-1937) tiré de Pour qu’Il règne qui ne figure pas dans le livre de Maurice Allais mais qui complète les citations pré­cédentes :

 

De Maïmonide à Charlie Chaplin, la trace est facile à suivre, bien que la circulation de l’esprit juif ait été, pour ainsi dire, impondérable et qu’on ne se soit aperçu qu’après son passage de sa puissance de désagrégation… Freud, Einstein, Marcel Proust, Charlie Chaplin ont ouvert en nous, en tous sens, de prodigieuses avenues qui renversent les cloisons de l’édifice classique, gréco-latin et catholique, au sein duquel le doute ardent de l’âme juive guettait, depuis cinq ou six siècles, les occasions de l’ébran­ler… en attendant que, de cette né­gation même, s’ébauchât peu à peu un nouvel édifice profondément mar­qué d’une intelligence acharnée à écarter toujours le surnaturel de l’ho­rizon de l’homme [8].

 

Selon ces jugements, la théorie de la relativité :

— détruit la conception classique d’espace et de temps (et touche par là même au domaine de la philosophie) ;

— heurte le sens commun.

 

Expériences conduisant à rejeter

la théorie de la relativité

 

Parmi les expériences que cite Maurice Allais, mentionnons celle de Mi­chelson et Gale (p. 553) et surtout celles de Miller (p. 382 à 427) qui montrent que la vitesse de la lumière varie avec sa direction, ce qui contredit le deuxième postulat d’Einstein :

 

En fait, l’analyse qui précède per­met de répondre affirmativement et en toute certitude aux trois questions fondamentales :

1 - Les observations de Miller ne peuvent être attribuées à des causes fortuites, ou à des effets pervers, comme résultant de la température par exemple.

2 – La vitesse de la lumière varie avec sa direction.

3 – Des observations de Miller il est possible de déduire la position de la Terre sur son orbite.

 

Ces conclusions sont indépendantes de toute hypothèse et de toute analyse théorique que ce soit (p. 425).

 

Conclusions à en tirer

 

Le fondement même de la théorie de la relativité restreinte et générale repose au départ sur un triple postu­lat : le résultat considéré comme « négatif » de l’expérience de Michel­son, l’invariance de la vitesse de la lumière suivant sa direction, et l’im­possibilité de déceler par une expé­rience purement terrestre le mouve­ment de la Terre par rapport aux étoiles fixes.

Cependant, au regard de l’analyse que j’ai présentée des observations de Miller, et tout particulièrement des ajustements elliptiques des hodo­graphes, il est certain qu’on ne peut pas soutenir que les expériences in­terféromètriques donnent un résultat « négatif », que la vitesse de la lumière est invariante quelle que soit sa direc­tion, et qu’aucune expérience pure­ment terrestre ne peut déterminer la position de la Terre sur son orbite.

Il résulte de là que toute la construction de la théorie de la rela­tivité restreinte ne peut se maintenir. Tout particulièrement le postulat de la relativité, la loi de composition des vitesses, le principe de constance de la vitesse de la lumière, la contraction de Lorentz, la formulation du temps local, la conception d’une espace-temps où espace et temps sont indis­sociables, et toutes les déductions mathématiques qui ont été dérivées de ces principes ne peuvent être considérées comme reposant sur des fondements vérifiés par l’expérience. C’est là une conclusion incontour­nable. Le démenti donné par l’expé­rience est catégorique et sans appel (p. 582).

 

Au regard des données de l’expé­rience, une conclusion s’impose : la théorie de la relativité restreinte et générale qui repose sur des postulats infirmés par les données de l’obser­vation doit être rejetée. Einstein lui-même l’a explicitement reconnu à l’avance comme il résulte des décla­rations très explicites que j’ai rappe­lées.

 

Quelqu’emprise qu’ait pu exercer jusqu’ici la théorie de la relativité, l’heure est arrivée aujourd’hui de la remettre totalement en question (p. 590).

 

Déclaration d’Einstein en 1925 dans la revue Science.

 

Si les observations du Dr Miller étaient confirmées, la théorie de la relativité serait en défaut. L’expé­rience est le juge suprême [9]. (p. 585).

 

Autre déclaration d’Einstein :

 

L’attrait principal de la théorie (de la relativité) est qu’elle constitue un tout logique.

Si une seule de ses conséquences se montrait inexacte, il faudrait l’abandonner ; toute modification pa­raît impossible sans ébranler tout l’édifice [10]. (p. 583).

 

Causes du succès

de la théorie de la relativité

 

Une erreur de jugement

 

En réalité, si tant de discussions, tant de passions se sont manifestées et se manifestent encore sur la Théo­rie de la Relativité Restreinte et Géné­rale, la raison en est très simple : une erreur de jugement portée initiale­ment sur le caractère prétendu négatif de l’expérience de Michelson, et la non prise en compte des observations de Miller de 1925-1926. De là est ré­sultée une espèce d’égarement persis­tant dans la physique contemporaine et le dogmatisme intolérant qui l’a ac­compagné.

Rien n’illustre mieux cette espèce d’égarement que ce jugement de Fé­nelon : « La plupart des erreurs des hommes ne tiennent point tant à ce qu’ils raisonnent mal à partir de prin­cipes vrais, mais bien plutôt à ce qu’ils raisonnent juste à partir de principes faux ou de jugements in­exacts. » (p. 59).

 

Le masque des mathématiques

 

L’appareil mathématique très éla­boré de la théorie de la relativité gé­nérale a contribué puissamment à mystifier la communauté scientifique pour plusieurs générations. On n’a eu que trop tendance de conclure de la rigueur du raisonnement mathéma­tique à la validité des conclusions [11]. (p. 608).

 

Conclusion

 

Pourquoi, sur la question de la relati­vité, le livre de Maurice Allais paraît-il particulièrement important ? Pourquoi faut-il éviter qu’il ne passe presque in­aperçu puis soit rapidement oublié ? Parce que la relativité est un sujet fondamental, d’ordre aussi bien philosophique que scientifique, et que Maurice Allais réactive la controverse à son propos en apportant des éléments décisifs pour la trancher.

 

Arnaud de Lassus

 

 

Allais Maurice, L’Anisotropie de l’es­pace – la nécessaire révision de certains pos­tulats des théories contemporaines, Tome I, « Les données de l’expérience », Paris, Éditions Clément Juglar (62 avenue de Suffren, 75015), 1997, 17,5 x 25, 757 p., 280 F.

 


[1] — Frère Pierre-Marie o.p., Dominique Viain, Georges Salet, Crombette et le crombettisme, Éd. Saint-Elme, 1992, disponible au couvent de la Haye-aux-Bonshommes, 95 F. + 20 F. de port.

[2] — Allais Maurice, L’Anisotropie de l’espace – la nécessaire révision de certains postulats des théories contemporaines, Tome I, « Les données de l’expérience », Paris, Éditions Clément Juglar (62 avenue de Suffren, 75015), 1997.

Maurice Allais a aussi fait paraître un article sur la question, « Les expériences de Dayton C. Miller, 1925-1926, et la théorie de la relativité » dans La Jaune et la Rouge nº 517, août-septembre 1996, avec la réponse aux observations des lecteurs dans La Jaune et la Rouge nº 526, juin-juillet 1997. (NDLR.)

[3] — Système galiléens : référentiels en déplacement rectiligne et uniforme les uns par rapport aux autres.

[4] — Extrait de La Relativité, collection « Que sais-je ? » (nº 37).

[5] — Jacques Maritain, Réflexions sur l’intelligence, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1926, ch. VII « De la métaphysique des physiciens ou de la métaphysique selon Einstein », p. 208.

Indiquons ici l’une des conclusions de l’étude de Jacques Maritain : « Le postulat lui-même de l’isotropie de la propagation de la lumière, ou de la constance absolue de la vitesse de la lumière, ne peut pas, nous l’avons vu, être ontologiquement vrai ; c’est précisément ce postulat qui vicie au point de vue philosophique toute la théorie de la relativité » (ibid., p. 365).

[6] — H. Weyl, Temps, Espace, Matière, Blanchard, 1922, p. 1-2, cité par M. Allais, p. 614.

[7] — E. Carvallo, La Théorie d’Einstein démentie par l’expérience, Chiron, 1934, p. 28-29, cité par M. Allais, p. 615.

[8] — Élie Faure, L’Ame juive, Paris, Lipschutz (4, Place de l’Odéon), 1934, cité en Ousset, Jean, Pour qu’il règne, Bouère, DMM, 1986, p. 253.

[9] — Cité par E. Carvallo, La Théorie d’Einstein démentie par l’expérience, Éd.Chiron, 1934, p. 5.

[10] — Albert Einstein, Comment je vois le monde, 1939, Éd.Flammarion, p. 213.

[11] — L’invasion des sciences physiques par les mathématiciens purs a été aussi dommageable en physique qu’elle l’a été en économie.

En un sens la grandiose construction de la théorie de la relativité est tout à fait comparable à une immense statue de granit s’appuyant sur un fragile socle d’argile.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 22

p. 234-238

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